- il y a 21 heures
Depuis sa création en 1946, la politique n'a jamais vraiment cessé d'occuper une place essentielle au festival de Cannes. Comme en 1968 lorsque les réalisateurs se mettent « en grève » et interrompent l'événement. De la consécration du documentaire Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, qui reçoit la palme d'or en 2004, à l'invitation du président ukrainien Volodymyr Zelensky par visioconférence en 2022, Cannes vit aussi au rythme de politique.Quelle est la place de la politique au sein de l'histoire du festival et de quelle manière celle-ci intervient ? Quels sont les sujets qui mobilisent particulièrement les réalisateurs et le monde du cinéma ? Pour en débattre Jean-Pierre Gratien reçoit Laurent Delmas, critique de cinéma et chroniqueur sur France Inter ; Mélanie Toubeau, fondatrice de la chaîne YouTube La Manie du cinéma et Olivier Rajchman, journaliste et historien du cinéma.LCP fait la part belle à l'écriture documentaire en prime time. Ce rendez-vous offre une approche différenciée des réalités politiques, économiques, sociales ou mondiales....autant de thématiques qui invitent à prolonger le documentaire à l'occasion d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien, en présence de parlementaires, acteurs de notre société et experts.
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00:00:10Générique
00:00:16Bienvenue à tous à l'affiche de ce débat d'hoc aujourd'hui, le festival de Cannes.
00:00:21Un rendez-vous incontournable du monde du cinéma, avec ses fêtes, ses stars, sa sélection de films et bien entendu,
00:00:28sa palme d'or.
00:00:29En mai 1968 pourtant, changement de scénario, car cette année-là, il n'échappe pas à la fièvre contestataire qui
00:00:37gagne la France et finit par s'interrompre brusquement.
00:00:41C'est ce que nous remémore le documentaire qui va suivre, réalisé par Jérôme Wibon et intitulé Cannes 1968, Révolution
00:00:49au Palais.
00:00:49Je vous laisse le découvrir et je vous retrouverai juste après sur ce plateau, en compagnie des journalistes Laurent Delmas,
00:00:56Mélanie Toubeau et Olivier Rachman.
00:00:59Avec eux, nous nous interrogerons sur ces moments où la politique s'invite au festival de Cannes.
00:01:05Bon doc.
00:01:07Vous parlez de solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez de travail, les gros plans !
00:01:14Vous voulez arrêter le festival ? Arrêtez le festival !
00:01:18Si vous voulez continuer les projections, qui saura que le festival s'est arrêté ?
00:01:22Déjà, très peu de gens sauront en France que le festival est arrêté, parce que les gens s'en foutent
00:01:28du festival.
00:01:29Le jury du festival a décidé qu'à la suite de la démission de 4 de ses membres, il était
00:01:36hors d'état de fonctionner et par conséquent, il arrêtait de fonctionner.
00:01:40En mai 1968, alors que les étudiants sont dans la rue et que les grèves paralysent le pays, le cinéma
00:01:46français entre en résistance, avec l'arrêt brutal du festival de Cannes et les états généraux du cinéma à Paris.
00:01:52Le cinéma français, déjà politisé par l'affaire de la censure de la religieuse, de Jacques Rivette, ou la mise
00:01:58en chantier de films comme « Loin du Vietnam », descend une première fois dans la rue au mois de
00:02:02février, comme une répétition générale des événements à venir, avec ce que l'on a appelé l'affaire Langlois, rapidement
00:02:09devenue une affaire d'état.
00:02:32L'affaire, je l'ai bien compris plus tard. Pour le moment, on était tous pour Langlois.
00:02:38Il y avait aussi ce mouvement général des contestations, par rapport au gouvernement, par rapport à De Gaulle, etc., qui
00:02:44aboutira quelques mois après, au mois de mai, financièrement, mais c'était déjà là.
00:02:48Mais l'affaire Langlois, en soi, c'était une affaire un peu fausse, à mon avis, comme elle était présentée
00:02:53à l'époque.
00:02:53En deux mots, Malraux voulait faire une grande cinémathèque et je crois que, d'une certaine manière, Langlois n'était
00:02:58pas contre.
00:02:59À l'origine, nous avions pensé à sauver les chefs-d'œuvre, c'est-à-dire les films les plus
00:03:04réputés comme tels, les plus importants de l'histoire du cinéma.
00:03:08Nous étions modestes. Mais très vite, nous sommes aperçus qu'il y avait les chefs-d'œuvre qui n'étaient
00:03:14plus des chefs-d'œuvre.
00:03:14Il y avait des films qui passaient pour des navets qui étaient des chefs-d'œuvre.
00:03:17Donc, on a commencé à se dire, attention, il faut penser à l'œuvre totale des metteurs en scène.
00:03:22L'idée, c'est de faire un ciné-club. C'est de faire un ciné-club entièrement voué au cinéma
00:03:27muet. C'est ça, au départ.
00:03:29Et puis, de fil en aiguille, ça va prendre de l'importance et ils vont se constituer en cinémathèque.
00:03:35Ce sera la première cinémathèque en France et ce sera la cinémathèque française.
00:03:38Sa cinémathèque est payante, mais il est toujours prêt à être arrangeant avec notamment les jeunes qui seraient intéressés et
00:03:45qui n'auraient pas d'argent.
00:03:47Et donc, il va être une sorte de père spirituel pour des tas de gens de la Nouvelle Vague.
00:03:52C'était le passeur en chef, celui qui nous faisait accéder à tous les chefs-d'œuvre et qui avait
00:03:57une passion, qui nous communiquait.
00:03:59Donc, c'était un père, c'était un gourou, c'était un sage parce qu'il ne voulait pas être
00:04:06gourou.
00:04:07Quand l'anglois a l'argent, on commence, Malraux, Premier ministre, aide l'anglois énormément.
00:04:14Il faut quand même le dire.
00:04:16Chaillot, c'est quand même une salle magnifique, le plus bel écran du monde, mais dans le bureau administratif, il
00:04:21y a des gens nommés là.
00:04:23Et il se passe qu'en années 60, il y a des gens qui sont très violemment contre lui, parce
00:04:28qu'il y a d'autres cinémathèques qui se mettent à créer partout et tout.
00:04:31Et il y a une haine, il y a des cabales.
00:04:33Et c'est vrai qu'on dit oui, il y a des copies qui pourrissent dans certains endroits.
00:04:37D'accord, mais il y en a d'autres qui ne pourrissent pas ailleurs.
00:04:39Bon, c'est toujours facile.
00:04:43Et Pierre-Etitle aura raison, ce n'est pas le problème.
00:04:46Et puis, il y a l'idée de le virer.
00:04:49La question, c'était qu'il fallait mettre de l'ordre dans la cinémathèque, parce que l'anglois, il était
00:04:53génial,
00:04:54mais il avait une relation très passionnelle avec les films.
00:04:59Il les gardait sous son lit, sous sa salle de bain, et lui et Marie Merson, c'était célèbre.
00:05:04C'est-à-dire, il n'y avait que lui qui se rappelait où étaient les films, et comment est
00:05:07-ce qu'on pouvait y accéder.
00:05:09À aucun moment, les gens qui disent à Malraux, il sera président d'honneur et tout, à gérer et tout,
00:05:16dont l'ineffable barbin, ces gens-là ne comprennent pas une seule seconde que l'anglois,
00:05:21ce n'est pas seulement une salle où on monte des films, et des blocos où on garde des documents.
00:05:27que c'est déjà un mythe.
00:05:30Plus.
00:05:34Je cherche le mot exact, parce qu'il ne faut pas se tromper.
00:05:39C'est déjà une rockstar.
00:05:41Très vite, l'affaire est partie, est passée plutôt entre les mains des bureaucrates,
00:05:46et a baissé des niveaux, et il y a eu des bêtises énormes.
00:05:50Et c'est arrivé à des extraits comme fermer la cinémathèque, mettre un nom de directeur,
00:05:55la profession s'est soulevée, naturellement.
00:05:57On ne touche pas à l'anglois, c'est quelque chose de sacré pour nous,
00:06:01donc on était prêts à tout, à n'importe quoi,
00:06:05ce n'était pas possible, on n'acceptait pas ça.
00:06:07Le premier acte, c'est le 9 février.
00:06:099 février 1968, quand il y a ce conseil d'administration de la cinémathèque française,
00:06:15au cours duquel l'anglois est démis de ses fonctions.
00:06:19Et il avait dit à Truffaut, qui siégeait dans le conseil d'administration,
00:06:24qu'il aimerait vraiment qu'il vienne,
00:06:26alors que Truffaut venait de commencer le tournage de Bézévolée.
00:06:28Donc, a priori, Truffaut n'avait aucune raison de venir,
00:06:32il devait se faire représenter, mais il vient quand même.
00:06:34Truffaut va quitter le conseil d'administration en cours,
00:06:37en disant, ce n'est pas possible, ce que vous faites à l'anglois,
00:06:40c'est un scandale.
00:06:41Et immédiatement, il va créer le comité de défense de la cinémathèque.
00:06:45Et à partir de là, ce comité est très actif,
00:06:48il prend comme QG les bureaux des cahiers du cinéma.
00:06:51Et l'idée de l'anglois est très bonne, c'est de dire,
00:06:54on a une arme absolue, qui est les films.
00:06:57Il y a ceux qui sont de ma collection,
00:06:59et puis alors tous les autres qui ont été déposés,
00:07:01ils ont été déposés à titre gracieux par les ayants droit,
00:07:04les cinéastes, les compagnies,
00:07:06et avec l'autorisation que je les diffuse dans ma cinémathèque.
00:07:10Mais avec un simple coup de fil,
00:07:13chaque ayant droit se dit,
00:07:15si ce n'est plus l'anglois, je retire mon autorisation de diffusion.
00:07:19J'ai fait toute ma carrière à combat,
00:07:21et l'affaire l'anglois a été, pour moi,
00:07:24quelque chose de très important.
00:07:26À combat, il y a eu trois mois de suite
00:07:30des papiers des cinéastes du monde entier
00:07:33que j'ai sollicités sur cette affaire.
00:07:36Frichblanc disait, ma maison, c'est la cinémathèque.
00:07:38Donc, il y a un mouvement international qui a lieu,
00:07:41et qui va faire que les affaires étrangères vont être cons,
00:07:43parce qu'on n'en parle jamais,
00:07:44vont être submergés de télégrammes,
00:07:46pas seulement la cinémathèque.
00:07:48Les premiers à signer, c'est Chaplin,
00:07:50Dreyer, Orson Welles,
00:07:53Stanley Kubrick,
00:07:54Nicolas Rey qui est à Paris à ce moment-là,
00:07:56et donc il y a ce comité de défense
00:07:58qui va aboutir à une manifestation
00:08:03le 14 février.
00:08:16Il y a tout le cinéma qui est là.
00:08:17C'est-à-dire qu'évidemment,
00:08:19au premier rang, on voit Truffaut,
00:08:20on voit Godard,
00:08:21mais on voit des gens comme Jean-Paul Belmondo,
00:08:24comme Mireille Dark.
00:08:25Il commence à y avoir l'ancienne génération
00:08:28comme Marcel Carnet.
00:08:29On ne peut pas dire qu'il y a d'un côté
00:08:31un cinéma d'auteur qui serait pour la cinémathèque,
00:08:33et de l'autre un cinéma commercial
00:08:34qui ne serait pas concerné.
00:08:36Non, j'allais dire que c'est une question
00:08:38presque générationnelle.
00:08:39Les générations se réunissent,
00:08:41mais il y a quand même par moments une rupture.
00:08:43Les générations les plus jeunes,
00:08:45les plus dynamiques,
00:08:46ceux qui voulaient tout changer à fond,
00:08:48n'acceptaient pas des metteurs en scène
00:08:49comme Verneuil, par exemple.
00:08:51Carnet, oui,
00:08:51parce que Carnet avait une œuvre comme ça
00:08:53tout particulière.
00:08:54Même Clouseau, moi, je connaissais Clouseau,
00:08:56je vais l'amener une ou deux fois à des réunions,
00:08:58et il était reçu vraiment
00:09:00avec une grande chaleur pour certains jeunes,
00:09:02très jeunes.
00:09:08La société était,
00:09:11comment dire,
00:09:12la moindre étincelle
00:09:13était propice
00:09:14pour provoquer une manifestation.
00:09:17C'est pour ça que moi je pense
00:09:18que 68 est né sur les marches de la cinémathèque.
00:09:21C'était la première expression
00:09:22et le premier feu.
00:09:25Quand il y a une manifestation
00:09:26de Nouveau-Landouard,
00:09:27il y a un crétin
00:09:30qui dit aux flics de charger.
00:09:32Et c'est la première fois
00:09:36par la première fois
00:09:37qu'on tape sur des intellectuels
00:09:38dans une manifestation.
00:09:40parce qu'au moment de la guerre d'Adocine,
00:09:42il y a eu des manifestations très, très violentes,
00:09:44où il y avait des célébrités dedans,
00:09:46également, disons,
00:09:46au moment de la guerre d'Algérie.
00:09:47Donc, il ne faut pas se tromper.
00:09:48Mais pour un cas qui est un cas culturel,
00:09:51un homme chassé de cinémathèque,
00:09:52on voit tous les intérêts qui sont,
00:09:55y compris les intérêts étrangers,
00:09:56Marcel Cardé, Yali, Colary,
00:09:58qui se font taper sur la gueule.
00:10:00Tout d'un coup,
00:10:01la police nous charge
00:10:02comme si on était des gens
00:10:03vraiment dangereux,
00:10:04alors que nous,
00:10:05on est des cinéphiles,
00:10:06rêveurs, idéalistes.
00:10:08Jamais on pensait
00:10:09qu'on allait être confrontés
00:10:11à de la vraie violence.
00:10:12C'était quelque chose
00:10:14d'invraisemblable pour nous.
00:10:16Et effectivement,
00:10:17il y a eu des matraquages
00:10:19avec des...
00:10:19Je me souviens de Chabrol
00:10:21qui était le visage en sang,
00:10:23des choses comme ça.
00:10:24Je me suis dit,
00:10:24mais qu'est-ce que c'est que ça ?
00:10:25Non, mais il y a quelque chose qui...
00:10:27Il y a quelque chose de faux.
00:10:29Ce n'est pas possible.
00:10:30Au moment des chauffourés,
00:10:31c'est Jean-Luc qui sait faire se voir
00:10:34une tartinelle d'un flic.
00:10:37Ses lunettes sont tombées.
00:10:39Et je me souviens, par contre,
00:10:41de Daniel Pomerul,
00:10:42qui a foutu un coup de...
00:10:47Je ne sais plus ce que c'était.
00:10:49Il avait un truc comme ça,
00:10:49un flic, là.
00:10:50Le mec, il est tombé.
00:10:54Ah oui, c'était bien.
00:11:07Il y aura une deuxième manifestation
00:11:10importante,
00:11:11où cette fois-ci,
00:11:11c'est Jean Marais,
00:11:12qui conduit les troupes.
00:11:14Et l'idée que ce soit Jean Marais,
00:11:16là, pour le coup,
00:11:16c'est vraiment le cinéma d'hier,
00:11:18par rapport aux gens
00:11:19de la Nouvelle Vague.
00:11:20Rue de Courcel,
00:11:22on a eu une autre manifestation,
00:11:24où c'était la continuation...
00:11:26Pour moi, dans ma tête,
00:11:27c'était la continuation de l'autre.
00:11:28Et ce qui est très intéressant
00:11:30dans cette manifestation de Mars,
00:11:32c'est que l'idée,
00:11:34c'est que cette fois-ci,
00:11:34c'est d'envahir
00:11:35les bureaux de la cinémathèque,
00:11:37qu'on n'appelle plus la cinémathèque,
00:11:38on l'appelle la barbintèque,
00:11:39pour Pierre Barbain.
00:11:40Mais j'allais dire,
00:11:41une occupation silencieuse.
00:11:44Et celui qui est l'agitateur
00:11:45dans cette histoire,
00:11:46il se demande tout ce qu'il sait.
00:11:48Tout d'un coup,
00:11:48il y a quelqu'un
00:11:49qui est monté sur un balcon,
00:11:51sur une fenêtre,
00:11:52et qui a commencé
00:11:53à haranguer la foule
00:11:55en notre nom.
00:11:56Il était des nôtres.
00:11:58Et moi,
00:11:58je ne l'ai jamais vu
00:11:59à la cinémathèque,
00:12:00ce type-là.
00:12:00C'était un mec rouquin,
00:12:02un jeune rouquin.
00:12:05Et je me dis,
00:12:06mais d'où il sort celui-là ?
00:12:07Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
00:12:08Il parle en notre nom, etc.
00:12:10Il a les...
00:12:12Enfin, c'était le mois de mai,
00:12:13c'était Daniel Cohn-Bendit.
00:12:15Je me rappelle
00:12:15que j'étais monté
00:12:16sur une fenêtre,
00:12:18et c'est un peu d'en haut
00:12:19que j'observais
00:12:20en intervenant.
00:12:21Et puis quand je me rappelle
00:12:23du discours assez grandiloquent
00:12:26de Jean-Pierre Léo,
00:12:28qui a lu une note
00:12:29de protestation,
00:12:31comme si on était
00:12:32au jeu de paume
00:12:34tout de suite
00:12:34après la Révolution française.
00:12:36Il y avait
00:12:37quelque chose
00:12:38d'assez touchant
00:12:39dans la manière
00:12:41de parler
00:12:42ou d'intervenir
00:12:43de Jean-Pierre Léo.
00:12:44Il vient d'ailleurs,
00:12:45et lui,
00:12:45il est très rompu
00:12:46aux choses politiques.
00:12:47Il leur donne des tuyaux
00:12:48parce qu'il y a des gens
00:12:49qui sont arrêtés
00:12:50par les CRS.
00:12:51Il va réussir
00:12:52à les faire libérer.
00:12:54Il va leur dire
00:12:54comment parlementer.
00:12:55On est des types
00:12:56qui m'avaient reconnu
00:12:58et il m'avait dit
00:13:02vous ne pouvez pas
00:13:03rester là
00:13:03sans ce temps.
00:13:05Retirez-vous
00:13:06dans le calme.
00:13:07Tout comme ça.
00:13:09Alors,
00:13:11j'ai transmis.
00:13:12J'ai dit
00:13:14voilà,
00:13:15on me propose
00:13:15si,
00:13:16on me propose ça.
00:13:17Et les types
00:13:17qui hurlent.
00:13:19Et à ce moment-là,
00:13:20il y a un type
00:13:21qui dit
00:13:21non,
00:13:21attendez,
00:13:22attendez.
00:13:24ils ont amené
00:13:26cinq de nos copains
00:13:27tout à l'heure,
00:13:28il faut les libérer.
00:13:28Alors,
00:13:29je suis retourné
00:13:30voir le flic
00:13:32et vous m'avez caché ça.
00:13:35Je comprends
00:13:35pourquoi ils ne veulent
00:13:36pas s'en aller.
00:13:37Il faudrait libérer.
00:13:39Je lui ai dit
00:13:40nous allons les libérer
00:13:41mais partez d'abord.
00:13:43Alors,
00:13:43voilà ce qu'il nous dit.
00:13:45Et là-dessus,
00:13:46il y a Kone Mené
00:13:46qui a dit
00:13:47non,
00:13:47non,
00:13:48qu'ils les libèrent d'abord,
00:13:49on partira après.
00:13:51Et c'est ce qu'ils ont fait.
00:13:53Malraux
00:13:54s'aperçoit
00:13:55qu'il s'est foutu
00:13:56dans des salles-là
00:13:57et que c'est vraiment
00:13:58pas possible
00:13:59parce que
00:14:00ça continue à intriguer.
00:14:02C'est-à-dire que
00:14:03le comité de défense
00:14:04a des influences
00:14:05qui dépassent le cinéma.
00:14:07Truffaut réussit
00:14:08à se faire inviter
00:14:08à un débat télévisé
00:14:09avec Pierre Mendès-France.
00:14:11La Cinémathèque française
00:14:11était un des rares
00:14:12établissements français
00:14:14à convenir
00:14:15à la fois aux cinéastes
00:14:16dont les films
00:14:16étaient montrés,
00:14:17à ceux qui confiaient
00:14:19leurs copies
00:14:19et aux spectateurs
00:14:20qui y allaient tous les jours.
00:14:21Donc c'était vraiment
00:14:22la seule chose
00:14:23qui n'attirait
00:14:24aucune récrimination
00:14:26et on l'a fermée
00:14:26depuis 50 jours
00:14:27et je trouve qu'il faut
00:14:29demander des explications,
00:14:30il faut demander
00:14:30la réouverture
00:14:31de la Cinémathèque
00:14:32et il faut demander,
00:14:34je ne sais pas,
00:14:35que ce scandale,
00:14:36parce que c'est un
00:14:37scandale national,
00:14:38en tout cas je trouve
00:14:38que si on parle de cinéma
00:14:39actuellement,
00:14:40c'est la chose
00:14:40dont il faut parler,
00:14:42il faut demander
00:14:42que ce scandale
00:14:43cesse au plus vite.
00:14:44On convainc François Mitterrand
00:14:45qui à l'époque
00:14:46est député
00:14:47de parler
00:14:48à l'Assemblée nationale
00:14:50en disant
00:14:51pourquoi vous avez
00:14:52enlevé la Cinémathèque
00:14:53à Henri Langlois.
00:14:54De Gaulle ne comprend rien
00:14:55à ce qui se passe.
00:14:57Il n'est pas sur les films.
00:14:57Et Malraux est emmerdé.
00:14:59Parce que Malraux,
00:15:00il est admiré
00:15:01de ces gens-là
00:15:03pour le film
00:15:04qu'il a fait
00:15:06l'espoir,
00:15:07c'est Radette Ruel.
00:15:08Et il y a le malaise.
00:15:09Et qu'est-ce qui va se passer,
00:15:10c'est qu'ils vont devoir céder.
00:15:11Dans un nouveau conseil
00:15:13d'administration
00:15:13qui a lieu le 22 avril
00:15:14où on va remettre
00:15:16Henri Langlois
00:15:17dans ses fonctions
00:15:18mais avec l'idée
00:15:19qu'on sépare
00:15:22le côté artistique,
00:15:24programmation
00:15:25du côté
00:15:27sauvegarde des films.
00:15:28Eh bien,
00:15:29nous avons de nouveaux statuts
00:15:30et pour le reste,
00:15:31vous avez les communiqués officiels.
00:15:32C'est-à-dire que la Cinémathèque
00:15:34redevient donc
00:15:34une association privée
00:15:35et que la conservation des films
00:15:36maintenant dépend de l'État.
00:15:38Est-ce bien cela ?
00:15:39Il y a toujours eu
00:15:40la Bibliothèque nationale,
00:15:41ça n'a pas empêché
00:15:41qu'il y ait beaucoup
00:15:42de bibliothèques en France.
00:15:43Oui, mais que vont devenir
00:15:44les films qui ont été confiés
00:15:45en dépôt à la Cinémathèque ?
00:15:46La Cinémathèque les conservera
00:15:47à l'objet
00:15:48de la prochaine Assemblée générale.
00:15:50Parce que j'ai l'impression
00:15:51que c'est là
00:15:51le problème important.
00:15:52C'est la prochaine Assemblée générale.
00:15:54Bon, pour le moment,
00:15:54il y aura lieu
00:15:55dans un mois et demi.
00:15:56Autrement dit,
00:15:57des négociations vont s'engager.
00:15:58Voilà, exactement.
00:15:59La Cinémathèque,
00:16:00pour des années,
00:16:01est restée
00:16:02sans aide de l'État
00:16:04jusqu'à l'arrivée
00:16:05de Jacques Lang
00:16:06où là, il m'a dit
00:16:07prenez la Cinémathèque,
00:16:08je vous donnerai
00:16:09tout ce que vous voulez.
00:16:10Et là, j'ai compris,
00:16:10c'est que demandait l'État.
00:16:11L'État demandait
00:16:12des contrôleurs
00:16:14et une présence aussi
00:16:16des personnalités
00:16:17que l'État a nommées
00:16:18dans le Conseil.
00:16:19Deux personnalités
00:16:20plus le contrôleur.
00:16:21Et ça, on l'a fait.
00:16:22On l'a fait,
00:16:23la Cinémathèque
00:16:24avait partie là-dessus
00:16:24et il y a des contrôleurs maintenant.
00:16:26Voilà.
00:16:26L'affaire, c'était
00:16:27une vraie fausse affaire
00:16:28mais une bonne affaire
00:16:29en même temps.
00:16:30Parce que tout d'un coup,
00:16:31pour la Cinémathèque,
00:16:31c'était formidable,
00:16:33le cinéage du monde entier
00:16:34s'est soulevé.
00:16:35Tout d'un coup,
00:16:35la Cinémathèque
00:16:36qui était une Cinémathèque
00:16:37connue et bien respectée
00:16:38et aimée,
00:16:39là, elle est devenue
00:16:40la première Cinémathèque
00:16:41du monde
00:16:41et que depuis,
00:16:43je veux dire,
00:16:44cette réputation formidable
00:16:45s'est poursuivie.
00:16:4710 mai 1968,
00:16:49alors que la France gronde
00:16:50à coups de manifestations étudiantes
00:16:51et que la grève générale
00:16:53se profile,
00:16:53le Festival de Cannes
00:16:55s'ouvre comme si
00:16:55de rien n'était,
00:16:56avec ses actrices
00:16:57sautant et courant
00:16:58sur la plage,
00:16:59ses fêtes
00:16:59et ses stars.
00:17:00Mais la révolution
00:17:01au palais est imminente
00:17:02et le Festival de Cannes
00:17:04en sera à jamais transformé.
00:17:07À Cannes,
00:17:08c'était les pays
00:17:08qui présentaient les films.
00:17:10Le Cannes,
00:17:11on disait
00:17:11la France présente
00:17:12le monde du silence,
00:17:14le commandant Cousteau
00:17:15et Louis Malte.
00:17:16Les Etats-Unis présentent
00:17:17hors compétition
00:17:18les oiseaux d'Alfred Hitchcock.
00:17:19C'était comme ça.
00:17:20Donc,
00:17:20la sélection des films
00:17:21était là.
00:17:22Mais il y avait eu
00:17:22des problèmes.
00:17:23Un an ou deux avant,
00:17:25à l'araînée,
00:17:27l'Espagne avait demandé
00:17:28qu'on retire
00:17:30la guerre infinie
00:17:31d'un compétition.
00:17:34C'était quand même
00:17:36sous prétexte
00:17:37qu'il ne voulait pas.
00:17:38Et il y avait
00:17:39des pressions
00:17:40régulièrement.
00:17:41Et en même temps,
00:17:42il y avait aussi des pressions
00:17:43par rapport au jury.
00:17:45En 1960, par exemple,
00:17:46on sait que
00:17:47Simonon l'a raconté,
00:17:49Henri Miller et lui,
00:17:51je crois que Miller
00:17:51était dans le jury
00:17:52avec lui en 1960,
00:17:52quand il me semble me souvenir.
00:17:54Enfin, bon,
00:17:54il s'était bagarré
00:17:55pour que ça allait
00:17:56dans le sévitard.
00:17:58Alors que...
00:18:00Ce n'était pas
00:18:01ce qui était prévu.
00:18:02Bon.
00:18:03Il y avait un côté prévu.
00:18:04Ça n'arrive pas
00:18:05les qualités
00:18:05qu'avait Favre d'Abra...
00:18:06Bon.
00:18:07Mais si,
00:18:08ils avaient leur qualité.
00:18:08Mais c'était un petit peu
00:18:10cousu d'un film blanc
00:18:11pas très propre,
00:18:12si vous voulez.
00:18:12Je peux vous dire
00:18:13une seule chose,
00:18:14d'après ce que j'ai vu,
00:18:15les films à 15 années
00:18:16sont assez intéressants.
00:18:18Je veux dire
00:18:18que le niveau
00:18:19est très élevé.
00:18:20Mais il n'y a pas
00:18:21des films sharp,
00:18:22vous savez.
00:18:23Il n'y a pas des films
00:18:24qui écrasent le festival,
00:18:25qui font la sensation...
00:18:27Il n'y a pas l'équivalent
00:18:28de Blow Up
00:18:28l'année dernière,
00:18:29en tant que temps.
00:18:29Je ne suis pas venu ici
00:18:30l'année dernière
00:18:32et je n'ai pas suivi
00:18:32les festivals.
00:18:34Mais je venais ici souvent,
00:18:35c'est mon huitième festival.
00:18:37Je me souviens des années
00:18:37où il y avait
00:18:38des films très mauvais,
00:18:40des films excellents.
00:18:41Vous comprenez,
00:18:41il y avait des journées
00:18:42où la salle était
00:18:43complètement vide,
00:18:44où il y avait des journées
00:18:45où la salle éclatait.
00:18:47Maintenant,
00:18:47le niveau est assez élevé,
00:18:51mais égale.
00:18:51Je ne veux pas trop parler
00:18:52parce que je suis juré.
00:18:54Mais il y a a priori
00:18:54une douzaine de films
00:18:56qui m'intéressent,
00:18:57moi,
00:18:58qu'en tant que spectateur,
00:18:59j'aurais envie de voir.
00:18:59J'aurais été intéressé
00:19:00soit parce que
00:19:01leur metteur en scène
00:19:02m'intéresse,
00:19:03soit parce que
00:19:03leur sujet m'intéresse,
00:19:04soit parce que...
00:19:05Il y a vraiment
00:19:06une douzaine de films
00:19:07qui, a priori,
00:19:07je trouve intéressants
00:19:09et dignes d'attention.
00:19:10Ce qui n'est pas toujours
00:19:10le cas dans les festivals.
00:19:12Cannes était avant tout
00:19:14beaucoup plus
00:19:15qu'aujourd'hui,
00:19:16ce côté,
00:19:17on fait,
00:19:17un,
00:19:18on fait du business
00:19:18et puis deux,
00:19:19c'est on est en représentation.
00:19:20Souvent,
00:19:21c'était la Béguenne
00:19:22qui était là,
00:19:23c'était tel roi,
00:19:25tel machin.
00:19:26Aujourd'hui,
00:19:26c'est un peu fini.
00:19:27Il faut quand même
00:19:28avoir cette idée
00:19:29de représentation,
00:19:30de chic,
00:19:31de mondanité
00:19:31qui est très importante
00:19:32encore en 68
00:19:34pour comprendre
00:19:34à quel point
00:19:35ça peut être choquant
00:19:38le fait que,
00:19:39d'un côté,
00:19:39sur la Côte d'Azur,
00:19:41le festival s'ouvre
00:19:42le 10 mai
00:19:43avec une restauration
00:19:45d'automne
00:19:46en porte-le-vent.
00:19:47C'est un cinéma
00:19:47qui est tout sauf politique
00:19:49ou alors vraiment
00:19:50ultra-droitier,
00:19:52à la limite du racisme.
00:19:54Et donc,
00:19:55on voit bien
00:19:55que c'est un cinéma
00:19:56des belles tenues,
00:19:57etc.
00:19:58Et surtout,
00:19:59il y a évidemment
00:20:00après la projection,
00:20:02il y a un grand repas
00:20:03où presque tout le monde vient.
00:20:05Par contre,
00:20:05il y a déjà
00:20:06quelque chose
00:20:06qui existe toujours
00:20:07aujourd'hui
00:20:08par rapport
00:20:08au festival de Cannes,
00:20:09c'est-à-dire que
00:20:10Cannes est une bulle.
00:20:12Parce qu'il y a
00:20:12des projections
00:20:13toute la journée,
00:20:14parce que quand on n'est
00:20:15pas en projection,
00:20:16on est avec les cinéastes,
00:20:17on parle avec eux,
00:20:17etc.
00:20:19Ce qui se passe
00:20:21à l'extérieur
00:20:21est très lointain.
00:20:22Mais les choses
00:20:23vont se faire
00:20:24petit à petit.
00:20:25C'est-à-dire que
00:20:26ça s'ouvre
00:20:27quasiment normalement,
00:20:28mais le soir de l'ouverture,
00:20:29c'est-à-dire que
00:20:29du 10 au 11 mai,
00:20:31c'est la première
00:20:31grande nuit
00:20:32d'insurrection à Paris,
00:20:33de barricades,
00:20:34de pavés, etc.
00:20:36Au point qu'un certain
00:20:37nombre de personnes
00:20:38décident que
00:20:39le lundi 13,
00:20:40on va arrêter
00:20:41le festival de Cannes
00:20:42pour une journée,
00:20:43on va faire des manifs,
00:20:46on va participer
00:20:47aux manifs,
00:20:47notamment étudiantes,
00:20:49à Nice
00:20:50ou à Cannes.
00:20:51Le gros des troupes
00:20:52va à Nice,
00:20:52il y a ceux
00:20:53qui restent à Cannes
00:20:54ou il y a aussi
00:20:54des choses.
00:20:56Et l'idée,
00:20:56c'est qu'on va mettre
00:20:57le festival en parenthèse
00:20:58une journée.
00:20:59Et puis,
00:21:00c'est Jean-Louis Bory
00:21:02qui commence
00:21:02avec les critiques
00:21:03à dire
00:21:04est-ce que c'est bien
00:21:06raisonnable
00:21:06de continuer,
00:21:08de faire comme
00:21:08si rien n'était ?
00:21:09Voici de quoi il s'agit,
00:21:10c'est que
00:21:11nous avons été
00:21:12profondément remués
00:21:13par les événements
00:21:15qui se déroulent à Paris,
00:21:15que nous connaissions
00:21:17par les transistors
00:21:18achetés par les camarades
00:21:19qui sont pères de famille
00:21:20et par conséquent
00:21:20qui commencent à se faire
00:21:21beaucoup d'inquiétude
00:21:22pour leur progéniture.
00:21:24Et sous le coup
00:21:25de l'émotion,
00:21:25nous avons réuni,
00:21:26enfin ceux des copains
00:21:27que nous avons pu rencontrer
00:21:28à la salle de presse
00:21:30du festival
00:21:30pour demander
00:21:32une proposition,
00:21:34enfin une motion
00:21:34de solidarité
00:21:35avec les mouvements
00:21:36universitaires.
00:21:37Voilà.
00:21:38Et à la suite
00:21:40de cette réunion,
00:21:41de cette décision,
00:21:42nous avons affiché
00:21:43la proclamation
00:21:44qui a été publiée
00:21:45dans la presse
00:21:46et diffusée
00:21:46par les ondes
00:21:46de différents pays.
00:21:47Et c'est une situation
00:21:48si l'on se dit
00:21:50révolutionnaire,
00:21:50et bien même à Cannes,
00:21:52même par loin d'une plage,
00:21:53ce qui peut donner
00:21:53un côté un peu ridicule
00:21:54et déplaisant au geste,
00:21:56et bien nous tenons
00:21:57tout de même à manifester
00:21:58notre solidarité
00:21:59avec, sinon nos enfants,
00:22:01du moins nos élèves,
00:22:01puisque je suis professeur,
00:22:02et puis du moins
00:22:03avec tous les gens
00:22:03qui croient que le cinéma
00:22:04est un phénomène de culture.
00:22:06Le cinéma, pour moi,
00:22:07est un outil
00:22:08qui s'engage,
00:22:09ce n'est pas du tout
00:22:09un divertissement,
00:22:10c'est beaucoup plus que cela.
00:22:11C'est un outil
00:22:12et une arme de culture.
00:22:14Et les jeunes gens
00:22:15qui vont au cinéma
00:22:15en sont profondément persuadés.
00:22:17Et ce qui va mettre
00:22:17le feu aux poudres,
00:22:18finalement,
00:22:19c'est l'arrivée de Truffaut.
00:22:20Parce que Truffaut arrive
00:22:22à Cannes,
00:22:23le 17, je crois,
00:22:24et il est censé représenter
00:22:25le comité de défense
00:22:26de la cinémathèque.
00:22:27Donc, officiellement,
00:22:28il vient pour parler
00:22:31de l'affaire Langlois, etc.
00:22:33Lorsque je suis venu à Cannes,
00:22:34c'était avec l'intention
00:22:36de rendre international
00:22:37ce comité de défense
00:22:38de la cinémathèque française
00:22:38qui avait très bien fonctionné,
00:22:40qui avait pratiquement presque
00:22:41remis Langlois dans ses murs.
00:22:43Pendant ce temps-là,
00:22:44les états généraux
00:22:45du cinéma français
00:22:46se sont constitués.
00:22:48C'est le 17
00:22:48qui se constitue.
00:22:49Et il semblerait
00:22:51qu'il y ait un coup de fil
00:22:52très important
00:22:53dans la soirée du 17
00:22:55de Jacques Rivette
00:22:56à François Truffaut
00:22:57qui lui dit
00:22:58les états généraux
00:23:00du cinéma
00:23:00ont décidé
00:23:01que le cinéma
00:23:02doit s'arrêter
00:23:03pour repartir
00:23:04dans une autre direction.
00:23:05Donc, il ne faut qu'un ne s'arrête.
00:23:07Et Truffaut dit
00:23:08OK, je m'en occupe.
00:23:09Et c'est comme ça
00:23:10qu'il y a une première réunion
00:23:11vraiment d'importance
00:23:12le 18 matin.
00:23:15Alors, je vais vous lire
00:23:16une motion
00:23:16qui a été rédigée.
00:23:18cette nuit
00:23:19à l'école de Beaugirard
00:23:22par un ensemble
00:23:25de cinéastes
00:23:26et techniciens français.
00:23:29L'Assemblée d'Information
00:23:30et d'Action
00:23:31du cinéma français
00:23:33rassemblant le 17 mai 1968
00:23:34plus de 1 000 professionnels
00:23:36réunis à l'École nationale
00:23:37de photographie
00:23:38et de cinématographie
00:23:38de la rue Beaugirard
00:23:40investis par ses élèves
00:23:41depuis le 15 mai 1968
00:23:44demandent à tous les réalisateurs
00:23:45producteurs, distributeurs,
00:23:46acteurs, journalistes,
00:23:47membres du jury
00:23:48présents à Cannes
00:23:49de s'opposer en collaboration
00:23:50avec leurs homologues étrangers
00:23:52et par les moyens
00:23:52qui leur sont propres
00:23:54à la continuation du festival
00:23:55afin de montrer leur solidarité
00:23:57avec les travailleurs
00:23:58et étudiants en grève
00:23:59de protester
00:24:00contre la répression policière
00:24:01et d'exprimer par là
00:24:03leur volonté
00:24:04de contester
00:24:04le pouvoir poliste
00:24:05et les structures actuelles
00:24:07de l'industrie cinématographique.
00:24:08C'est signer
00:24:08les états généraux
00:24:09du cinéma français.
00:24:10Et nous, nous étions
00:24:11dans la salle
00:24:12qui était pleine
00:24:12où il y avait une atmosphère
00:24:13très très dense
00:24:15avec un sentiment de gêne
00:24:17parce qu'il y avait
00:24:17on s'entend
00:24:18qu'on s'était
00:24:18qu'il voulait obtenir
00:24:20des choses
00:24:21qu'il n'était pas sûr
00:24:21d'obtenir
00:24:22il y avait des regards obliques
00:24:24il y avait des clins d'œil
00:24:25etc.
00:24:26Et donc j'étais là
00:24:27j'étais à côté
00:24:27de Jean-Louis Bory
00:24:29et de Alice Sabritch
00:24:30qui était sa chérie
00:24:31à l'époque
00:24:32et Bory, lui
00:24:33je dois dire
00:24:33était très pour
00:24:35sa saut
00:24:35son âme
00:24:36de jeune homme en colère
00:24:38qui n'était plus
00:24:39tout à fait un jeune homme
00:24:39s'était réveillé
00:24:41et il avait épousé
00:24:42complètement
00:24:43ce parti-là.
00:24:45Les films
00:24:45que nous devrions défendre
00:24:47parce que nous sommes français
00:24:48ne sont plus dans la compétition
00:24:49et nous ne voulons plus
00:24:50de compétition.
00:24:51De toute façon
00:24:51nous sommes contre
00:24:51les compétitions
00:24:52comme les...
00:24:53Nous parlons d'ensemble
00:24:54pas de...
00:24:56Non, non, non
00:24:57l'ensemble.
00:24:57De toute façon
00:24:58comme les étudiants
00:24:58ne veulent pas d'examen
00:24:59nous on ne veut pas de compétition.
00:25:00C'était pas forcément
00:25:04politique
00:25:05c'était générationnel
00:25:07il y avait les jeunes
00:25:07il y avait les moins jeunes
00:25:08et alors
00:25:10il y en avait quelques-uns
00:25:11qui étaient à cheval
00:25:11justement
00:25:12qui se posaient
00:25:12sur le quel côté
00:25:13il ne devait pas pencher
00:25:15bon
00:25:15Lelouch il a été courageux
00:25:17parce qu'il avait un film
00:25:17et il nous a rejoint
00:25:20quand même
00:25:20il était avec nous.
00:25:21Fasse ta parole
00:25:21à Claude Lelouch
00:25:23Je vois que
00:25:24il y a les gauloises bleues
00:25:25et très jaunes
00:25:25Bravo
00:25:28Tous les problèmes
00:25:29je comprends les choses
00:25:30qu'il faut que je retire
00:25:31mon film
00:25:32de compétition
00:25:33Bravo
00:25:34Je me souviens
00:25:35que pour essayer
00:25:36de calmer les choses
00:25:37parce qu'on ne savait pas
00:25:38où on allait
00:25:38dans cette discussion
00:25:39très confuse
00:25:40quelqu'un avait dit
00:25:41bon écoutez
00:25:42alors on pourrait
00:25:42peut-être trouver
00:25:43une solution
00:25:44c'est-à-dire
00:25:44qu'on continue
00:25:45à montrer les films
00:25:47mais on supprime
00:25:49la compétition
00:25:50parce qu'au fond
00:25:50l'esprit de compétition
00:25:52c'est ce contre quoi
00:25:53on est
00:25:54le côté élitiste
00:25:55etc.
00:25:57Ah non
00:25:57surtout pas
00:25:58on n'y comprendra rien
00:25:59si c'est une demi-mesure
00:26:01il faut que ça s'arrête
00:26:02carrément
00:26:04J'étais là
00:26:05et je voyais
00:26:08Truffaut
00:26:08qui me regardait
00:26:10Truffaut
00:26:11vous le connaissez
00:26:11avec son oeil
00:26:12d'aigle
00:26:15qui se jetait sur moi
00:26:16comme sur une proie
00:26:17avec beaucoup d'insistance
00:26:19pendant que les autres
00:26:19parlaient
00:26:20et me regardait
00:26:21comme pour me juguler
00:26:23pour essayer de me convertir
00:26:26et m'obliger à parler
00:26:28Je fais partie d'aucune école
00:26:29Dominique Delonche
00:26:30est le metteur en scène
00:26:31du film qui passe
00:26:32demain
00:26:32je risquais d'être connu
00:26:35mais parce que l'est dérifié
00:26:36avec ce qui se passe à Paris
00:26:37en ce moment
00:26:38je retire mon film
00:26:39de la compétition
00:26:40seulement
00:26:42si le film est montré
00:26:43quelque part
00:26:43que ce soit rue d'Antibes
00:26:44ou n'importe où
00:26:45j'aimerais quand même
00:26:46qu'on le voit
00:26:46parce que c'est la somme
00:26:47de dix années de travail
00:26:48et des morts
00:26:52Je veux dire que maintenant
00:26:53quand j'essaye
00:26:54de me souvenir de ça
00:26:54je me dis
00:26:55mais comment est-ce
00:26:56que j'ai pu dire
00:26:56une chose pareille
00:26:57solidarité
00:26:58mais solidarité
00:26:59avec quoi ?
00:27:00Là en ce moment
00:27:01je me demande
00:27:02à l'époque peut-être
00:27:03que j'avais une vraie solidarité
00:27:04je ne sais pas
00:27:05je ne m'en souviens pas
00:27:07alors solidarité
00:27:08solidarité
00:27:09avec les lanceurs
00:27:09de pavés
00:27:10du boulevers Saint-Michel
00:27:12je ne sais pas
00:27:12peut-être que je l'avais
00:27:13à l'époque
00:27:14mais là maintenant
00:27:15ça m'étonne quand même beaucoup
00:27:16non j'étais complètement
00:27:17c'était une opération
00:27:19de lavage du cerveau
00:27:20si vous voulez
00:27:20et ce qui s'est passé
00:27:22avec d'autres
00:27:22je revois
00:27:23Monika Vitti
00:27:25qui avait traîné
00:27:26parce qu'elle était dans le jury
00:27:27c'était encore plus important que moi
00:27:28pour qu'elle sabote
00:27:30que s'aborde le festival
00:27:31Monika Vitti
00:27:32à qui on presse
00:27:33dire alors Monika
00:27:34et je la vois
00:27:36toute trop croquevillée
00:27:37disant
00:27:39j'ai soui avec vous
00:27:41et tout ce qu'on a vu
00:27:42elle a tiré
00:27:42vraiment c'était tiré
00:27:43avec un hameçon
00:27:44un hameçon
00:27:45qui venait de loin
00:27:46Ce que je crois quand même
00:27:47c'est que tout
00:27:48tout ce qui est un peu
00:27:50digne et important
00:27:51s'arrête en France
00:27:52et je ne sais pas
00:27:53sous quelle forme
00:27:54il faut le faire
00:27:54mais je sais que cet après-midi
00:27:56ou ce soir
00:27:57on doit annoncer
00:27:58dans ce qui reste
00:27:59de l'information
00:28:00puisque les journaux
00:28:00ne sont plus acheminés
00:28:01mais il faut que les radios
00:28:03au moins annoncent
00:28:05que le festival de Cannes
00:28:06est arrêté
00:28:07ou si on n'annonce pas
00:28:08qu'il est arrêté
00:28:09il faut qu'il soit
00:28:10considérablement transformé
00:28:11pour que l'information
00:28:12soit nette et précise
00:28:13parce que vu de l'extérieur
00:28:15le festival de Cannes
00:28:16c'est quand même
00:28:17vous savez ce que c'est
00:28:18voilà
00:28:18c'est la réception
00:28:20de cette nuit
00:28:20de monsieur Barclay
00:28:21je veux dire
00:28:21et ça il faut donner
00:28:23il faut que les gens
00:28:23comprennent bien
00:28:24que ça
00:28:25ça s'est arrêté
00:28:25alors la forme
00:28:27est à trouver
00:28:27mais à mon avis
00:28:28la forme c'était quand même
00:28:29à l'extérieur
00:28:29de ce bâtiment
00:28:30si on appelle monsieur Chanson
00:28:32il va immédiatement
00:28:34nous appeler tous
00:28:35dans la chambre du jury
00:28:37il peut se réunir
00:28:39ailleurs
00:28:39que chez la Bégomme
00:28:40il peut se réunir ici
00:28:44il peut se réunir ici
00:28:45on peut les appeler
00:28:46les membres du jury
00:28:47écoute
00:28:48il défend la Bégomme
00:28:49Jean-Luc
00:28:51tout ce que tu me dis
00:28:52ça m' rappelle
00:28:52énormément de journées
00:28:53que j'ai passées
00:28:55en Pologne
00:28:55pendant une période
00:28:56qui s'appelle stalinienne
00:28:57je me souviens
00:29:05que d'un seul
00:29:05qui était contre
00:29:06qui était un ami
00:29:08et c'était Polanski
00:29:10et moi bien sûr
00:29:12j'étais plutôt pour
00:29:13mais bon
00:29:15et par contre
00:29:17lui j'ai vu
00:29:17avec quelle intensité
00:29:19il protestait
00:29:21et il disait
00:29:22mais vous vous rendez pas compte
00:29:23vous vous rendez pas compte
00:29:24que tout ce que ça peut provoquer
00:29:25tout ça
00:29:27c'est très dangereux
00:29:28ce que vous faites
00:29:29vous êtes en train
00:29:30de libérer
00:29:31des choses
00:29:32qui vous savez pas
00:29:33où ça va aller
00:29:34et donc
00:29:36moi j'ai dit
00:29:37tiens
00:29:37il faut quand même
00:29:38l'écouter
00:29:38parce qu'il y avait aussi
00:29:42Nestor Almindros
00:29:43que je connaissais aussi
00:29:44il y avait Miloche Forman
00:29:46tous les gens
00:29:46qui avaient vécu
00:29:47le communisme
00:29:48dans leur vie
00:29:51étaient très très réservés
00:29:52tous ces pays
00:29:54qui avaient connu
00:29:55des régimes totalitaires
00:29:57avec des répressions violentes
00:29:58redoutaient évidemment
00:30:00de nouveau
00:30:01que le régime gaulliste
00:30:04s'abatte
00:30:05sur ces jeunes
00:30:06et qu'ils revoient de nouveau
00:30:09un scénario
00:30:09de répressions et violences
00:30:12il savait très bien
00:30:13le sort que peut avoir
00:30:15un art
00:30:16surtout le cinéma
00:30:17qui est un art très populaire
00:30:18sous la direction
00:30:19d'un gouvernement
00:30:20quel qu'il soit d'ailleurs
00:30:21parce que le pouvoir
00:30:23a tendance à vouloir
00:30:24tout prendre pour lui
00:30:25c'est normal
00:30:26donc c'était une idée absurde
00:30:28mais c'est une idée
00:30:29un peu très gauchiste
00:30:30un peu maroïste
00:30:30si vous voulez
00:30:31en même temps
00:30:31parce qu'il y avait les maroïstes
00:30:32il y avait les trotskistes
00:30:33etc
00:30:33et puis cette espèce de
00:30:35comment dirais-je
00:30:36d'interprétation
00:30:37de certaines dites écrites
00:30:40de Marx
00:30:41qu'il fallait vraiment
00:30:42que tout soit nationalisé
00:30:43etc
00:30:43on arrête le festival
00:30:44et aussitôt
00:30:46on entreprend
00:30:47des réformes fondamentales
00:30:48tout de suite
00:30:49parce qu'en ce moment
00:30:50les ouvriers
00:30:50les délégués syndicaux
00:30:51s'en occupent
00:30:52et c'est ça qui est important
00:30:54pour l'instant
00:30:55c'est arrêter le festival
00:30:56c'est arrêter le festival
00:30:58bien sûr
00:30:59il y avait un leader
00:30:59qui était Jean-Luc
00:31:00c'est Jean-Luc
00:31:01qui a pris très vite la parole
00:31:04et qui a eu toujours
00:31:05les mots les plus
00:31:06alors lui il était très maoïste
00:31:08alors évidemment
00:31:09on n'était pas toujours
00:31:10d'accord avec le vocabulaire
00:31:11mais enfin
00:31:11t'as besoin d'être mandaté
00:31:13par qui pour parler
00:31:13d'un film Michel
00:31:15tu es libre
00:31:18et bien bien sûr
00:31:19on en a pour 40 ans encore
00:31:21le premier point Jean-Luc
00:31:22pourquoi décourager
00:31:24les gens comme ça
00:31:25bon c'est ce que je vais dire
00:31:27vous voulez arrêter le festival
00:31:28arrêtez le festival
00:31:29si vous voulez
00:31:30continuer les projections
00:31:31qui saura
00:31:32que le festival
00:31:33s'est arrêté
00:31:34déjà très peu de gens
00:31:35sauront
00:31:35en France
00:31:36que le festival
00:31:37a été arrêté
00:31:38parce que
00:31:38les gens s'en foutent
00:31:39du festival
00:31:40la radio donne des nouvelles
00:31:42heure par heure
00:31:42on annonce que des usines
00:31:44sont occupées
00:31:44que telle et telle ferme
00:31:45que le train ne marche plus
00:31:48maintenant ça va être
00:31:48les métros et les bus
00:31:49alors si on annonce
00:31:50toutes les heures
00:31:51et le festival de Cannes
00:31:52continue
00:31:52et bien c'est franchement ridicule
00:31:54nous demandons
00:31:55à nos trois camarades
00:31:56qui font partie du jury
00:31:58d'en envoyer un en délégation
00:32:01ramener les autres ici
00:32:02en sortant de là
00:32:04je vois un spectacle
00:32:04très insolite
00:32:05c'était la sortie
00:32:06d'une séance
00:32:07tout le monde
00:32:08qui sortait de la séance
00:32:09sur l'escalier
00:32:10et à gauche
00:32:11les séides
00:32:12de Truffaut
00:32:14qui empêchaient
00:32:15les gens de sortir
00:32:18je ne sais pas pourquoi
00:32:19d'ailleurs
00:32:19c'était l'étudiant
00:32:20les empêcher
00:32:21d'entrer encore
00:32:22mais les empêcher
00:32:22de sortir
00:32:23et parmi eux
00:32:24Jean-Pierre Léo
00:32:26qui
00:32:26les bras en croix
00:32:28devant les grandes portes
00:32:31faisait un rempart
00:32:32de son corps
00:32:33plutôt frais
00:32:34elle est gracile
00:32:34c'était vraiment
00:32:36gavroche
00:32:36dans les misérables
00:32:38sur les barricades
00:32:39bon puis tout ça
00:32:40s'est disloqué
00:32:40mais enfin
00:32:41on ne savait pas du tout
00:32:42ce qui allait se passer
00:32:42et puis
00:32:42ce qui s'était
00:32:43vaguement dit
00:32:44à Cocteau
00:32:46ne s'était pas encore répandu
00:32:47donc je suis revenu
00:32:48à 14h
00:32:49il n'y a pas
00:32:50un seul film
00:32:51qui montre
00:32:52des problèmes
00:32:53ouvriers
00:32:54ou étudiants
00:32:55tels qu'ils se passent
00:32:56aujourd'hui
00:32:57il n'y en a pas
00:32:57un seul
00:32:58qu'il soit fait
00:32:59par Forman
00:33:00par moi
00:33:00par Polanski
00:33:01par François
00:33:02il n'y en a pas
00:33:02nous sommes en retard
00:33:04nos camarades étudiants
00:33:06nous ont donné
00:33:07l'exemple
00:33:08en se faisant
00:33:08casser la figure
00:33:09il y a une semaine
00:33:11il ne s'agit pas ici
00:33:12de continuer
00:33:16à voir des films
00:33:17pour l'instant
00:33:18il est évident
00:33:19que nous devons
00:33:20projeter
00:33:20et voir le plus
00:33:21de films possibles
00:33:22et que c'est là
00:33:23notre but
00:33:24aujourd'hui ou demain
00:33:25il ne s'agit pas de ça
00:33:26il s'agit de manifester
00:33:27avec un retard
00:33:28d'une semaine et demie
00:33:30la solidarité
00:33:31du cinéma
00:33:32sur les mouvements
00:33:34étudiants et ouvriers
00:33:35qui se passent
00:33:36en France
00:33:36la seule manière
00:33:37pratique de le faire
00:33:39est d'arrêter
00:33:40immédiatement
00:33:41toute projection
00:33:42non
00:33:43non
00:33:44non
00:33:44non
00:33:44non
00:33:45non
00:33:48je crois pas
00:33:50comme étranger
00:33:51est-ce que je veux dire
00:33:52quelque chose
00:33:52moi
00:33:53oui
00:33:53oui
00:33:53oui
00:33:54alors moi je suis
00:33:55Irlandais
00:33:55et j'ai passé
00:33:56mon premier film
00:33:57et votre révolution
00:33:58a commencé
00:33:59cinq minutes
00:34:00après que vous
00:34:01avez passé
00:34:02mon film
00:34:02Je ne peux pas voter maintenant que les autres films ne soient pas projetés parce que moi j'ai eu
00:34:18mon chance.
00:34:20Je souhaite que le festival s'arrête.
00:34:30Vous parlez de solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez de travail et de gros plan.
00:34:37Vous n'y parlez rien, je voudrais savoir que si vous avez envisagé une refonte des structures du système de
00:34:45production,
00:34:45bon d'après tout vous êtes éminents représentants.
00:34:47Mais ça se fait, c'est en train d'être fait, par vous, par moi et par tout le monde.
00:34:53Eh bien dans ce cas-là, il faudrait faire un nombre du jour avec discussion.
00:34:57Et non pas seulement fermer le festival qui est un symbole certes important,
00:35:01mais dans lequel il devrait y être prévu un certain nombre d'autres choix.
00:35:06Et alors ?
00:35:07S'il vous plaît, chacun à son tour, on ne s'en sortira pas autrement.
00:35:10On est à une époque où les gens du cinéma, le jury de Cannes n'est pas que squatté par
00:35:17les gens du cinéma.
00:35:17C'est tout aussi politique qu'en fait la programmation des films.
00:35:20Donc il n'y a que quatre personnes qui sont vraiment du cinéma dans le jury.
00:35:24C'est Louis Malle, il y a Roman Polanski, il y a Monica Vitti et il y a Terence Young.
00:35:30Et très vite, le 18 mai, les quatre vont donner leur démission.
00:35:33Je crois que ça va être communiqué à la presse, mais en gros, le jury du festival a décidé
00:35:41qu'à la suite de la démission de quatre de ses membres, il était hors d'état de fonctionner.
00:35:47Et par conséquent, il a arrêté de fonctionner.
00:35:52Je veux dire que les quatre membres, si vous voulez, ça n'est pas du tout exclusif,
00:35:58parce que par exemple, Serge Roulet n'était pas là, le maître enseigne yougoslave n'était pas là.
00:36:03Il manque certains des membres du jury, c'est une réunion partielle.
00:36:06Les quatre sont les quatre membres de la profession, c'est-à-dire Terence Young, Monica Vitti, Roman Polanski et
00:36:13moi.
00:36:19Cela dit, à mon avis, et ça s'exprime maintenant à l'avis personnel,
00:36:22la question est de savoir si on continue à projeter les films ou pas.
00:36:34Non, parce que tout de même, je ne sais pas, il me semble qu'il y a quand même des
00:36:38gens
00:36:39qui sont venus très loin pour montrer leurs films à la Cannes, aux journalistes, à la critique,
00:36:44et il me semble que ce serait quand même intéressant qu'ils puissent les montrer quand même,
00:36:46étant bien entendu que la compétition cesse d'exister et qu'il n'y a plus de balmarès, il n
00:36:51'y a plus de jury.
00:36:52À partir de là, ça ébranle évidemment le festival de Cannes,
00:36:56et Favre-Lebray consent à 15 heures, ce 18 mai, de dire,
00:37:02bon alors ok, avec quatre personnes du jury qui démissionnent, il n'y aura plus de compétition.
00:37:07Favre-Lebray était un conservateur, il ne pouvait pas être un troublillon,
00:37:15il était un peu décontenancé, je dois dire.
00:37:20Le samedi, le film finalement de Saurat n'a pas pu être passé,
00:37:24parce que même à 15 heures, quand Favre-Lebray a dit on va continuer, etc.
00:37:27La salle s'est éteint pour que le film commence,
00:37:31et on a vu les premières images, mais le rideau était fermé,
00:37:35et il n'a pas pu s'ouvrir parce que le camarade Godard s'accrochait au film,
00:37:41il était costaud, il s'accrochait, il l'empêchait,
00:37:43ce qui fait qu'au début c'était le Charlie Varney le plus épouvantable.
00:37:46Que nous avons tous ensemble décidé d'empêcher, d'ouvrir ce rideau,
00:37:52parce que c'était encore un grand rideau rouge comme ça qui s'ouvrait,
00:37:55et on s'est accroché au rideau pour qu'on ne l'ouvre pas.
00:37:58Carlos Saurat et Géraldine Chaplin,
00:38:00qui étaient donc les premiers concernés par le film,
00:38:03se sont opposés à la projection de leur propre film.
00:38:06En filigrane, il y a quand même une inquiétude,
00:38:08c'est de se dire si Cannes s'arrête réellement,
00:38:11est-ce que Cannes recommencera un jour ?
00:38:13Est-ce que ce n'est pas la fin du festival de Cannes,
00:38:15avec tout ce que ça veut dire pour tous ces gens ?
00:38:17Parce que Cannes est vraiment un tremplin déjà dès cette époque pour les films,
00:38:22sans parler de ceux qui font du business,
00:38:24qu'à la fois qu'ils vendent des films qui vont se faire,
00:38:26ou qu'ils vendent des films qui sont faits.
00:38:28Parce qu'il y a quand même déjà un marché du film à Cannes.
00:38:35Messieurs, mesdames, je suis distributeur de films en Angleterre.
00:38:40Je suis venu à Cannes.
00:38:42Voilà pourquoi des films.
00:38:44Voilà.
00:38:45Supprimez, si vous le trouvez bien,
00:38:48l'aspect compétitif du film.
00:38:50Mais permettez-nous à voir les films.
00:38:58Si vous vous assistez à passer au défilme du cinématique,
00:39:04il n'y aura pas de festival,
00:39:06l'an suivant,
00:39:08ni jamais.
00:39:11Ce que dit Favre Lebray,
00:39:13ceux qui veulent continuer,
00:39:14ceux qui veulent passer leurs films,
00:39:16on les passera.
00:39:17C'est là qu'il y a un enjeu.
00:39:18Cette solution arrange une partie
00:39:21finalement des festivaliers
00:39:22qui disent, après tout,
00:39:23oui, on va arrêter un peu le côté NEPAP,
00:39:26compétition.
00:39:27Et les autres sont en face
00:39:28en disant que ce n'est pas possible.
00:39:30C'est un scandale.
00:39:31C'est un scandale.
00:39:32C'est un scandale.
00:39:32C'est un scandale, c'est vous.
00:39:34Le scandale, c'est vous.
00:39:36Pourquoi ?
00:39:36Parce que...
00:39:37Pourquoi criez-vous
00:39:38si vous êtes si certains de vous ?
00:39:40Parce que c'est une position en France
00:39:41que vous devez regarder.
00:39:42Allez faire vos business, bande d'oeufs.
00:39:44Calmez-vous.
00:39:45Il faut tous se calmer.
00:39:46Non, mais je lui demande.
00:39:48est-ce que vous êtes du cinéma ?
00:39:49Mais calmez-vous.
00:39:51Claude Bélic est du cinéma.
00:39:53Calmez-vous.
00:39:54Calmez-vous, s'il vous plaît.
00:39:56Reculez.
00:39:57Calmez-vous.
00:39:58Non, Claude, calme le choix.
00:40:00Non, non, non, non, non, non.
00:40:05Laissez-moi parler une seconde.
00:40:06Aujourd'hui, vous n'avez qu'à prendre.
00:40:08Ne poussez pas.
00:40:09Si cette chose est concertée.
00:40:10Écoutez, M. Dallon,
00:40:11vous prenez le bulletin du festival.
00:40:12Il est paru aujourd'hui.
00:40:14Il y a une page entière
00:40:15qu'on a pris payée.
00:40:16Vous voyez bien qu'on n'est pas venu
00:40:25Je trouve qu'il y a beaucoup de gâchis là-dedans, il y a beaucoup de bluffs, je vois ça
00:40:30comme une espèce de récréation de jeunes gens un peu mal élevés, des gens un peu nantis qui ont voulu
00:40:39faire la fête.
00:40:39Vous savez, comme ces gamins qui, quand les parents sont en vacances, convoquent leurs copains et pendant toute la nuit,
00:40:46ils cassent l'argenterie, déchirent les rideaux.
00:40:49Nous avons décidé que le comité de défense de la cinémathèque française va s'occuper désormais de défendre les intérêts
00:40:59des artistes au festival de Cannes.
00:41:01Si bien que cela me permet, cela me permet, cela me permet de vous donner les noms des gens à
00:41:09qui les autorités du festival de Cannes ou à qui les journalistes du festival de Cannes, les délégués des pays
00:41:16étrangers,
00:41:18pourront avoir affaire pour tout renseignement concernant notre action au festival de Cannes pendant les huit jours qui restent.
00:41:25Nous nous donnons donc quel est le rapport de cette association avec le fait qu'ici, par votre cause, par
00:41:31la cause de la minorité, nous ne voulons pas voir les films que nous voulions pas réciter.
00:41:41La cinémathèque a été fermée pendant un mois et pendant un mois, on ne pouvait pas non plus voir les
00:41:44films qu'on souhaitait voir et maintenant, on les verra.
00:41:49Quand le comité de défense de la cinémathèque française a été créé, il a engendré comme toujours une espèce de
00:41:55contre-comité ou du moins une autre association à laquelle je vous propose de vous adresser et qui est représentée
00:42:01ici à Cannes, c'est l'association des amis de Pierre Barbain.
00:42:08Je vous dis, c'est vrai, je propose que le comité de défense de la cinémathèque française devienne le comité
00:42:15de défense du cinéma français.
00:42:17Les journalistes s'en mêlent, des gens sont très actifs, Jean-Louis Bory, Henri Chapier.
00:42:27Les projections du samedi sont interrompues jusqu'au dimanche.
00:42:32Chapier, avec une délégation, obtient qu'une des salles va être dévolue aux réunions, etc.
00:42:40Il y a des gens comme Jean-Rouche, bon, on ne parle pas de Jean-Rouche, ni de sa femme,
00:42:46qui ont contribué à faire forcément conscience aux gens de ce qui se passait.
00:42:53Tenir un festival dans ces conditions-là, ça n'était pas possible de continuer comme si de rien n'était,
00:43:04voilà.
00:43:04Il y a une émotion par rapport à ce qui se passait à Paris qui faisait qu'on ne pouvait
00:43:08pas continuer à vivre un festival alors qu'il se passait des choses pareilles.
00:43:14Il y avait des problèmes pour retourner à Paris, je me souviens qu'il n'y avait plus d'essence
00:43:18et que si on avait une voiture et qu'on partait de Cannes pour retourner à Paris, on n'était
00:43:23pas sûr d'arriver.
00:43:24Ma vraie raison pour fermer le festival de Cannes, c'était pour ce que j'étais juré, c'était de
00:43:29le fermer pour pouvoir aller à Paris où il se passait des choses intéressantes.
00:43:33Après, je me rappelle que dans les bars de Cannes, les gens, dans les restaurants, ont refusé de me servir.
00:43:42Ce n'était pas gentil, surtout qu'à l'époque, je buvais beaucoup.
00:43:46Et ensuite, à Cannes, je me suis fait insulter pendant des années parce que ce n'était pas moi qui
00:43:54avais vraiment fermé le festival.
00:43:56Mais en faisant démissionner le jury, on avait enclenché le mécanisme qui a terminé le fonctionnement du festival.
00:44:03Je suppose que Favre Lebray marchait sur les oeufs parce que d'un côté, c'est un organisme gouvernemental et
00:44:12de l'autre côté, il ne voulait pas se mettre à cause.
00:44:13Il avait très peur de Truffaut parce que Truffaut, en tant que journaliste, dans les années précédentes, avait beaucoup attaqué
00:44:19dans l'art, les diatribes contre le festival, ce festival ridicule, le festival des hortensias.
00:44:28Donc, Favre Lebray faisait très attention, il avait très peur des intellectuels et des idéologues.
00:44:36Et donc, je pense qu'il devait être peut-être dans la cabine de projection, qu'il a essayé de
00:44:40voir ce qui se passerait, et puis qu'il a vu que ce n'était pas possible et qu'il
00:44:43a dit d'arrêt.
00:44:43Les circonstances ne permettant pas d'assurer les projections dans des conditions normales, le conseil d'administration du festival international
00:44:51du film décide d'arrêter le festival et s'excuse de cette situation vis-à-vis des participants étrangers.
00:44:58Le conseil décide à l'unanimité de déclarer clos le 21e festival international du film ce dimanche 19 mai à
00:45:0612h.
00:45:11On a été très critiqué à l'époque, je crois, enfin, on a critiqué beaucoup ceux qui étaient partisans et
00:45:17qui ont même contribué à arrêter le festival,
00:45:19qui à mon avis se serait arrêté de lui-même plus doucement quelques jours après, mais qu'on a un
00:45:23peu forcé à s'arrêter.
00:45:24Tout le monde a convuie que c'était possible, qu'une organisation plutôt aussi solide que le festival, faite par
00:45:29l'État, protégée par l'État, eh bien, on pouvait l'arrêter.
00:45:32Et qu'il y avait des gens qui, ceux qui dirigeaient le festival, indirectement, ils avaient connu leur faiblesse.
00:45:38Et qu'ils ont protesté pendant un moment, mais après, ils ont accepté tous les changements qu'ils ont poursuivis.
00:45:42On a créé la quinzaine des réalisateurs à Cannes. En 69, nous avons eu la première quinzaine des réalisateurs.
00:45:48Je me rappelle qu'on avait des discussions avec le maire de Cannes, qui ne savait pas où nous loger.
00:45:53Il y a le Bicoco, qui était cannois, qui était mon secrétaire général, qui m'a dit « mais il
00:45:55y a une maison abandonnée, je ne sais pas ce que vous y faites,
00:45:58on appelait ça la malmaison, qui était juste à côté du palais des festivals, dans le parc, pourquoi vous ne
00:46:02nous donnez pas cette maison pour le durer ? »
00:46:04Et on nous l'a accordé, on l'a eu pendant dix ans, et c'est devenu la maison des
00:46:07jeunes réalisateurs.
00:46:08C'est formidable d'avoir créé ça.
00:46:09C'est devenu un festival beaucoup plus ouvert, ouvert à tous les films, ou en tout cas à une grande
00:46:14partie des films, des projections du monde.
00:46:20À Cannes, les discussions ont été houleuses, mais ce n'est rien à côté des états généraux du cinéma français
00:46:25à Paris, qui remettent en question toute l'industrie.
00:46:30Les états généraux du cinéma, ça commence vraiment le 17 mai 68.
00:46:38Cinéastes, techniciens rejoignent les étudiants, il y a 1500 personnes concernées, pour dire, bon, à partir de maintenant, le cinéma
00:46:46va rentrer en quelque sorte en résistance lui aussi.
00:46:51Donc ça veut dire qu'on arrête tout.
00:46:53Il faut qu'on arrête le Festival de Cannes, il faut qu'on arrête les tournages.
00:46:56Le plus connu, c'est le cerveau de Gérard Roury, avec Belmondo et Bourville et David Niven, est interrompu.
00:47:06Toutes les strates du cinéma sont là, aussi bien les auteurs que les techniciens.
00:47:11Il y a eu des réunions, des cinéastes.
00:47:14Une des premières petites réunions, c'était par exemple les élèves de l'IDEC.
00:47:18Ils ont réuni quelques-uns des anciens et ils nous ont demandé, est-ce qu'on peut prendre des caméras
00:47:23de l'école, parce que la direction l'interdisait complètement, pour sortir et filmer.
00:47:29On leur a dit, allez-y.
00:47:30C'est ce qu'ils ont fait d'ailleurs.
00:47:32Il y a eu cette grande réunion en Anterre, dans une grande salle de cinéma en Anterre.
00:47:38Et on a commencé, je me souviens, l'après-midi, vers 4-5 heures.
00:47:42Ça a duré toute la journée, toute la nuit.
00:47:44Et ça a fini le lendemain matin, avec des projets qui ont été présentés.
00:47:49Et présentés par des grands metteurs en scène, comme Chabolle et quelques autres, Cast, etc.
00:47:53Et que moi, j'étais assis à côté de Alain René, que je ne connaissais pas.
00:47:56Je me suis dit, Alain René, il va rester cinq minutes, il va partir.
00:47:59Il est resté toute la nuit, comme tout le monde.
00:48:01Et il y a eu des projets absolument étonnants, dans tous les sens.
00:48:04Il y a deux clans.
00:48:05Il y a ceux qui veulent réformer, et il y a les enragés,
00:48:09qui veulent tout casser pour faire table rose,
00:48:11qui veulent en quelque sorte le grand soir du cinéma français.
00:48:14Il y a l'idée qu'on va mettre en train 19 projets, de toutes sortes.
00:48:19C'est Aba le CNC, c'est...
00:48:21Donc Aba le CNC, ça veut dire, on arrête le centre national du cinéma.
00:48:25C'est un état généraux, c'est une sorte d'état de ferveur
00:48:28qui correspond à la ferveur de la France,
00:48:31à ce moment-là.
00:48:32On est en ébullition,
00:48:33et on voit bien, quand on voit le détail des débats,
00:48:36qu'il y a déjà, au cœur de ceux qui sont d'accord pour débattre,
00:48:39il y a quand même ceux qui veulent continuer à faire du cinéma,
00:48:44y compris un cinéma dit commercial,
00:48:46et puis ceux qui ne veulent faire que du cinéma engagé,
00:48:50en s'imaginant que telle manifestation d'ouvriers en grève va remplir les salles,
00:48:56ce qui est complètement utopiste, même en 68.
00:48:59Je veux dire, les gens n'ont pas envie d'aller voir ça au cinéma,
00:49:01enfin, pas de manière conséquente.
00:49:05Il y a plus de gens qui veulent voir une comédie avec Jean-Paul Belmondo.
00:49:07Il y avait un projet que j'adorais, qui était formidable,
00:49:11mais qui était complètement fou, évidemment.
00:49:13C'était le projet de Chabrol du cinéma gratuit.
00:49:17C'est-à-dire qu'il replaçait l'idée qui faisait fonctionner la télévision,
00:49:23d'une taxe sur tous les spectateurs.
00:49:25Mais là, c'était une taxe obligatoire pour tout le monde.
00:49:29Je crois que c'était même pour les gens qui n'allaient pas au cinéma.
00:49:33Mais voilà, c'était une très belle idée qui se tenait.
00:49:39Quand on grattait, ça paraissait délirant, mais ça se tenait.
00:49:42Je pense que le cinéma français a beaucoup gagné dans 68.
00:49:45L'éclatement des salles vient du dédié de 68.
00:49:51La manière de sortir les films étaient des idées criées aux états généraux.
00:49:57Si on reprenait ce qui a été écrit aux états généraux,
00:49:59on serait très curieux de voir combien d'idées étaient prêtes.
00:50:03Le 27 mai, qu'est-ce qui se passe ?
00:50:04C'est les accords de Grenelle,
00:50:05qui sont signés par rapport à tout le pays, pas seulement le cinéma.
00:50:12Après les accords de Grenelle,
00:50:14quand même dans la rue, ça devient plus pacifique.
00:50:17Il y a un vrai reflux.
00:50:19Et le 5 juin, les états généraux du cinéma, c'est terminé.
00:50:23J'ai retrouvé, à travers 68, des souvenirs de la guerre, de l'occupation.
00:50:30Je me suis rendu compte que les gens changent d'opinion comme des girouettes.
00:50:33Et ça m'a affecté terriblement.
00:50:36J'ai vu des collègues à moi qui étaient sous contrat avec des producteurs.
00:50:42Et puis, dès le début des événements,
00:50:44le producteur les appelait pour leur demander des scénarii.
00:50:48qu'ils avaient commandé, ils disaient
00:50:49« Mais non, mais c'est fini, l'outil de travail appartient aux travailleurs. »
00:50:53Et puis, dès qu'il y a eu la contre-manifestation sur les Champs-Elysées,
00:50:57ils appelaient les producteurs pour leur dire
00:50:59« Vous savez, le scénario est prêt, etc. »
00:51:00Et ça, je n'ai pas aimé du tout.
00:51:02Et à ce moment-là, je suis parti aux États-Unis
00:51:05pour une période assez longue.
00:51:07Et puis, voilà.
00:51:08Et puis, je me suis rendu compte que dans le monde entier,
00:51:10c'est un peu la même chose.
00:51:11Et que mieux vaut en rire.
00:51:13Tout n'a pas été négatif.
00:51:15Moi, ça a été un grand espoir.
00:51:16Ce qui était important, c'est que pour la première fois,
00:51:18la profession a discuté, a parlé.
00:51:21C'est-à-dire des réalisateurs, des producteurs, des comédiens,
00:51:24des critiques, des journalistes.
00:51:25On a parlé du cinéma et on a parlé toute la journée, jour et nuit.
00:51:28C'était formidable. Il y avait une ambiance extraordinaire.
00:51:30J'étais sceptique sur le rassemblement
00:51:33de tous les métiers de cinéma.
00:51:36Je voyais bien qu'ils ne pouvaient pas se dégager un objectif commun.
00:51:39À la fois des techniciens, des artistes, des producteurs,
00:51:42des metteurs en scène, des auteurs, des acteurs.
00:51:43Ce n'est pas le même travail.
00:51:46On ne peut pas espérer la même chose.
00:51:48Par exemple, un metteur en scène qui tourne un film,
00:51:50il n'a pas envie de s'arrêter, même pour déjeuner.
00:51:52Il a envie qu'on travaille tout le temps.
00:51:54Alors qu'un ouvrier du cinéma, évidemment,
00:51:55il revendique, lui, pour la diminution des heures de travail.
00:51:59Alors, au fond, on peut sympathiser,
00:52:00mais pas dans la revendication, pas dans la lutte.
00:52:03Donc, je n'y croyais pas.
00:52:04Je n'ai pas assisté aux états généraux.
00:52:05Il n'en est pas sorti grand-chose,
00:52:07mais quand même, les metteurs en scène se sont associés.
00:52:10Par exemple, après, il y a maintenant une association de réalisateurs.
00:52:12Et ça, ça a été important,
00:52:13parce que pour la première fois,
00:52:14les réalisateurs français prenaient conscience
00:52:16qu'il fallait défendre la création.
00:52:18Et l'auteur, l'homme qui a des idées et qui fait des films.
00:52:22Donc, ça n'existait pas, vous voyez,
00:52:23parce que les syndicats en France
00:52:24étaient plutôt des syndicats corporatistes
00:52:27sur le plan technique,
00:52:28mais les artistes n'avaient pas de syndicats.
00:52:30Enfin, ce n'est pas un syndicat qu'on a créé une association.
00:52:32Nous étions plus ou moins tous au syndicat CGT,
00:52:35et la préoccupation numéro un, c'était les salaires,
00:52:39et peut-être les conditions de travail.
00:52:40Mais ce qui nous intéressait, grâce à ces réunions,
00:52:44grâce au mois de mai,
00:52:46c'est de parler du cinéma en profondeur.
00:52:48Comment se font les films,
00:52:49par qui ils se font,
00:52:51et comment ils peuvent se faire mieux
00:52:52et dans des conditions beaucoup plus aisées.
00:52:57Voilà.
00:52:57Donc, la SRF est partie sur cette idée-là.
00:53:21Cette année sans festival,
00:53:24qui est un effet collatéral de mai 68,
00:53:27va avoir une, sur le cinéma,
00:53:29et sur la pensée des cinéastes,
00:53:31va avoir des conséquences,
00:53:34peut-être, je ne dirais pas plus importantes,
00:53:36il ne faut pas exagérer,
00:53:37mais peut-être aussi importantes
00:53:39de ce qui va se passer, disons,
00:53:41sociologiquement et économiquement,
00:53:42mai 68.
00:53:43Cette année 68, on pourrait se dire
00:53:45que c'est un peu folklorique,
00:53:47que c'est des révolutions d'opérettes,
00:53:50en tout cas en ce qui concerne le cinéma,
00:53:52et que finalement, à l'image des états généraux,
00:53:55il n'en reste rien,
00:53:56si ce n'est une association de réalisateurs de films.
00:53:59C'est beaucoup plus compliqué que ça.
00:54:00Il y a quand même eu une sorte de réconciliation
00:54:02de l'après-nouvelle vague,
00:54:04où quand même la nouvelle vague,
00:54:06c'était vraiment les jeunes contre les anciens,
00:54:08et avec des mots très, très douloureux.
00:54:11Et là, tout d'un coup,
00:54:13d'une part, avec l'affaire Langlois,
00:54:15où tout le monde, finalement, s'est retrouvé,
00:54:17et là, finalement, il y a une réflexion sur Cannes,
00:54:21et donc, on a vu qu'en 69,
00:54:24la programmation était différente,
00:54:25et petit à petit, peut-être qu'on peut imaginer
00:54:28que quelque chose a été amorcé
00:54:30pour changer le côté officiel de Cannes,
00:54:34et que le côté semaine de la critique,
00:54:37qui était là, qui était généreux,
00:54:39a été renforcé par la quinzaine,
00:54:41mais très vite, l'officiel a dû aussi changer.
00:54:43Et puis, les états généraux,
00:54:45c'est au-delà de la politique.
00:54:46J'allais dire, c'est une politique des auteurs,
00:54:49au sens défense du métier,
00:54:54mais une défense généreuse et large,
00:54:56un peu comme déjà faisaient les critiques
00:54:58avec le syndicat de la critique,
00:54:59qui tendait des perches aux cinéastes,
00:55:02et aujourd'hui encore,
00:55:04il y a des mouvements entre le syndicat de la critique,
00:55:06la société des réalisateurs de films,
00:55:08l'ARP, l'association des réalisateurs producteurs,
00:55:10tout ce monde-là peut vivre en intelligence,
00:55:13on n'est pas forcément les meilleurs amis de la Terre,
00:55:15mais on va dans le même sens.
00:55:17Après, ça n'empêchera pas qu'on dise
00:55:18qu'on n'aime pas tel film ou tel autre,
00:55:20mais il y a une réflexion et il y a l'idée
00:55:23qu'on doit prendre notre destin en main.
00:55:26On n'est pas que dépendant des financiers,
00:55:30etc., et qu'il faut faire les films
00:55:32qu'on a envie de faire,
00:55:34il faut défendre les films qu'on a envie de voir,
00:55:36et on est aussi responsable de ça.
00:55:42Mais 1968, le festival de Cannes n'échappe donc pas
00:55:46à la fièvre contestataire qui gagne la France
00:55:49et finit, après moult débats,
00:55:51par s'interrompre brusquement.
00:55:52Voilà ce que vient de nous rappeler
00:55:53ce documentaire réalisé par Jérôme Ouibon.
00:55:56Mais au-delà de cet épisode,
00:55:57et au regard de son histoire,
00:55:59de ses programmations et de ses palmarès,
00:56:02quels ont été les moments
00:56:03où la politique s'est invitée
00:56:05à ce rendez-vous incontournable
00:56:07du monde du cinéma.
00:56:09Nous allons nous poser la question maintenant
00:56:11avec nos invités présents aujourd'hui
00:56:12sur ce plateau de Devadoc.
00:56:15Laurent Delmas est avec nous pour commencer.
00:56:17Bienvenue à vous, Laurent Delmas.
00:56:18Vous êtes journaliste à France Inter
00:56:20où vous co-présentez chaque samedi à 10h
00:56:22l'émission On aura tout vu.
00:56:24Et Dieu sait si vous les voyez tous,
00:56:25ou presque, les films qui sortent
00:56:28sur nos écrans français.
00:56:29Vous essayez et vous êtes aussi l'auteur
00:56:30de Cinéma, la grande histoire
00:56:32du 7e art.
00:56:33C'est un ouvrage publié chez Larousse.
00:56:35C'est une nouvelle édition de cet ouvrage.
00:56:37Je nous attends et ça sera
00:56:38l'automne prochain.
00:56:40Olivier Rachman était également avec nous.
00:56:42Bonjour.
00:56:42Bienvenue à vous.
00:56:43Vous êtes journaliste et historien du cinéma
00:56:45et l'auteur de l'Aventure des films.
00:56:47Histoire de 20 tournages mythiques.
00:56:49Un ouvrage publié chez Perrin.
00:56:52Puis enfin, Mélanie Toubeau
00:56:53est également avec nous.
00:56:54Bienvenue à vous.
00:56:55Vous êtes journaliste et fondatrice
00:56:57de la chaîne YouTube
00:56:58La Manie du cinéma.
00:57:00C'est plus de 100 000 abonnés.
00:57:03Et vous avez publié chez Webédia Book
00:57:05une histoire de cinéma,
00:57:06le livre illustré
00:57:07des 130 ans du 7e art.
00:57:10Nous venons de sortir de ce documentaire.
00:57:12Nous l'avons vu ensemble.
00:57:14Laurent Delmas, il y a eu 68.
00:57:16Il y a eu ce palmarès
00:57:18qui n'a pas eu lieu en 68.
00:57:20On a bien compris pourquoi avec ce film.
00:57:22Il faut peut-être rappeler,
00:57:23pour commencer,
00:57:23que le festival de Cannes,
00:57:25c'est déjà en soi un acte politique.
00:57:28Il voit le jour en 1939.
00:57:30Alors, pas vraiment,
00:57:30parce qu'il n'aura pas lieu.
00:57:32Oui, c'est le premier festival
00:57:34qui n'aura pas lieu.
00:57:34Mais en moins, sa création
00:57:34est un acte politique.
00:57:35Il faut peut-être le rappeler
00:57:36pour commencer.
00:57:37Absolument.
00:57:37On voit bien dans quelle époque
00:57:38on est, 1939.
00:57:40L'Europe est en train d'exploser.
00:57:43Et effectivement,
00:57:44notamment le ministre radical,
00:57:46donc de gauche,
00:57:47Jean Zay,
00:57:48décide de créer
00:57:49un festival de cinéma
00:57:51contre la Mostra de Venise,
00:57:54très, très, très orienté
00:57:56par le gouvernement muscolinien.
00:57:58Et donc,
00:57:59c'est une réponse
00:58:00des démocraties
00:58:01à ce cinéma
00:58:02ou à ce festival
00:58:05qualifié de totalitaire.
00:58:06Le mot n'est peut-être pas
00:58:07à l'époque présent.
00:58:09Mais en tous les cas,
00:58:09c'est bien ça l'idée.
00:58:10C'est-à-dire qu'il faut
00:58:11une alternative...
00:58:11On peut dire fasciste,
00:58:12puisque c'était effectivement
00:58:13l'initiative de Mussolini.
00:58:15Absolument.
00:58:15Il faut une alternative
00:58:16au festival fasciste de Rome.
00:58:19Et c'est la création
00:58:20du festival de Cannes,
00:58:21mais qui ne verra réellement le jour
00:58:23qu'après le conflit mondial.
00:58:25c'est dire si effectivement
00:58:28la guerre et la politique
00:58:29ont été à l'origine
00:58:31de la naissance
00:58:33du festival de Cannes.
00:58:34Et le festival,
00:58:35le premier festival de Cannes,
00:58:37ça sera 1946,
00:58:38comme vous l'avez dit,
00:58:39juste après guerre.
00:58:40Il y a eu plusieurs périodes,
00:58:42on l'entrecomprend dans ce film.
00:58:44Il y a eu une période
00:58:45où jusqu'en 72,
00:58:46c'était les Nations
00:58:47qui désignaient les films
00:58:48en compétition.
00:58:49Oui, c'est ça en fait.
00:58:50Et puis il y a un après 72,
00:58:52qui est comme aujourd'hui,
00:58:53où effectivement,
00:58:53il y a une sélection
00:58:54en bonne et due forme
00:58:55des films sélectionnés
00:58:56pour Cannes.
00:58:57Bon, là,
00:58:58il y a un aspect plus politique
00:58:59lorsque ce sont les Nations
00:59:01qui désignent les compétiteurs,
00:59:03j'imagine,
00:59:03jusqu'en 72.
00:59:05Là, il doit y avoir
00:59:06des histoires en relation
00:59:07avec la politique,
00:59:08avec la politique diplomatique,
00:59:10pour le coup,
00:59:10à Cannes, non ?
00:59:11C'est un festival diplomatique.
00:59:12Mais d'ailleurs,
00:59:12Laurent le disait,
00:59:13dès 1939,
00:59:15il y a en germe
00:59:15ce qu'il y aura après-guerre.
00:59:16C'est-à-dire,
00:59:17il y a déjà un gros contingent
00:59:18d'Américains.
00:59:19Après-guerre,
00:59:20le festival est plus ou moins
00:59:21sous tutelle américaine.
00:59:22Et une histoire
00:59:23qui est très savoureuse,
00:59:24en fait,
00:59:25c'est que pendant les années,
00:59:26la fin des années 40,
00:59:27début des années 50,
00:59:28vous aviez la sixième flotte
00:59:29américaine
00:59:30qui mouillait en rade
00:59:31de Cannes
00:59:32les jours précédant
00:59:33l'ouverture du festival
00:59:34pour bien montrer
00:59:35à quel point
00:59:35les Américains étaient là,
00:59:37qu'ils avançaient aussi l'argent,
00:59:41beaucoup plus de films
00:59:42que les autres pays.
00:59:43Pendant toute la Quatrième République,
00:59:45au fond,
00:59:45on va avoir un festival
00:59:46où il y a un droit de veto
00:59:48des différentes nations,
00:59:49des différents pays.
00:59:50On arrive à des situations
00:59:51absolument abracadabrantesques,
00:59:54si je puis dire.
00:59:55En 1951,
00:59:56le film qui est présenté
00:59:57en ouverture,
00:59:58c'est un film suisse
00:59:59qui s'appelle
00:59:59Quatre dans une Jeep.
01:00:01Mais c'est l'histoire
01:00:02des alliés qui libèrent Vienne
01:00:04en 1944-45.
01:00:06Mais les protagonistes
01:00:07qui représentent
01:00:07les différents alliés,
01:00:09soviétiques,
01:00:09américains,
01:00:10allemands,
01:00:11enfin français,
01:00:11pardon,
01:00:12sont tellement ridicules
01:00:13et ridiculisés
01:00:13qu'on éjecte ce film.
01:00:15Il ne reste plus qu'un film
01:00:16à présenter,
01:00:16c'est le film américain.
01:00:17Et là,
01:00:17ce sont les soviétiques
01:00:18qui s'y opposent.
01:00:19Donc,
01:00:19on a constamment
01:00:20dans les années 50,
01:00:22j'allais dire,
01:00:23des tensions
01:00:24qui font que
01:00:25c'est purement
01:00:25de la diplomatie
01:00:26en coulisses.
01:00:27En 1956,
01:00:28autre anecdote
01:00:29très intéressante
01:00:29et significative,
01:00:30la France veut présenter
01:00:32comme film documentaire
01:00:32Nuit et brouillard
01:00:33d'Alain Renné.
01:00:34Or,
01:00:35tout de suite,
01:00:35l'Allemagne,
01:00:36la RF1 en l'occurrence,
01:00:40on essaye de recoudre
01:00:41les relations franco-allemandes
01:00:42avant le couple
01:00:43à Denauer de Gaulle.
01:00:44Et la France se plie,
01:00:46en tout cas,
01:00:46à la volonté allemande
01:00:47qu'on mette de côté
01:00:48le film documentaire
01:00:49d'Alain Renné.
01:00:50Et après,
01:00:51elle voit,
01:00:51elle visionne le film allemand
01:00:52que les Allemands
01:00:52eux-mêmes proposent,
01:00:53qui s'appelle
01:00:55Ciel sans étoile
01:00:56et qui est un film,
01:00:57au fond,
01:00:57qui préconise
01:00:58la réunification
01:00:59des deux Allemagnes.
01:01:00Alors là,
01:01:01pour le coup,
01:01:01c'est le Bloc de l'Est
01:01:02qui s'y oppose
01:01:03et la France,
01:01:04qui court un petit peu
01:01:04après le Bloc de l'Est
01:01:05et l'Union soviétique
01:01:07se dit,
01:01:08bah oui,
01:01:08alors du coup,
01:01:09on va interdire ce film.
01:01:10La délégation allemande
01:01:11furieuse se retire.
01:01:13Les Français se disent,
01:01:14alors maintenant,
01:01:14on va pouvoir repasser
01:01:15le film d'Alain Renné
01:01:15puisque les Allemands
01:01:16qui s'y opposent
01:01:16ne sont plus là.
01:01:17Et c'est là
01:01:18que les Français
01:01:18se rendent compte
01:01:18qu'il y a,
01:01:19on montre un camp
01:01:20de concentration français
01:01:21pitivier.
01:01:22Et donc,
01:01:23le film va être censuré
01:01:24pour cette simple
01:01:25et bonne raison
01:01:25qu'à l'époque,
01:01:26on ne montre pas encore
01:01:26la collaboration
01:01:27des Français
01:01:28pendant l'occupation.
01:01:29Et on pourra voir
01:01:30ce film,
01:01:30mais il ne sera pas
01:01:31en compétition
01:01:31à la demande
01:01:32des Allemands
01:01:32de l'Ouest.
01:01:33Exactement.
01:01:34Laurent,
01:01:35René,
01:01:36il est décidément
01:01:38assez censuré
01:01:39parce que le documentaire,
01:01:40l'excellent documentaire
01:01:41qu'on vient de voir,
01:01:42il fait délusion,
01:01:43l'Espagne franquiste
01:01:44ne voulait pas
01:01:45de la guerre définie
01:01:47du couple
01:01:49proto-communiste
01:01:50Sam Proun-René
01:01:51avec Yves Montand
01:01:52précisément
01:01:53parce que c'était
01:01:54une trop grande
01:01:55incrimination
01:01:56de l'Espagne politique.
01:01:58D'ailleurs,
01:01:58il y a quand même
01:01:58une chose
01:01:59sur le recul des nations
01:02:00auquel vous faisiez allusion.
01:02:02Très, très, très longtemps
01:02:04quand même,
01:02:04moi je me rappelle
01:02:05il y a une dizaine
01:02:05d'années encore,
01:02:07les dossiers de presse
01:02:08du Festival de Cannes
01:02:09mettaient la nationalité
01:02:11des films en compétition.
01:02:12Ça n'est plus le cas.
01:02:13Mais il n'y a pas
01:02:14si longtemps que ça
01:02:15que ça a disparu
01:02:16et ça prouve bien
01:02:17quand même
01:02:18que la prégnance nationale
01:02:20reste quand même
01:02:21d'actualité.
01:02:22Même si effectivement
01:02:23la coproduction internationale
01:02:25des films par exemple
01:02:25brouille un peu les choses.
01:02:27Là, on a cette année
01:02:28on a un hongrois
01:02:29qui fait un film
01:02:30sur Jean Moulin
01:02:31avec Gilles Lelouch.
01:02:32Bref,
01:02:32les nationalités
01:02:33s'estompent.
01:02:35Mais quand même,
01:02:36mais quand même,
01:02:36il y a souvent,
01:02:38on a vu l'an dernier
01:02:39ça avec le cinéma iranien,
01:02:41une donnée nationale
01:02:42qui reste assez forte.
01:02:44Alors,
01:02:45il y a eu un après 72.
01:02:46C'est une sélection de films
01:02:48telle qu'on la connaît
01:02:49à peu près aujourd'hui.
01:02:50Quand est-ce que la politique
01:02:51s'est invitée
01:02:52à vos yeux
01:02:53au regard
01:02:53de ce qu'ont été
01:02:54les sélections,
01:02:55les palmes d'or décernées ?
01:02:57Qu'est-ce qui vous a frappé
01:02:58dans l'histoire
01:02:59du Festival de Cannes
01:03:00depuis 72 ?
01:03:01On va dire des choses
01:03:02comme ça.
01:03:03Déjà,
01:03:03ça remontait bien avant,
01:03:05on ne va pas se mentir.
01:03:06Le simple fait,
01:03:07on parlait,
01:03:07même avant 72,
01:03:09de la Dolce Vita en 60
01:03:10qui, pareil,
01:03:11a été un film au final
01:03:12assez politique,
01:03:14assez irrévérencieux.
01:03:15Vraiment,
01:03:15le Vatican
01:03:16voulait absolument
01:03:17le faire interdire.
01:03:19Voilà.
01:03:19Et à partir,
01:03:20effectivement,
01:03:20des années 70,
01:03:22en fait,
01:03:22le Festival de Cannes
01:03:24s'est montré
01:03:24comme un lieu
01:03:25de politisation
01:03:26du cinéma.
01:03:27Le cinéma
01:03:28a toujours été politique.
01:03:29Le simple fait,
01:03:29en fait,
01:03:30de faire du cinéma,
01:03:32c'est de donner une voix,
01:03:33de donner un avis.
01:03:35Donc,
01:03:35c'est de la politique.
01:03:36Mais c'est vrai
01:03:37qu'à partir de là,
01:03:38en fait,
01:03:38c'est surtout,
01:03:38on a vu à travers
01:03:39les prix
01:03:41qui ont été remis,
01:03:42ne serait-ce qu'avec
01:03:43tout ce qui a été soulevé
01:03:44autour de Apocalypse Now,
01:03:46à côté de Taxi Driver.
01:03:48Francis Ford Coppola,
01:03:49la guerre du Vietnam,
01:03:50bien sûr,
01:03:50avec Apocalypse Now.
01:03:51qui parlait de l'extrême violence
01:03:55dans les rues.
01:03:57On a eu plein d'exemples
01:03:58comme ça.
01:03:58Je pense qu'un des exemples
01:04:00les plus forts
01:04:00de palme d'or politique,
01:04:02c'est Fahrenheit 9-11,
01:04:05qui, justement,
01:04:06est un film,
01:04:07un documentaire
01:04:08qui est profondément anti-Bush.
01:04:11Il a été fait
01:04:12dans cette instance-là.
01:04:14Et, justement,
01:04:15Tarantino,
01:04:15qui était donc président du jury
01:04:16en 2004,
01:04:18a décidé de remettre
01:04:19cette palme d'or
01:04:20à ce film.
01:04:22pour amener son soutien
01:04:23à cette politique anti-Bush.
01:04:25Donc,
01:04:25je pense que, oui,
01:04:26remettre des prix,
01:04:27c'est politique aussi,
01:04:29parce que le jury
01:04:30est politisé,
01:04:31également.
01:04:32Donc,
01:04:32ça fait partie,
01:04:33en fait,
01:04:33du festival de Cannes
01:04:34d'élire
01:04:35une palme d'or politique.
01:04:37Et vous avez vu
01:04:37qu'il y ait Tarantino,
01:04:38qui a été
01:04:40l'un des présidents
01:04:41de ce festival.
01:04:41J'imagine que
01:04:42la personnalité
01:04:44de celui ou celle
01:04:45qui préside ce festival
01:04:46peut influer
01:04:48aussi de manière
01:04:48plus politique
01:04:49sur le palmarès.
01:04:50C'est le cas ?
01:04:51Oui,
01:04:52avec parfois
01:04:52des surprises.
01:04:53On ne s'attendrait
01:04:54à quelqu'un
01:04:55de très politique
01:04:56et puis,
01:04:56il prime
01:04:57un grand film romantique.
01:04:59Je n'ai pas d'exemple.
01:04:59Donc,
01:04:59ce n'est pas une règle absolue,
01:05:00ça.
01:05:01Oui,
01:05:01on l'a connu.
01:05:02Ce qu'il faut dire,
01:05:03quand même,
01:05:04c'est que tout cela
01:05:05est inversement proportionnel
01:05:07à la foire,
01:05:09aux bijoux,
01:05:10aux illusions,
01:05:11aux belles robes,
01:05:12aux montées-les-marches
01:05:13prestigieuses,
01:05:14aux dîners
01:05:15qui coûtent
01:05:15des centaines
01:05:16de milliers d'euros,
01:05:17etc.
01:05:18La politique,
01:05:19là-dedans,
01:05:19on a l'impression
01:05:20qu'il n'y a pas sa place.
01:05:21Donc,
01:05:21c'est inversement proportionnel.
01:05:22Ça,
01:05:22c'est cette fameuse
01:05:23bulle de Cannes
01:05:24qui est évoquée
01:05:24dans ce film,
01:05:25que vous avez tous vécu
01:05:26en allant à Cannes,
01:05:27j'imagine.
01:05:28bien sûr.
01:05:29De temps en temps,
01:05:29il y a quand même
01:05:30des incursions.
01:05:30Je me souviens très bien
01:05:31de l'incursion
01:05:32du loft,
01:05:32de Love Story
01:05:33dans le festival de Cannes.
01:05:35Ah,
01:05:35mais tout d'un coup,
01:05:36oui,
01:05:36parce qu'on entendait
01:05:37des gens crier des noms
01:05:38comme des noms de stars
01:05:40et on s'apercevait
01:05:40que c'était des noms
01:05:41de lofters
01:05:42qui sortaient du palais
01:05:43ou qui rentraient
01:05:43dans le palais.
01:05:44Là,
01:05:44donc,
01:05:44de temps en temps,
01:05:45la bulle craque.
01:05:46Mais vous voyez,
01:05:46elle craque sur le Love Story.
01:05:48C'était quand même pas...
01:05:48Bon,
01:05:49on voit bien quand même
01:05:50que de temps en temps,
01:05:52la carme du monde
01:05:53finit par quand même
01:05:55atterrir
01:05:55dans les oreilles
01:05:56des festivaliers.
01:05:57mais il y a un côté
01:05:58effectivement
01:06:00enfermé
01:06:00dans cette bulle cannoise
01:06:01sur la croisette
01:06:02pendant 12 jours
01:06:03qui parfois
01:06:04laisse pantois.
01:06:05Alors,
01:06:06il y a le faste de Cannes,
01:06:07ces stars,
01:06:08les paillettes,
01:06:08les fêtes,
01:06:09puis il y a le contenu
01:06:10des films tout de même.
01:06:11Oui,
01:06:11Laurent le dit...
01:06:12C'est ça peut-être
01:06:12l'essentiel tout de même.
01:06:13Oui,
01:06:13c'est vrai.
01:06:13Parce qu'on parle de politique
01:06:14lorsqu'il s'invite à Cannes,
01:06:15non ?
01:06:16Oui,
01:06:16Laurent le disait,
01:06:17en fait,
01:06:17il y a la vitrine,
01:06:18mais en fait,
01:06:19je pense que c'est le festival
01:06:20où il y a le plus grand fossé
01:06:21entre ce qui est représenté
01:06:22et donné,
01:06:23j'allais dire,
01:06:23au grand public,
01:06:24c'est-à-dire paillettes,
01:06:25starlettes,
01:06:26stars,
01:06:26et puis depuis le début,
01:06:27et bijoux,
01:06:28comme vous dites.
01:06:28Et puis,
01:06:29en fait,
01:06:29pour moi,
01:06:30depuis le début,
01:06:31Cannes,
01:06:31c'est le festival
01:06:31qui met en lumière
01:06:32les opprimés.
01:06:33Vraiment.
01:06:34Vous regardez la première,
01:06:35le premier palmarès en 1946,
01:06:37vous avez un film,
01:06:37il y a eu beaucoup de primés
01:06:38en 1946,
01:06:39qui s'appelle
01:06:39La Ville Basse,
01:06:40qui est un film indien
01:06:41qui montre vraiment,
01:06:43enfin,
01:06:43qui est un film
01:06:43de lutte des classes.
01:06:44Le dernier,
01:06:45le film
01:06:46Un simple accident,
01:06:51après 68.
01:06:52Dernier film,
01:06:52à voir la Palme d'Or,
01:06:54bien entendu.
01:06:54Bien entendu.
01:06:55Avec le réalisateur iranien.
01:06:57Exactement.
01:06:58Jafar Panaï.
01:06:58Panaï, exactement.
01:07:00Mais après 1968,
01:07:02dans les années 70,
01:07:03vous n'avez que ça.
01:07:04C'est-à-dire,
01:07:04il y a les deux palmes
01:07:05qui suivent 68,
01:07:06ce sont des palmes
01:07:07de la contestation
01:07:07de l'autorité.
01:07:08Il y a If,
01:07:09qui est un film
01:07:10qui remet en causant
01:07:11seulement l'autorité scolaire
01:07:12mais militaire.
01:07:12Vous avez MASH,
01:07:13ce fameux film
01:07:14de Robert Altman,
01:07:15qui vraiment rue
01:07:16dans les brancards.
01:07:17Et tout au long
01:07:18des années 70,
01:07:19vous avez des films
01:07:20comme La classe ouvrière
01:07:20va au paradis,
01:07:22La ferme ATI,
01:07:23Padre et Padronné,
01:07:24L'arbre au sabot.
01:07:25Ce sont des films
01:07:25qui mettent exclusivement
01:07:26en lumière
01:07:27les pauvres,
01:07:28les damnés de la société.
01:07:29Donc c'est un film,
01:07:30c'est un cinéma
01:07:31et c'est un festival
01:07:32éminemment politique
01:07:33depuis le début.
01:07:34Et même aussi
01:07:35dans sa manière,
01:07:36on parle beaucoup
01:07:37de la sélection officielle
01:07:38mais même dans
01:07:38ses sélections alternatives
01:07:39que ce soit
01:07:40la quinzaine des cinéastes,
01:07:41enfin des réalisateurs.
01:07:42Qui voit le jour d'ailleurs
01:07:43après 68.
01:07:44On l'a compris dans ce film.
01:07:45Exactement.
01:07:46Et même la semaine
01:07:48de la critique.
01:07:48Donc quand même
01:07:49le but est de mettre
01:07:51en avant
01:07:51les premiers
01:07:52et les seconds films.
01:07:53Il y a quoi de plus politique
01:07:54qu'un premier
01:07:55et un second film
01:07:55vu que ce sont des films
01:07:56qui parlent vraiment
01:07:57de leur cinéaste.
01:07:59Et en fait justement
01:07:59je pense que c'est aussi
01:08:00là-dedans
01:08:01qu'on a un acte politique,
01:08:04qu'on a un acte militant
01:08:05en fait
01:08:05de pouvoir mettre
01:08:07sur la plus grande place
01:08:10mondiale du cinéma.
01:08:11Il faut rappeler
01:08:11que c'est un festival international
01:08:13avec un écho
01:08:13par définition internationale.
01:08:15C'est une tribune politique
01:08:16en ce sens.
01:08:17Tout à fait.
01:08:19Et vraiment
01:08:19il y en a qui l'ont utilisé
01:08:20pour ça justement
01:08:21pour passer des messages
01:08:23et aussi parce que
01:08:24c'est une manière
01:08:25de prendre le micro,
01:08:26de prendre la parole
01:08:27devant des gens,
01:08:28devant toute la profession.
01:08:29Mais aussi
01:08:30on a bien vu
01:08:31pendant des cérémonies
01:08:32d'ouverture et de clôture
01:08:33des personnes
01:08:34qui remettaient des prix
01:08:35ou des membres de jury
01:08:36qui prenaient la parole
01:08:38d'un point de vue politique
01:08:39sur leur pays,
01:08:40sur ce qui se passait.
01:08:41On a eu
01:08:42dans les personnes
01:08:43qui présentaient
01:08:44justement
01:08:45les cérémonies
01:08:46des actes assumés
01:08:49de soutenir
01:08:50l'Ukraine,
01:08:52de parler de ce qui se passait.
01:08:53En fait
01:08:53c'est la place forte,
01:08:54c'est le bon endroit
01:08:55où il faut parler du monde
01:08:56sur le festival de Cannes.
01:08:58Alors vous évoquez
01:08:59l'Ukraine,
01:08:59on a évoqué
01:09:00cette palme d'or
01:09:01l'an dernier
01:09:02de Jafar Panaïb
01:09:04évidemment
01:09:04pour évoquer
01:09:06la situation en Iran.
01:09:07On était d'ailleurs
01:09:08après le mouvement
01:09:10Femmes Vues Libertés
01:09:11et évidemment
01:09:12par définition
01:09:12avant la guerre
01:09:13que connaît aujourd'hui
01:09:14l'Iran.
01:09:15On a aussi eu
01:09:16Volodymyr Zelensky
01:09:17qui ouvre tout simplement
01:09:18le festival de Cannes.
01:09:20C'était en 2022 je crois.
01:09:22Oui mais oui
01:09:23parce qu'il y a
01:09:24une conscience politique.
01:09:27Là on n'est plus du tout
01:09:28dans le cinéma.
01:09:29Plus du tout.
01:09:30Non mais néanmoins
01:09:31le festival s'ouvre.
01:09:32Mais une fois de plus
01:09:33c'est l'incroyable paradoxe
01:09:36de ce qui est
01:09:36le premier festival
01:09:37de cinéma au monde
01:09:38il faut le dire.
01:09:39Ça reste son statut
01:09:40ça reste sa place
01:09:41avec effectivement
01:09:43cette capacité
01:09:43à être à la fois
01:09:45une bulle
01:09:45et une bulle qui agrège.
01:09:47Je pense que
01:09:48les physiciens
01:09:49ou les chimistes
01:09:50ne s'y retrouveront pas
01:09:51mais les cinéphiles
01:09:52oui
01:09:53et ceux qui aiment le cinéma
01:09:54oui
01:09:54avec effectivement
01:09:55comme on le disait
01:09:56un maniement
01:09:57des paradoxes incroyables.
01:09:59Toute la richesse du monde
01:10:00côtoie toute la misère
01:10:01du monde à Cannes.
01:10:02Je crois que ça peut
01:10:03être résumé comme ça
01:10:04parce qu'il y a vraiment
01:10:05des fêtes hyper opulentes
01:10:08et des films
01:10:08comme on vient de le dire
01:10:09qui sont des films
01:10:10sur la misère du monde.
01:10:12Donc ça
01:10:12ça reste
01:10:13de millésime en millésime
01:10:15d'année en année
01:10:15de sélectionneur en sélectionneur
01:10:17la constante principale
01:10:18du festival de Cannes.
01:10:19Kate Bankett
01:10:20qui revêt une robe
01:10:22aux couleurs de la Palestine
01:10:24en 2024
01:10:25par exemple.
01:10:26Il y a un commentaire particulier
01:10:28à faire là-dessus
01:10:28sur ces stars justement
01:10:29qui profitent
01:10:30de cette tribune politique
01:10:31dont on parlait tout à l'heure.
01:10:33Et en fait
01:10:34le festival de Cannes
01:10:36c'est un festival de cinéma
01:10:37mais c'est aussi
01:10:37un festival de mode.
01:10:39Il faut le dire
01:10:40c'est que beaucoup
01:10:41de créateurs de mode
01:10:42justement
01:10:42prennent ce moment
01:10:44pour pouvoir montrer
01:10:45leur nouvelle pièce.
01:10:46Ça fait partie
01:10:47aussi du festival de Cannes.
01:10:49Et le fait que Kate Blanchett
01:10:50ait porté cette robe
01:10:51c'était justement
01:10:52un double sens
01:10:53qu'elle a compris
01:10:54ce que c'était
01:10:54que le festival de Cannes.
01:10:55Autant la tribune
01:10:56de revendications
01:10:58de soutien à la Palestine
01:10:59par monter les marches
01:11:01du plus grand festival
01:11:01de cinéma du monde
01:11:02et de la plus grande plateforme
01:11:04pour montrer
01:11:05ce que c'est que
01:11:05la mode.
01:11:07Par anecdote
01:11:08l'une des revendications
01:11:10des cinéastes
01:11:10qu'on vient de voir
01:11:11Chabrol, Lelouch,
01:11:13Godard, Truffaut
01:11:15c'était
01:11:15pour le prochain festival
01:11:17l'arrêt du dress code.
01:11:19Plus de smoking,
01:11:20plus de robe de soirée.
01:11:21Ils ont totalement échoué.
01:11:23Oui.
01:11:23Ça s'en est-elle bien.
01:11:24Mais c'est symptomatique
01:11:26de...
01:11:27C'est aussi politique
01:11:27de demander ça.
01:11:28C'est-à-dire c'est un côté...
01:11:30Cannes, c'est tout
01:11:31sauf démocratique.
01:11:32C'est tout sauf un festival
01:11:33démocratique.
01:11:34Eux voulaient un festival
01:11:35d'égalitaires.
01:11:36Là-dessus,
01:11:37ils ont perdu
01:11:37mais sur toute la ligne.
01:11:39Et pour revenir
01:11:40à la dimension politique,
01:11:41on oublie un petit peu
01:11:42et fort heureusement
01:11:42des actes de violence.
01:11:44C'est-à-dire que là,
01:11:45les affichages politiques
01:11:46se font sur la scène
01:11:47du palais des festivals.
01:11:49Mais souvenons-nous
01:11:50qu'après 68,
01:11:51en 75,
01:11:52lorsqu'est présentée
01:11:53Chronique des années de Brèze
01:11:55de Mohamed Lactar Amina
01:11:56qui est d'ailleurs
01:11:56le premier cinéaste,
01:11:57je crois,
01:11:58avoir été primé
01:11:58à avoir pu présenter
01:11:59un film sur la guerre d'Algérie
01:12:01avec le vent des Ores
01:12:02en 67.
01:12:03C'était le premier coup
01:12:04de boutoir,
01:12:04j'allais dire un peu
01:12:05à la censure gaulliste,
01:12:06un an avant
01:12:07le festival 68.
01:12:08Et 5 ans après
01:12:09les accords des viandes.
01:12:11Exactement.
01:12:11Et en 75,
01:12:12il présente
01:12:12Chronique des années de Brèze.
01:12:14Déjà,
01:12:14il y a une sorte
01:12:15de tension très forte
01:12:16au festival.
01:12:17Et quand il va décrocher
01:12:18la Palme d'Or,
01:12:19vous avez droit
01:12:19à des plastiquages,
01:12:20je crois,
01:12:21à une dizaine
01:12:23d'attentats,
01:12:24enfin en tout cas
01:12:24de menaces,
01:12:25de bombes
01:12:26et des plastiquages
01:12:27qui ont lieu
01:12:27à côté du palais
01:12:28des festivals.
01:12:29Et l'Aqda Ramina
01:12:30qui est obligé
01:12:30d'être protégé
01:12:31par la police,
01:12:32Jeanne Moreau,
01:12:33le président de la Jury
01:12:33qui est également
01:12:34obligé d'être protégé,
01:12:35on assiste à des choses
01:12:36dans les années 70
01:12:37qui sont un peu
01:12:37des années de plomb
01:12:38extrêmement violentes
01:12:39après 68.
01:12:40Dans les années 2000 aussi,
01:12:41cette guerre d'Algérie,
01:12:42la manière dont elle a été
01:12:44traitée par le cinéma
01:12:45à Cannes
01:12:46a fait des remous.
01:12:47On pense évidemment
01:12:47à un indigène
01:12:48de Rachid Boucharet
01:12:50par exemple,
01:12:50avec un coiture d'acteurs
01:12:54qui était très présent
01:12:56et qui avait beaucoup
01:12:57pris la parole
01:12:58à propos de cette guerre
01:13:02de décolonisation notamment.
01:13:03Avec du recul,
01:13:04c'est-à-dire qu'effectivement
01:13:05en 1975,
01:13:06on était 15 ans
01:13:07que les événements
01:13:08quasiment à chaud
01:13:09et il y avait encore
01:13:09des volontés
01:13:10d'être un peu en rétention
01:13:12par rapport à ça
01:13:12et de ne pas vouloir
01:13:13voir ces films
01:13:14s'afficher à l'écran.
01:13:16Et qui ont conduit
01:13:16les politiques
01:13:17à changer la loi.
01:13:18De ce point de vue-là,
01:13:19l'indigène présenté à Cannes
01:13:21a eu un effet
01:13:22quasiment immédiat.
01:13:23C'est assez rare,
01:13:24mais il faut quand même
01:13:25le noter,
01:13:26une fois le plus,
01:13:26Cannes fait de la politique
01:13:28et de la politique
01:13:28en l'occurrence
01:13:29qui produit des fruits.
01:13:30MeToo à Cannes.
01:13:32La caisse de résonance
01:13:33de Cannes
01:13:34après MeToo.
01:13:36Qu'est-ce qu'on peut en dire ?
01:13:37Chez les actrices,
01:13:38essentiellement.
01:13:40De toute façon,
01:13:40c'était elles
01:13:41qui ont été
01:13:42les meilleures porte-parole.
01:13:43C'est que,
01:13:44donc en 2017,
01:13:45on a l'affaire MeToo
01:13:45avec Weinstein
01:13:46et en 2018,
01:13:47on a donc ce rassemblement
01:13:49des 82 femmes
01:13:50du monde du cinéma
01:13:51qui sont montées
01:13:52sur les marches
01:13:53pour représenter
01:13:54les 80 femmes réalisatrices
01:13:55qui ont été sélectionnées
01:13:56en compétition
01:13:57sur 1 600.
01:13:59Contre 1 688 hommes
01:14:01réalisateurs
01:14:02sur toute la durée
01:14:03de tous les festivals de Cannes.
01:14:04En fait,
01:14:05c'est un message fort,
01:14:06c'est un message
01:14:06qui est beau
01:14:07et qui permet aussi
01:14:09de laisser la place
01:14:10aux personnes
01:14:11à qui on ne laisse pas la place,
01:14:13dont effectivement
01:14:14les femmes réalisatrices
01:14:15qui n'ont pas encore
01:14:17justement assez leur place
01:14:18dans les sélections
01:14:19de manière générale
01:14:20pour plein de raisons.
01:14:22Mais c'est vrai
01:14:23que c'était un message
01:14:24qui était très très fort
01:14:25et il y en a eu d'autres
01:14:26des moments comme ça
01:14:27très forts,
01:14:28ne serait-ce qu'il y a
01:14:28quelques années.
01:14:29on a eu le cast aussi
01:14:31d'un petit truc en plus
01:14:32qui est venu
01:14:32qui a remis un peu
01:14:33sur le devant de la scène
01:14:34la question de l'accessibilité
01:14:35aussi au cinéma
01:14:37avec le fait
01:14:37qu'il y ait un des acteurs
01:14:38qui était porté
01:14:39et qui n'avait pas
01:14:40de rampe d'accès
01:14:40aux marches.
01:14:41En fait,
01:14:42c'est d'utiliser
01:14:43les marches
01:14:44comme justement
01:14:45on va dire
01:14:47une scène
01:14:48donc admirée de tous
01:14:49parce qu'elle est filmée
01:14:50par toutes les télés du monde.
01:14:52C'est peut-être
01:14:52la meilleure chose
01:14:53et c'est peut-être ça
01:14:54qui fait que aussi
01:14:55ça a une telle résonance
01:14:57dans le monde.
01:14:57Et d'ailleurs
01:14:58l'une des têtes de pont
01:15:01pas seulement d'ailleurs
01:15:02au Festival de Cannes
01:15:02Judith Godrech
01:15:03bien sûr
01:15:04qui représente un film
01:15:05cette année justement
01:15:05présente un film cette année
01:15:06alors il est hors compétition
01:15:07je crois qu'il est
01:15:08dans la sélection
01:15:10à certains regards
01:15:10il s'intitule
01:15:11Mémoire de fille
01:15:12c'est ça avec sa fille
01:15:13qui joue le premier rôle
01:15:14d'après Annie Ernaud
01:15:16tout à fait
01:15:18au féminin
01:15:18à tout point de vue
01:15:19et donc à nouveau
01:15:20le faire sera porté
01:15:21sur cette question
01:15:22des violences sexistes
01:15:24et sexuelles
01:15:24dans le monde du cinéma
01:15:25Tout à fait
01:15:26et en fait
01:15:27c'est des sujets
01:15:27que le cinéma
01:15:28depuis MeToo
01:15:29s'empare vraiment
01:15:31c'est qu'on savait
01:15:31que ça existait
01:15:32on savait que c'était là
01:15:33mais on leur laissait pas
01:15:34assez la place
01:15:35et maintenant c'est vrai
01:15:36qu'on laisse un petit peu
01:15:38plus la place
01:15:38à ces réalisatrices
01:15:39et à ces sujets-là
01:15:40Sur ce sujet
01:15:41il faut dire aussi
01:15:42qu'il y aura un film
01:15:43hors compétition
01:15:44mais qui est très attendu
01:15:45d'Agnès Jaoui
01:15:46qui s'appelle
01:15:46L'objet du délit
01:15:47et qui raconte
01:15:49sur le plateau
01:15:51des répétitions
01:15:52d'un opéra de Mozart
01:15:52comment une communauté
01:15:55humaine artistique
01:15:56se situe
01:15:57par rapport
01:15:58à un soupçon
01:15:59d'agression sexuelle
01:16:00Le film va faire
01:16:01beaucoup parler de lui
01:16:02parce qu'Agnès Jaoui
01:16:04il fait preuve
01:16:05de sa capacité
01:16:07à dire ce qu'elle pense
01:16:08tout en montrant
01:16:09la diversité des choses
01:16:11mais ce sera
01:16:12l'un des films politiques
01:16:13de cette édition
01:16:14Avec la force de persuasion
01:16:15qu'on lui connaît
01:16:16Absolument
01:16:19Festival 2026
01:16:20c'est la toute fin
01:16:20je suis désolé
01:16:21Olivier Rachman
01:16:22il y a cette sélection
01:16:23pour cette année
01:16:24pour 2026
01:16:25vous la connaissez
01:16:26j'imagine
01:16:27il y a un certain nombre
01:16:28de films d'ailleurs
01:16:29qui sont présentés
01:16:29à l'occasion de ce festival
01:16:31je ne sais pas
01:16:32à quoi faut-il s'attendre
01:16:33de politique
01:16:34à travers ce qu'on connaît
01:16:35déjà du festival
01:16:382026
01:16:38sans en connaître
01:16:39d'ailleurs
01:16:39bien évidemment
01:16:40encore le palmarès
01:16:41On s'attend toujours
01:16:42à quelque chose de politique
01:16:43moi je m'attends
01:16:43au retour des anciens
01:16:44je vais vous dire
01:16:44donc je vais peut-être
01:16:45être en décalage
01:16:45avec mes petits camarades
01:16:48il y a des réalisateurs
01:16:50qui ont été primés
01:16:51par le passé
01:16:51comme Volker Schlendorf
01:16:52il y a la Sloan-Emès
01:16:53le fils de Saul
01:16:55c'était il y a 15 ans
01:16:56donc il revient
01:16:57il y a des acteurs
01:16:58qui mettent en scène
01:16:59de Daniel Auteuil
01:17:00à Travolta
01:17:01qui vont être présents
01:17:01également
01:17:02donc moi c'est plutôt
01:17:03sur cette dimension-là
01:17:04sans attendre forcément
01:17:06forcément un message politique
01:17:07même s'il y en aura un
01:17:08je n'en doute pas
01:17:09J'ai vu beaucoup de films
01:17:10dans la sélection
01:17:11il était question
01:17:12de l'antifascisme
01:17:12de la résistance
01:17:13à travers plusieurs films
01:17:14je ne vais pas les citer
01:17:15là ça serait un petit peu long
01:17:16ça c'est un thème
01:17:17qui visiblement
01:17:18a l'air à l'ordre du jour
01:17:19cette année
01:17:20à travers la sélection officielle
01:17:21en tout cas
01:17:21absolument passionnant
01:17:23comme si le film
01:17:24de Xavier Giannoli
01:17:25Les rayons et les ombres
01:17:26sur la collaboration
01:17:27qui est sortie
01:17:28il y a quelques semaines
01:17:29avait annoncé
01:17:30ce qui va se passer
01:17:31au Festival de Cannes
01:17:32et il y a au moins
01:17:32au moins
01:17:33je dis bien au moins
01:17:33trois films
01:17:34absolument notables
01:17:36sur le sujet
01:17:37de la seconde guerre mondiale
01:17:39il y a le premier volet
01:17:40du De Gaulle
01:17:41d'Anthony
01:17:41d'Antonin Gaudry
01:17:45pardon
01:17:45qui s'intéresse
01:17:47au De Gaulle
01:17:49londonien
01:17:50il y a ce portrait
01:17:51de Jean Moulin
01:17:52par le Hongrois
01:17:53Laszlo Némès
01:17:54qui est joué par
01:17:54Gilles Lelouch
01:17:55et il y a en plus
01:17:57un film
01:17:58d'un jeune réalisateur français
01:17:59qui s'appelle
01:17:59Emmanuel Marr
01:18:01le film s'appelle
01:18:01Notre Salut
01:18:02et c'est le portrait
01:18:04d'un collabo
01:18:05qui se trouvait
01:18:06de son arrière-grand-père
01:18:07donc c'est fondé
01:18:07sur un échange de lettres
01:18:08et c'est un film
01:18:10tout à fait saisissant
01:18:11sur ses années noires
01:18:12et cette époque-là
01:18:13et c'est symptomatique
01:18:14effectivement
01:18:14que le cinéma français
01:18:16en l'occurrence
01:18:17allez à Gréjean
01:18:18Laszlo Némès
01:18:19puisqu'il fait jouer
01:18:20Lelouch
01:18:20que le cinéma français
01:18:21s'intéresse autant
01:18:23à cette période-là
01:18:24de la collaboration
01:18:25et de la seconde guerre mondiale
01:18:28Vous voulez rajouter quelque chose ?
01:18:29Oui aussi
01:18:30on parle beaucoup
01:18:31de films français
01:18:31mais en fait
01:18:32ce qui est génial aussi
01:18:33c'est que le festival de Cannes
01:18:34s'ouvre au monde entier
01:18:35et par exemple
01:18:36cette année
01:18:37j'ai vu passer
01:18:37qu'à la semaine de la critique
01:18:38il y aurait un film
01:18:40kosovar
01:18:40qui parle justement
01:18:41de la guerre
01:18:42d'un point de vue
01:18:43d'une adolescente
01:18:44qui vit son adolescence
01:18:45pendant la guerre
01:18:46de Kosovo
01:18:46et en fait
01:18:48on a besoin
01:18:48de ce genre de récit
01:18:50il n'y a que le cinéma
01:18:51qui peut nous permettre
01:18:52de découvrir ce genre de récit
01:18:53et ça en fait sa force
01:18:55et c'est pour ça
01:18:55que vraiment
01:18:56on parle beaucoup
01:18:56de la sélection officielle
01:18:57je trouve que c'est très important
01:18:58aussi de remettre
01:18:59en lumière
01:19:00la semaine de la critique
01:19:01et la quinzaine des cinéastes
01:19:02et l'acide
01:19:03qui mettent ces films
01:19:04très rares
01:19:05très riches
01:19:05sur le devant de la scène
01:19:07Bon et ça sera vraiment
01:19:07ma toute dernière question
01:19:09je demande une réponse
01:19:10très très courte
01:19:10il y a un seul film
01:19:12je crois
01:19:12qui sera issu
01:19:13d'une production américaine
01:19:14aujourd'hui
01:19:16dans cette sélection officielle
01:19:18de
01:19:18deux finalement
01:19:19en compétition
01:19:20c'est pas beaucoup
01:19:21c'est beaucoup moins
01:19:21que d'habitude
01:19:22semble-t-il
01:19:22il y a une interprétation
01:19:24politique
01:19:24à faire de ça
01:19:26politique
01:19:26je ne sais pas
01:19:27ce qui est paradoxal
01:19:28c'est qu'aucun
01:19:29en tous les cas
01:19:30aucun de ces deux films
01:19:30par exemple
01:19:31ne parle de l'Amérique de Trump
01:19:32ce qu'on attend nous
01:19:33évidemment
01:19:33mais aucun de ces deux films
01:19:35c'est des films
01:19:35plutôt à caractère intimiste
01:19:37donc ça je pense
01:19:38que c'est effectivement
01:19:38c'est une donnée
01:19:39on s'interroge beaucoup
01:19:40en ce moment
01:19:41sur le cinéma
01:19:42de l'Amérique actuelle
01:19:43de l'Amérique de Trump
01:19:44il y a très peu
01:19:45de création originale
01:19:46c'est une si de le dire
01:19:47mais en termes
01:19:47de scénarios originaux
01:19:48par les studios américains
01:19:50c'est réduit
01:19:51à la portion qu'on crue
01:19:51c'est lamentable
01:19:54bon bah malheureusement
01:19:55on va finir
01:19:55sur ce lamentable
01:19:57sinon on peut
01:19:58si on veut rester
01:19:58mettre en lumière
01:19:59le cinéma américain
01:20:00pour finir
01:20:00c'est cette magnifique affiche
01:20:02qui met justement
01:20:03en avant
01:20:04un film américain
01:20:05incroyable
01:20:05et justement
01:20:06très politisé
01:20:07tel Maëlle Louise
01:20:08tel Maëlle Louise
01:20:08de Léves-Lespas
01:20:09absolument
01:20:10merci vraiment
01:20:11à tous les trois
01:20:11qui êtes venus nous parler
01:20:12de la politique
01:20:14quand elle s'invite
01:20:14à ce fameux
01:20:15festival de Cannes
01:20:16après ce film
01:20:17consacré à Cannes 68
01:20:19qui n'a pas été
01:20:19jusqu'au bout
01:20:20on a bien compris
01:20:21pourquoi
01:20:21après avoir regardé
01:20:22ce film
01:20:23merci à Félicité
01:20:25Gavaldar
01:20:25et Emery Colanier
01:20:26qui m'ont comme à l'accoutumée
01:20:28aidé à préparer
01:20:28cette émission
01:20:29vos réactions
01:20:29ça sera sur
01:20:30hashtag débattoc
01:20:31nos invités
01:20:31pourront réagir
01:20:32à ce que seront
01:20:33vos réactions
01:20:34et moi je vous retrouverai
01:20:35pour un prochain débattoc
01:20:36ça sera à la même place
01:20:37la même heure
01:20:38et toujours
01:20:38avec son documentaire
01:20:40et son débat
01:20:40à très bientôt
01:20:41Sous-titrage Société Radio-Canada
01:20:45Sous-titrage Société Radio-Canada
01:20:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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