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  • il y a 2 jours
Entre médecine et sociologie, le Dr Michel Bass interroge les fondements d’une pratique souvent perçue comme toute-puissante. Un regard critique et humaniste qui remet la relation patient-médecin au cœur du soin.

Le Dr Michel Bass, médecin de santé publique et sociologue, propose une réflexion singulière sur la pratique médicale. Sans rejeter la médecine classique, il en questionne les fondements et défend une approche centrée sur l’écoute et la relation aux patients.
Son parcours, marqué par des expériences parfois brutales dès ses débuts, notamment au bloc opératoire, l’amène à repenser le rôle du médecin. Pour lui, soigner ne se limite pas à guérir, mais consiste à comprendre les individus dans leur environnement et à construire avec eux une démarche de santé.

À rebours d’une médecine toute-puissante, il plaide pour une pratique plus collective et coopérative. Un regard lucide, qui met aussi en lumière la violence persistante de la formation médicale et la nécessité de transmettre ces réalités aux nouvelles générations.

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Transcription
00:00Je ne me suis jamais senti tout à fait médecin.
00:02Je me suis senti plutôt quelqu'un qui interrogeait la médecine.
00:11J'ai fait mon stage interné en Savoie.
00:13Après, je suis allé à l'hôpital psychiatrique de Morlaix,
00:17où j'ai fait un peu de psychiatrie.
00:18Et après ça, je suis parti au Maroc, en coopération, à la place de l'armée,
00:22où je suis resté deux ans comme médecin dans un hôpital d'une petite ville du nord-est.
00:26Après, je suis revenu en France.
00:27Et puis, je suis reparti aux États-Unis, où j'ai appris un peu la santé publique.
00:31Ça m'a fait entrevoir quelque chose de tout à fait extraordinaire,
00:35qui était qu'on peut penser la santé autrement qu'en termes de corps et de maladie.
00:39On peut penser la santé en termes de quelque chose de public et en termes de quelque chose de social.
00:44Et puis, je suis revenu à Paris.
00:45Et là, j'ai fait un DEA de sociologie, socio-économie, du développement,
00:49à l'école des hautes études en sciences sociales.
00:54La pratique médicale, c'est du concret.
00:56C'est des gens, c'est des relations, c'est des paroles.
00:59C'est toucher l'autre.
01:00La sociologie, c'est placer l'autre dans des catégories.
01:04Pour bien comprendre ce qui se joue chez un être humain,
01:07il faut aussi comprendre ce qui se joue dans sa vie,
01:10ce qui se joue dans sa famille, ce qui se joue dans son milieu social,
01:13ce qui se joue dans son environnement, dans son métier.
01:18Le premier jour de la première année de fac,
01:22le doyen de la faculté de médecine est venu nous parler.
01:24Vous êtes 600, il y en aura peut-être une cinquantaine, voire une centaine qui deviendront médecins.
01:30Je me suis retrouvé à dire, mais qu'est-ce que je suis là ?
01:32Plutôt que de nous accueillir en disant, vous avez fait vraiment un bon choix,
01:37vous allez voir le métier de médecin, c'est formidable, etc.
01:40Non, vous ne deviendrez pas médecin, vous ne faites pas d'illusions.
01:43Et puis, c'était l'année 1971, de l'introduction du numerus clausus.
01:49Et on a fait une grande grève qui a duré trois mois.
01:51Ils ne savaient pas du tout comment sortir de la grève, les officiels.
01:55Ils nous ont fabriqué des groupes de paroles, animés, si je peux dire,
02:00parce qu'ils ne disaient rien, par des psychanalystes.
02:03Ça a été une espèce de révélation.
02:04Je dis, oui, on peut dire des choses.
02:07Il y a des gens qui ne vont pas nous juger.
02:09Dans une université, dans un milieu médical,
02:12où écouter l'autre, ce n'est pas vraiment leur fort.
02:15Ils sont souvent des très bons techniciens,
02:17mais des gens à l'écoute des patients, pas trop, trop.
02:21Et ça s'est confirmé les années d'après.
02:23J'ai rencontré beaucoup de gens qui n'écoutaient rien du tout,
02:26et en tout cas pas leurs étudiants.
02:31Je pense qu'on y retrouve une philosophie générale de la médecine,
02:34de la relation à l'autre, du respect, de l'écoute,
02:38de tout ce qui peut faire qu'un patient,
02:41ou des patients, ou des populations,
02:44puissent se construire leur propre démarche de santé,
02:48puissent avoir confiance dans ce qui les attend,
02:50et puissent aussi accepter que la médecine ne peut pas tout faire,
02:54accepter l'impuissance.
02:56Tout ce qu'on a appris dans la médecine,
02:58tout ce qui se passe, tout ce dont on parle,
03:00cette espèce d'hubris médical,
03:02tout nous dit que la médecine va tout guérir, tout résoudre.
03:06Je suis dans une espèce de position presque inverse,
03:10mais sans du tout renier ou nier la médecine.
03:13Je suis un médecin.
03:14Je suis un médecin qui pratique la médecine classique,
03:17mais la médecine classique en renversant la question de la relation médecin-patient.
03:25La première, c'est qu'en général, on dit faire médecine.
03:28Et moi, bien sûr, j'ai fait médecine,
03:30mais après, j'ai fait médecin.
03:31Après, faire médecin, c'est différent qu'être médecin,
03:35parce que moi, je ne me suis jamais senti tout à fait médecin.
03:38Je me suis senti plutôt quelqu'un qui interrogeait la médecine
03:41et qui essayait de voir comment, étant médecin,
03:45on pouvait pratiquer une médecine un petit peu différente.
03:50Cette histoire, par exemple, du service de chirurgie à Paul-Bruce,
03:54ou un chirurgien par ailleurs, excellent chirurgien,
03:57qui, un jour où j'étais assistant opératoire,
04:01j'étais absolument incompétent, je ne savais rien faire.
04:03J'étais en première année d'externat.
04:05Et puis, le patient est mort sur la table d'opération.
04:08Et le chirurgien, à la fin de l'opération,
04:11m'a jeté ses instruments à la figure en me disant,
04:14c'est de ta faute.
04:14C'était un peu compliqué.
04:16J'avais 20 ans d'encaisser un truc.
04:19Moi, j'étais responsable de la mort d'un patient,
04:23alors que je suis absolument incompétent,
04:25et que je ne faisais rien, surtout, dans cette salle d'opération.
04:31L'alpinif, c'est un exercice où on est en équipe,
04:35où un chef d'équipe ne décide rien sans parler aux autres,
04:39où le but est décidé en commun.
04:41À ces conditions-là, on va au sommet et on revient vivant.
04:44C'est un monde de solidarité, d'écoute.
04:47C'est un monde de coopération.
04:49Et alors, cette idée de la coopération, d'aller ensemble,
04:52c'est exactement ça qui a guidé ma pratique médicale.
04:58Il est fondamental d'écrire l'histoire de notre histoire,
05:02de la transmettre.
05:03Même les expériences un peu négatives
05:05que je peux relater dans certains chapitres
05:07sont tout à fait essentielles à comprendre et à transmettre,
05:10parce que je pense quand même
05:13que les jeunes étudiants en médecine
05:16subissent toujours la même chose,
05:18la même violence.
05:19On les formate à quelque chose
05:20qu'ils n'avaient pas prévu du tout.
05:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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