00:00La séance est ouverte.
00:15L'ordre du jour appelle la discussion du projet et de plusieurs propositions de loi portant séparation des Églises et de l'État.
00:27Mars 1905, à l'Assemblée s'ouvre un débat d'une portée telle qu'il résonne aujourd'hui encore.
00:36Parmi les députés, certains vont marquer ces heures décisives qui vont voir la République assurer la liberté de conscience
00:44et garantir le libre exercice des cultes sans en reconnaître ni en subventionner aucun.
00:50Parmi ces visages à jamais attachés à l'histoire de la laïcité à la française, celui de Maurice Allard.
00:58Maurice Allard est né à Amboise, en Indre-et-Loire, en 1860, dans une famille plutôt bourgeoise, puisque son père était notaire.
01:06C'est un rebelle, c'est un révolté. Il va aller faire ses études à Paris, au départ des études de droit.
01:12Il devait être avocat, il deviendra journaliste en fait. Et surtout c'est un militant politique.
01:17Puis c'est quelqu'un aussi qui aime le verbe, l'ajoute, un peu la provocation. Il est un petit peu excessif et il en joue.
01:26Il faut le dire très haut, il y a incompatibilité entre l'Église et tout régime républicain.
01:32Le christianisme est un outrage à la raison, à la nature.
01:38Il va se faire vraiment une spécialité de l'anticléricalisme. Par exemple, dès 1903, il réclame à Coréacrie la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican.
01:48C'est vraiment un combattant, non seulement de la libre pensée, mais même de la déchristianisation.
01:54Il considère qu'il n'y a pas de réforme sociale possible dans un pays qui est encore sous l'influence des idées chrétiennes et en particulier de l'Église catholique.
02:04Pour lui, la loi de 1905, ça doit être une loi révolutionnaire, une loi de déchristianisation et de confiscation des biens possédés par les congrégations et l'Église,
02:17de façon à les redistribuer au peuple. Il trouve donc beaucoup trop modéré le texte défendu par Aristide Briand.
02:24Il ne faut pas se leurrer sur le sens du mot séparation, qui n'a aucun sens si on ne lui applique pas des idées précises, des idées déterminées.
02:37Il y a telle ou telle séparation dont l'Église peut très bien s'accommoder.
02:41Mais nous, libres penseurs, quelle est la séparation que nous voulons ?
02:46Ce n'est peut-être que celle qui amènera la diminution de la malfaisance de l'Église et des religions.
02:53Quel abeux !
02:55Maurice Allard n'est qu'un demi-gagnant, puisque certes, il y a séparation des Églises et de l'État, ce qu'il souhaitait,
03:02mais cette séparation ne va pas aussi loin qu'il l'aurait voulu.
03:06La loi de 1905, une fois adoptée, une fois mise en œuvre, va rendre l'option qu'il défend tout à fait minoritaire et résiduelle.
03:14Très peu de gens voudront affronter les Églises au point de les détruire, du moment qu'une loi fait que les Églises et l'État sont séparés.
03:23Donc la loi de 1905, finalement, va marginaliser l'option très anticléricale et jusqu'au boutiste de Maurice Allard,
03:32qui, jusqu'à la fin de sa vie, restera quand même un bouffeur de curé.
03:35Sous-titrage Société Radio-Canada
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