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  • il y a 8 heures
Invités :
- Benoît Biteau, Député "Ecologiste et social" de Charente-Maritime,
- Henri Cabanel, Sénateur "RDSE" de l'Hérault.

Présentation :
- Alexandre Poussart, journaliste Public Sénat
- Stéphanie Dépierre, journaliste LCP-Assemblée nationale

Parlement Hebdo est au coeur de l'actualité politique pour vous faire vivre cette année parlementaire inédite.
Chaque vendredi c'est le tour d´horizon complet d'une semaine au Parlement. Kathia Gilder (LCP-Assemblée nationale) et Alexandre Poussart (Public Sénat) passent en revue les événements et les discussions en séance ou en commission.
Cette saison, une nouvelle formule : un débat entre un député et un sénateur sur les grands sujets qui rythment la vie du Parlement.

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Transcription
00:01Générique
00:10Bonjour à tous, très heureuse de vous retrouver pour ce nouveau numéro de Parlement Hebdo,
00:14l'émission qui vous fait vivre les temps forts de la semaine au Parlement.
00:17Et comme chaque semaine, nous vous proposons un débat entre un député et un sénateur.
00:21Cette semaine, nous accueillons Benoît Biteau. Bonjour.
00:23Bonjour à vous.
00:24Vous êtes député écologiste de Charente-Maritime et agriculteur bio.
00:27Et face à vous cette semaine, Henri Cabanel, bonjour.
00:30Bonjour.
00:30Vous êtes sénateur de l'Hérault, membre du groupe RDSE au Sénat.
00:33Le groupe RDSE, c'est le groupe radical.
00:35Et je précise que vous avez également été agriculteur, viticulteur, engagé dans le bio.
00:40Au programme aujourd'hui à la loi d'urgence agricole,
00:43les députés ont commencé l'examen de ce texte, le troisième sur l'agriculture en trois ans.
00:48L'eau, la taille des élevages, le contrôle des produits importés.
00:51Les sujets sont multiples et inflammables.
00:54Et en deuxième partie, les marges dans la grande distribution.
00:57Les supermarchés font-ils trop de profits au détriment des agriculteurs qui ont du mal à s'en sortir ?
01:02Le Sénat avait lancé une commission d'enquête.
01:05Le rapport vient de sortir.
01:06Mais d'abord, le projet de loi d'urgence agricole débattu cette semaine à l'Assemblée nationale.
01:10Dario Borgogno.
01:15Elle était attendue depuis la colère des agriculteurs de l'hiver dernier.
01:19La loi d'urgence agricole arrive enfin dans l'hémicycle, présentée comme celle de la réconciliation avec le monde rural.
01:25Une réconciliation appelée de leur vœu par les agriculteurs.
01:28Jusqu'aux portes même de cette Assemblée, leur message était clair.
01:32Pour continuer à nourrir les Français dans de bonnes conditions, nous avons besoin d'eau, de moyens de production et
01:39de protection.
01:40Tout un programme décliné en 23 articles.
01:42Et les points de désaccord sont nombreux, notamment sur le modèle d'élevage.
01:46Le gouvernement pourrait être autorisé à faciliter l'installation d'exploitations intensives, comme les poulaillers géants.
01:52Quelle agriculture voulons-nous soutenir ?
01:54Une agriculture où des animaux passent toute leur vie enfermés sur du béton, sans jamais voir l'extérieur ?
01:59Ou une agriculture plus résiliente, plus autonome, ancrée dans les territoires ?
02:04Autre point sensible, la question de l'eau.
02:06Un quart des 2227 amendements déposés portent sur ce sujet.
02:10La loi prévoit de simplifier les procédures pour créer des stockages et notamment des méga-bassines,
02:16critiquées pour leurs effets sur l'environnement.
02:18Le stockage serait un remède magique.
02:21Cette solution n'en est pas une.
02:23La question de stockage, elle va devoir faire partie de nos politiques d'adaptation au réchauffement climatique.
02:30Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas.
02:32Sur les pesticides, un amendement des Insoumis a été adopté, contre la volonté du gouvernement.
02:37Ce que nous proposons, c'est sont interdits à l'importation les denrées agricoles,
02:43toutes denrées, traitées avec des substances interdites en France.
02:47Oui, ça paraît du bon sens total.
02:49Vous allez créer une forme de faux espoirs auprès des consommateurs.
02:53Elle n'est pas conforme aux droits européens.
02:55Les débats doivent s'étaler sur deux semaines avant un vote solennel prévu le 2 juin.
03:00Benoît Biteau, ce projet de loi, il était attendu par certains syndicats agricoles
03:04qui ont relayé la colère des agriculteurs l'hiver dernier.
03:07Ça veut dire que ce texte, il est nécessaire ?
03:10Alors, ce texte, il est nécessaire si on part du fait qu'effectivement,
03:14il y a une colère du monde agricole, que des agriculteurs sont à l'os économiquement.
03:18Donc, on va être d'accord sur le constat, sur l'état des lieux, sur le diagnostic.
03:21Sauf que ce texte ne répond absolument pas à ce que demande le monde agricole.
03:24C'est exactement le même sujet que le projet de loi Duplomb.
03:28C'est-à-dire qu'on est sur un texte qui s'adresse à une frange extrêmement faible du monde
03:33agricole,
03:33les 6% d'irrigants, parce que c'est que 6% des agriculteurs qui ont accès à l'eau
03:37d'irrigation,
03:38pour qui on va engager beaucoup d'argent public pour faire des mégabassines et continuer la fuite en avant,
03:43sans jamais répondre à une vraie problématique de gestion de l'eau cohérente.
03:47Et donc là, on est encore sur une frange du monde agricole extrêmement restreint.
03:51Sur les 3%, 3% d'éleveurs qui sont concernés par les installations classées pour la protection de l'environnement.
03:57Et donc, les 97 autres pourcents arrivent à faire de l'élevage sans être contraints par les normes ICPE.
04:04Donc on est sur un texte qui s'adresse à cette frange de l'agriculture industrielle,
04:09mais en aucun cas répond aux difficultés du monde agricole.
04:14Et on a le même sujet que quand on parle de la politique agricole commune.
04:17On a 80% de l'enveloppe qui est captée par 20% des agriculteurs.
04:21Ça veut dire que 80% des agriculteurs se contentent des 20% de miettes que leur ont laissées les
04:25gros agriculteurs.
04:26Et on s'étonne qu'il y ait des difficultés de revenus.
04:28C'est pas en s'attaquant aux normes qu'on va régler le problème de revenus pour le monde agricole.
04:32– Henri Cabanel, à quoi va servir cette troisième loi en trois ans sur l'agriculture ?
04:36– Ça sera une loi de plus.
04:38Alors, effectivement, on doit en débattre.
04:42Mais moi, ce que je regrette, c'est l'accumulation et la succession des lois,
04:47les unes après les autres, qui viennent après des crises ou pendant des crises.
04:53Donc, on répond à la crise.
04:56Et je crois que ce qui nous manque avant tout, c'est de ne pas se précipiter comme on le
05:02fait chaque fois après une crise.
05:04C'est de prendre un petit peu de hauteur.
05:05– Donc, celle-ci, elle est inutile ?
05:07– Elle n'est pas inutile parce que c'est une demande.
05:09Mais on répond précisément à une demande précise.
05:13Alors que l'agriculture doit répondre à une véritable stratégie
05:17où l'on doit effectivement dénommer les enjeux
05:22et construire une véritable stratégie et une véritable politique
05:26à moyen et long terme sur l'agriculture.
05:28Les agriculteurs ont besoin de visibilité.
05:30Et là, on répond toujours à une crise.
05:33– On est dans la réaction.
05:34– On est dans la réaction.
05:34Et il n'y a rien de pire pour le législateur
05:37que de répondre et de ne pas penser sur le fond à moyen et long terme.
05:42– Est-ce que c'est un texte qui favorise une minorité d'agriculteurs
05:45engagés dans une agriculture intensive, comme le dit Benoît Abiteau ?
05:48– Moi, je ne le pense pas.
05:50Moi, d'abord, je pars du principe qu'on ne doit pas opposer les agricultures,
05:56qu'elles soient conventionnelles, durables, etc.
06:00Dans ce cadre-là, nous avons une agriculture, quand même,
06:04qui est reconnue en termes de sécurité, de santé et environnemental
06:08comme la meilleure agriculture au monde,
06:10par rapport, donc, à notre pays agricole.
06:14Moi, c'est ma position.
06:15Mais ce que je défends, c'est qu'aujourd'hui,
06:18qu'on le veuille ou pas,
06:20nos agriculteurs diminuent,
06:23notre compétitivité diminue,
06:25et chaque jour, chaque jour,
06:27il y a 27 fermes qui mettent la clé sous la porte.
06:31– On peut…
06:31– Donc, aujourd'hui, qu'est-ce qu'on doit faire
06:33et comment doit-on réagir ?
06:35– Benoît Habitat.
06:36– Les agriculteurs, les agriculteurs français,
06:39n'ont absolument pas peur de la compétitivité.
06:43Parce qu'on fait un métier comme ça, donc voilà.
06:46Ce qu'ils demandent, c'est de travailler avec les mêmes règles,
06:50au moins que leurs partenaires européens.
06:54Ce qui n'est pas le cas.
06:55Et cette loi vient amener, effectivement,
06:59le fait qu'on puisse avoir les mêmes règles
07:01qui nous permettent, donc, d'être un petit peu plus compétitifs
07:04par rapport, donc, à d'autres pays agricoles européens.
07:08– Mais le constat, on peut le partager.
07:10C'est-à-dire qu'effectivement,
07:11il n'y a plus d'agriculteurs qui s'installent,
07:13il y a des difficultés de revenus.
07:14Sauf que c'est la conséquence de quoi ?
07:17C'est la conséquence des politiques successives
07:19qu'on a mises en place depuis des décennies.
07:21Et ce n'est pas nous, les écologistes, par exemple,
07:23qui sommes à l'origine de la difficulté d'installation des agriculteurs.
07:26On n'a jamais été au pouvoir sur les sujets agricoles,
07:28ni à Bruxelles, ni en France.
07:29C'est précisément les politiques publiques
07:32qui ont été imaginées avec la FNSEA
07:34qui murmure à l'oreille des ministres de l'agriculture successifs
07:37et qui ont dicté les politiques publiques,
07:40qui ont mis l'agriculture dans la situation où elle est aujourd'hui
07:42avec 50% des agriculteurs qui vont partir à la retraite
07:45et personne pour le renouveler,
07:47avec aucune visibilité sur le revenu,
07:49aucune visibilité sur les projets pour les agriculteurs.
07:53Et donc, en vérité,
07:56tous les ingrédients manquent pour un renouvellement des générations,
07:59pour créer de l'attractivité.
08:01Et ce qu'on voudrait faire avec cette loi,
08:03c'est remettre en selle les solutions
08:05qui ont été mises en place
08:08et qui ont conduit l'agriculture dans la base dans laquelle on est.
08:11– Les vieilles recettes selon vous.
08:12– Einstein disait,
08:13ce n'est pas avec ceux qui sont à l'origine du problème
08:14qu'on va trouver la solution.
08:16Et c'est ce qu'on voudrait faire avec ce projet-là.
08:17– Alors, l'un des points sensibles de ce débat,
08:19c'est la question de l'eau,
08:20l'eau qui se fait de plus en plus rare dans notre pays.
08:22Henri Cabanel, ce projet de loi,
08:23il facilite le stockage de l'eau pour les agriculteurs.
08:26Est-ce que vous êtes favorable à ce type de disposition
08:29ou est-ce que vous dites comme les détracteurs de ce texte
08:32que c'est un texte qui favorise les méga-bassines
08:34et l'accaparement de la ressource en eau ?
08:35– Ce dont je viens d'évoquer par rapport
08:37à un peu de prise de hauteur et les enjeux.
08:40Les enjeux principaux sont le changement climatique
08:44et l'adaptation de notre agriculture au changement climatique.
08:47Le changement climatique, il y a des périodes de plus en plus sèches.
08:52Chez moi, dans le département de l'Hérault, on connaît ça.
08:55Chez nos voisins, les PO, encore plus.
08:58Donc, il n'y aura pas d'agriculture sans eau.
09:02Mais, pour quelle agriculture ?
09:04C'est là qu'il faut se poser la question.
09:06Et aujourd'hui, en tout cas, moi je l'ai dit plusieurs fois
09:10et j'apporterai un amendement s'il n'a pas été déposé
09:12ici à l'Assemblée nationale.
09:14Moi, je suis pour l'utilisation d'une eau, raisonnablement,
09:19pour pouvoir subvivre par rapport à l'agriculture d'un territoire.
09:25Mais attention, il faut que ça soit conditionné.
09:29Il ne faut plus amener de l'argent sans qu'en retour, il n'y ait pas quelque chose.
09:34Là, vous êtes d'accord ?
09:35Et dans ce cadre-là ?
09:36Il faut quand même des réserves, des bassines ?
09:38Dans ce cadre-là, on sait très bien que, là, on vient de connaître, nous,
09:43un hiver très pluvieux, où il y a des millions de mètres cubes qui sont partis à la mer.
09:49On peut, effectivement, arriver à trouver en sorte de pouvoir arriver à stocker cette eau
09:55pour permettre, dans des périodes plus sèches, de la réutiliser.
09:58Et à une condition, moi, en tout cas, j'y tiens, à une condition,
10:02c'est qu'on oblige, quelque part, l'agriculteur qui va demander de l'eau
10:09de restructurer son sol.
10:10Parce qu'on a un gros problème de déstructuration des sols.
10:14Parce qu'amener de l'eau dans du sable, ça n'amènera rien du tout.
10:18– C'est marrant ce que vient de dire M. Cabanel,
10:20parce que moi, je suis agriculteur sur une commune qui s'appelle Sablonceau.
10:24Je ne l'ai pas volé, hein.
10:26Quand vous baladez chez moi, vous savez que le sable, il n'est pas loin.
10:28Ce n'est pas par hasard que ça s'appelle Sablonceau.
10:30Et donc, je ne peux que valider.
10:32Mais, en vérité, moi, j'ai un vrai problème,
10:35et ça nous a été répété, je ne sais combien de fois hier,
10:37puisque c'était la grande journée du débat sur le stockage de l'eau hier
10:40à l'Assemblée nationale,
10:42il n'y a pas d'agriculture sans irrigation.
10:45Aujourd'hui, il y a seulement 6% des agriculteurs
10:47qui ont accès à l'eau d'irrigation.
10:48Je trouve ça proprement insultant.
10:50Mais avec le réchauffement climatique,
10:52certains agriculteurs disent qu'il va falloir de plus en plus stocker l'eau.
10:55On va y venir.
10:57Pour le moment, dans ce texte de loi,
11:01et ça a été un de mes combats hier dans la journée,
11:04on ne remet pas en cause les références historiques.
11:07Et donc, ça veut dire qu'on est en train de créer du stockage de l'eau
11:10pour continuer de garder l'eau dans une chasse gardée
11:14de ces 6% d'agriculteurs qui ont accès à l'eau
11:16parce qu'il y a 10 ans, il y a 20 ans, il y a peut-être 30 ans,
11:19ils ont planté le bâton là en disant
11:20« Là, j'ai fait un forage, là, j'ai tant de volume,
11:23et maintenant, je veux disposer de ces volumes. »
11:25Et comme, effectivement, on est dans un phénomène de dérèglement climatique,
11:29eh bien, ces volumes sont difficilement accessibles
11:30et donc, on veut les mettre dans des mégabacines.
11:32Mais à aucun moment, ces mégabacines n'ouvrent la porte
11:36à de l'eau pour des nouveaux entrants en agriculture.
11:38Donc, on est en train de sanctuariser
11:41pour une partie de la population agricole les volumes d'eau.
11:43Je veux juste terminer par ce que vous disiez,
11:46le dérèglement climatique.
11:47Il y a le dérèglement climatique,
11:49mais il y a aussi ce qu'on a fait sur les territoires depuis 60 ans.
11:52Qui a arraché les haies ?
11:53Qui a arraché les armes ?
11:54Qui a rectifié les cours d'eau pour que ce soit des autoroutes de l'eau
11:57qui, d'ailleurs, au bout du bout, créent des inondations ?
12:00Parce que, chez vous, on a les extrêmes,
12:03des phénomènes de sécheresse,
12:04vous parliez de l'Aude ou des Pyrénées-Orientales.
12:07Et puis, de temps en temps, des phénomènes d'inondations incroyables.
12:10C'est bien le symbole d'un territoire qui a été mal aménagé.
12:16Eh bien, si on veut réussir le stockage de l'eau,
12:18parce que ce n'est pas aussi manichéen que veut dire Mme Gennevard,
12:20il n'y a pas des anti-irrigation, des anti-stockage.
12:24Moi, je suis là pour témoigner.
12:25Dans mon parcours politique, j'ai écrit des documents
12:28qui montrent à quel point le stockage peut être important.
12:30Mais il faut passer par des préalables.
12:32Ça mérite d'être terminé, la démonstration.
12:34Il faut passer par les préalables du réaménagement du territoire.
12:37C'est-à-dire que si on veut avoir de l'eau pour les mettre dans le stockage,
12:41il va falloir reméandrer les cours d'ouvre, replanter les arbres,
12:43recréer les zones de crues, des pendages de crues.
12:46Parce que quand l'eau va être importante,
12:48et ça va être d'autant plus vrai sur fond des règlements climatiques,
12:50il va falloir l'accueillir, la ralentir, la retenir,
12:53pour pouvoir en disposer ensuite pour les mettre dans les équipes de stockage.
12:57On parle de la question des pesticides également dans ce débat,
12:59puisque Henri Cabanel, vous êtes co-signataire de la proposition de loi Duplon 2,
13:03qui prévoit d'autoriser par dérogation l'utilisation de néonicotinoïdes,
13:08notamment l'acétamipride pour certaines cultures.
13:10Cette loi Duplon, il y a eu un grand débat l'année dernière.
13:14Et la droite et l'extrême droite, dans ce texte à l'Assemblée,
13:16ont voulu réintroduire ces dispositions par voie d'amendement.
13:19Cela a été déclaré irrecevable par l'Assemblée nationale.
13:24Pas de débat à l'Assemblée, de nouveau, sur ces questions.
13:27Vous le regrettez ?
13:27Est-ce que vous dites, on va essayer de réintroduire cette loi Duplon au Sénat
13:31lors de l'examen de ce texte agricole ?
13:32Comme je pense que je ne doute pas un seul instant
13:35que mon collègue Duplon va user tous les moyens
13:39pour la réintroduire dans ce projet de loi.
13:42Mais là aussi, je pense qu'il faut arrêter la démagogie.
13:47Aujourd'hui, je l'ai dit tout à l'heure,
13:49on ne doit pas opposer les agricultures.
13:51Mais il faut faire un constat.
13:54Ce qu'on n'est pas capable de produire en France, on l'importe.
13:58Et si aujourd'hui, j'étais co-signataire de cette proposition de loi,
14:03j'étais en totale opposition quand M. Duplon a fait son premier texte.
14:08Totalement en opposition.
14:10Parce qu'il voulait se séparer de l'ANCES,
14:12il voulait réintroduire dans toute sa généralité...
14:15C'était un texte plus large.
14:17Moi, il y avait des lignes rouges qu'il ne fallait pas franchir.
14:20On est revenu petit à petit sur ce texte-là.
14:23Je reste, dans les convictions qui sont les miennes,
14:26opposé à la surtransposition des règles européennes.
14:29Ça, c'en est une.
14:30J'ai voté la loi en 2018 concernant...
14:32C'est-à-dire être plus stricte que l'Union européenne sur les pays.
14:35Et je regrette, pour ce texte-là, comme pour les autres,
14:39qu'on ne prenne pas suffisamment de temps pour étudier
14:43et faire des études d'impact dignes de ce nom.
14:46Parce qu'on se sera aperçu, effectivement, quelques années plus tard,
14:49qu'il y a des filières qui sont exemptes de produits,
14:54parce qu'ils n'ont pas de produits de substitution,
14:55et qu'ils sont en train, donc, de disparaître.
14:58Pour autant, notamment la noisette,
15:01on continuera à consommer du Nutella
15:03et à importer les noisettes qui sont traitées par l'acétamipride.
15:07Parce que chacun son rôle.
15:10Et aujourd'hui, la loi a enlevé les néonicotinoïdes
15:14et notamment l'acétamipride.
15:16Mais l'ANSES, qui est l'association sanitaire
15:18qui régule, donc, la santé,
15:21elle ne l'a pas levée.
15:23Pas plus que l'EFSA.
15:25Ça, c'est l'Agence sanitaire européenne.
15:27La réaction de Benoît Biteau sur cette question ?
15:29Moi, je n'ai pas envie de mettre dans la balance
15:31et d'opposer la capacité à produire et la santé publique.
15:35Moi, je viens d'une circonscription
15:37où il y a six fois plus de cancers pédiatriques
15:39que partout ailleurs en France.
15:40Et où le lien entre...
15:42La Charente-Maritime.
15:42La Charente-Maritime, la Plaine de Nice.
15:45Et où le lien entre l'utilisation des pesticides
15:47et ces cancers pédiatriques
15:48est aujourd'hui de plus en plus démontré.
15:51Moi, j'invite tous ces gens qui nous disent
15:53« On a besoin de ces pesticides pour faire de l'agriculture. »
15:56À venir à ma permanence
15:57et rencontrer les parents de ces gamins
16:00qui vont en chimiothérapie.
16:03De rencontrer ces parents,
16:04pour certains d'entre eux,
16:05qui les ont conduits dans leur dernière demeure.
16:08Et leur dire « Non, mais écoutez, mesdames et messieurs,
16:11on ne peut pas faire autrement.
16:13On a besoin de pesticides pour parler d'économie agricole. »
16:16Eh bien, moi, ça, je ne sais pas faire.
16:17Et j'ai invité Mme Gennevard
16:18à venir le faire avec moi.
16:20La ministre de l'Agriculture.
16:21J'attends toujours qu'elle vienne rencontrer ses parents.
16:24Six fois plus de cancers pédiatriques
16:26que partout ailleurs en France.
16:27Et on voudrait nous parler d'économie.
16:29Sauf que quand on y regarde de près,
16:31et là, je reprends ma casquette d'agronome,
16:33quand moi, je vais rencontrer les agriculteurs
16:35qui n'utilisent plus d'acétamipride
16:36chez les producteurs de métraves,
16:39eh bien, ils me disent « On a trouvé des solutions. »
16:41à toujours d'aller voir que ceux qui utilisent
16:44des pesticides, on va avoir toujours un discours
16:46qui nous dit « On ne sait pas faire autrement
16:48et ne supprimez pas les pesticides
16:49si on n'a pas de solution. »
16:50Eh bien, moi, j'ai une solution
16:51qui existe depuis longtemps.
16:53Ça s'appelle l'agronome.
16:54On va parler de l'agronome distribution.
16:55On utilise des pesticides,
16:55moins on en a besoin.
16:56Et plus on en utilise,
16:58plus on en a besoin.
16:58On a bien compris.
16:59On va passer au second thème de cette émission.
17:01On va parler donc du revenu des agriculteurs.
17:03Alors que la commission d'enquête du Sénat
17:05sur les marges a réalisé un rapport
17:07sur la grande distribution et ses fournisseurs.
17:09Elle l'a publié ce jeudi.
17:11Les sénateurs dénoncent des pratiques commerciales
17:14des supermarchés.
17:15Écoutez les détails de ce rapport
17:17avec Clémentine Weiss.
17:22C'est une guerre silencieuse,
17:24mais douloureuse pour vos économies.
17:26Celle des prix.
17:27Sur les 1,85€ que coûtent ces œufs
17:30de poules élevés en plein air,
17:32savez-vous quelle est la part
17:33que touchera l'éleveur ?
17:35Selon le rapport de la commission d'enquête,
17:37les éleveurs toucheraient moins de 5% du prix,
17:40soit 0,08 centime d'euro.
17:43L'industriel touche quant à lui 32 centimes
17:46et le distributeur 1,44€.
17:49La répartition de la valeur
17:51serait donc très déséquilibrée
17:52au profit de la grande distribution.
17:55Nous avons effectivement des marges
17:56qui sont captées par la grande distribution
17:58et qu'il y a un transfert de marge
18:00des industriels vers la grande distribution.
18:03Avant, nous avions effectivement
18:04des marges plus importantes
18:05dans l'industrie agroalimentaire.
18:07Ce n'est plus le cas aujourd'hui
18:08et qu'il faut faire attention
18:09parce que cela met en danger
18:11nos industriels agroalimentaires.
18:14Le rapport montre que 30% des industries agroalimentaires
18:18sont déficitaires et donc en danger.
18:20La commission pointe également la brutalité
18:22des négociations commerciales.
18:24Les distributeurs recourent volontiers
18:26à l'intimidation et la contrainte
18:27envers les industriels.
18:29Face à ces conclusions,
18:30le PDG de Carrefour se dit estomaqué.
18:32Ces conclusions,
18:33elles sont à la fois irrespectueuses
18:36de notre métier,
18:37toutes les caricatures sont grotesques.
18:38Deuxièmement,
18:39elles montrent à chaque fois
18:40une tendance du législateur
18:42ou en tout cas un certain nombre
18:43de parlementaires.
18:44Il y a une volonté dans ce pays
18:45de tout administrer,
18:46de tout rigidifier,
18:47de tout contrôler,
18:48de tout encadrer,
18:49de tout plafonner.
18:50La commission montre également
18:51que des marges beaucoup plus importantes
18:53sont pratiquées sur des produits sains
18:54comme les fruits et les légumes.
18:56Les produits trop gras,
18:57trop sucrés sont quant à eux
18:58beaucoup moins margés.
18:59Au terme de six mois d'enquête,
19:02la commission suggère entre autres
19:03de publier chaque année
19:04la comparaison entre l'évolution
19:06des prix en magasin
19:07et celle des tarifs négociés
19:09avec les fournisseurs
19:10et d'instaurer en grande surface
19:12un affichage obligatoire des marges.
19:16Henri Cabanel,
19:17vous avez entendu le PDG de Carrefour
19:18qui accuse les sénateurs
19:19d'avoir rendu un rapport grotesque
19:20et d'avoir la volonté
19:22de tout administrer.
19:23Qu'est-ce que vous répondez ?
19:24D'abord, je tiens à saluer
19:25l'excellent travail de mes collègues
19:27donc Antoinette Gull
19:28et Anne-Catherine Loisier
19:30elles ont pris du temps
19:31six mois de travail
19:33elles ont auditionné
19:34presque 200 personnes
19:37et aujourd'hui
19:38les chiffres sont parlants.
19:40Alors, on peut entendre
19:42ce que dit M. Bompard
19:44il n'en demeure pas moins
19:45que sur 400 agriculteurs
19:4926 industries
19:53et trois groupements
19:55donc d'achats
19:56dont fait partie M. Bompard.
20:00Là, il y a une équité
20:01donc visible
20:03qui met en défaut
20:05les capacités de négociation
20:07des uns et des autres
20:07et ce qu'on a pu retenir
20:10dans les auditions
20:12et le travail
20:12qu'ont mené mes deux collègues
20:14c'est la peur
20:15l'attente
20:15de tous ceux
20:16qui venaient être auditionnés
20:17par justement
20:18la grande distribution
20:20donc je pense
20:21qu'elles l'ont dénoncé
20:22elles ont eu raison
20:23la problématique
20:25de tout ça quand même
20:26ça part de 2008
20:29avec la création
20:29de la LME
20:30qui a permis justement
20:32la loi de modernisation économique
20:34en 2008
20:35qui a permis effectivement
20:36le regroupement
20:37de ces distributeurs
20:39pour pouvoir négocier
20:41avec la fournisseur
20:42en centrale d'achat
20:44française européenne
20:45nous avons essayé
20:47au Parlement
20:47donc de cadrer tout ça
20:49à travers donc
20:50les différentes lois
20:51notamment les lois
20:52EGALIM
20:52qui se sont succédés
20:54mais
20:56force de constater
20:57que la loi
20:57ne peut pas tout
20:58et qu'à un moment donné
20:59il y a
21:00un sentiment
21:01de malhonnêteté
21:02de certains
21:02par rapport
21:03au partage de la valeur
21:04qui a été démontré
21:05avec le travail
21:06qui vient d'être fait
21:07Benoît Biteau
21:07ce rapport
21:08il dénonce
21:08l'agressivité commerciale
21:10de la grande distribution
21:10dans les négociations
21:11pour faire baisser les prix
21:13mais au final
21:13cela se fait
21:14au bénéfice
21:15du consommateur
21:16c'est pour le pouvoir d'achat
21:17alors
21:18oui oui
21:20ça peut être
21:20l'approche
21:21moi je voulais d'abord
21:22que mon collègue
21:23saluait le travail
21:24des deux sénatrices
21:25et en particulier
21:26Antoinette Gull
21:26qui est celle aussi
21:27qui avait levé
21:28le scandale
21:29des eaux
21:30d'Eltel
21:31et tout ça
21:31donc voilà
21:32Nestlé
21:33Nestlé Waters
21:34et compagnie
21:35donc c'est plutôt
21:36quelqu'un qui lance
21:38l'alerte
21:38sur ces sujets-là
21:39effectivement
21:39ce que nous disent
21:40les grands distributeurs
21:42Leclerc
21:42Carrefour
21:43c'est de dire
21:43tout ça
21:44est au service
21:45des consommateurs
21:45sauf que
21:46on peut avoir
21:47des politiques
21:48qui vont dans le sens
21:49de proposer
21:50une alimentation
21:51le plus bas possible
21:52pour le consommateur
21:54tout en respectant
21:55les producteurs
21:56l'exemple du pain
21:57alors on parle
21:58beaucoup du pain
21:59notamment quand on parle
22:00du canium
22:00c'est un petit clin d'œil
22:01à la proposition de loi
22:03qui vise à essayer
22:03de nous protéger
22:04de la contamination
22:05au canium
22:06mais c'est un bon exemple
22:07c'est à dire que
22:07sur une baguette de pain
22:08qui est autour
22:09d'un euro 20
22:11ce qui revient
22:13à l'agriculteur
22:14donc la matière première
22:15qui vient à l'agriculteur
22:16c'est 6 centimes
22:18donc si on voulait
22:19vraiment avoir
22:20une politique
22:20qui va dans le sens
22:21de permettre
22:23des produits
22:24pas trop chers
22:25aux consommateurs
22:26et de préférence
22:26de bonne qualité
22:27parce que c'est dit
22:28dans votre sujet d'ailleurs
22:29les produits
22:30où ça ne marche pas
22:31c'est les produits
22:32qui sont dangereux
22:32pour la santé
22:33les sucrés
22:34les salés
22:34les gras
22:35donc là on voit bien
22:36qu'ils s'en moquent
22:37à ce moment-là
22:37du bien-être
22:38des consommateurs
22:39ils s'en moquent
22:40de la santé publique
22:41mais reprenons
22:42l'exemple de la baguette
22:43si on augmentait
22:45de 6 à 12 centimes
22:47le prix de rémunération
22:48aux agriculteurs
22:49donc on double
22:50ça représente
22:52que 6 centimes
22:52au bout du bout
22:53si on ne répercute
22:55que ça
22:55sur le prix de la baguette
22:56je ne suis pas sûr
22:57que le consommateur
22:58ne soit pas prêt
22:59à payer la baguette
23:00à 1,26 euros
23:01si ça double
23:02je parle bien
23:02de doubler
23:03la rémunération
23:04de l'agriculteur
23:05et c'est ça
23:06qui manque
23:06dans le raisonnement
23:09des grands distributeurs
23:11justement sur le revenu
23:12de l'agriculteur
23:13Henri Cabanel
23:14et bien il y a eu
23:15plusieurs lois
23:16EGALIM menées
23:17sous Emmanuel Macron
23:18depuis 2017
23:19on a l'impression
23:19qu'elles n'ont pas servi
23:21à grand chose
23:21qu'elles ne sont pas
23:22vraiment appliquées
23:22pas de contrôle
23:23moi je ne dirais pas
23:24qu'elles n'ont pas servi
23:25à grand chose
23:25je pense que
23:26le fait
23:27de mettre
23:29EGALIM
23:30en place
23:30et de pouvoir
23:33co-construire
23:34avec tous les acteurs
23:35autour d'une table
23:36ça partait
23:37d'un bon sentiment
23:38il aurait fallu
23:39continuer
23:40effectivement
23:40dans cette démarche
23:41pour savoir
23:42à un moment donné
23:43qui jouait le jeu
23:44et qui ne le jouait pas
23:45et heureusement
23:46qu'il y a ce genre
23:46de travaux parlementaires
23:47qui peuvent le mettre
23:49en avant
23:50donc aujourd'hui
23:51s'il n'y a pas de revenu
23:53d'agriculteur
23:54demain
23:55il n'y aura
23:55plus d'agriculteur
23:57d'où
23:58effectivement
23:58la prise de hauteur
24:00qu'on doit avoir
24:01dans une politique agricole
24:02parler de choses essentielles
24:03donc on parle de tout
24:04mais on oublie
24:06le revenu agricole
24:07qui me paraît essentiel
24:08c'est totalement
24:09indécent
24:10de voir que
24:11pour 100 euros
24:12que dépense
24:13c'est ça
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