Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 2 jours
Un médecin peut-il cumuler une activité libérale avec des missions de conseil pour une start-up ou l’industrie de santé ? La réponse est oui, mais sous conditions strictes. Indépendance professionnelle, interdiction des commissions et encadrement des avantages : Maître Dominique Decamps Mini, avocate au cabinet Theis 360, spécialisé en droit de la santé, rappelle les lignes rouges juridiques à ne pas franchir.

Peut-on cumuler activité médicale et conseil ?
Le cumul d’activités est autorisé, y compris pour des missions de conseil, d’expertise ou d’intervention auprès d’acteurs de santé. Mais ce principe est immédiatement encadré. « Le cumul est possible, mais il doit respecter l’indépendance, la transparence et l’encadrement des avantages ».
Le Code de la santé publique pose une limite claire : un médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle. En pratique, cela signifie qu’une activité parallèle ne doit jamais influencer ses prescriptions, ses orientations ou ses décisions médicales.
Indépendance et absence de profit lié à la prescription
Le point de bascule est simple : dès lors qu’un médecin peut tirer un bénéfice, direct ou indirect, de ses prescriptions via son activité de conseil, il entre dans une zone à risque. « Il va pouvoir cumuler, mais pas si son activité conseil peut influencer ses prescriptions ou lui faire gagner de l’argent grâce à son rôle de prescripteur ».
Autrement dit, la compatibilité du cumul repose sur une étanchéité stricte entre activité médicale et intérêts économiques.
Commissions, compérage : des interdictions absolues
Certaines pratiques sont formellement interdites. D’abord, toute forme de commission ou d’avantage lié à un acte médical. « Le code interdit toute commission et sollicitation ou acceptation d’un avantage pour une prescription ou un acte médical quelconque ».
Ensuite, le compérage, c’est-à-dire toute entente entre professionnels ou structures portant atteinte à l’indépendance du médecin ou au libre choix du patient. En toile de fond, un principe constant : la médecine ne doit pas être pratiquée comme un commerce.
Concrètement, recommander un produit, un service ou une structure en étant rémunéré pour cela constitue une situation à très haut risque.
Transparence des liens et loi anti-cadeaux
Le cadre juridique repose aussi sur la transparence. Toute convention, rémunération ou avantage entre un professionnel de santé et une entreprise du secteur doit être rendu public via la base Transparence Santé.
« Si tu fais un conseil, une expertise, une intervention rémunérée, tu dois t’attendre à ce que tes liens soient publiés et donc lisibles par les patients, les confrères et les médias ».
À cela s’ajoute la loi dite « anti-cadeaux », qui encadre strictement les avantages (hospitalité, invitations, prises en charge). Selon leur nature et leur montant, ces avantages relèvent soit d’un régime de déclaration, soit d’une autorisation préalable, notamment auprès du Conseil de l’Ordre.
Les cinq questions à

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Adrien est dermatologue à Dunkerque et pratique la natation synchronisée,
00:05mais il s'interroge sur ce cumul possible entre une activité libérale
00:09et une activité de conseil avec le start-up ou l'industrie.
00:14Comment éviter le conflit d'intérêts ?
00:27Le cumul est possible, mais il doit respecter l'indépendance, la transparence et l'encadrement des avantages.
00:35Adrien peut faire du conseil pour une start-up, de l'expertise, du speaker ou travailler avec l'industrie.
00:40Oui, c'est possible, mais juridiquement, il doit éviter trois zones.
00:44Perdre son indépendance, créer un conflit d'intérêts, tomber dans l'anti-cadeau, le compérage et les commissions.
00:54Le code de la santé publique vient dire que le médecin ne peut aliéner son indépendance professionnelle sous quelque forme
01:01que ce soit.
01:02Pour le cumul d'activités, il va être autorisé uniquement si ce cumul est compatible avec l'indépendance et la
01:08dignité,
01:09mais surtout s'il n'est pas susceptible de lui permettre de tirer profit de ses prescriptions ou des conseils
01:16médicaux.
01:16Il va pouvoir cumuler, mais pas si son activité conseil peut influencer ses prescriptions, ses orientations
01:23ou lui faire gagner de l'argent grâce à son rôle de prescripteur.
01:31Première ligne rouge, commission, compérage et le fait que la médecine ne soit pas un commerce.
01:36Donc, on a une interdiction des commissions et des avantages liés à un acte médical.
01:41Le code interdit toute commission et sollicitation ou acceptation d'un avantage pour une prescription ou un acte médical quelconque.
01:48Le compérage, c'est un peu pareil, c'est interdit.
01:50Toute entente entre professionnels et structures qui portent atteinte au libre choix du patient et à l'indépendance est interdite.
01:57En toile de fond, on a quand même ce principe fondamental que la médecine ne doit pas être pratiquée comme
02:04un commerce.
02:04Donc, dès que je recommande un produit, un service, une structure et que je touche de l'argent, on va
02:09être dans cette zone à très haut risque.
02:15Pour encadrer tout ça, on a ce que l'on appelle la transparence des liens, dite transparence santé.
02:21Le principe, c'est que l'existence de conventions de rémunération avantage entre certaines entreprises de santé et les acteurs
02:28de la santé
02:28est rendue publique sur le site transparence santé.
02:32Concrètement, si tu fais un conseil, une expertise, une intervention rémunérée dans un congrès ou quelle que soit la nature,
02:38avec une entreprise qui rentre dans le champ, notamment les médicaments, les dispositifs médicaux,
02:43tu dois t'attendre à ce que tes liens soient publiés et donc lisibles par les patients, les confrères et
02:47les médias.
02:48Cette loi, on l'appelle la loi anti-cadeau.
02:51Ça vient donner les modalités pratiques des possibles dérogations, avec un régime soit de déclaration,
02:58soit d'autorisation en fonction de l'avantage que l'on reçoit.
03:02Dès qu'il y a un avantage hospitalité, invitation, prise en charge, on doit vérifier le régime applicable.
03:08Est-ce que c'est une déclaration ? Est-ce que c'est une autorisation du conseil de l'ordre,
03:11avec les montants, l'objet et ne pas improviser ?
03:18Adrien doit se poser 5 questions.
03:21L'indépendance. Est-ce que le contrat peut influencer ma prescription ?
03:24Le profit indirect. Est-ce que je peux tirer profit de mes conseils médicaux et prescriptions via cette activité ?
03:29La rémunération. Est-elle proportionnée à un travail réel, sans variable, lié aux prescriptions, au volume, au renvoi ?
03:36La transparence. Est-ce que c'est publiable sur Transparence Santé ?
03:40Et est-ce qu'Adrien va l'assumer, que ça puisse être visible ?
03:43La loi anti-cadeau. Est-ce que c'est un avantage, une hospitalité, un congrès ?
03:47Il faut vraiment vérifier le régime de déclaration et d'autorisation.
03:51Donc il va falloir faire vérifier le contrat avec un avocat en droit de la santé pour sécuriser les clauses,
03:56le risque ordinal, la loi anti-cadeau, la stratégie de transparence.
03:59Et avec un avocat fiscaliste, pour cadrer tout ce qui est structuration, la facturation, le statut, la TVA,
04:05il vaut mieux anticiper.
04:06En conclusion, le cumul est possible, l'opacité et les commissions ne le sont pas.
Commentaires

Recommandations