Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 heures
À LA UNE / Plan Grand âge : le grand oublié

Au printemps 2025, le gouvernement a annoncé un « Plan Grand âge » censé concrétiser les promesses de campagne d'Emmanuel Macron. Mais la présentation du plan n'a cessé d'être repoussée, d'abord à l'automne puis en février 2026. Or, le 12 février l'annonce du plan a été une nouvelle fois reportée, sans précisions sur une autre date. La ministre déléguée chargée de l'Autonomie, Camille Galliard-Minier, a alors introduit le samedi 18 avril, la création d'une conférence nationale sur l'autonomie. Cette conférence « va nous doter d'un cap clair pour les prochaines années pour agir sur tous les champs du vieillissement », selon la ministre. Elle a par ailleurs annoncé la transformation des Ehpad en « Maisons France Autonomie ». Toutefois, les professionnels du secteur dénoncent une réforme « floue et cosmétique ». « On ne pourra pas dire que l'on ne savait pas. Sans loi de programmation, nous n'aurons ni le financement, ni le personnel », insiste Marc Bourquin, de la Fédération hospitalière de France, qui réclame une loi de programmation pluriannuelle. Dans une France qui accueillera près de quatre millions de personnes âgés en 2050, dans laquelle les Ehpad ont été bousculés par des scandales de maltraitances, établissements en proie à des difficultés financières et de recrutement, où les défis de l'isolement et de la dépendance inquiètent, quelles réponses pour accompagner les nouvelles réalités du vieillissement ?

Invités :
Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé et de l'Autonomie
Jérôme Guedj, député socialiste de l'Essonne
Patrice Machuret, directeur de l'Ehpad Soleil Bretteville sur Odon, auteur de « Papa, maman, qu'est-ce qu'on va faire de vous ? » (Éditions Le Lys Bleu)

« Chaque Voix compte », votre rendez-vous quotidien qui prend le pouls de la société : un débat, animé par Adeline François, en prise directe avec l'actualité politique, parlementaire, sociale ou économique. Un carrefour d'opinions où ministres, députés, élus locaux, experts et personnalités de la société civile font entendre leur voix.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00:05Générique
00:00:07...
00:00:24Bonsoir à tous et bienvenue dans Chaque Voix Compte sur LCP.
00:00:27C'est vendredi et comme chaque vendredi, puisque Chaque Voix Compte, c'est à vous que nous donnons la parole
00:00:32pour une émission consacrée ce soir à un sujet qui est tout à la fois une urgence démographique et, disons
00:00:38-le, un échec politique aussi.
00:00:40Le grand âge. La loi promise par Emmanuel Macron n'a jamais vu le jour, pas plus que le fameux
00:00:46plan grand âge.
00:00:47Les Français, eux, s'impatientent, quel que soit leur âge, et pas sûr que la conférence nationale sur l'autonomie
00:00:54qui vient d'être annoncée pour l'automne prochain par le gouvernement soit vraiment à la hauteur des enjeux.
00:00:59Et nous allons en parler ce soir avec vous, Agnès Buzyn. Bonsoir.
00:01:02Bonsoir.
00:01:03Ex-ministre de la Santé, vous êtes médecin et vous avez récemment publié « Demain notre santé » chez Plon.
00:01:09Merci d'être là, aux côtés de Jérôme Guedj. Bonsoir.
00:01:12Bonsoir.
00:01:12Député socialiste de l'Essonne ?
00:01:14Oui.
00:01:15Candidat à la présidentielle 2027 ?
00:01:17Aussi.
00:01:17Vous n'avez jamais mâché vos mots face au manque de considération à l'égard de nos aînés.
00:01:21Vous nous direz ce que vous proposerez pour la campagne de 2027.
00:01:25Peut-être vous appuierez-vous sur les propositions que vous faisiez dans votre livre « Plaidoyer pour les vieux »,
00:01:30si mes souvenirs sont bons.
00:01:32Et puis bonsoir Patrice Machuré.
00:01:33Bonsoir.
00:01:34Ex-journaliste, vous êtes désormais directeur d'EHPAD.
00:01:37Il y a plus de vie qu'une vie dans la vôtre.
00:01:39Vous êtes également maire de Bredville-sur-Odon en Normandie.
00:01:42Et vous publiez « Papa-Maman, qu'est-ce qu'on va faire de vous » aux éditions Le Lisse
00:01:46Bleu.
00:01:47Merci également d'être là.
00:01:48Merci d'avoir accepté tous les trois de vous prêter au jeu des questions-réponses avec notre public.
00:01:53J'ai autour de moi toute la pyramide des âges, comme vous pouvez le voir.
00:01:57Des aidants, des soignants, des directeurs d'EHPAD aussi.
00:02:00On va se parler, on va échanger, on va s'écouter.
00:02:03Et c'est promis, on ne va pas se faire de cheveux blancs ce soir.
00:02:06Alors, installez-vous confortablement.
00:02:07Chaque voix compte, c'est parti.
00:02:16J'avais envie de commencer cette émission avec un clin d'œil que l'on attribue souvent à Groucho Marx.
00:02:21Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé.
00:02:24L'âge, c'est un chiffre au fond.
00:02:26Et la première question qu'on s'est posée avec l'équipe en préparant cette émission, c'est le grand
00:02:31âge.
00:02:31C'est quel âge ?
00:02:32À l'heure de la longévité, est-ce que c'est un chiffre, le grand âge, ou est-ce que
00:02:36c'est un niveau d'autonomie ?
00:02:39En revanche, il y a des chiffres qui sont indiscutables.
00:02:41D'ici 2050, la France comptera 23 millions de retraités.
00:02:45C'est 5 millions de plus qu'en 2021.
00:02:47Et plus de 3 millions de personnes en perte d'autonomie.
00:02:51Ce mur démographique est une urgence.
00:02:54Et pourtant, il ne fait l'objet d'aucune loi et d'aucun plan, malgré les promesses.
00:02:59Nicolas Fleury.
00:03:06Les Français, de plus en plus âgés.
00:03:10Les plus de 65 ans étaient 10 millions il y a 20 ans.
00:03:15Ils sont 15 millions aujourd'hui.
00:03:17Et la tendance va continuer.
00:03:19Avec un défi.
00:03:21Comment prendre en charge la perte d'autonomie ?
00:03:24C'était l'une des promesses fortes d'Emmanuel Macron dès son premier mandat.
00:03:29Une loi sera présentée au début de l'année 2019.
00:03:34La loi grand âge, plusieurs fois repoussée.
00:03:38Nous allons, dans les prochains mois, bâtir une loi.
00:03:41Je prends l'engagement devant vous de faire une loi grand âge et qu'elle soit faite d'ici et
00:03:46votée d'ici la fin de cette année.
00:03:48Jusqu'à cette annonce, il y a quelques mois.
00:03:51S'agissant du vieillissement de la population, je vais présenter d'ici début janvier un plan pour le grand âge.
00:03:58La date est fixée.
00:04:00Le plan grand âge doit être révélé à la presse.
00:04:02Mais à une semaine de la présentation, la ministre de l'Autonomie, candidate au municipal, quitte le gouvernement.
00:04:09Et sa remplaçante abandonne le texte.
00:04:12Il y avait un plan qui était prêt, qui n'a pas été celui que j'ai repris.
00:04:16Parce que ce que je souhaitais d'abord faire, c'est créer les bases d'une mobilisation pour ensuite que
00:04:21la conférence nationale de l'autonomie ait lieu dans quelques mois.
00:04:24Un report de plus qui agace les professionnels du grand âge.
00:04:28Car le nombre de seniors continue d'augmenter.
00:04:31En 2050, ils seront 2,7 millions à subir une perte d'autonomie.
00:04:38C'est 30% de plus qu'aujourd'hui.
00:04:41Face à ce constat, les directeurs d'EHPAD se disent au pied du mur.
00:04:45Aujourd'hui, ils accueillent 640 000 résidents.
00:04:49Mais en 2050, il faudrait 365 000 places en plus.
00:04:54Alors, quels moyens pour bâtir des hébergements et surtout pour recruter ?
00:05:00Jusqu'à 200 000 nouveaux emplois seront nécessaires pour prendre en charge ces seniors.
00:05:07Agnès Buzyn, vous étiez ministre de la Santé de 2017 à 2020.
00:05:11Cette loi grand âge devait être le grand chantier social du premier quinquennat, du deuxième aussi forcément.
00:05:18Est-ce que derrière chaque ministre, il y a un citoyen qui se demande ce qui s'est passé aussi
00:05:21?
00:05:22Oui. D'abord, moi, j'ai eu une immense frustration.
00:05:25J'étais ministre des Solidarités de la Santé, donc j'avais le grand âge dans mon portefeuille.
00:05:28Nous avions prévu une loi.
00:05:31Nous avions le texte écrit.
00:05:33Et j'ai quitté le gouvernement, comme tout le monde le sait, le 15 février 2020.
00:05:37Le Covid est arrivé.
00:05:39Et ce texte est resté dans un terroir.
00:05:41Et ensuite, quand vous avez une valse des ministres, je rappelle qu'il y a eu 11 ministres de la
00:05:46Santé qui se sont succédés en l'espace de 7-8 ans,
00:05:51eh bien, en réalité, personne n'arrive à suivre, à avoir cette continuité dans la parole de l'État.
00:05:57Et ça montre que ça n'est pas une priorité.
00:05:59Je le regrette.
00:06:01Et aujourd'hui, je me bats, d'une certaine façon, comme Jérôme Guelge, même s'ils ne sont pas du
00:06:06même bord,
00:06:07pour dire que nous avons un mur démographique devant nous, une catastrophe humaine, sanitaire, financière,
00:06:14et que rien ne se passe, comme si les Français allaient gérer ça tout seuls,
00:06:20alors qu'objectivement, pour quiconque est confronté à la question du grand âge, au vieillissement des parents,
00:06:27à la mise de parents dans un EHPAD ou dans une maison de retraite,
00:06:31on se rend compte à quel point c'est difficile d'être aidant.
00:06:35C'est énorme, en termes d'investissement, ça n'est pas reconnu, j'avais créé un congé proche aidant,
00:06:41mais aujourd'hui, c'est un vrai phénomène de société, c'est plus de 10 millions de personnes qui sont
00:06:47aidants au quotidien.
00:06:48Et avec le vieillissement de la population, le fait qu'il y ait de moins en moins de jeunes,
00:06:52le poids sur notre jeunesse de ce vieillissement massif de la population française va être énorme.
00:06:59Et donc, c'est une urgence, et je suis sûre que Jérôme Gage ira la même chose que moi.
00:07:04Jérôme Gage, on a l'impression qu'en fait, quand tout devient prioritaire, les vieux ne le sont plus.
00:07:08C'est exactement ça.
00:07:10Il y a des grandes mutations qui traversent la société.
00:07:13Évidemment, la transition écologique, elle est aujourd'hui dans toutes les têtes des décideurs publics,
00:07:19comme des décideurs privés, parce que se joue la survie de l'humanité d'une certaine manière.
00:07:23Il y a la transition digitale, la révolution du numérique, l'intelligence artificielle,
00:07:26et tous les décideurs, les entreprises, les administrations, tout le monde se dit comment on adapte.
00:07:32Il y a cette troisième transition qui est tout aussi prévisible, tout aussi massive,
00:07:36qu'est la transition démographique.
00:07:37Et moi, je vais, comment dire, parodier Jacques Chirac sur la transition écologique.
00:07:41Il disait la maison brûle et on regarde ailleurs.
00:07:44Le pays vieillit et on regarde ailleurs.
00:07:47Et la bonne manière de le regarder, c'est d'abord, moi j'ai un petit bémol,
00:07:52bien sûr que c'est un mur démographique, bien sûr que c'est des défis gigantesques,
00:07:56mais c'est d'abord une chance formidable.
00:07:57Le vieillissement de la population, cette révolution de la longévité,
00:08:01le fait que désormais, quatre générations cohabitent.
00:08:04Claude Lévi-Strauss, l'anthropologue, avait cette belle formule.
00:08:07Il disait que c'est une révolution anthropologique aussi importante
00:08:10qu'en la sédentarisation néolithique.
00:08:12C'est-à-dire que nos sociétés changent.
00:08:15Désormais, on a 25, 30, 35 ans d'une vie qui est après l'activité professionnelle.
00:08:21On prend sa retraite à 62, 63, 64 ans, peu importe l'âge.
00:08:25Et derrière, désormais, on a 30 années d'une vie avec des situations différentes.
00:08:31Et est-ce que c'est parce qu'on vit dans une société où le modèle, en fait,
00:08:34s'arrête à 75, 80 ans ?
00:08:36Et on ne pense pas au fait que, désormais, on peut aller jusqu'à 100 ans, 110 ans.
00:08:40La première difficulté, c'est qu'on est dans une société
00:08:42qui a un regard de fascination pour la jeunesse.
00:08:46Et qui est donc, c'est un terme qu'on connaît mal,
00:08:49c'est une société un peu agiste.
00:08:51L'agisme, c'est mettre de côté, invisibiliser les personnes âgées.
00:08:55Alors que c'est une chance.
00:08:56C'est une chance, d'abord, pour les personnes âgées elles-mêmes.
00:08:58C'est le fruit de notre système de protection sociale,
00:09:00des progrès de la médecine, qui fait qu'on vit plus longtemps.
00:09:03Mais, forcément, il y a des fragilités.
00:09:05Et puis, il y a, au bout du processus, on va en parler,
00:09:08la perte d'autonomie, le grand âge, la dépendance,
00:09:11c'est ce qui fait le plus peur.
00:09:12Mais moi, la première alerte que je veux avoir quand on aborde le débat,
00:09:15c'est qu'avant de se préoccuper du grand âge et de la dépendance,
00:09:19qui, à la fin, ne concerne que 20% des personnes âgées,
00:09:2280% des personnes âgées vont mourir fragiles.
00:09:25Et c'est ce qu'on peut tous se souhaiter.
00:09:27C'est-à-dire ne pas être confronté à la perte d'autonomie.
00:09:30Mais il faut donc que la société s'adapte au vieillissement.
00:09:32Et donc, on va beaucoup parler, j'imagine, des EHPAD, des aidants,
00:09:36des services à domicile.
00:09:38Mais avant de solliciter ces services, 650 000 personnes dans les EHPAD,
00:09:41800 000 personnes à domicile qui touchent l'allocation personnalisée d'autonomie,
00:09:46ça fait moins de 2 millions de personnes qui sont en situation de dépendance aujourd'hui.
00:09:49Mais il y a tous ceux qui sont fragiles et pour lesquels se pose la question.
00:09:53Est-ce que, dans ma ville, les cheminements sont adaptés ?
00:09:56Est-ce qu'il y a des bancs ? Est-ce qu'il y a des toilettes publiques ?
00:09:59Est-ce que mon logement est adapté ? Est-ce que les bus s'arrêtent au bon endroit ?
00:10:04Est-ce qu'il y a des commerces ? Est-ce que j'ai assez de médecins ?
00:10:06Bref, regarder la vie et la ville avec un œil de vieux pour se poser la question de savoir
00:10:11si on accompagne dignement ces fragilités.
00:10:13Donc, la première exigence, c'est d'intégrer la question du vieillissement
00:10:16dans toutes les politiques publiques.
00:10:18Et pas uniquement sous l'angle, même s'il est important en bout de processus,
00:10:22sous l'angle sanitaire et médico-social.
00:10:24Et pourquoi ? La loi n'a pas vu le jour.
00:10:26Et je le dis devant Agnès Buzyn, je le sais, elle était prête, la loi.
00:10:29On l'avait vue juste avant que le Covid n'intervienne.
00:10:33Et le drame, c'est qu'alors que le Covid, précisément,
00:10:37qui a été, lui, pour le coup, un virus particulièrement agiste,
00:10:40les trois quarts des victimes du Covid étaient des personnes de plus de 65 ans.
00:10:44À ce moment-là, on aurait dû encore plus avoir la prise de conscience
00:10:48de se dire, eh bien, il faut accompagner.
00:10:50Et ça ne s'est pas fait parce que ça se fracasse, je termine par là,
00:10:53inévitablement par la question du financement.
00:10:55Mais le financement, on ne peut pas s'interdire d'aborder le sujet
00:10:58parce que le financement dont on parle, c'est pour ça que c'est intergénérationnel,
00:11:01c'est essentiellement pour dégager, vous l'avez dit,
00:11:03pour financer des emplois, pour accompagner, à domicile ou en établissement,
00:11:07des personnes âgées.
00:11:08Donc, quand on parle d'un plan grand âge,
00:11:11c'est d'abord et avant tout de la création de l'emploi,
00:11:13c'est de l'aménagement du territoire, c'est du soutien au pouvoir d'achat.
00:11:16Donc, en fait, c'est une vraie politique intergénérationnelle.
00:11:19Il ne s'agit pas de faire plus pour les vieux.
00:11:21Moi, je n'aime pas dans le débat public les gens qui disent
00:11:22on en fait trop pour les vieux.
00:11:24Je ne veux pas qu'on ait une guerre des âges dans notre pays
00:11:26parce que les vieux en question, pardon, j'utilise ce terme,
00:11:28il est très générique pour moi, on dit les jeunes,
00:11:30donc je n'hésite pas à dire les vieux.
00:11:31On est tous le vieux de quelqu'un.
00:11:33Et en plus, on est tous le vieux de quelqu'un.
00:11:34Donc, voilà.
00:11:36Le changement de braquet, il est d'abord dans nos têtes,
00:11:38il est d'abord culturel et il faut que chacun accepte
00:11:40de regarder la ville avec un œil de vieux
00:11:42et le moment venu pour l'accompagnement du grand âge
00:11:44de dégager les moyens qui sont nécessaires.
00:11:46Là, c'est un choix de société et un choix de financement.
00:11:48Patrice Machuré, votre livre, il est très touchant
00:11:51et il raconte entre autres la panique des enfants
00:11:54face au vieillissement des parents.
00:11:56À quel moment est-ce que les familles comprennent
00:11:58qu'elles vont être seules en fait dans ce parcours ?
00:12:01En fait, la moyenne d'âge d'entrée en EHPAD,
00:12:03c'est 90 ans.
00:12:04Il faut savoir, M. Gued, je prends le vieillissement
00:12:08dans son ensemble.
00:12:09Moi, je vais voir midi à sa porte.
00:12:10Ça fait 9 ans maintenant que je suis directeur d'EHPAD.
00:12:13Effectivement, ça concerne 640, 650 000 personnes par an.
00:12:17Et il faut savoir, il y a 150 000 entrées par an
00:12:20parce qu'on ne reste pas non plus 10 ans en EHPAD,
00:12:22parce qu'on arrive de plus en plus tard.
00:12:24Donc, si vous comptez les familles,
00:12:25vous avez 2 millions de personnes,
00:12:27vous serez candidats à la présidentielle,
00:12:28dites-vous qu'il y a 2 millions d'électeurs potentiels
00:12:30qui ont soit leurs parents en EHPAD,
00:12:31soit qui se posent la question, comme vous le disiez,
00:12:34soit qui s'interrogent sur le bon fonctionnement de l'EHPAD.
00:12:36Donc, je vous dirai aujourd'hui,
00:12:37la culpabilité des familles, elle est évidente.
00:12:39Et évidemment, vu le climat,
00:12:41et c'est ce que j'ai voulu montrer modestement
00:12:44dans ce bâton pèlerin, ce livre,
00:12:46c'est que les EHPAD ne sont pas des mouroirs,
00:12:48c'est la dernière adresse,
00:12:49c'est, vous dites, fin de parcours
00:12:51sur 2, 3, 4 ans de vie.
00:12:53Et il faut aussi que les familles,
00:12:55pour les déculpabiliser,
00:12:56le sentiment de ne pas condamner leurs parents
00:12:59en leur faisant passer la porte de l'EHPAD.
00:13:00Pour ne pas les abandonner ?
00:13:01Exactement, il y a des joies,
00:13:03vous l'avez vu, je vous remercie,
00:13:04vous avez lu, il y a des peines,
00:13:05il y a des grosses problématiques économiques,
00:13:07manque de personnel,
00:13:08quand on met une annonce
00:13:09et qu'on n'a aucun CV d'infirmière
00:13:11en 2-3 mois sur un EHPAD dit de qualité
00:13:13avec une bonne réputation,
00:13:14on s'interroge.
00:13:16Quand les familles viennent vous voir
00:13:17toutes les semaines dans votre bureau
00:13:18pour vous dire,
00:13:19je ne peux plus financer
00:13:20les 3 000 ou 3 500 euros de l'EHPAD,
00:13:23y compris dans le public
00:13:24ou à l'aide sociale.
00:13:25Et troisième problématique,
00:13:27ça on l'a dit,
00:13:28les places qui vont manquer,
00:13:29c'est 2030,
00:13:30ce n'est pas 2050,
00:13:31c'est 110 000,
00:13:32l'adresse statistique du ministère,
00:13:352021,
00:13:36110 000 places.
00:13:37Donc on peut aussi s'interroger,
00:13:39il faut en faire un débat,
00:13:40et ça je vous remercie par avance,
00:13:42en faire un débat de la présidentielle,
00:13:43ce qui n'a pas été le cas
00:13:44sur les dernières présidentielles.
00:13:45Là je reprends ma casquette
00:13:46d'anciens journalistes politiques,
00:13:48je vous garantis
00:13:48que les anciens
00:13:49sont rarement évoqués
00:13:50dans les campagnes présidentielles.
00:13:52Par contre,
00:13:52si on se dit
00:13:53qu'il y a 2 millions d'électeurs
00:13:54autour des EHPAD,
00:13:54on va peut-être s'interroger
00:13:55un petit peu plus.
00:13:56Je voudrais donner la parole
00:13:57à Catherine,
00:13:59Catherine,
00:13:59si vous voulez bien
00:14:00prendre un micro.
00:14:01Bonsoir,
00:14:02bonsoir Catherine.
00:14:03Oui, bonsoir.
00:14:04Vous êtes aidante.
00:14:05Oui.
00:14:05Je peux dire votre âge ?
00:14:07J'ai 80 ans.
00:14:09Vous vous occupez
00:14:10de votre mari
00:14:11depuis maintenant 3 ans.
00:14:13À plein temps,
00:14:13nuit et jour.
00:14:15Depuis un diagnostic
00:14:16d'une maladie apparentée
00:14:17à la maladie d'Alzheimer,
00:14:18et vous avez
00:14:20totalement réorganisé
00:14:21votre vie,
00:14:22c'est ça ?
00:14:22Oui,
00:14:24totalement.
00:14:24Vous vous occupez de lui
00:14:25toute la journée.
00:14:26Oui.
00:14:27C'est une réorganisation complète.
00:14:30Je dirais,
00:14:31d'un point de vue,
00:14:32je dirais,
00:14:33le premier choc,
00:14:36je dirais,
00:14:37du point de vue affectif,
00:14:39psychologique,
00:14:40on est face
00:14:40à son compagnon
00:14:43qui devient différent.
00:14:44Je dirais,
00:14:46ça transforme
00:14:47la relation.
00:14:49Je dirais,
00:14:49c'est un choc
00:14:51quand même
00:14:52pour nous.
00:14:52il y a la gestion
00:14:54de la relation
00:14:55avec les enfants,
00:14:56avec la famille,
00:14:58et puis tout autour
00:15:00avec les voisins.
00:15:01On peut dire
00:15:02qu'à l'annonce,
00:15:04la dégradation
00:15:06est arrivée
00:15:07assez vite,
00:15:09à la fois
00:15:11psychologique,
00:15:12cognitive,
00:15:14et physique.
00:15:16Et les gens réagissent.
00:15:18Il y a des gens
00:15:18qu'on ne voit plus.
00:15:20En revanche,
00:15:21il y en a quelques-uns
00:15:22qu'on n'imaginait pas
00:15:24qui ne sont plus près de nous.
00:15:25C'est donc toute une réorganisation sociale
00:15:28qui s'accompagne.
00:15:30Donc, chez soi,
00:15:32c'est trouver aussi
00:15:33les béquilles cognitives,
00:15:35je dirais,
00:15:36toujours pour l'aidant
00:15:38d'être dans l'invention,
00:15:40c'est-à-dire
00:15:40comment on peut faciliter
00:15:44et avoir toujours en tête
00:15:46préserver sa dignité,
00:15:49sa dignité sociale,
00:15:51préserver aussi son autonomie,
00:15:54son espace.
00:15:57Et là, aujourd'hui,
00:15:59ça fait maintenant trois ans.
00:16:00Oui.
00:16:01Vous y arrivez ?
00:16:06Oui.
00:16:09Ce qu'il faut dire,
00:16:10c'est qu'avant,
00:16:11c'était lui, mon aidant.
00:16:13Et maintenant,
00:16:14les rôles se sont inversés.
00:16:17Vous aviez été,
00:16:18je crois,
00:16:19vous nous le disiez
00:16:20en préparant cette émission,
00:16:21vous avez été assez seule
00:16:22au départ,
00:16:23face à toutes les démarches.
00:16:24Oui, complètement.
00:16:25Et vous avez trouvé
00:16:26une association
00:16:26vers laquelle vous vous êtes tournée ?
00:16:28Et alors, par hasard,
00:16:28j'ai rencontré une association,
00:16:31une plateforme,
00:16:32je dirais,
00:16:33qui est ma bouée de sauvetage
00:16:36et qui,
00:16:37sur laquelle je m'appuie,
00:16:39qui organise
00:16:40beaucoup d'événements
00:16:43pour les aidants.
00:16:45On a des cafés dans tout.
00:16:47Ça vous sort de la maison ?
00:16:49Ça me sort de la maison,
00:16:50mais surtout,
00:16:51ça me permet
00:16:52de prendre du recul
00:16:53avec la situation,
00:16:56réorganiser
00:16:56en m'appuyant
00:16:58et savoir aussi
00:17:00parce qu'on est face
00:17:02à des dégradations
00:17:04progressives
00:17:05qu'en cas,
00:17:07quand j'ai besoin,
00:17:09je sais à qui téléphoner.
00:17:11j'ai vraiment ce point,
00:17:14c'est ma bouée de sauvetage
00:17:15en quelque sorte.
00:17:16C'est une question délicate,
00:17:18mais comment vous envisagez
00:17:19le moyen terme ?
00:17:23Le moyen terme,
00:17:25je dirais,
00:17:26pour lui,
00:17:28c'est de maintenir
00:17:29le plus possible
00:17:30son...
00:17:31Bon, à domicile.
00:17:33Ça, c'est ce qu'on a choisi
00:17:35en s'investissant.
00:17:37Bon, et on sait bien
00:17:38qu'à un moment donné,
00:17:40peut-être...
00:17:41qu'il faudra avoir recours
00:17:43à l'EHPAD, etc.
00:17:45Vous vous préparez
00:17:46à cette éventualité ?
00:17:49Pas vraiment,
00:17:51mais j'y pense.
00:17:54Je vais entreprendre
00:17:56des visites.
00:17:57Je me dis qu'il faut
00:17:58anticiper un peu
00:18:00la situation.
00:18:01Je me trompe,
00:18:03Agnès Buzyn,
00:18:03Jérôme Guedj,
00:18:04si je dis que
00:18:05vieillir à domicile
00:18:06aujourd'hui en France,
00:18:07ça repose quand même
00:18:08beaucoup sur les femmes
00:18:09de la famille.
00:18:10non ?
00:18:11Les femmes,
00:18:13c'est vrai,
00:18:14les enfants,
00:18:15mais c'est vrai,
00:18:16les femmes.
00:18:17Et c'est peut-être
00:18:21aussi par votre témoignage
00:18:23qu'on arrive à comprendre
00:18:24le déni collectif.
00:18:27Parce que ce que vous racontez,
00:18:28personne n'a envie
00:18:29de se projeter.
00:18:30Or, nous sommes tous susceptibles
00:18:32de se retrouver
00:18:33dans votre situation un jour,
00:18:35mais on n'a pas envie.
00:18:37Et je pense que
00:18:38cette question
00:18:39de la fin de vie,
00:18:41de la dégradation,
00:18:44de cette perte d'autonomie,
00:18:46le poids que ça représente
00:18:47pour une famille,
00:18:49vous en l'occurrence,
00:18:50en réalité,
00:18:52empêche
00:18:52vraiment un débat rationnel,
00:18:56un débat dénué
00:18:57d'émotions,
00:18:58parce qu'on est tous
00:18:59en fait totalement envahis
00:19:01par une inquiétude,
00:19:02une angoisse.
00:19:03Je crois que ça participe
00:19:05au fait que notre société
00:19:06ne veut pas voir.
00:19:08C'est pour ça
00:19:08qu'il faut en parler.
00:19:09Et c'est pour ça
00:19:10que je vous remercie
00:19:11de m'avoir invité
00:19:12à cette émission,
00:19:12parce que je crois
00:19:14que l'urgence,
00:19:14et Jérôme Gage
00:19:15le fait très très bien,
00:19:16moi je le fais dans mon livre,
00:19:17monsieur le fait dans son livre,
00:19:18mais il va falloir
00:19:19que nous ouvrions les yeux.
00:19:20C'est une situation
00:19:22qui est loin d'être unique.
00:19:24Il y a parfois
00:19:24des jeunes aidants mineurs
00:19:27avec leurs parents âgés
00:19:30ou grands-parents,
00:19:31même pas très âgés,
00:19:32mais dépendants,
00:19:34suite à un AVC, etc.
00:19:35Ce sont des situations
00:19:36humaines incroyables,
00:19:38avec un courage,
00:19:40une résilience,
00:19:42avec des risques
00:19:43pour votre santé,
00:19:44parce qu'on sait
00:19:44que les aidants
00:19:45ont une moins bonne santé,
00:19:46s'oublient,
00:19:47et donc il nous faut
00:19:49impérativement
00:19:51travailler à un plan collectif.
00:19:53Et là où je rejoins
00:19:54totalement Jérôme Gage
00:19:55dans ses propos,
00:19:57c'est que,
00:19:59un, avant d'être
00:20:00en perte d'autonomie,
00:20:02vieillir,
00:20:03c'est quand même une chance.
00:20:04Il se trouve que moi,
00:20:04j'étais cancérologue,
00:20:06j'ai vu énormément de gens
00:20:07mourir jeunes,
00:20:08et je dis à chaque fois,
00:20:10attention,
00:20:10c'est dur de vieillir,
00:20:12évidemment,
00:20:13ça n'est pas drôle
00:20:15d'acquérir des handicaps,
00:20:16de perdre son autonomie,
00:20:17mais c'est une chance
00:20:18qui n'est pas donnée
00:20:19à tout le monde.
00:20:19Et je pense que
00:20:21beaucoup de mes malades
00:20:21auraient aimé pouvoir
00:20:22vivre vieux.
00:20:23Donc, un,
00:20:24ne jamais l'oublier,
00:20:25c'est aussi quelque chose
00:20:26que vous apportez,
00:20:28vous, madame,
00:20:28à la société.
00:20:30Et puis,
00:20:32aujourd'hui,
00:20:33c'est l'environnement,
00:20:35et c'est là
00:20:36où je rejoins totalement
00:20:37Jérôme Gage,
00:20:38c'est l'environnement
00:20:39qu'on doit penser
00:20:41face au vieillissement.
00:20:42Ça n'est pas juste,
00:20:43effectivement,
00:20:44mettre de l'argent
00:20:45pour accompagner
00:20:46des gens en EHPAD,
00:20:47c'est comment on fait
00:20:48pour tous vieillir
00:20:50sans perte d'autonomie.
00:20:51Et ça,
00:20:52ça repose sur la prévention
00:20:54à tous les âges de la vie
00:20:55pour vieillir en toute autonomie.
00:20:56Mais il y a aussi
00:20:57l'information,
00:20:58c'est-à-dire que Catherine,
00:20:59ce qu'elle nous expliquait
00:21:00très bien aussi,
00:21:01c'est qu'elle était très seule
00:21:02au début
00:21:03de la maladie
00:21:04de son mari,
00:21:06que, en gros,
00:21:07pour être aidée,
00:21:08il faut quand même
00:21:08être très connectée,
00:21:09qu'il y a beaucoup de démarches
00:21:10qui se font en ligne
00:21:12et que ce n'est pas
00:21:13toujours évident non plus ?
00:21:14C'est parce qu'il n'y a pas
00:21:15de politique publique
00:21:16suffisamment ancrée
00:21:17qu'effectivement,
00:21:18aujourd'hui,
00:21:19beaucoup de choses reposent
00:21:20sur le tissu associatif.
00:21:21Et c'est ce que
00:21:23vous mettez en exergue,
00:21:24c'est parce que la société
00:21:25ne s'est pas organisée
00:21:26suffisamment.
00:21:27Alors,
00:21:28il y a dans les départements
00:21:29quand même
00:21:30énormément de travail
00:21:31sur l'aide,
00:21:33l'aide à domicile,
00:21:34notamment,
00:21:35comment acquérir
00:21:36l'appât,
00:21:36etc.
00:21:37Mais ça reste encore
00:21:39un parcours du combattant
00:21:40pour les familles
00:21:42et je pense qu'aujourd'hui,
00:21:44c'est le tissu associatif
00:21:45qui permet une forme
00:21:47de cohésion sociale
00:21:48et effectivement
00:21:48d'accompagner...
00:21:50Le sujet que soulève
00:21:51Catherine aussi,
00:21:52c'est le maintien à domicile,
00:21:53c'est le souhait majoritaire
00:21:54des Français.
00:21:55Est-ce qu'il ne va pas
00:21:56se fracasser ce souhait
00:21:58contre le mur
00:21:59du manque d'auxiliaires de vie
00:22:00et de l'adaptation
00:22:02des logements ?
00:22:02Ce que vous disiez,
00:22:03l'adaptation de l'environnement,
00:22:04l'adaptation des logements.
00:22:05Et à un moment,
00:22:05tout ça,
00:22:06c'est aussi une question
00:22:06d'argent.
00:22:07Mais qui va payer ?
00:22:09Alors, évidemment,
00:22:09je l'évoquais tout à l'heure,
00:22:10c'est une question d'argent.
00:22:11Mais d'abord,
00:22:12moi, je réagis
00:22:13parce que,
00:22:14vous avez utilisé le terme,
00:22:15Madame Buzyn,
00:22:17ça reste un parcours
00:22:18du combattant.
00:22:18Et donc,
00:22:19le premier défi,
00:22:21c'est que les 12 à 15 millions
00:22:23d'aidants de notre pays,
00:22:24on ne peut pas les laisser
00:22:25tout seuls.
00:22:26C'est-à-dire qu'il faut vraiment
00:22:27que tout l'écosystème
00:22:28se mette à leur service.
00:22:29Il faut aider les aidants.
00:22:29Il faut aider les aidants,
00:22:30c'est-à-dire leur simplifier la vie.
00:22:33Malheureusement,
00:22:33on ne va pas rentrer
00:22:36à un chevauchement d'organismes,
00:22:39d'acronymes,
00:22:41tous plus compliqués
00:22:42les uns que les autres
00:22:43parce qu'on a d'un côté
00:22:44le secteur sanitaire,
00:22:45de l'autre côté
00:22:46le secteur médico-social.
00:22:47On a les établissements
00:22:49et les services.
00:22:50Et à l'intérieur,
00:22:51on a des natures juridiques
00:22:52différentes,
00:22:53des établissements publics,
00:22:54des établissements associatifs,
00:22:55des établissements privés.
00:22:56Donc, la première des choses,
00:22:58c'est de simplifier la vie.
00:22:59Quand un aidant,
00:23:01il faut qu'il s'adresse
00:23:02à un endroit unique.
00:23:03Alors,
00:23:03comme je suis souvent critique
00:23:05sur les choses
00:23:06qui n'avancent pas,
00:23:06il y a une chose
00:23:07qui a avancé
00:23:08et il faut le dire,
00:23:09c'est ma collègue
00:23:10Annie Vidal
00:23:11et s'appuyant
00:23:13sur le travail
00:23:14de Dominique Libot
00:23:15qui avait été missionnée
00:23:16par Agnès Buzyn
00:23:17à l'époque
00:23:18et qui a continué
00:23:18à travailler.
00:23:19Aujourd'hui,
00:23:19les départements,
00:23:20c'est un peu lent
00:23:21mais ça se fait mettre en place
00:23:22ce qu'on appelle
00:23:22le service public départemental
00:23:24d'accompagnement
00:23:25de la perte d'autonomie.
00:23:26L'idée,
00:23:26c'est d'avoir
00:23:27un endroit,
00:23:28pour l'instant,
00:23:28ce n'est pas encore
00:23:29assez visible,
00:23:30un endroit où vous arrivez
00:23:31en disant,
00:23:32écoutez,
00:23:32voilà,
00:23:32moi ça me tombe dessus.
00:23:34J'ai un AVC
00:23:35qui fait que mon conjoint
00:23:36aujourd'hui
00:23:37est en fauteuil roulant.
00:23:38Il y a un diagnostic
00:23:39de maladie d'Alzheimer.
00:23:41Je ne sais pas quoi faire.
00:23:42Il faut que je m'adresse
00:23:43au bailleur social
00:23:43pour adapter le logement.
00:23:44Il faut que je m'adresse
00:23:45au service d'aide à domicile.
00:23:47Il faut que je demande
00:23:47la PAS auprès du département.
00:23:48Il faut que je demande
00:23:49la télé-alarme
00:23:50auprès du CCS.
00:23:51Enfin,
00:23:52c'est des démarches
00:23:52qui sont cloisonnées,
00:23:55saucissonnées
00:23:55et il faut que désormais,
00:23:57il y ait une seule personne
00:23:58qui soit votre interlocuteur
00:24:00et qui vous simplifie la vie.
00:24:03Il faut être tout à fait honnête.
00:24:04L'intention se met en place
00:24:06mais je pense qu'il faut
00:24:06qu'il y ait un changement
00:24:07de braquet radical
00:24:09et notamment,
00:24:10je réponds à votre question,
00:24:11sur le sujet central.
00:24:13Oui, vous avez raison,
00:24:13la demande de vieillissement
00:24:15c'est de vieillir chez soi.
00:24:16Je connais peu de gens
00:24:17qui disent
00:24:17je rêve d'aller à l'EHPAD,
00:24:19j'ai toujours rêvé
00:24:19d'aller à l'EHPAD.
00:24:21On aura besoin des EHPAD
00:24:22et on aura toujours besoin des EHPAD.
00:24:24Mais la question c'est
00:24:24comment justement
00:24:26on arrive à faire en sorte
00:24:27que ça se passe bien
00:24:28à domicile.
00:24:29Et à domicile,
00:24:30comme c'est moins visible
00:24:31que les EHPAD
00:24:32eh bien, on a potentiellement
00:24:33une crise du vieillissement terrible.
00:24:35Je ne vous prends
00:24:35qu'un seul exemple.
00:24:36Dans le parc social aujourd'hui,
00:24:38vous savez, il y a 15%
00:24:40des personnes de plus de 75 ans
00:24:41qui vivent en HLM.
00:24:43Et aujourd'hui,
00:24:44ce parc social,
00:24:45il n'est pas du tout adapté
00:24:46à accompagner le vieillissement
00:24:47de ces personnes.
00:24:49Comment on fait
00:24:50de l'adaptation du logement ?
00:24:51En France, il n'y a que 7%
00:24:52des logements
00:24:52qui sont adaptés au vieillissement.
00:24:54Et c'est là que l'enjeu
00:24:54de l'anticipation est crucial.
00:24:57Comme on est tous
00:24:58dans un déni du vieillissement,
00:24:59c'est pour plus tard le vieillissement.
00:25:00Et donc, on se pose
00:25:01la question d'adapter
00:25:02son logement
00:25:03une fois que le pépin
00:25:04est intervenu,
00:25:05une fois qu'une chute
00:25:06est intervenue.
00:25:07Ça, c'est un autre sujet
00:25:08qui devrait tous
00:25:09nous interpeller.
00:25:10Chaque année,
00:25:11il y a 450 000 personnes âgées
00:25:12qui chutent.
00:25:13Et il y en a environ
00:25:149 000 à 10 000
00:25:14qui vont décéder.
00:25:14Mais là aussi,
00:25:15il y a des progrès
00:25:16qui ont été faits
00:25:17avec des bracelets
00:25:18qui signalent une chute.
00:25:20Oui et non.
00:25:20Oui et non.
00:25:21Parce que regardez,
00:25:21ce chiffre de 9 000 personnes
00:25:23qui décèdent chaque année,
00:25:24il est relativement stable.
00:25:26Moi, je prends toujours
00:25:27la comparaison
00:25:27avec une politique publique
00:25:29qui a marché
00:25:30en 30 ans ou 40 ans,
00:25:31c'est le nombre
00:25:32de morts sur la route.
00:25:33L'année de ma naissance,
00:25:34il y avait 16 000 morts
00:25:34sur les routes.
00:25:35Aujourd'hui,
00:25:35il y en a moins de 3 000.
00:25:37Pourquoi ?
00:25:37Parce qu'on a décidé,
00:25:39on a dit que c'était un drame
00:25:39et qu'on a pris
00:25:40des mesures drastiques.
00:25:42On a mis...
00:25:42Mais c'est quoi
00:25:43la ceinture de sécurité
00:25:44alors à la maison
00:25:45pour les personnes âgées ?
00:25:47Par exemple,
00:25:48c'est rendre obligatoire
00:25:49que toute production
00:25:50de nouveaux logements
00:25:51aujourd'hui
00:25:52intègre le vieillissement
00:25:54dans ce logement.
00:25:55Je vous prends un exemple...
00:25:55Vous ne mettez plus d'escalier.
00:25:56Je vous prends un exemple
00:25:57anecdotique,
00:25:58mais qui n'est pas
00:25:59si anecdotique que ça.
00:26:01Une grande partie
00:26:01de ces chutes
00:26:02ont lieu la nuit.
00:26:03Et donc,
00:26:04l'adaptation du vieillissement,
00:26:05ça consiste à mettre
00:26:07des chemins lumineux
00:26:09dans les maisons
00:26:09pour que le soir,
00:26:10quand on se lève
00:26:11pour aller aux toilettes
00:26:11ou ailleurs,
00:26:12eh bien,
00:26:13la lumière s'allume
00:26:14automatiquement.
00:26:15Si, au moment
00:26:15de la construction
00:26:16d'un logement,
00:26:17je parle pour les nouveaux logements,
00:26:18on oblige
00:26:20les constructeurs de logements
00:26:21à intégrer ça.
00:26:22Vous savez,
00:26:22on fait toujours la comparaison
00:26:23avec la transition écologique.
00:26:25Au bout d'un moment,
00:26:25on a fait des normes
00:26:26hautes qualités environnementales,
00:26:28ça s'appelait HQE.
00:26:29Maintenant,
00:26:29c'est devenu des normes
00:26:30de construction.
00:26:31Moi, je suis pour des normes
00:26:32HQE.
00:26:33C'est-à-dire qu'on construit
00:26:34des logements
00:26:35en pensant que les gens
00:26:35vont y vieillir.
00:26:36Ça, c'est pour les nouveaux
00:26:37logements à construire.
00:26:38Et pour les logements existants,
00:26:40il y a un effort gigantesque.
00:26:42Et la question que vous posez,
00:26:43c'est le mur sur lequel
00:26:45on se fracasse,
00:26:45oui, ça coûte de l'argent.
00:26:46Mais ça coûte de l'argent,
00:26:48vous savez,
00:26:48si on adapte un logement,
00:26:50en réalité,
00:26:50sur le moment,
00:26:51ça va coûter de l'argent,
00:26:51mais ça va pour la société
00:26:53générer des économies gigantesques
00:26:54parce que la personne
00:26:55n'ira pas en EHPAD,
00:26:57la personne ne sera pas
00:26:58hospitalisée en urgence
00:26:59parce qu'il y aura eu une chute.
00:27:00Et donc,
00:27:00chaque euro qu'on investit
00:27:02dans la prévention
00:27:02de la perte d'autonomie,
00:27:03en réalité,
00:27:04c'est une économie
00:27:05plus globale pour le système.
00:27:06Mais ça produit
00:27:07ses effets que plus tardivement.
00:27:09Je ne sais pas
00:27:09si on aura l'occasion
00:27:10d'en reparler,
00:27:10mais sur le financement
00:27:12de l'accompagnement
00:27:12de la dépendance
00:27:14pour avoir plus
00:27:15de salariés dans les EHPAD,
00:27:17plus de salariés
00:27:17dans les services à domicile
00:27:18parce qu'il n'y en a pas assez
00:27:19aujourd'hui
00:27:20pour accompagner
00:27:20de manière satisfaisante.
00:27:23Je termine sur un truc
00:27:24parce que ça,
00:27:24c'est le coup de gueule.
00:27:25Je prends toujours cet exemple.
00:27:27Si à la rentrée scolaire prochaine,
00:27:29on disait à la France entière
00:27:32qu'il y aura un prof
00:27:33devant 50 élèves,
00:27:34qu'est-ce qui se passe
00:27:35d'après vous ?
00:27:36Les parents d'élèves
00:27:37s'enchaînent
00:27:38au gris des rectorats.
00:27:39Les profs se mettent en grève.
00:27:40Les profs se mettent en grève.
00:27:42Les élus locaux manifestent,
00:27:44etc.
00:27:45Dans les EHPAD aujourd'hui,
00:27:46et ça,
00:27:47c'est un choix collectif
00:27:48que nous avons fait
00:27:49ou un non-choix collectif.
00:27:50C'est un non-choix collectif.
00:27:52Nous avons en moyenne
00:27:536,5 salariés
00:27:55pour 10 résidents.
00:27:56Et tout le monde
00:27:57s'accorde à dire
00:27:58qu'il faudrait au moins
00:27:59qu'il y en ait 8 pour 10
00:28:00et idéalement 10 pour 10.
00:28:02Dont le défenseur des droits.
00:28:03Dont le défenseur des droits
00:28:04qui ajoute
00:28:05que c'est maltraitant,
00:28:07que nous avons un système
00:28:08qui est maltraitant.
00:28:09Ça, c'est un choix de société.
00:28:10Ça coûte de l'argent,
00:28:11mais c'est le propre
00:28:13du débat politique.
00:28:13C'est pour ça que je veux mettre
00:28:14ce sujet dans l'élection présidentielle.
00:28:16On ne peut pas être
00:28:17une société avancée
00:28:18qui se dit
00:28:20sur la fin de vie
00:28:21on va accepter des trucs
00:28:22pardonnez-moi l'expression
00:28:23un peu dégueulasses.
00:28:24Et c'est violent
00:28:25pour les salariés
00:28:26de ces établissements.
00:28:27Et c'est pour ça
00:28:28que les métiers
00:28:28ne sont pas attractifs.
00:28:29C'est un cercle victieux.
00:28:30Donc à un moment donné
00:28:31si on met les vulnérabilités
00:28:32et les fragilités
00:28:33comme une priorité
00:28:34de politique publique
00:28:35et qu'on se dit
00:28:36dans le partage des richesses
00:28:37de ce pays
00:28:38on met de l'argent là
00:28:39et encore une fois
00:28:39c'est de l'argent
00:28:40pour créer des emplois.
00:28:41Donc on en a besoin.
00:28:43Je voudrais donner
00:28:43la parole à Martine
00:28:44parce qu'il a beaucoup
00:28:45été question
00:28:46depuis tout à l'heure
00:28:46d'invisibilisation.
00:28:49Est-ce qu'au fond
00:28:49ce n'est pas
00:28:50le premier sujet ?
00:28:51Martine
00:28:52est-ce que vous pouvez
00:28:53bien prendre un micro ?
00:28:54Martine je crois
00:28:55que c'est la raison d'être
00:28:56de l'association
00:28:57dont vous êtes la présidente
00:28:58c'est l'association
00:28:58Hold Up
00:28:59Hold OLD
00:29:01comme les vieux en anglais
00:29:02pour ceux qui n'ont pas
00:29:03suivi les cours.
00:29:04Hold Up
00:29:05plus si jeune
00:29:06mais pas si vieux
00:29:06c'est le slogan
00:29:07de son association.
00:29:09C'est une association
00:29:09qui est justement née
00:29:10du constat
00:29:11de cette mise à l'écart
00:29:12des vieux.
00:29:13Oui tout à fait
00:29:14donc Hold Up
00:29:16accueille les vieux
00:29:17depuis l'âge
00:29:18de la retraite
00:29:19on rejoint ce que
00:29:20vous avez dit
00:29:20monsieur Gatch
00:29:21c'est-à-dire que
00:29:22on est quand même
00:29:23même en écoutant
00:29:24et j'entends
00:29:25tellement
00:29:25il y a une espèce de
00:29:27c'est terrible
00:29:28parce que nous ne sommes
00:29:29annoncés nous les vieux
00:29:30que comme une catastrophe
00:29:31on est une catastrophe
00:29:33économique
00:29:33on est une catastrophe
00:29:34sur le plan de la santé
00:29:36et on oublie
00:29:37que nous sommes des personnes
00:29:38que nous sommes des personnes
00:29:39alors la baseline
00:29:40de Hold Up
00:29:41c'est donner du sens
00:29:42et de l'utilité
00:29:43à l'allongement de la vie
00:29:44et nous sommes
00:29:45et nous pouvons le être
00:29:46et nous sommes
00:29:47en très grande majorité
00:29:48nous les vieux
00:29:49depuis l'âge de la retraite
00:29:51jusqu'à notre mort
00:29:52nous sommes des gens
00:29:53qui sont capables
00:29:54d'être utiles
00:29:54on ne travaille plus
00:29:56c'est-à-dire qu'on n'est plus
00:29:57rémunérés
00:29:58comme le sont les actifs
00:30:00mais nous sommes rémunérés
00:30:01parce que nous avons
00:30:02des pensions
00:30:03il faut le dire
00:30:04et du temps
00:30:04et quand même
00:30:06il y a quelque chose
00:30:07sur le fond
00:30:08de notre capacité
00:30:09partout
00:30:10alors ça peut être
00:30:11les aidants
00:30:11ça peut être
00:30:12tout ce qui se joue
00:30:13le monde associatif
00:30:14dont il a été question
00:30:15les élus
00:30:16sont pour une majorité
00:30:17des vieux
00:30:18on se dit
00:30:19de temps en temps
00:30:19nous
00:30:19s'il y avait un jour
00:30:21une journée
00:30:21où tous les vieux
00:30:22faisaient la grève
00:30:23ce serait la catastrophe
00:30:25dans la société
00:30:26le pays s'arrête
00:30:27le pays s'arrête
00:30:27les grands-parents
00:30:28gardent chaque semaine
00:30:29autant
00:30:30les petits-enfants
00:30:32que toutes les crèches
00:30:33et toutes les assistantes maternelles
00:30:34la moitié des enfants
00:30:35sont gardés par les grands-parents
00:30:37et puis les groupes associatifs
00:30:38le sport
00:30:39enfin bon
00:30:39voilà partout
00:30:40non mais en fait
00:30:41ce que j'entends
00:30:41dans votre discours
00:30:42c'est ce que disait Agnès Buzyn
00:30:43tout à l'heure
00:30:43c'est que vieillir
00:30:44c'est d'abord une chance
00:30:45que tout le monde n'a pas
00:30:46donc il faut aussi honorer
00:30:48cette chance
00:30:48que d'autres n'ont pas eue
00:30:49alors je vais
00:30:50un deuxième volet
00:30:51c'est les non-ingénaires
00:30:52puisqu'on parle des gens
00:30:53très âgés
00:30:53nous à Hold Up
00:30:54on en a marre
00:30:55d'être que traités
00:30:56comme des objets de soins
00:30:58parce que nous sommes aussi
00:30:59des personnes entières
00:31:00il s'avère
00:31:01on a de la pensée
00:31:03qui est quelquefois
00:31:04dérap
00:31:06on existe en tant que personne
00:31:07on a besoin de relations
00:31:08et donc en ce moment
00:31:10et depuis un moment
00:31:11on fait des groupes de paroles
00:31:12j'ai le document là
00:31:14parce que ça vient de sortir
00:31:15pour expliquer
00:31:16comment on fait
00:31:17des groupes de paroles
00:31:18avec des non-ingénaires
00:31:19et plus
00:31:19et que ça leur fait du bien
00:31:20et ils vous racontent quoi ?
00:31:21ils viennent vous raconter quoi ?
00:31:22et bien ils viennent
00:31:22pour raconter leur vie
00:31:24parce qu'ils ont besoin
00:31:24d'être écoutés
00:31:25parce qu'ils sont écoutés nulle part
00:31:27parce que la priorité
00:31:28c'est l'hygiène
00:31:29je caricature
00:31:30mais c'est quand même souvent ça
00:31:32c'est l'hygiène
00:31:33ah là là
00:31:33vous avez mal là
00:31:34donc quand on vous dit
00:31:35ah là là
00:31:35vous avez mal là
00:31:36ah oui c'est vrai
00:31:37et tout le monde se met à parler
00:31:38de son mal là
00:31:39c'est la tribu des Tamalou
00:31:40et bien oui c'est ça
00:31:42alors que quand il s'avère
00:31:44puisqu'on l'a déjà fait
00:31:44on le fait pas mal
00:31:45et on veut le faire plus
00:31:46ces groupes de paroles
00:31:47de vieux
00:31:48qui sont animés par des vieux
00:31:50attention
00:31:51et donc
00:31:52ils sont des groupes horizontaux
00:31:53on arrive à entendre
00:31:54et retrouver du plaisir
00:31:57le plaisir à partager
00:31:58les amitiés
00:31:59voilà
00:32:00et on est dans ces
00:32:01alors c'est pas une utopie
00:32:02c'est une pratique
00:32:02et de même que grâce à ces groupes
00:32:04je vous dis deux choses
00:32:06parce que j'y tiens
00:32:07pour les EHPAD ou ailleurs
00:32:08quand ils se mettent
00:32:09à parler de leurs vieux
00:32:10nous
00:32:10c'est pas si grave
00:32:11d'être mort
00:32:12c'est pas si grave
00:32:13la mort
00:32:14mais c'est très très
00:32:16alors ce qui
00:32:17les familles ne veulent pas
00:32:18parce qu'ils mettent
00:32:20leurs vieux
00:32:21pour qu'ils ne meurent pas
00:32:22et les professionnels
00:32:23leur mission
00:32:24c'est qu'on ne meurt pas
00:32:25alors que quand enfin
00:32:26on peut parler
00:32:27de notre mort
00:32:28c'est un passage
00:32:30c'est la vie
00:32:31c'est beaucoup plus banal
00:32:32qu'on imagine
00:32:33et ça nous fait du bien
00:32:34et une deuxième chose
00:32:35que je vais vous dire
00:32:36parce que comme on est
00:32:36tout le temps là-dedans
00:32:37nous
00:32:38c'est l'intérêt
00:32:39de parler
00:32:40nous parlons tous
00:32:41moi je suis veuve
00:32:42depuis six mois
00:32:44et je parle avec mon mari
00:32:45on parle avec nos morts
00:32:46on a besoin
00:32:47et ça ne veut pas dire
00:32:48qu'on est des malades mentaux
00:32:49mais ça veut dire que
00:32:51ça ils existent pour nous
00:32:53on continue à échanger
00:32:54on a bien d'autres propositions
00:32:56par ailleurs
00:32:56tant mieux si on en a
00:32:58il y a des choses à dire
00:32:59et à faire savoir
00:33:00mais Martine
00:33:00j'ai oublié de vous demander
00:33:01votre âge
00:33:02vous avez quel âge ?
00:33:03moi j'ai 81 ans
00:33:05je ne vous crois pas
00:33:05en plus elle ment sur son âge
00:33:08vous savez pourquoi ?
00:33:09parce que j'ai décidé
00:33:09quand j'ai vieilli
00:33:10que j'allais être
00:33:11avant de mourir
00:33:12une belle blonde
00:33:13alors permettez-moi
00:33:14de vous dire
00:33:14que c'est très réussi
00:33:16j'ai quand même mon âge
00:33:17j'ai mal à la jambe
00:33:19si vous voulez
00:33:20que je parle de ma santé
00:33:21je peux
00:33:22mais par ailleurs
00:33:24alors c'est grâce à Hold Up
00:33:25on a ces groupes de parole
00:33:26on fait des recherches
00:33:27on fait des enquêtes
00:33:28on a fait des enquêtes
00:33:29pour montrer
00:33:30juste pendant le Covid
00:33:31on a eu 5000 réponses
00:33:33personnes âgées
00:33:34qui nous ont répondu
00:33:35et il y avait vraiment
00:33:36un décalage incroyable
00:33:38entre
00:33:38à la fragilité des vieux
00:33:40d'ailleurs on était
00:33:40les premiers enfermés
00:33:41et puis
00:33:42ce qui ressortait
00:33:43de ces vieux
00:33:44qu'on interrogeait
00:33:45on a créé un numéro vert
00:33:47pour qu'ils puissent tous répondre
00:33:49ceux qui ne savaient pas
00:33:50répondre par internet
00:33:51et on s'est aperçu
00:33:53qu'ils étaient
00:33:53pour une majorité
00:33:54une fois de plus
00:33:55utile
00:33:56ils étaient utiles
00:33:57parce qu'ils aidaient
00:33:57les enfants
00:33:58qui étaient enfermés
00:33:58chez eux
00:33:59pour le système scolaire
00:34:01ils étaient utiles
00:34:01avec les voisins
00:34:02ils s'organisaient
00:34:03il faut vraiment changer
00:34:05cette représentation
00:34:07qu'on a de nous
00:34:07qui est trop
00:34:09négative
00:34:09et qui du coup
00:34:10le négatif
00:34:12entraîne du négatif
00:34:13je crois que vous allez
00:34:14être invité
00:34:15sur la chaîne
00:34:15de Francis
00:34:17Francis
00:34:18est-ce que vous pouvez
00:34:18prendre votre micro
00:34:20Francis
00:34:20vous êtes le fondateur
00:34:21de Télévioc
00:34:23alors Télévioc
00:34:24c'est une télévision
00:34:25c'est une chaîne sur Youtube
00:34:26qui parle des vieux autrement
00:34:28alors parenthèse
00:34:29vous recrutez les présentateurs
00:34:30à partir de quel âge
00:34:31c'est pour un ami ?
00:34:34les présentateurs
00:34:35vous parlez de moi ?
00:34:36non mais si vous recrutez
00:34:37d'autres présentateurs
00:34:38vous les prenez à quel âge ?
00:34:39on n'est pas
00:34:40on n'est pas
00:34:41anti-âge
00:34:43on accepte tous les âges
00:34:44on ne fait pas passer
00:34:45de tests
00:34:46par rapport à l'âge
00:34:47il n'y a aucun problème
00:34:48bon c'est bien
00:34:48vous êtes ouvert
00:34:49vous dites que l'avenir
00:34:50c'est d'abord la revalorisation
00:34:52de l'image de la vieillesse
00:34:53c'est exactement
00:34:54ce que disait notre ami Martine
00:34:55vous savez fonder cette chaîne
00:34:57parce que vous trouviez
00:34:58qu'on ne les voyait pas
00:34:58assez à la télé
00:34:59les vieux ?
00:35:00entre autres
00:35:01mais pas seulement
00:35:01c'est parce que
00:35:03je considère que
00:35:04je fais partie
00:35:05d'une génération
00:35:06de vieux nouveaux
00:35:07c'est-à-dire que
00:35:08les vieux nouveaux
00:35:09c'est ceux qui arrivent
00:35:11qui ont d'autres aspirations
00:35:12on les appelle
00:35:13par ailleurs
00:35:14par les boomers
00:35:15c'est-à-dire
00:35:16c'est une génération
00:35:17qui a poussé
00:35:20sans arrêt
00:35:20les limites
00:35:22de la société
00:35:22et aujourd'hui
00:35:24les vieux
00:35:25ils ont envie
00:35:26d'autre chose
00:35:27moi
00:35:27je n'ai pas envie
00:35:28de lire
00:35:29les médias
00:35:29qui sont adressés
00:35:31aux vieux
00:35:31et donc
00:35:32je me suis dit
00:35:34que j'avais besoin
00:35:35d'avoir un média
00:35:36qui parle
00:35:37de la façon
00:35:37dont j'ai envie
00:35:38d'entendre les choses
00:35:39et le CNAV
00:35:41dont je fais partie
00:35:42et Télévioc
00:35:43portent des idées
00:35:44de représentation
00:35:45nouvelle
00:35:46de la vieillesse
00:35:47c'est-à-dire
00:35:47notamment
00:35:48de dire
00:35:49une fois pour toutes
00:35:50que tout ce qui se fait
00:35:51pour la vieillesse
00:35:52doit se faire
00:35:53avec les vieux
00:35:54il y en a marre
00:35:55aujourd'hui
00:35:56d'avoir des politiques
00:35:57publiques
00:35:57qui sont
00:35:58sans arrêt
00:35:59prises
00:36:00en l'extérieur
00:36:01sans prendre en compte
00:36:02la vie des vieux
00:36:03vous avez parlé
00:36:04du Covid
00:36:05je vous rappelle
00:36:06pendant le Covid
00:36:07où nous avons eu
00:36:08tout un tas de plateaux
00:36:09qui parlaient
00:36:10de l'urgence
00:36:11de la protection
00:36:12des vieux
00:36:12etc
00:36:13il y avait tout le monde
00:36:14sauf des vieux
00:36:16sauf des vieux
00:36:17alors je trouve
00:36:19si vous voulez
00:36:19c'est comme si
00:36:20aujourd'hui
00:36:21on parlait
00:36:22de l'avortement
00:36:22avec un plateau
00:36:23de mecs
00:36:24et ça ne choque
00:36:25personne
00:36:26voilà
00:36:26c'est-à-dire qu'on accepte
00:36:28le fait qu'on parle
00:36:29de personnes
00:36:30qui sont toujours
00:36:31à la marge
00:36:32c'est-à-dire qu'ils
00:36:33n'ont pas une entité
00:36:35réelle
00:36:35on parle d'eux
00:36:36de la façon
00:36:37dont on va s'occuper
00:36:38est-ce que ce n'est pas
00:36:38aussi la façon
00:36:39dont on traite
00:36:40les bébés
00:36:40au fond
00:36:40oui
00:36:41c'est-à-dire
00:36:42qu'on redevient
00:36:43des mineurs
00:36:44on dirait
00:36:45qu'on n'a plus
00:36:45la possibilité
00:36:46de s'exprimer
00:36:47on n'a plus
00:36:47la possibilité
00:36:48de dire
00:36:48ce que l'on veut
00:36:50une chose
00:36:50de très simple
00:36:51comme ça a été dit
00:36:52les vieux
00:36:53ils sont considérés
00:36:54d'une façon
00:36:55standardisée
00:36:55objets de soins
00:36:56on crée
00:36:57des modules
00:36:58des objets
00:36:58des chambres
00:36:59qui sont toutes
00:37:00les mêmes
00:37:00pour tout le monde
00:37:01si on réfléchit
00:37:02deux minutes
00:37:03lorsqu'on vieillit
00:37:04on est au sommet
00:37:06de sa diversité
00:37:07on a fait des choix
00:37:08toute sa vie
00:37:09en termes d'identité
00:37:11en termes de construction
00:37:12en termes de choix
00:37:13et tout d'un coup
00:37:14on nous réduit
00:37:15à un truc
00:37:16cloc
00:37:17ah bah t'es un vieux
00:37:18et donc tu vas
00:37:19dans la place des vieux
00:37:20que tu sois rond
00:37:21que tu sois carré
00:37:22que tu sois triangle
00:37:22on s'en fout
00:37:24tu vas au même endroit
00:37:24moi quand j'ai créé
00:37:26Grey Pride
00:37:26qui s'occupe
00:37:28de la visibilité
00:37:29des vieux LGBT
00:37:30je l'ai créé
00:37:31parce que tout d'un coup
00:37:32je me suis demandé
00:37:33mais les vieux gays
00:37:34les vieilles lesbiennes
00:37:36et tout ça
00:37:37j'ai posé des questions
00:37:38mais ils sont où ?
00:37:40invisibilisés aussi
00:37:41on ne sait plus
00:37:41c'est-à-dire qu'on lutte
00:37:43toute sa vie
00:37:44pour avoir une identité
00:37:46avoir des droits
00:37:47être respecté
00:37:48et quand on vieillit
00:37:49tout ça s'efface
00:37:51on redevient
00:37:52on redevient
00:37:52le vieux standard
00:37:53peut-être qu'on redevient
00:37:54tous ces terreaux
00:37:55j'en sais rien
00:37:55c'est peut-être possible
00:37:57je vais me préparer
00:37:58peut-être
00:37:59à cette éventualité
00:38:01mais c'est ça
00:38:03qui est insupportable
00:38:04c'est une vision
00:38:05de la vieillesse
00:38:06dans laquelle
00:38:06les vieux sont absents
00:38:08et les vieux eux-mêmes
00:38:09sont dans le déni
00:38:10de leur propre vieillesse
00:38:12parce que
00:38:13nous sommes dans un monde
00:38:15vieillophobe
00:38:16mais est-ce que
00:38:17alors
00:38:17ce que vous dites aussi
00:38:19c'est aussi peut-être
00:38:20il y a aussi des vieux
00:38:20qui ne veulent pas se montrer
00:38:21parce qu'ils se disent
00:38:22ma vieillesse est un naufrage
00:38:24je ne veux pas qu'on me voie
00:38:26ils n'ont pas besoin
00:38:27tout nous dit
00:38:29que la vieillesse
00:38:30est un naufrage
00:38:31nous on le voit
00:38:32en tant que journaliste
00:38:32quand on veut filmer
00:38:33par exemple
00:38:34quand on veut filmer
00:38:34les personnes âgées
00:38:35elles nous disent
00:38:36oh non moi je suis moche
00:38:37on a souvent ça
00:38:38oui mais
00:38:40attendez
00:38:40je vais faire la pub
00:38:42on a honte d'être vieux
00:38:43vous avez vu
00:38:43une marque d'eau minérale
00:38:45très connue
00:38:46à la fin
00:38:47elle a marqué
00:38:48Bi Young
00:38:50c'est-à-dire que
00:38:51tu regardes ça toi
00:38:52en tant que vieux
00:38:53ah tiens
00:38:54je vais prendre
00:38:55de l'eau
00:38:57ça va me rajeunir
00:38:59et en fin de compte
00:38:59je vais être heureux
00:39:00on est dans une société
00:39:02le culte de la jeunesse
00:39:03dans lequel
00:39:03on nous envoie
00:39:04sans arrêt des messages
00:39:06nous disant
00:39:07pour bien vieillir
00:39:09restez jeune
00:39:10voilà la solution
00:39:11je mettrais quand même
00:39:12un bémol
00:39:13c'est que
00:39:13pour des crèmes anti-rides
00:39:15on commence à avoir
00:39:15des femmes ridées
00:39:16dans les publicités
00:39:17avant c'était
00:39:17des jeunes femmes
00:39:18de 20 ans
00:39:18le nom anti-âge
00:39:19il y en a encore
00:39:20qui continue à s'appeler
00:39:21une crème anti-âge
00:39:22anti-âge
00:39:23c'est dégueulasse
00:39:24c'est vrai
00:39:25non non c'est
00:39:26Patrice
00:39:26vous qui avez été journaliste
00:39:28vous qui êtes aujourd'hui
00:39:29directeur d'EHPAD
00:39:29sur la représentation médiatique
00:39:31du grand âge
00:39:33est-ce que c'est une question
00:39:34que vous vous êtes posée aussi
00:39:35de vous dire
00:39:36mais comment on les met plus
00:39:38sur le devant de la photo
00:39:40c'est sûr que
00:39:41quand vous passez
00:39:41de France Télévisions
00:39:43à une direction d'EHPAD
00:39:44c'est plus la fashion week
00:39:45vous changez d'univers
00:39:46avec les bons et les mauvais côtés
00:39:48évidemment des deux vies
00:39:49des deux métiers
00:39:51on vous rejoint tous
00:39:52sur l'image des anciens
00:39:54et qui d'ailleurs
00:39:54s'étend
00:39:55je vous rassure
00:39:56au personnel des EHPAD
00:39:57qui maintenant
00:39:58ont presque honte
00:39:59par moment
00:39:59de dire qu'ils travaillent
00:40:01en EHPAD
00:40:01vous voyez
00:40:02donc c'est un ensemble global
00:40:03nous on a créé
00:40:04il y a déjà des années
00:40:05j'ai eu la chance
00:40:06de m'occuper
00:40:06de deux établissements différents
00:40:07on avait créé
00:40:08une page Facebook
00:40:08parce que les salariés
00:40:09me disaient
00:40:10j'ai honte de dire
00:40:11à mes copines
00:40:11quand on a 22 ans
00:40:12que je travaille en EHPAD
00:40:13j'ai dit écoutez
00:40:14on va faire une page Facebook
00:40:14vous allez montrer
00:40:15tout ce que vous faites
00:40:16c'est pas que santé
00:40:17du Nougaro
00:40:18une fois par mois
00:40:19c'est aussi des initiatives
00:40:20des rires
00:40:21du basket
00:40:21voilà
00:40:22donc je dirais
00:40:23que la représentation
00:40:24des anciens
00:40:24elle est compliquée
00:40:25déjà pour eux
00:40:26j'ai une résidente
00:40:27qui me disait
00:40:28souvent
00:40:28la vieillesse
00:40:30c'est une série
00:40:30de renoncements
00:40:31et pourtant
00:40:32elle lisait
00:40:33trois livres par semaine
00:40:33parce qu'elle avait encore
00:40:34cette chance
00:40:35de pouvoir lire
00:40:35donc je dirais
00:40:36que la représentation
00:40:37des vieux
00:40:37oui
00:40:37c'est évident
00:40:38qu'une publicité
00:40:39pour un parfum
00:40:41ça est plus sympa
00:40:42de mettre un mannequin
00:40:43canon américain
00:40:44c'est plus qu'il disait
00:40:45vieillir
00:40:45c'est le début
00:40:45des plus jamais
00:40:47mais
00:40:48vieillir
00:40:48c'est quand on commence
00:40:49à compter le nombre de fois
00:40:51où ce sera plus jamais
00:40:52oui je pense que c'est
00:40:53c'est évident
00:40:53sur le maître de la vie
00:40:55on est tous
00:40:55à des positions différentes
00:40:57donc après
00:40:58la représentation des médias
00:40:59moi je trouve
00:41:00que vous êtes un peu durs
00:41:01quand même
00:41:01parce que moi je trouve
00:41:02que ça évolue
00:41:02quand même globalement
00:41:03on voit beaucoup plus
00:41:04de personnes
00:41:05on va dire
00:41:07de plus de 50 ans
00:41:08de plus de 60 ans
00:41:09demandez aux actrices
00:41:09demandez aux actrices
00:41:11vieillissantes
00:41:11les possibilités
00:41:12qu'elles ont par exemple
00:41:13de tourner
00:41:13vous pouvez peut-être
00:41:14demander aussi aux journalistes
00:41:15exactement
00:41:17alors il faut aussi
00:41:19que les comportements changent
00:41:20ce que je voulais dire
00:41:20sur la représentation
00:41:21notamment à la télévision
00:41:23puisque c'est quand même
00:41:24encore quelque chose
00:41:24il y a un décalage
00:41:25l'ARCOM
00:41:26donc le gendarme
00:41:27de l'audiovisuel
00:41:28chaque année mesure
00:41:29la représentation
00:41:30des personnes âgées
00:41:31dans les émissions
00:41:33les journaux
00:41:34etc
00:41:35alors que les plus de 60 ans
00:41:37représentent 20%
00:41:38de la population
00:41:39ça ne représente
00:41:40que 6%
00:41:41des gens
00:41:41qu'on voit
00:41:42dans les séries
00:41:43dans les reportages
00:41:44des journaux
00:41:45pourquoi ?
00:41:45parce que dans les journaux
00:41:46on ne va parler que quand
00:41:47il y a un pépin de santé
00:41:48mais en jour à Francis
00:41:50on ne parle jamais
00:41:50à la télé
00:41:51de la sexualité
00:41:51des personnes âgées
00:41:52on ne parle jamais
00:41:53de la pratique sportive
00:41:54des personnes âgées
00:41:55le sport c'est
00:41:57la compétition
00:41:57les jeunes
00:41:58etc
00:41:58donc il faut aussi
00:41:59que la société culturellement
00:42:00elle accepte de regarder
00:42:01ce qu'on n'a pas envie de voir
00:42:03alors là où je suis d'accord
00:42:04c'est que ça commence
00:42:04à faire des progrès
00:42:05je donne un seul exemple
00:42:06c'est le festival de Cannes
00:42:07en ce moment
00:42:07il y a un film
00:42:08qui va sortir au mois d'août
00:42:09avec Virginie Effira
00:42:11qui s'appelle Soudain
00:42:11et c'est l'histoire
00:42:12d'une directrice d'EHPAD
00:42:13qui se bat justement
00:42:15pour mettre plus d'humanité
00:42:16dans ce moment
00:42:17il faut que la représentation populaire
00:42:19la chanson
00:42:19le théâtre
00:42:20la musique
00:42:21la littérature
00:42:22donne plus de place
00:42:23aux vieux
00:42:24et on voit
00:42:25notamment dans la génération
00:42:26des 68 arts
00:42:27je pense au livre
00:42:27de Laura Adler
00:42:28il y a quelques années
00:42:30et quelques autres
00:42:31Pascal Bruckner
00:42:31toute cette génération là
00:42:33qui s'est battue
00:42:34pour les droits
00:42:35de la jeunesse à l'époque
00:42:35la révolution sexuelle
00:42:37plus d'autonomie
00:42:38la maîtrise de son corps
00:42:39c'est les mêmes aujourd'hui
00:42:40ils portent encore ça en eux
00:42:41quand même
00:42:41non mais c'est les mêmes
00:42:42qui disent aujourd'hui
00:42:43justement et Francis
00:42:44a parfaitement raison
00:42:45on ne va pas nous imposer
00:42:47de vieillir
00:42:48de manière normée
00:42:49dans les EHPAD
00:42:50aujourd'hui
00:42:51moi je parle souvent
00:42:52avec des directeurs d'EHPAD
00:42:52c'est plus possible
00:42:54de dire aux gens
00:42:54vous allez manger
00:42:55à telle heure
00:42:57à tel endroit
00:42:58et un menu unique
00:42:59parce que toute sa vie
00:43:00une personne âgée
00:43:00elle a choisi
00:43:01si elle voulait
00:43:02faire la grasse mat
00:43:03et de la faire
00:43:04et prendre son petit déj
00:43:05à 10h du matin
00:43:07elle préfère
00:43:07ceci plutôt que cela
00:43:08or pourquoi
00:43:09c'est pas possible
00:43:10dans l'EHPAD
00:43:10parce que les moyens
00:43:11qu'on a donnés à l'EHPAD
00:43:12fait qu'on est obligé
00:43:12de standardiser les procédures
00:43:14et que le petit déj
00:43:14on ne passe qu'une seule fois
00:43:15donc si on veut mettre
00:43:17de la vie
00:43:17partout
00:43:18à domicile
00:43:19ou en établissement
00:43:20il faut laisser
00:43:21le choix aux personnes âgées
00:43:23et là où je vous rejoins aussi
00:43:23c'est le boulot
00:43:24que fait Hold Up
00:43:25depuis des années
00:43:26enfin moi je me rappelle
00:43:26d'échanges avec
00:43:27Marie-Françoise Fuchs
00:43:28où elle disait
00:43:29très clairement
00:43:30c'est la fondatrice
00:43:30de Hold Up
00:43:31où elle disait
00:43:32très clairement
00:43:33il faut qu'on recueille
00:43:34notre parole
00:43:35ce que vous avez fait
00:43:35par exemple
00:43:36sur l'alimentation
00:43:37dans les EHPAD
00:43:37c'était fascinant
00:43:38de dire aux gens
00:43:39on a besoin
00:43:40d'avoir ce choix
00:43:41et de ne pas être
00:43:42avec quelque chose
00:43:43qui nous est imposé
00:43:44Nelson
00:43:44je vais vous demander
00:43:44de prendre un micro
00:43:45Nelson il est juste là
00:43:46le micro
00:43:48Nelson
00:43:48vous dirigez vous aussi
00:43:49un EHPAD
00:43:50à Ormesson-sur-Marne
00:43:51c'est dans le Val-de-Marne
00:43:52vous avez je crois
00:43:5347 résidents
00:43:54pour 5 soignants
00:43:55d'abord est-ce que les choses
00:43:56elles ont changé
00:43:57depuis le scandale Orpéa
00:44:00je parlais des repas
00:44:01qui sont toujours les mêmes
00:44:02à 18h
00:44:04voire
00:44:05à 17h
00:44:07juste une petite précision
00:44:08c'est pas Ormesson-sur-Marne
00:44:10c'est à Provins
00:44:10l'EHPAD
00:44:11c'est à Provins
00:44:12donc c'est en Seine-les-Marne
00:44:13voilà en Seine-les-Marne
00:44:14dans le 77
00:44:16oui depuis du coup
00:44:18ce scandale
00:44:19qui a eu
00:44:20le scandale
00:44:20qu'on est tous
00:44:21tous au courant
00:44:22on a cherché du coup
00:44:24les coupables
00:44:24et souvent les coupables
00:44:25ça a été les gestionnaires
00:44:27à savoir que
00:44:29les CEPOM
00:44:29c'est tripartite
00:44:31il y a le département
00:44:32il y a les ARS
00:44:33il y a les EHPAD
00:44:35les faits sont réels
00:44:38et les scandales
00:44:39ont été présents
00:44:40mais
00:44:41par exemple moi
00:44:42je commence cette année
00:44:43où on vient me récupérer
00:44:45en dotation
00:44:4576 000 euros
00:44:47puisque
00:44:48c'est à dire
00:44:49on vous a enlevé
00:44:50cette somme
00:44:51de votre budget
00:44:51de fonctionnement
00:44:52on va venir me les récupérer
00:44:53en fin de l'année
00:44:54plus que l'année dernière
00:44:56au niveau du taux d'occupation
00:44:58on a de plus en plus
00:44:59de mal à remplir
00:45:00nos établissements
00:45:00avec l'image dégradée
00:45:02qu'il y a eu
00:45:02malgré que
00:45:04je pense que
00:45:04c'est pareil pour monsieur
00:45:05on se bat au quotidien
00:45:06pour ouvrir nos portes
00:45:07ouvrir nos résidences
00:45:08pour montrer
00:45:09ce qui se passe
00:45:10dans nos résidences
00:45:11on essaie de s'adapter
00:45:12au mieux
00:45:13aux personnes âgées
00:45:13avec
00:45:15des projets de vie
00:45:16personnalisés
00:45:17on s'adapte vraiment
00:45:20on va venir nous récupérer
00:45:2276 000 euros
00:45:2376 000 euros
00:45:24c'est équivalent
00:45:25à deux ETP de soignants
00:45:27équivalent en plein
00:45:28et comment vous faites
00:45:30aujourd'hui
00:45:30vous me disiez
00:45:31vous avez 5 soignants
00:45:32c'est ça dans votre EHPAD
00:45:33pour 47 résidents
00:45:345 soignants pour 47 résidents
00:45:36donc ils ne s'arrêtent jamais
00:45:36voilà
00:45:37du coup
00:45:37on arrive sur une situation
00:45:40où la surcharge
00:45:41de travail est énorme
00:45:43on rentre de plus en plus tard
00:45:45en EHPAD
00:45:45on est de plus en plus
00:45:47dépendants
00:45:48et nous
00:45:49les moyens
00:45:49on ne les a pas forcément
00:45:52la revalorisation salariale
00:45:53des soignants
00:45:55ça fait 3 ans
00:45:56qu'il n'y a pas eu
00:45:57de revalorisation
00:45:57on entame la 4ème année
00:45:59une aide soignante
00:46:00a quasiment le même salaire
00:46:01qu'une agente service hôtelier
00:46:03moi j'essange
00:46:04quotidiennement
00:46:05avec mes équipes
00:46:07et
00:46:07vous savez
00:46:08le problème
00:46:08c'est même pas
00:46:09forcément le salaire
00:46:10c'est la surcharge
00:46:11de travail
00:46:12elles
00:46:12elles ont l'impression
00:46:13de mal faire leur boulot
00:46:14parce que
00:46:15elles n'ont pas forcément
00:46:16le temps
00:46:17et nous
00:46:18en tant que directeur
00:46:19d'EHPAD
00:46:20la difficulté
00:46:22elle est que
00:46:23oui
00:46:23on regarde
00:46:24et
00:46:25on regarde les rapports
00:46:27il manquerait
00:46:27à peu près
00:46:2810 milliards d'euros
00:46:29pour que
00:46:29tous les EHPAD
00:46:30fonctionnent bien
00:46:31je regarde
00:46:32les différents échanges
00:46:33la loi
00:46:34elle n'avance pas forcément
00:46:35mais nous
00:46:36on a besoin de concret
00:46:37sur le terrain
00:46:37et c'est ça
00:46:38qu'on a besoin
00:46:39vraiment
00:46:39que ça avance
00:46:40parce que nous
00:46:40on est confronté
00:46:41et c'est du concret
00:46:42c'est directement
00:46:44demain matin
00:46:45voilà
00:46:46moi j'ai mes équipes
00:46:47qui doivent être sur place
00:46:48voilà
00:46:49on est
00:46:50c'est tout le temps
00:46:52et la difficulté
00:46:53elle est là
00:46:53vous partagez
00:46:54le même diagnostic
00:46:55Patrice
00:46:55oui le débasage
00:46:56en fait
00:46:56il faut l'expliquer
00:46:57c'est quand on a
00:46:58moins de 95%
00:47:00d'occupation
00:47:00de ses chambres
00:47:01sur une année type
00:47:02l'ARS
00:47:03le ministère de la santé
00:47:04vous reprend vos moyens
00:47:05donc ça fait une espèce
00:47:06de course à l'échalote
00:47:07parce qu'on croit
00:47:07que c'est des appannages
00:47:08du privé
00:47:09pour faire de l'argent
00:47:10tout ça
00:47:11c'est juste une vraie contrainte
00:47:12il faut savoir qu'en Belgique
00:47:13ils suppriment carrément les lits
00:47:15quand vous n'êtes pas
00:47:16un taux d'occupation important
00:47:17donc ça c'est la petite parenthèse
00:47:18sur les moyens
00:47:19on est d'accord
00:47:19je voudrais juste
00:47:21quand même
00:47:22il faut préciser
00:47:22puisque je vous parlais
00:47:23de la Belgique
00:47:24il n'y a aucun pays européen
00:47:25qui a renoncé
00:47:26à la prise en charge
00:47:26collective de nos aînés
00:47:28ça vous pouvez faire
00:47:29dans n'importe quel pays
00:47:30Belgique, Luxembourg, Espagne, Italie
00:47:33le Danemark l'avait fait
00:47:34ils sont revenus
00:47:35ils sont revenus en arrière
00:47:36parce que en fait
00:47:37la différence en revanche
00:47:38vous parliez de TP tout à l'heure
00:47:40et de personnel
00:47:41le TP c'est équivalent en plein
00:47:42c'est que les taux d'encadrement
00:47:44sont beaucoup plus forts
00:47:45on dit toujours
00:47:46en plaisantant
00:47:47il faut travailler au Belgique
00:47:48en Luxembourg
00:47:49et puis venir
00:47:50vous avez compris
00:47:51mourir
00:47:53au soleil
00:47:53ou autre
00:47:54puisqu'on a aussi
00:47:55des EHPAD
00:47:56qui sont très bien
00:47:57dans le sud
00:47:57donc voilà
00:47:58donc ça bien sûr
00:47:59qu'on partage
00:47:59c'est pour ça que modestement
00:48:01au-delà des anecdotes
00:48:03et du rire des larmes
00:48:04moi j'ai demandé
00:48:05sincèrement
00:48:06un plan Marshall
00:48:07des EHPAD
00:48:07je pense qu'aujourd'hui
00:48:09vous avez 18 milliards d'euros
00:48:10qui sont consacrés
00:48:11aux EHPAD
00:48:1216 milliards
00:48:12sur le secteur du handicap
00:48:14la ministre
00:48:15l'ex-ministre connaît bien
00:48:16c'est moins d'un pour cent
00:48:18des dépenses publiques
00:48:19alors je sais bien
00:48:20monsieur Guège
00:48:20que tout ne se résume pas
00:48:21à l'argent
00:48:22il y a un moment
00:48:23il faut se poser la question
00:48:24est-ce que nos anciens
00:48:26nos fameux non-agénaires
00:48:28et plus
00:48:28alors moi je vais vous dire
00:48:29on est à 105
00:48:29106
00:48:30107
00:48:3190 ans
00:48:32c'est nos genoux
00:48:33je peux vous dire
00:48:34qu'ils conduisent encore
00:48:35ils sont même en appartement
00:48:36pour certains
00:48:36parce qu'on a aussi des appartements
00:48:38donc la question
00:48:39qu'il faut se poser
00:48:39c'est finalement
00:48:41est-ce qu'on se donne
00:48:42les moyens
00:48:43de nos ambitions
00:48:44par rapport à la prise en charge
00:48:45des anciens
00:48:46donc bien sûr
00:48:47qu'on partage
00:48:48c'est évident
00:48:48on s'inquiète même
00:48:49mais ce que les familles
00:48:50ont du mal à comprendre
00:48:51c'est à quel point
00:48:54les moyens dans l'EHPAD
00:48:55sont réduits
00:48:56en termes d'effectifs
00:48:57d'infirmières
00:48:58d'aides-soignants
00:48:59ou simplement
00:49:00des aides
00:49:00qui viennent dans l'EHPAD
00:49:02et le prix qu'elles payent
00:49:04vous savez
00:49:05je peux me permettre
00:49:07nous on a des élus
00:49:08vous savez que c'est
00:49:08une petite entreprise
00:49:09il y a des élus
00:49:10il y a des élus famille
00:49:11il y a des élus salariés
00:49:12moi j'ai une métaphore
00:49:13très simple
00:49:13d'abord on est transparent
00:49:15pour les comptes
00:49:15on est dans le secteur privé
00:49:17dites-vous qu'il y a
00:49:17160 000 places
00:49:19à peu près dans le secteur privé
00:49:20sur les 650
00:49:21et bien du coup
00:49:22vous payez les charges
00:49:23pendant 11 mois
00:49:24moi j'ai une métaphore
00:49:25très simple
00:49:26vérifier avec les élus
00:49:27le 12ème mois
00:49:28vous êtes rentable
00:49:28si vous êtes plein
00:49:29toute l'année
00:49:30je pense que vous n'êtes
00:49:31pas rentable
00:49:32en étant débasé
00:49:33vous n'êtes plus rentable
00:49:34vous n'êtes plus à l'équilibre
00:49:3570% des EHPAD publics
00:49:37sont en déficit
00:49:38ça a été crié
00:49:391000 fois par les FED
00:49:41donc là
00:49:41on a une réalité
00:49:42dans le modèle économique
00:49:44à quel moment
00:49:45il y a quelque chose
00:49:46qui s'est cassé
00:49:47pour que
00:49:48ça devienne
00:49:49quelque chose
00:49:50qui n'est pas rentable
00:49:51alors sans qu'on parle
00:49:52de rentabilité
00:49:52mais au moins
00:49:53de finir une année
00:49:54à l'équilibre
00:49:54c'est-à-dire
00:49:55que tout le monde
00:49:56puisse être payé correctement
00:49:57que les charges soient payées
00:49:59que les familles
00:49:59aient payé aussi
00:50:00la place de leurs résidents
00:50:01et que tout le monde
00:50:02puisse être heureux
00:50:03enfin pardon
00:50:03mais je n'arrive pas
00:50:05à comprendre
00:50:05comment ce modèle
00:50:06est construit
00:50:07pour en arriver
00:50:07à des situations
00:50:08de déficit
00:50:09où on a des débasages
00:50:11je fais une minute
00:50:13de pédagogie
00:50:14sur ce que c'est
00:50:14le tarif d'un EHPAD
00:50:15le tarif d'un EHPAD
00:50:16il y a
00:50:17l'hébergement
00:50:19c'est-à-dire
00:50:20le loyer
00:50:21le loyer
00:50:22voilà
00:50:22payé par les familles
00:50:26et dont le prix
00:50:28qui est en moyenne
00:50:29de 80 euros
00:50:29par jour
00:50:30par jour
00:50:31voilà
00:50:31en moyenne
00:50:32avec des disparités
00:50:34parce que c'est pas la même chose
00:50:35si vous êtes au coeur de Paris
00:50:36ou construire quelque chose
00:50:38le prix du mètre carré
00:50:39est pas le même
00:50:40que dans un village
00:50:41à la campagne
00:50:42vous avez
00:50:44donc ça ça représente
00:50:44à peu près 60%
00:50:46du coût global
00:50:47de l'EHPAD
00:50:47après vous avez
00:50:49environ 25%
00:50:51qui sont les dépenses
00:50:51de soins
00:50:52les salaires
00:50:53des médecins
00:50:54des infirmières
00:50:55et pour partie
00:50:56des aides-soignantes
00:50:57et là c'est payé
00:50:58par nous tous
00:50:59par la sécurité sociale
00:51:00et puis il y a
00:51:02un petit reliquat
00:51:0310 à 15%
00:51:04qui est payé
00:51:05par le département
00:51:06qui est la prise en charge
00:51:07la différence
00:51:08est pas très compréhensible
00:51:09entre la dépendance
00:51:10et le soin
00:51:10à tel point d'ailleurs
00:51:11qu'on vient de faire
00:51:12enfin une réforme
00:51:13pour fusionner
00:51:14tout ça est affreusement compliqué
00:51:15j'ai oublié
00:51:15les sections soins et dépendance
00:51:17ce que les gens
00:51:17n'arrivent pas à comprendre
00:51:19c'est que
00:51:19quand on va à l'EHPAD
00:51:20c'est qu'on est très malade
00:51:22souvent
00:51:23on sort de l'hôpital
00:51:24après une hospitalisation
00:51:25et on vous dit
00:51:25on va à l'EHPAD
00:51:26à l'hôpital
00:51:27quand vous êtes malade
00:51:28c'est pris en charge
00:51:29en totalité
00:51:30par la sécurité sociale
00:51:31hormis les 20 euros
00:51:33du forfait hospitalier
00:51:35à l'EHPAD
00:51:36historiquement
00:51:37on a dit
00:51:37ce sont les familles
00:51:38qui doivent payer
00:51:39le tarif hébergement
00:51:40d'où le montant important
00:51:41les familles
00:51:42ne voient pas
00:51:43ne le savent pas
00:51:43qu'il y a
00:51:44presque le double
00:51:45de ce qu'elles payent
00:51:46qui est payé par eux-mêmes
00:51:47par leurs propres impôts
00:51:49bon
00:51:49donc tout le débat
00:51:50aujourd'hui
00:51:50c'est de savoir
00:51:51jusqu'à quel point
00:51:52la société
00:51:54dans son ensemble
00:51:55va augmenter
00:51:56l'effort
00:51:57pour améliorer
00:51:58notamment
00:51:58la présence
00:51:59de personnels
00:52:00soignants
00:52:00et il est là
00:52:01le grand défi
00:52:01et moi
00:52:02je n'éluge pas le sujet
00:52:04il faut dégager
00:52:05des moyens
00:52:05et ça c'est un débat
00:52:06qu'on a nous tous
00:52:07vous avez dit
00:52:08le chiffre
00:52:09il faut 10 milliards
00:52:10à peu près
00:52:11pas uniquement
00:52:12pour les EHPAD
00:52:12mais pour améliorer
00:52:13à domicile
00:52:14et en établissement
00:52:15vous dites 10 milliards
00:52:17là c'est colossal
00:52:18on dépense actuellement
00:52:20près de 300 milliards
00:52:21pour le total
00:52:22des dépenses de santé
00:52:23donc ce n'est qu'une partie
00:52:24des dépenses de santé
00:52:25donc le choix
00:52:25il est simple
00:52:26est-ce qu'on augmente
00:52:27le financement des familles
00:52:29aujourd'hui
00:52:291500 euros
00:52:30la retraite moyenne française
00:52:3117 millions de retraités
00:52:32moyenne des EHPAD
00:52:34entre 2 et 3 000 euros
00:52:34donc le débat
00:52:35est de savoir
00:52:36est-ce que ce sont
00:52:37les familles elles-mêmes
00:52:38qui doivent payer
00:52:39donc on demande
00:52:40aux personnes âgées
00:52:41d'économiser
00:52:42tout au long de leur vie
00:52:43pour pouvoir payer
00:52:45leur EHPAD
00:52:45c'est à ça que sert souvent
00:52:47l'assurance vie
00:52:48quand il y en a une
00:52:49mais tout le monde
00:52:49n'a pas une assurance vie
00:52:51bien sûr
00:52:51on se retrouve aussi
00:52:52avec des familles
00:52:52qui sont obligées
00:52:53de vendre la maison
00:52:54c'est exactement ça
00:52:55donc vous mettez le doigt
00:52:56sur une des questions
00:52:57qui est de dire
00:52:57est-ce que c'est
00:52:58la solidarité nationale
00:52:59qui va financer
00:53:00l'augmentation
00:53:01du nombre de personnel
00:53:02dans les EHPAD
00:53:03ça ne se traduira pas
00:53:04par une baisse
00:53:05du reste à charge
00:53:06pour les familles
00:53:06ou alors on change
00:53:07de modèle
00:53:08et on dit
00:53:08les familles ne payent plus
00:53:09de reste à charge
00:53:10et c'est la société
00:53:10mais là il faut
00:53:11et là il faut qu'on pose
00:53:12la question de savoir
00:53:13où est-ce qu'on va chercher
00:53:14cet argent
00:53:15moi à un moment
00:53:16je ne veux pas éviter
00:53:17la question
00:53:18une des pistes
00:53:19que je propose
00:53:20avec d'autres
00:53:20et d'ailleurs
00:53:21la Fédération Hospitalière
00:53:22de France
00:53:22vient de le présenter
00:53:24moi je l'avais déjà déposé
00:53:25il y a quelques années
00:53:26à l'occasion
00:53:26de Sant'Expo
00:53:27le salon
00:53:28c'est vous savez
00:53:29dans les années qui viennent
00:53:30il va y avoir
00:53:31les fameux boomers
00:53:32la grande transmission
00:53:33la grande transmission
00:53:34ils vont mourir
00:53:35ils vont arriver
00:53:36à un âge
00:53:37ils sont nés en 1949
00:53:39ne les enterrez pas
00:53:40trop vite Jérôme Gage
00:53:41disons les choses
00:53:42celles qu'elles sont
00:53:42les gens qui sont nés
00:53:43les fameux baby boomers
00:53:44qui sont nés à partir
00:53:45de 1945
00:53:46jusque dans les années
00:53:4760-70
00:53:48ils commencent à avoir
00:53:5080-90 ans
00:53:51dans les années à venir
00:53:52et donc
00:53:53il va y avoir
00:53:54une augmentation
00:53:55du montant des héritages
00:53:56dans des proportions
00:53:57qu'on n'a jamais connues
00:53:58alors quand on parle
00:53:59d'héritage
00:53:59tout le monde pense
00:54:00qu'on va venir
00:54:00leur piquer leur argent
00:54:01la réalité c'est que
00:54:0285% des français
00:54:03ne sont pas concernés
00:54:05par les droits de succession
00:54:05et donc moi je plaide
00:54:07pour qu'on mette
00:54:08à contribution
00:54:08non pas à l'échelle
00:54:09individuelle
00:54:10chaque personne âgée
00:54:10en disant
00:54:11je vais te prendre
00:54:12ton épargne
00:54:12mais à l'échelle collective
00:54:14et notamment
00:54:14les plus hauts patrimoines
00:54:15et les plus hautes transmissions
00:54:17pour financer
00:54:18l'amélioration
00:54:19de l'accompagnement
00:54:19c'est la taxe Zuckman
00:54:21des EHPAD
00:54:21c'est ça
00:54:22c'est une juste redistribution
00:54:25ces générations-là
00:54:26de boomers
00:54:26vous avez vu les débats
00:54:27sur la grande transmission
00:54:29qu'on a pu avoir
00:54:29pendant l'examen
00:54:31du projet de loi de finances
00:54:32où on sent
00:54:33que c'est un sujet
00:54:34ultra sensible
00:54:35on n'est pas loin du tabou
00:54:36aussi
00:54:36parce que
00:54:37ça suscite
00:54:38beaucoup de fantasmes
00:54:39sur cette grande transmission
00:54:40vous avez raison
00:54:41c'est des fantasmes
00:54:42qu'autre chose
00:54:42vous savez
00:54:43chaque année
00:54:43il y a 400 milliards
00:54:44qui sont transférés
00:54:47à l'occasion
00:54:48des héritages
00:54:49l'impôt
00:54:50sur la totalité
00:54:51de ces 400 milliards
00:54:52c'est que 5%
00:54:53ça ne rapporte que 20 milliards
00:54:54dans les caisses de l'Etat
00:54:55c'est que 5%
00:54:56et c'est concentré
00:54:57vraiment sur les ménages
00:54:59sur les très grosses transmissions
00:55:01franchement
00:55:01voilà
00:55:02dans ce moment-là
00:55:03où cette génération
00:55:04de boomers
00:55:05notamment ceux
00:55:06qui ont pu construire
00:55:06du patrimoine
00:55:07et parfois
00:55:08beaucoup de patrimoine
00:55:09je ne trouve pas ça
00:55:10choquant
00:55:10à côté de ça
00:55:11on peut aussi
00:55:12mobiliser
00:55:13les ressources
00:55:14de la sécurité sociale
00:55:15en déployant
00:55:16il y a encore deux personnes
00:55:16que je voudrais entendre
00:55:17ce soir
00:55:18c'est Nathalie et Donatien
00:55:20Nathalie
00:55:20merci de votre présence
00:55:21ici ce soir
00:55:22vous êtes infirmière
00:55:23alors non pas en EHPAD
00:55:24vous mais en unité
00:55:25de soins de longue durée
00:55:26à Mont-Lajoli
00:55:27excusez-moi
00:55:28je fais les deux services
00:55:29parce que vous
00:55:29mais j'ai travaillé aussi
00:55:31je fais les deux services
00:55:33actuellement
00:55:34je suis sur une EHPAD
00:55:35qui est rattachée
00:55:36à l'hôpital de Mont-Lajoli
00:55:37donc une EHPAD
00:55:39publique
00:55:39et donc
00:55:41je suis là
00:55:41pour témoigner
00:55:42de la souffrance
00:55:43du personnel
00:55:43des besoins
00:55:44qu'on a besoin
00:55:45on a besoin
00:55:46de moyens financiers
00:55:48de personnel
00:55:48vous parliez tout à l'heure
00:55:50de la difficulté
00:55:50de recruter une infirmière
00:55:52moi je vais vous dire
00:55:53que j'ai un collègue
00:55:54qui est parti à la retraite
00:55:55et j'ai toujours pas de remplacement
00:55:56dans le service
00:55:57pourquoi ?
00:55:58pourquoi ?
00:55:58c'est les moyens aussi
00:56:00il n'y a pas d'attractivité
00:56:01pour venir travailler en EHPAD
00:56:02on s'interroge
00:56:03la prime grand âge
00:56:04est attribuée
00:56:05et qu'aux aides soignantes
00:56:06les infirmières ne l'ont pas
00:56:07donc je vous demande pourquoi
00:56:08pourquoi ?
00:56:09puisqu'on fait le même travail
00:56:10quand il y a besoin
00:56:11le rôle propre
00:56:12une toilette
00:56:12c'est aussi notre rôle propre
00:56:13quand il manque du personnel
00:56:15parce que ce sont des unités
00:56:16où le travail est très dur
00:56:18très compliqué
00:56:19les soignants
00:56:20se blessent
00:56:22il y a beaucoup
00:56:22d'accidents de travail
00:56:23s'usent
00:56:24elles arrivent à la retraite
00:56:25elles sont fatiguées
00:56:27et usées
00:56:27parce qu'il manque
00:56:28du personnel
00:56:29sans arrêt
00:56:30parfois
00:56:31l'effectif
00:56:32pour vous dire
00:56:33le matin
00:56:33est de 5 aides soignantes
00:56:34ASH-1
00:56:35parce qu'on a mis des ASH-1
00:56:37puisque ça coûte moins cher
00:56:39effectivement
00:56:39elles n'ont pas la même formation
00:56:40que les aides soignantes
00:56:42mais je ne critique pas
00:56:43parce qu'il y a des ASH-1
00:56:45qui ont autant de compétences
00:56:47effectivement
00:56:48et on a du personnel
00:56:49qui est très très motivé
00:56:51mais quand il y a des arrêts
00:56:52elles se retrouvent
00:56:53en sous-effectif
00:56:54elles font 50 toilettes
00:56:55puisqu'on a 50 places
00:56:57dans l'EHPAD
00:56:58elles font 50 toilettes
00:57:00et elles sont parfois
00:57:013 le matin
00:57:024 quand ça va bien
00:57:04et super bien
00:57:05c'est 5
00:57:063 l'après-midi
00:57:07pour faire manger les résidents
00:57:09leur donner le goûter
00:57:10les faire manger
00:57:11les mettre en pyjama
00:57:12et les coucher
00:57:13elles sont 3 aides soignantes
00:57:14est-ce que vous trouvez
00:57:15que les moyens sont humains
00:57:16il nous manque aussi
00:57:18du matériel
00:57:19il nous manque beaucoup
00:57:19de matériel
00:57:20on a du matériel
00:57:22je suis allée
00:57:23à Sant'Expo
00:57:24et je trouvais
00:57:26beaucoup de matériel
00:57:26qui serait important
00:57:27tant qu'on est à l'EHPAD
00:57:29on a aussi des problèmes
00:57:30de vétusté des locaux
00:57:31l'hôpital est en déficit
00:57:33les moyens ne suivent pas
00:57:35pour pouvoir recevoir
00:57:37nos personnes âgées
00:57:38dans des bonnes conditions
00:57:39on a beaucoup de problématiques
00:57:41moi je vous invite
00:57:42à venir nous voir
00:57:43et à voir
00:57:43dans quelles conditions
00:57:45on travaille
00:57:45et je peux vous dire
00:57:47qu'on a du personnel
00:57:47qui aime ses résidents
00:57:50et c'est pour ça
00:57:51qu'on y reste
00:57:52parce qu'on aime nos résidents
00:57:53et on aime ce qu'on fait
00:57:54mais par contre
00:57:55on déteste
00:57:56les conditions de travail
00:57:57dans lesquelles on est
00:57:59et quelque part
00:58:01il y a toute la hiérarchie
00:58:02il y a nos supérieurs
00:58:04mais ils ne sont pas
00:58:05dans la réalité du terrain
00:58:06il faut qu'on continue
00:58:07à travailler
00:58:08il faut qu'on donne
00:58:09du bénévolat
00:58:10on donne déjà suffisamment
00:58:11on mène des actions
00:58:13des actions d'animation
00:58:14on ramène de chez nous
00:58:15on achète nous-mêmes
00:58:16le matériel
00:58:18on fait des choses
00:58:19chez nous
00:58:19pour ramener à l'économie
00:58:21il y a un vrai sujet
00:58:21de revalorisation
00:58:22de ces métiers
00:58:23ce n'est pas possible
00:58:24et on arrive à la retraite
00:58:26on est fatigué
00:58:28on est usé
00:58:28épuisé
00:58:29abîmé
00:58:30et je peux vous dire
00:58:31aussi une dernière chose
00:58:32sur laquelle
00:58:33je pense à mes collègues
00:58:35qui accompagnent
00:58:37les gens au quotidien
00:58:39parce que moi
00:58:40je suis une infirmière
00:58:40qui a été détachée
00:58:41des soins
00:58:42parce que j'ai des restrictions
00:58:43médicales
00:58:43parce que j'ai été usée
00:58:44par mon travail
00:58:45d'accord
00:58:46mes collègues
00:58:47qui sont usés
00:58:48qui souhaitent accompagner
00:58:51le résident
00:58:51jusqu'au bout
00:58:52et on lui dit
00:58:53ben non
00:58:53tu ne peux pas l'accompagner
00:58:54tu ne peux pas accompagner
00:58:55la famille à l'enterrement
00:58:57ça ne fait pas partie
00:58:58de ton rôle
00:58:59donc on ne veut pas
00:59:00comptabiliser les heures
00:59:01donc à un moment donné
00:59:02il faut arrêter
00:59:02les personnes âgées
00:59:04qui sont chez nous
00:59:04on les respecte
00:59:06on est un peu
00:59:07alors on va dire
00:59:08il ne faut pas s'attacher
00:59:09aux gens
00:59:09excusez-nous
00:59:09on s'y attache
00:59:12et ben
00:59:15on s'y attache
00:59:18et donc on veut
00:59:18les accompagner
00:59:19jusqu'au bout
00:59:20et je voudrais
00:59:21pour moi
00:59:21les accompagner
00:59:22juste excusez-moi
00:59:23une dernière
00:59:23les accompagner
00:59:25jusqu'au bout
00:59:25jusqu'à leur dernière demeure
00:59:27et ça c'est les respecter
00:59:28jusqu'au bout
00:59:28oui
00:59:29je voudrais donner aussi
00:59:30la parole à Donatien
00:59:32merci beaucoup
00:59:33d'être venu ce soir
00:59:34Donatien
00:59:34je voulais finir avec vous
00:59:35parce que Donatien
00:59:36vous avez 29 ans
00:59:37alors vous serez vieux un jour
00:59:40et vous êtes aujourd'hui
00:59:41un jeune accompagnant
00:59:42pour personnes âgées
00:59:44en quoi ça consiste exactement ?
00:59:47alors donc
00:59:47c'est avec Tango
00:59:48donc depuis deux ans
00:59:49c'est une plateforme
00:59:50c'est une plateforme
00:59:50voilà
00:59:51depuis deux ans
00:59:52je fais ça avec Tango
00:59:53pour accompagner
00:59:54des personnes âgées
00:59:55donc soit pour de la compagnie
00:59:57donc se promener avec eux
00:59:59pour discuter avec eux
01:00:00vous allez faire les courses
01:00:01avec eux ?
01:00:01ça peut être des courses aussi
01:00:03sur tout ce qui concerne
01:00:03du coup l'aide
01:00:05du précolage
01:00:05ça peut être
01:00:07ça peut être faire de la cuisine
01:00:08par exemple
01:00:08et les familles
01:00:09qui ont recours à vos services
01:00:10c'est des familles
01:00:11qui sont loin
01:00:14alors moi je suis un jeune
01:00:15de chez Tango
01:00:16donc je ne peux pas forcément
01:00:16savoir
01:00:18qui sont les familles
01:00:19que celles avec qui
01:00:21avec qui
01:00:22j'ai un seigneur
01:00:23en commun
01:00:25mais voilà
01:00:25c'est une plateforme
01:00:26en fait
01:00:26qui met en relation
01:00:28donc les jeunes
01:00:29comme moi
01:00:30et les seigneurs
01:00:32et
01:00:33qui permet que
01:00:34déjà
01:00:34c'est une plateforme
01:00:36qui s'attache
01:00:36à ce que
01:00:36il y a une vraie compatibilité
01:00:38entre le seigneur
01:00:39et nous les jeunes
01:00:41donc qu'il y ait des points
01:00:42communs forts
01:00:42entre nous
01:00:43qu'il y ait un caractère
01:00:44commun
01:00:45qui puisse faire
01:00:46qu'ensuite
01:00:47on a une vraie complicité
01:00:48avec le seigneur
01:00:50donc ça
01:00:51ça permet d'avoir
01:00:51vraiment des relations
01:00:53très très
01:00:53mais vous êtes payé
01:00:54pour ça
01:00:55c'est un job d'appoint
01:00:56c'est ça
01:00:58les jeunes de chez Tango
01:01:00font ça
01:01:02font ça en général
01:01:03en parallèle d'études
01:01:05ou d'un travail
01:01:06donc c'est pas le but
01:01:07d'en faire un travail
01:01:11mais en effet
01:01:11les jeunes sont rémunérés
01:01:14et voilà
01:01:15et puis pour ce qui est
01:01:16des familles
01:01:17donc il y a une application
01:01:18qui est très bien
01:01:18très bien conçue
01:01:20qui permet pour elles
01:01:21de recevoir
01:01:22de recevoir un compte rendu
01:01:24de la part des jeunes
01:01:25donc après chaque mission
01:01:27il y a également
01:01:29il y a également
01:01:30c'est ça aussi
01:01:31vivre ensemble
01:01:32voilà
01:01:33en tout cas
01:01:33je voulais vous remercier
01:01:34tous d'être venus
01:01:35ce soir sur le plateau
01:01:36de chaque voix compte
01:01:36je vous avais prévenu
01:01:37avant une heure
01:01:38ça passe très vite
01:01:39et il nous faudrait
01:01:41une nouvelle heure
01:01:41pour continuer d'aborder
01:01:42ce sujet
01:01:43merci infiniment
01:01:44merci à Jérôme Guède
01:01:46à Agnès Buzyn
01:01:47et à vous Patrice
01:01:48d'être venus
01:01:49je rappelle Patrice
01:01:50la sortie de votre livre
01:01:50Papa Maman
01:01:51qu'est-ce qu'on va faire de vous
01:01:52c'est aux éditions
01:01:54du Lisse Bleu
01:01:55merci de nous avoir suivis
01:01:56cette émission
01:01:56est rediffusée tout à l'heure
01:01:57à 23h30
01:01:59et vous la retrouvez
01:01:59à tout moment
01:02:00sur lcp.fr
01:02:01je vous souhaite
01:02:02une très belle fin de semaine
01:02:03et je vous dis
01:02:03à mardi sur LCP
01:02:05bye bye
01:02:07Sous-titrage Société Radio-Canada
01:02:14Sous-titrage Société Radio-Canada
01:02:16Sous-titrage Société Radio-Canada
01:02:19Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations