00:00Il est probablement utile de savoir individualiser les stratégies,
00:04et notamment les stratégies de contention ou de décontention.
00:13Un événement qui est extrêmement fréquent,
00:15qui est d'autant plus fréquent chez les patients avec des affections sévères,
00:18notamment les patients hospitalisés en réanimation.
00:21Ces phénomènes sont liés à la pathologie pour laquelle le patient arrive,
00:24et parfois malheureusement aussi à la prise en charge, certains traitements.
00:30En réanimation, à court terme, on sait que ces états confusionnels ou d'agitation
00:35sont associés à des événements indésirables,
00:38comme le retrait des sondes d'intubation chez les patients sous assistance respiratoire,
00:43le désinsertion de certains dispositifs intravasculaires, certaines perfusions.
00:47C'est associé à plus de complications d'infections nosocomiales,
00:51à des durées de séjour qui sont prolongées,
00:53puis à des séquelles chez les patients au décours.
00:55Les patients ont parfois des troubles en rapport,
00:57avec notamment des séquelles psychologiques.
01:02On estime que la contention physique est appliquée chez environ 50% des patients
01:07qui sont ventilés à travers une sonde d'intubation en réanimation.
01:11On l'utilise sur prescription médicale,
01:13et c'est le plus souvent pour prévenir les conséquences associées à cette agitation.
01:18Certains services l'utilisent systématiquement,
01:20dès l'admission des patients chez les patients les plus sévères,
01:22c'est-à-dire sous assistance respiratoire,
01:24alors que d'autres services vont l'utiliser de manière plus ponctuelle,
01:28chez les patients jugés plus à risque,
01:30au moment où le patient commence à se réveiller,
01:32où le patient commence à avoir des mouvements spontanés.
01:37Bien sûr, sur les lésions associées à cette contention,
01:39si elle est trop importante ou prolongée.
01:42Des conséquences à plus long terme sur la mobilisation du patient spontané,
01:46ou la capacité à ce qu'il se mobilise.
01:48Et puis il y a des conséquences sur les soignants et sur les familles, potentiellement.
01:52Le fait de devoir contentionner ou de travailler avec un patient contentionné
01:55peut avoir des conséquences sur la prise en charge.
02:00Parce qu'on s'est rendu compte dans le service,
02:02sur les enquêtes de pratique,
02:03qu'il y avait une grande hétérogénéité de prescription,
02:05que les déterminants de cette prescription d'une part
02:07et les conséquences de cette intervention d'autre part n'étaient pas connus.
02:13On a réalisé une étude clinique chez les patients,
02:15c'est un essai randomisé contrôlé
02:17où on a testé deux stratégies de contention physique.
02:20Une stratégie dite « systématique »
02:23où les patients sont exposés à la contention physique
02:25dès l'admission en réanimation,
02:26dès l'instauration de la ventilation artificielle.
02:28Et cette contention physique est réévaluée quotidiennement.
02:31Et cette stratégie, on l'a comparée à une stratégie dite « restrictive »
02:35où on n'a volontairement pas utilisé la contention physique
02:38et qu'on l'a réservée aux patients
02:40qui développaient un état d'agitation pendant le séjour.
02:45La stratégie dite « restrictive » d'utilisation de la contention physique en réanimation
02:50n'impacte pas de manière significative, comme on dit,
02:53la survenue de l'état confusionnel
02:55et ou de l'agitation pendant le séjour en réanimation.
02:59On a montré que cette stratégie était néanmoins extrêmement bonne
03:03en termes de sécurité pour le patient
03:05parce qu'elle n'était pas associée à plus d'événements délétères
03:08en termes d'auto-extubation, de séquelles neurologiques, psychologiques
03:11et bien sûr de survie. Elle nous montre qu'une stratégie dite « restrictive »
03:16est probablement « safe » pour le patient et pour la prise en charge.
03:21Et donc c'est déjà un point extrêmement important pour la suite,
03:24pour les protocoles à venir.
03:26Ce que nous montre aussi cette étude, c'est que probablement
03:28les déterminants de ce syndrome confusionnel,
03:31de l'agitation en réanimation, ce n'est probablement pas
03:33une seule intervention ou une seule mesure préventive
03:36qui peut impacter les patients.
03:39On sait que les patients sont extrêmement hétérogènes
03:41en termes de facteurs de risque, de comorbidité,
03:44de motifs d'admission en réanimation
03:46et qu'il est probablement utile de savoir individualiser les stratégies
03:50et notamment les stratégies de contention ou de décontention,
03:53de mobilisation des patients et puis d'éviter aussi
03:56les autres facteurs de risque, d'agitation.
03:58C'est probablement une approche multimodale
04:00qu'il faut savoir privilégier.
04:04Les points importants, c'est se rappeler que même si
04:08ce n'est pas un médicament, c'est une prescription médicale,
04:11c'est une intervention non pharmacologique,
04:13que cette intervention a probablement des bénéfices
04:16dans certains cas, elle a aussi des effets secondaires
04:19très probablement et qu'il faut savoir l'utiliser
04:22à bon escient et donc en tout cas l'approche systématique
04:25ne semble pas apporter de bénéfices, elle apporte peut-être aussi
04:28un excès ou une surcharge de travail pour certains professionnels
04:32de santé au lit du patient.
04:33Et donc, les études à venir, elles vont devoir utiliser
04:36des stratégies pour réduire probablement la dose
04:40entre guillemets de contention physique
04:41ou la fréquence des prescriptions chez les patients
04:44plutôt que de privilégier un tout ou rien systématique
04:48pour l'ensemble des patients.
04:52Elle permet de challenger, de tester certaines interventions,
04:56certaines stratégies qu'on utilise et que ces études,
04:59quels qu'en soient les résultats, elles informent la pratique,
05:00elles informent les experts pour les futures recommandations.
05:04Et donc, c'est quelque chose qui est extrêmement stimulant
05:05pour les professionnels de santé, pour les infirmiers,
05:08pour les docteurs, pour les étudiants hospitaliers
05:10parce qu'on contribue en parallèle du soin et de l'enseignement
05:14à faire avancer cette recherche clinique.
05:20Seul, on fait finalement assez peu de choses.
05:22À plusieurs, on va souvent très très loin
05:25et parfois très très vite.
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