00:00 Le compagnonnage, clairement, c'est le sel de la formation en chirurgie,
00:07 parce que comme on l'avait dit tout à l'heure, c'est vraiment un artisanat de précision,
00:11 et donc évidemment, tout se transmet, que ce soit les connaissances, les compétences pratiques,
00:16 et puis toutes les soft skills autour, et donc c'est vraiment grâce, je pense,
00:21 à cette formation de type compagnonnage qu'on parvient à faire des chirurgiens,
00:26 finalement, compétents à la fin de leur formation.
00:29 Les générations changent, l'environnement change, les moyens également,
00:33 à la fin, l'objectif reste le même, ça veut dire qu'il faut qu'on ait des chirurgiens qui soient compétents,
00:37 il faut s'adapter aux nouvelles réglementations, par exemple, et à ce qu'on peut faire aujourd'hui,
00:43 et puis trouver les leviers chez les plus jeunes qui fonctionnent,
00:46 qui n'étaient peut-être pas les mêmes que les nôtres,
00:48 et qui n'étaient certainement pas les mêmes que les générations précédentes.
00:50 La formation, ça fait partie, c'est notre fonction, qu'on fête plaisir,
00:55 et donc c'est formé à un geste diagnostique, ou un geste thérapeutique,
01:00 ou à un geste plus global de prise en charge générale d'un enfant, en l'occurrence, je suis pédiatre,
01:06 ça c'est la formation qu'on peut donner de façon ponctuelle à un jeune collaborateur,
01:11 à un interne, à un étudiant, ou même à quelqu'un de plus âgé.
01:15 Formation, je pense que c'est bien à distinguer du compagnonnage.
01:19 Le compagnonnage, l'étymologie, c'est "on mange le pain avec",
01:23 c'est-à-dire que le compagnonnage c'est quelque chose au long cours,
01:28 qui se fait avec une personne ou deux personnes, mais c'est souvent assez étroit,
01:34 et c'est adapté à l'enseignement d'une activité qui est celle de chirurgien,
01:42 qui n'est pas facile, qui ne s'apprend pas à clinquer des doigts,
01:45 qui ne s'apprend pas en un semestre, ou en deux semestres, ou en cinq semestres,
01:49 qui est une affaire de toute la vie. Et là, le compagnonnage se passe avec quelqu'un,
01:54 avec lequel il se passe une cohésion, une espèce de relation qui va jusqu'à l'amitié avec le temps,
02:06 et qui permet de transmettre ce que nous ont transmis nos maîtres précédemment.
02:12 Donc voilà, il ne faut pas confondre, à mon avis, c'est galvauder la notion de compagnonnage
02:21 en le réduisant à la simple activité d'enseigner.
02:26 Les temps changent, et je ne vais pas être du genre à dire "ouais, c'était mieux avant,
02:31 les jeunes ne sont plus bien maintenant", je ne suis pas du genre à me laisser abattre
02:37 par ce genre de considérations, et je me remets en cause, moi, d'ailleurs à l'époque,
02:42 je le confesse, on a travaillé, moi et beaucoup de mes collègues,
02:45 on travaillait beaucoup trop au péril de nous, de nos familles,
02:49 donc je me remets en cause face à cet élément, et puis face aussi au fait que la société change,
02:55 et donc il faut qu'on réfléchisse à faire en sorte que la vie du chirurgien-pédiatre en formation
03:02 et puis du chirurgien-pédiatre confirmé deviennent compatibles avec une vie normale
03:06 ou aussi normale que possible, et donc il faut en tenir compte parce que c'est vrai que le temps
03:12 de formation est un peu diminué, le repos de garde, la durée d'activité dans les services
03:18 qui est plus courte, la durée de formation d'internat qui est plus courte,
03:21 même si c'est remplacé par le docteur junior, ça fait quand même un internat qui est plus court,
03:24 et puis pour celles et ceux qui brèguent une carrière universitaire,
03:27 ils vont avoir la mobilité, donc ils vont partir un an à l'étranger,
03:30 donc tout ça hache un peu le compagnonnage, donc il faut qu'on réfléchisse un peu à trouver des solutions,
03:37 ce qui est en cours, mais ne vous inquiétez pas, on en a sous le pied.
03:41 Donc le compagnonnage en chirurgie orthopédique est quelque chose d'extrêmement important
03:46 parce que nous avons un métier de transmission.
03:50 Notre travail en chirurgie orthopédique et en chirurgie d'une façon générale est un travail
03:55 où le geste technique est l'aboutissement d'une réflexion,
04:00 et en fait il faut qu'au fur et à mesure de notre formation,
04:05 on soit formé à la fois sur la décision, mais aussi sur la réalisation d'un accès technique.
04:11 Et donc du coup, tout ça se transmet.
04:15 Donc on va avoir une première étape de transmission qui va concerner toute la partie liée à la prise de décision,
04:24 qui concerne la prise en charge du malade,
04:27 et puis on a une deuxième partie qui sera liée à la réalisation de l'acte technique lui-même.
04:32 Donc ça c'est pour la partie, je dirais métier, de notre activité.
04:37 Puis ensuite on a l'environnement qui nous entoure, et on vit dans un environnement qui change beaucoup.
04:43 Et là encore, il est très important d'être accompagné dans l'environnement.
04:48 C'est-à-dire qu'un chirurgien orthopédiste, par exemple, quand il va s'installer en activité libérale,
04:54 il va se retrouver dans une fonction de chèque d'entreprise,
04:57 sans avoir automatiquement été formé à ça,
05:00 et il va falloir donc que des gens soient autour de lui,
05:03 pour lui apprendre à circuler dans cet environnement changeant.
05:09 Donc on fait un métier où il est très important de transmettre de l'un à l'autre,
05:17 et où les générations les plus anciennes doivent transmettre aux générations les plus jeunes.
05:24 Et c'est pour ça que, dans le cadre de notre organisation,
05:27 on a des relations extrêmement fortes et privilégiées avec les plus jeunes, et notamment le CGO.
05:33 Moi j'ai une anecdote assez marquante.
05:36 Premier semestre, première garde CH périphérique, avec une équipe de vieux semestres,
05:41 une très bonne équipe de chirurgiens du CH,
05:44 et forcément au bout de dix jours, première garde, tout seul,
05:48 deux heures du matin, au milieu de l'hôpital.
05:50 Et il y a un gros dilemme au niveau d'une prise en charge de patient.
05:53 Et là je me dis, bon, là s'il faut l'opérer en urgence, il faut que je prévienne le chef,
05:57 et puis forcément, en premier semestre, on n'a pas d'expertise,
06:00 donc on se dit, il faut vraiment que mon seigneur de garde soit au courant,
06:03 qu'il me donne son avis.
06:05 Alors je l'appelle, et en fait, il a à peine décroché,
06:10 et il me dit, écoute, appelle ta mère, et il me raccroche au nez.
06:14 Et là, moi, combiné de téléphone à l'oreille, complètement estomaqué,
06:19 de me dire, bon, j'appelle quand même à deux heures du matin
06:21 pour avoir une information sur peut-être un bloc en urgence,
06:24 et il ne m'écoute même pas, et il me raccroche au nez.
06:28 Alors, un peu déstabilisé, il me pose une question,
06:31 est-ce qu'il fallait vraiment que je l'appelle, quelle est la situation clinique,
06:34 au final, qu'est-ce que je voulais lui dire,
06:36 et en fait le chirurgien me rappelle cinq minutes après.
06:38 Il me dit, bon, écoute, là, vas-y, explique-moi, qu'est-ce qui se passe ?
06:41 Et donc, ça, pour dire que le compagnonnage,
06:45 mon point de vue, c'est, bien sûr, il faut accompagner les personnes au maximum
06:49 dans une zone de confort, mais il faut, à certains moments aussi,
06:52 arriver à ne pas être dans quelque chose de trop difficile,
06:57 mais il faut arriver à mettre les gens légèrement au niveau de la limite
07:00 du légère inconfort qui leur permet de se remettre en question,
07:03 et qui vont en fait leur permettre d'aller de l'avant, de progresser,
07:06 bien sûr, en termes de compétences théoriques,
07:08 mais bien sûr, également, parce que c'est le cœur de notre métier,
07:10 c'est avant tout une prise de décision.
07:11 Donc, dans la prise de décision, dans l'autonomie,
07:13 parce qu'après, quand on est chirurgien, on est face au patient,
07:16 on est dans le site opératoire, et voilà, c'est nous qui avons les instruments en main,
07:20 c'est nous qui devons prendre des décisions, parfois assez importantes,
07:24 et qui peuvent soit déterminer les résultats post-opératoires,
07:27 soit parfois se prendre trois, quatre heures de temps opératoire dans la vue,
07:30 si jamais on a fait une fracture pré-opératoire ou une complication.
07:33 [SILENCE]
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