- il y a 23 heures
Les informés du matin de franceinfo du mardi 19 mai 2026
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00:01Générique
00:08Bonjour et bienvenue si vous nous rejoignez dans les informés, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité jusqu'à
00:149h30.
00:14Bonjour Renaud.
00:15Bonjour Agathe.
00:16Au sommaire, bataille culturelle et tapis rouge.
00:19Le monde du cinéma est en ébullition.
00:21Canal+, menace de ne plus travailler avec les auteurs de la tribune Zappé-Bolloré.
00:26Y a-t-il de quoi paniquer ?
00:28Et puis, le Rassemblement National est-il en train de devenir le parti des patrons ?
00:32Les sensibilités différentes de Marine Le Pen et Jordan Bardella sont-elles une force ou une faiblesse ?
00:39Pour nous éclairer ce matin nos informés, François-Xavier Bourmeau, journaliste politique à l'Opinion.
00:43Bonjour François-Xavier.
00:44Bonjour Agathe.
00:45Et Alex Bouillaguet, éditorialiste politique à France Info TV et l'interview politique du lundi au jeudi à 7h40.
00:51Bonjour Alex.
00:52Bonjour Agathe, bonjour à tous.
00:53On commence donc Renaud avec notre premier débat, tempête sur la croisette.
00:58Pourquoi la bataille culturelle vire à la bataille politique ?
01:01Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a expliqué hier que son groupe envisageait de ne plus travailler
01:08avec les 600 signataires issus du monde du cinéma.
01:12600 signataires d'une pétition qui dénonce l'emprise croissante de Vincent Bolloré.
01:16Je cite une pétition qualifiée zappé Bolloré.
01:20On y trouve des réalisateurs, des producteurs, des comésiens, des techniciens.
01:23Les signataires de cette pétition s'inquiètent de l'ampleur, de la concentration et du financement de la diffusion des
01:29films
01:29dans celui qu'ils qualifient de patron d'extrême droite.
01:32Cette menace de Maxime Saada en réplique, en riposte, a déclenché un tollé dans une partie du monde du cinéma.
01:39Et dans le même temps, on voit le Rassemblement National, lui aussi, avoir un certain nombre de mesures
01:44pour essayer de réformer le financement ou le soutien du monde du cinéma français,
01:49notamment la suppression du Centre National du Cinéma, le CNC, l'un des principaux soutiens du secteur.
01:56Plusieurs responsables du RN ont souhaité cette suppression.
01:59Il y a même un amendement qui avait été déposé lors du dernier débat budgétaire.
02:02Le vice-président du Rassemblement National, Sébastien Chenu, qui était votre invité tout à l'heure,
02:05explique que ce n'est pas tout à fait ça la proposition qu'il porte.
02:10Le CNC, c'est une taxe affectée. Ça, ça tourne plutôt bien.
02:13Ce qui ne tourne pas bien, c'est là où le CNC ne peut pas être conservé en l'État.
02:16C'est sur la politique des aides à la création, qui sont souvent très marquées idéologiquement,
02:21pas assez ouvertes. C'est sur un côté opaque, un côté copain.
02:25Je l'ai dit, le CNC doit profondément se rénover, doit profondément changer ses pratiques
02:30s'il veut être un interlocuteur crédible des pouvoirs publics qui le finance à travers cette taxe affectée.
02:35changer ses pratiques sans changer ses choix.
02:38Donc c'est bien, en l'occurrence, une croisade idéologique qu'envisage le Rassemblement National
02:42pour changer, à défaut de le supprimer, le Centre National du Cinéma.
02:47Dans le même temps, on voit ce conflit qui monte entre, d'un côté, Vincent Bolloré
02:51et derrière lui, le groupe Canal+, et puis une partie du monde du cinéma.
02:55Pourquoi est-ce que la bataille culturelle est en train de virer à la bataille politique
02:59dans le cinéma français aujourd'hui ?
03:02Est-ce que vous avez une explication, François-Xavier Bourgma, ou est-ce qu'il faut s'inquiéter
03:06de ces menaces que Canal+, fait peser sur quelques centaines d'artistes ?
03:13Alors, il faut dézoomer un petit peu, parce que là, il y a l'effet loupe du Festival de Cannes
03:16qui fait que ça donne une caisse de résonance très, très forte pour cette polémique.
03:21Mais en réalité, il se passe exactement entre Vincent Bolloré et le monde du cinéma.
03:25Ce qui s'est passé il y a moins d'un mois chez Grasset, avec le départ des écrivains
03:31suite au limogéage d'Olivier Nora, l'éditeur historique de Grasset,
03:36il se passe exactement la même chose que ce qui s'est passé aussi au journal du dimanche
03:39et puis encore auparavant sur e-télé.
03:41C'est-à-dire que la présence de Vincent Bolloré provoque une levée de bouclier
03:45à laquelle il répond par un bras d'honneur en disant, en gros, au contestataire
03:50« Écoutez, c'est moi qui paye, si ça ne vous plaît pas, partez ».
03:53C'est ce modèle-là qu'on retrouve dans le modèle du cinéma
04:00avec, sans doute, une dimension, je le disais tout à l'heure,
04:03qui est accentuée par la caisse de résonance du Festival de Cannes
04:05et qui est aussi accentuée par les volumes d'argent en jeu
04:09qui sont nettement plus importants que dans le secteur de l'édition ou de la presse.
04:12– Alex Bouillaguet ?
04:13– Je ne suis pas tout à fait d'accord sur la comparaison avec Grasset et avec Canal+,
04:18parce qu'on peut voir les choses de différentes manières.
04:21Soit on peut dire qu'il y a une forme de procès d'intention concernant Canal+,
04:25si on regarde les faits sur les centaines de films financés par Canal+,
04:30seul « Grâce à Dieu » de François Ozon, qui dénonce la pédophilie dans l'Église,
04:36n'a pas été retenu pour financement.
04:38Mais quand on regarde le film suivant, c'est-à-dire « L'étranger », le film de François Ozon,
04:42il a été tout à fait financé.
04:44Donc ça veut dire que François Ozon n'a pas été mis à l'index
04:47et qu'on peut se dire de manière assez factuelle que les films financés par Canal+,
04:52sont assez variés et peuvent avoir des critiques, notamment des critiques sociales
04:56et des critiques politiques.
04:58Canal+, c'est aussi le principal soutien et financeur du cinéma français.
05:03C'est grosso modo 160 millions d'euros.
05:05Par comparaison, France Télévisions, qui est un gros prouvoyeur aussi de création française,
05:10c'est 60 millions d'euros.
05:12Donc on peut se demander aussi pourquoi les signataires, parce qu'il y en a dans cette tribune,
05:16n'ont pas dit « Stop à l'argent de Canal+, » avant de faire le film.
05:21Ça aurait pu être aussi inverse.
05:22Après, on peut aussi se dire que la réplique est peut-être aussi un peu brutale.
05:28C'est-à-dire que le fait de dire « Je ne travaillerai plus » comme le fait Canal+,
05:31avec ses 600 signataires, c'est là pour le coup une mise à l'index,
05:35c'est cette fameuse liste noire.
05:37Ne plus travailler avec, ça peut ressembler aussi à une mise à l'écart professionnel.
05:42Et c'est vrai que oui, il y a aujourd'hui un pouvoir culturel sans précédent
05:48dans les mains de Vincent Bolloré, qu'on le voit donc à travers Canal+,
05:51qu'on le voit à travers les parts qu'il a dans EGC, qu'on le voit à travers Hachetliv,
05:55qu'on le voit après CNews, Europe 1, JDD, les médias.
05:58Et que la crainte, parce que je pense qu'à ce stade, c'est peut-être une crainte
06:02et une alerte, c'est la tentation de finalement contrôler le récit.
06:07Et bien évidemment, la culture, elle n'est jamais neutre.
06:11Donc moi, j'en appelle, si ma voix porte et elle porte peu,
06:15mais à une forme de désescalade.
06:17C'est-à-dire que je pense que le cinéma a besoin de Canal+,
06:19et puis les signataires, on peut comprendre leurs inquiétudes.
06:22François-Xavier, vous vouliez dire quelque chose ?
06:24Non, je pense qu'il faut distinguer, c'est un vrai sujet,
06:27il faut distinguer comme toujours ce qui relève de l'indignation,
06:29de l'émotion parfois un peu caricaturale, et du vrai sujet.
06:32C'est-à-dire que le texte de cette pétition, Zappé Bolloré,
06:34est par bien des égards excessif ou caricatural.
06:37Quand il évoque ce texte, un projet civilisationnel réactionnaire,
06:41une prise de contrôle fasciste sur l'imaginaire collectif,
06:43ce n'est pas du tout ce qui est aujourd'hui, ce qui se passe dans la production
06:45et dans la diffusion des films, notamment financés ou soutenus par Canal+.
06:48D'ailleurs, la plupart des signataires le reconnaissent eux-mêmes,
06:50ils disent que jusqu'à présent, Canal+, a parfaitement respecté
06:54leur liberté de création sans aucune ingérence.
06:57Donc, entre guillemets, ils crient un peu avant d'avoir mal.
07:00Sauf que la réaction de Maxime Saada, elle justifie leur crainte.
07:03C'est ça le paradoxe, c'est que le président du directeur de Canal+,
07:06s'est tiré une balle dans le pied en disant,
07:07puisqu'ils ont signé ce texte, eh bien, on ne travaillerait plus avec eux.
07:11Donc, ça, ça crédibilise justement la crainte que ce mode de concentration
07:17du financement, de la diffusion, aussi la distribution,
07:19puisqu'il y a aussi le rachat du GC en cours,
07:22dans les mains de Vincent Bolloré,
07:24pourrait se transformer en, pourrait prendre un tour idéologique et politique,
07:29donc, dans le cinéma lui-même.
07:31C'est en ce sens que cette pétition est crédibilisée par la réaction de Maxime Saada.
07:34Il faut aussi souligner qu'il y a un silence d'une très grande partie du monde du cinéma,
07:39et notamment des producteurs, des réalisateurs ou des comédiens les plus importants,
07:44on va dire les plus connus, on va dire plutôt les plus connus,
07:45les plus célèbres, qui est lié d'ailleurs au poids,
07:47en grande partie, de Canal+, dans le financement du cinéma.
07:50Et, juste un dernier point, tout ça s'inscrit,
07:52et c'est pour ça que je pense qu'il y a un vrai sujet,
07:54dans le fait que des secteurs culturels sont en train de se transformer
07:59en champ de bataille politique à un an de l'élection présidentielle.
08:02François-Xavier Bombeau évoquait le fait que, dans les médias,
08:06Vincent Bolloré, là, a très clairement fait le ménage, on va dire,
08:09à Itélé, devenu CNews, à Europe 1 ou au JDD,
08:12en changeant les rédactions et l'orientation idéologique
08:15pour les mettre au service de son projet.
08:17C'est la même chose qui est en cours dans l'édition,
08:19on l'a vu à Fayard, et on voit la crise chez Grasset,
08:23et que le Rassemblement national, de son côté, a aussi, comme par hasard d'ailleurs,
08:26des propositions, privatisation de l'auditiel public ou autre,
08:29qui entrent en résonance, tout ça, à un an de la présidentielle.
08:32Donc, c'est pour ça que tout ça devient un vrai sujet, un véritable enjeu.
08:35François-Xavier Bourbin.
08:36Oui, alors, c'est vrai que le ton de la pétition de la tribune est sans doute excessif,
08:42et qu'il crie avant d'avoir mal.
08:44Quand on regarde ce qui s'est fait dans le cinéma,
08:46en réalité, au-delà du cas de François Ozon,
08:49il y a un seul film qui a été produit avec une coloration idéologique,
08:52c'était Vaincre et mourir,
08:53qui était une relecture sur un ton puits du fou des guerres de Vendée.
08:57C'est le seul film qu'on répertorie dans le répertoire Bolloré.
09:03Il crée avant d'avoir mal, mais d'autres ont eu mal avant eux, on le disait,
09:07les journalistes d'Itélé et du journal du dimanche, et les auteurs de Grasset.
09:11Et le président du directeur qui n'en est plus explique qu'il pourrait bien avoir mal désormais.
09:15Voilà, et c'est exactement ce que dit Maxime Saada,
09:18en menaçant de mettre à l'index les 600 et maintenant peut-être 1200 signataires.
09:22Bien sûr qu'il faut être vigilant et bien sûr que cette année qui nous amène à l'élection présidentielle
09:28va être dure et notamment l'instrumentalisation de part et d'autre des extrêmes de ce genre de choses.
09:34Mais le vrai problème aujourd'hui du cinéma,
09:37et c'est peut-être ce qu'auraient dû aussi souligner les signataires de la pétition,
09:42c'est l'intelligence artificielle qui va décimer des centaines de postes,
09:46c'est la baisse de fréquentation des salles.
09:48Le vrai danger, ça vient plutôt des plateformes américaines,
09:53les gens américains, Netflix, Amazon Prime, Vidéo ou Disney,
09:56qui prennent de plus en plus une place énorme dans la production culturelle.
10:01Donc oui, c'est bien d'être vigilant,
10:03mais attention, c'est loin d'être le seul souci aujourd'hui dans le cinéma français.
10:06C'est différent, je pense que c'est loin d'être le seul danger, vous avez raison,
10:08mais le vrai danger, ce n'est pas seulement celui-là, c'est-à-dire que ce n'est pas
10:10contradictoire.
10:11On peut aussi défendre le CNC qui participe de l'exception française,
10:15c'est-à-dire que le CNC, le mode de soutien et de financement du cinéma aussi,
10:18à travers le CNC, c'est extrêmement important.
10:20Ça permet que la France ait sauvé la plupart, enfin de très nombreux cinémas
10:24et que l'écrasante majorité des Français vivent aujourd'hui à moins de 30 kilomètres d'un cinéma.
10:29Mais ça, le Rassemblement National veut le remettre en cause ou pas ?
10:32Très clairement, le CNC, le Rassemblement National veut le supprimer,
10:36il a déposé un amendement lors du débat budgétaire en ce sens-là.
10:40Et tout à l'heure, Sébastien Chenu sur ce plateau,
10:41a essayé de corriger le tir en disant non, on ne veut pas le supprimer,
10:43mais on veut le réorienter, il faut qu'il modifie ses choix,
10:46ses modes de sélection, etc.
10:48Ce qui est évidemment une façon d'abord d'assécher la structure
10:50avant éventuellement de la supprimer,
10:52si jamais elle ne se soumettait pas demain
10:56au désidérata du nouveau pouvoir à l'issue de l'élection présidentielle de 2017.
10:58Donc on voit bien qu'il y a de fait une élection présidentielle
11:01qui était décisive pour une grande partie du champ culturel, me semble-t-il,
11:06c'est-à-dire que selon les résultats qui sortiront des urnes,
11:08il peut y avoir effectivement des bouleversements
11:10dans le monde du cinéma, de l'édition ou autre,
11:12et puis aussi, c'est vrai, pour le monde des médias,
11:15puisqu'il y a un parti, en l'occurrence le Rassemblement national,
11:17favori de cette présidentielle,
11:18qui préconise la privatisation de l'audiovisuel public.
11:22Le Rassemblement national, on continue d'en parler,
11:24dans un instant est-il devenu le parti des patrons ?
11:27Mais pour l'instant, il est 9h17,
11:29et c'est l'Info en une minute avec Antoine Joffin.
11:31Gérard Darmanin, très rassuré par la façon dont Christophe Gleize
11:35est traité en détention en Algérie.
11:37Le ministre de la Justice s'exprime au lendemain de sa visite express dans le pays.
11:42Il y a rencontré le président algérien
11:43qui peut accorder sa grâce aux journalistes français
11:46condamnés à 7 ans de prison pour apologie du terrorisme.
11:49De nouvelles plaintes contre Patrick Bouruel vont être déposées dans les prochains jours,
11:54indique ce matin l'avocate de Flavie Flamand sur France Inter.
11:57Corinne Hermann démente une quelconque relation passée entre le chanteur et l'animatrice.
12:02Patrick Bouruel déjà visé par 6 plaintes pour viol ou agression sexuelle.
12:06Sur les 12 derniers mois, près d'un Français sur 3 a renoncé
12:09à chercher un rendez-vous chez un spécialiste,
12:11cardiologue, dermatologue, ophtalmo.
12:14La deuxième étude de Doctolib et de la Fondation Jean Jaurès pour le réseau
12:17ici montre une forte tension.
12:19Le délai s'allonge dans un département sur deux.
12:22En NBA, Victor Wembanyaba sur vol.
12:25Le match 1 de la finale de la Conférence Ouest.
12:28Le pivot français claque 41 points, 24 rebonds
12:31lors de la victoire des Spurs contre le Thunder.
12:33122-115, revanche demain au Texas.
12:39France Info
12:42Les informés, Renaud Delis, Agathe Lambret.
12:48Les informés avec Alex Bouillaguet, éditorialiste politique à France Info TV.
12:53François-Xavier Bourmeau, journaliste politique à l'Opinion.
12:56Renaud, cette question, le Rassemblement National est-il en train de devenir le parti du MEDEF,
13:01le parti des patrons ?
13:02En tout cas, le RN, on l'a vu cette dernière semaine, s'emploie à séduire les chefs d'entreprise,
13:06les grands patrons.
13:07Marine Le Pen en a rencontré, Jordan Bardella aussi.
13:10Il a d'ailleurs été reçu aussi à déjeuner, on s'en souvient, par le MEDEF.
13:14Et un certain nombre d'opposants au RN soulignent qu'il y a deux tonalités,
13:18l'une plus étatiste, l'autre plus libérale, avec des propositions assez divergentes,
13:23selon qu'on regarde du côté de Marine Le Pen ou du côté de Jordan Bardella.
13:25Voici ce qu'on disait il y a une dizaine de jours devant les cadres de son mouvement Horizon,
13:29l'ancien Premier ministre Edouard Philippe.
13:31Il y a le Rassemblement National Nouvelle Génération, qui fait les yeux doux au CAC 40.
13:35C'est le RN libéral.
13:37Et il y a le RN canal historique, si j'ose dire.
13:39Pro-dépense publique, pro-assistanat.
13:41Le RN étatiste, qui promet beaucoup sans rien financer d'ailleurs.
13:45Le RN n'est pas, comme il le dit, ni de droite ni de gauche.
13:48Il est parfois très à droite et souvent très à gauche.
13:52Si j'osais, je vous dirais volontiers que le Rassemblement National, c'est un peu le nouveau en même temps.
13:56Ces divergences se sont traduites ces dernières semaines sur un certain nombre de sujets.
14:00Par exemple, la taxation des super-profits des groupes énergétiques comme Total, Marine Le Pen y est favorable.
14:06Jordan Bardella considère que ce n'est pas du tout une priorité.
14:10Même différence, divergence sur la question des retraites.
14:13Rappelons que dans le projet du RN, aujourd'hui, il y a le retour à 62 ans et même à
14:1760 ans pour ceux qui ont commencé à travailler tôt.
14:20Alors que Jordan Bardella s'interroge sur les moyens de sauver un système qu'il juge aujourd'hui, selon lui,
14:26n'est plus finançable.
14:27Et dans un journal allemand, il évoque d'ailleurs l'hypothèse de toucher à cet âge de départ plutôt en
14:32prolongeant, en le repoussant.
14:35Pas question, ça c'est ce qu'a dit tout à l'heure sur ce plateau le vice-président du
14:38RN, Sébastien Chenu,
14:39qui s'est porté garant du fait que, quel que soit le candidat du RN, l'âge de 62 ans,
14:44pour l'âge de départ en retraite fixé à 62 ans, figurera dans le programme du RN, soit de Marine
14:52Le Pen, soit de Jordan Bardella.
14:54Reste que, quand on regarde les deux candidats supposés pouvoir se remplacer l'un à l'autre,
14:58on voit un grand nombre de différences dans le programme économique.
15:02Est-ce qu'on peut croire Sébastien Chenu, Alex Bouilléguet, quand il dit ce matin,
15:05si, si, l'âge de départ à 62 ans, ce sera bien dans le programme du Rassemblement National ?
15:10Alors, à ma connaissance, je pense qu'ils sont en train de mettre sur pied des grandes assises de l
15:17'économie à l'automne,
15:18pour en quelque sorte étalonner ces éléments programmatiques, comme on dit avec pudeur,
15:24parce qu'ils voient très bien quand même qu'il y a un petit souci sur cette retraite.
15:29Après, c'est vrai qu'il y a aujourd'hui, il y a deux sensibilités, alors on peut aller jusqu
15:34'à dire deux lignes.
15:34Effectivement, Marine Le Pen qui est plus dans un état protecteur,
15:37donc avec une méfiance sur la mondialisation, une méfiance aussi vis-à-vis des grandes entreprises,
15:43et puis lignes Jordan Bardella, effectivement pro-business ou plus libéral.
15:47L'avantage pour eux en ce moment jusqu'au 7 juillet, c'est qu'ils peuvent ratisser large,
15:51puisqu'en fait chacun peut entendre ce qu'il veut entendre.
15:56Après, c'est vrai que, pour répondre à votre question,
15:59est-ce que le RN est en train de devenir le parti du Rassemblement National ?
16:03– Le parti des patrons, oui.
16:04– Le parti des patrons, je pense que les patrons ont une curiosité,
16:08bon, qu'on peut aussi trouver légitime,
16:10ils sont faits de quel bois ces gens-là, qu'est-ce qu'ils pensent ?
16:13Et donc les confronter, c'est une manière de se faire une opinion.
16:16Je ne suis pas convaincue que le déjeuner entre les patrons du CAC 40 et Marine Le Pen
16:21se soit super bien passé et qu'à l'arrivée, les patrons se soient dit
16:24« Waouh, super, c'est le programme qu'il nous faut ».
16:26– François-Xavier Bourman ?
16:27– Je pense que c'est plus que de la curiosité que les patrons ont pour le RN,
16:33c'est un intérêt stratégique évident.
16:36Les patrons, ils cherchent une chose en priorité, c'est la stabilité.
16:39Or, qu'est-ce qu'ils voient depuis la dissolution ?
16:41C'est des débats budgétaires qui font valser les milliards d'alourdissements de charges
16:45au gré des amendements votés par les uns ou les autres,
16:47sans qu'il y ait vraiment de contrôle dans la machine.
16:49La stabilité, elle n'est pas garantie pour les patrons.
16:52Or, aujourd'hui, qu'est-ce qu'ils voient ?
16:54Que le RN est aux portes du pouvoir et que c'est le seul parti qui apparaît en mesure
16:58d'apporter un peu de stabilité politique, quelle qu'elle soit.
17:01Alors, après, on va discuter des conditions économiques
17:06qui ne sont pas forcément favorables aux patrons.
17:08Mais, en tout cas, la stabilité politique, pour eux, c'est le RN qui peut l'apporter.
17:13Donc, naturellement, ils vont voir ce qu'ils ont dans le ventre.
17:15Et quand ils vont voir ce que le RN a dans le ventre,
17:17effectivement, ils voient deux lignes.
17:19Une ligne libérale qui est incarnée par Jordan Bardella
17:22et une ligne étatiste qui est incarnée par Marine Le Pen.
17:26Comme pour l'ensemble de la classe politique,
17:27les patrons sont soumis aux mêmes contraintes.
17:29C'est-à-dire, tant que l'hypothèque du 7 juillet
17:31et du jugement définitif sur le sort de Marine Le Pen n'est pas levée,
17:35ils ne peuvent pas se positionner.
17:37Mais ils ont tout intérêt à aller voir auparavant
17:39ce qui se trame, si jamais d'aventure, le RN arrivait au pouvoir.
17:43Et ce n'est pas très clair, pardon, mais pour revenir à la question des retraites,
17:45Renaud, est-ce que ce sera vraiment 62 ans ?
17:48Avec 42 annuités, comme le dit Sébastien Chenu.
17:50Donc, ça ne veut dire vraiment pas pour tout le monde les 62 ans,
17:53mais c'est quand même l'affichage.
17:54Ce n'est pas très clair, ça ne l'était pas déjà la dernière fois.
17:56Et c'est de plus en plus confus à mesure que se rapproche le scrutin.
18:01Et tant qu'on ne sait pas lequel des deux sera candidat.
18:03Mais comme il y a eu, enfin, ce ne serait pas le premier sujet
18:05sur lequel le RN change.
18:07Marine Le Pen s'est ralliée à l'Union Européenne,
18:09elle s'est ralliée à l'OTAN,
18:11elle a changé sur plein de sujets, etc.
18:12Mais juste sur un point, je pense que pour ce qui est de l'attitude des patrons,
18:14c'est un peu plus cynique que ça.
18:16Ce n'est pas simplement qu'ils veulent voir de quoi sont faits les dirigeants du RN,
18:21c'est qu'ils pensent aussi, et pour avoir échangé avec certains d'entre eux,
18:25je sais qu'ils le pensent, que, en gros, Jordan Bardella est influençable
18:28et qu'il n'a pas de programme ou qu'il n'a pas de conviction
18:30au regard de son jeune âge, de son manque d'expérience, etc.
18:33Donc, ils peuvent un peu quoi ? Le manipuler ?
18:34Ils espèrent, en tout cas, lui fournir en quelque sorte un programme clé en main.
18:37Jusqu'à présent, d'ailleurs, Jordan Bardella a plutôt participé de cette mécanique,
18:40puisque lors des entretiens qu'il a eus avec la plupart des chefs d'entreprise
18:44ou de la responsable du MEDEF qu'il a eus, qu'il a vus,
18:46il a été extrêmement prudent, il ne s'est pas dévoilé,
18:49il s'est montré extrêmement attentif aux attentes des patrons,
18:52contrairement à Marine Le Pen, qui, elle, est restée sur sa ligne, sur son programme,
18:55ce qui explique qu'effectivement la tonalité a été différente.
18:58Et ça, ça a contribué pour l'heure à creuser un vrai différent au sein du parti,
19:02parce que, du côté de Marine Le Pen, beaucoup redoutent que Jordan Bardella
19:07se fasse, en quelque sorte, aspiré par la droite libérale,
19:10aspiré par le patronat et qu'il change la nature du projet du règne,
19:14notamment sur les retraites et sur d'autres sujets.
19:16Il faut rappeler que Jordan Bardella a un modèle, c'est Nicolas Sarkozy.
19:19Il l'a dit et répété à plusieurs reprises,
19:22lequel, d'ailleurs, Nicolas Sarkozy lui a témoigné une forme d'admiration aussi.
19:26Et Nicolas Sarkozy, ce n'était pas le plus étatiste.
19:29Voilà, il a porté, quand il s'est fait lire en 2007, un discours très libéral, en tout cas.
19:33Et on voit bien qu'il y a une dissension qui s'accroît
19:35et qui pourrait peut-être poser un problème lors de la campagne présidentielle
19:39si c'est Jordan Bardella qui est candidat.
19:41– Mais c'est vrai que de la part des patrons,
19:43il y a effectivement ce désir de pouvoir infléchir la ligne.
19:47Et ils sont rares à y résister.
19:49Il y en a un qui résiste, c'est Pascal Demurgé, qui est le patron de la Maïf.
19:55Lui, il s'oppose à toute rencontre avec le Rassemblement national
19:59parce que d'une part, il dit que ça leur confère de la responsabilité,
20:02que ça leur confère de la crédibilité,
20:04que c'est aussi un risque d'accélération, d'accélérateur de la victoire
20:09puisqu'on les crédibilise.
20:10Et lui, il dit que toute tentation de vouloir infléchir la ligne du RN
20:15est quelque chose de totalement illusoire.
20:18Et qu'il vaut mieux, effectivement, le cordon sanitaire comme il y a longtemps eu.
20:22On se souvient que l'ex-patrone du MEDEF, Laurence Parizeau,
20:26s'est toujours refusée à la moindre rencontre avec le Rassemblement national.
20:29– Est-ce qu'on peut encore dire que le RN est un parti ni de droite ni de gauche
20:33?
20:33François-Xavier Bourmeau avec un Jordan Bardella
20:35qui prend pour modèle Nicolas Sarkozy,
20:38qui revendique d'avoir un éthos de droite ?
20:40– Tant que la ligne n'est pas tranchée, oui, effectivement,
20:43ils sont et de droite et de gauche, ils sont étatistes et libéraux.
20:47Mais à un moment, il va falloir trancher, parce que les deux ne sont pas conciliables.
20:51Il me semble qu'il ne faut pas oublier un autre point qui est extrêmement important
20:56dans l'intérêt des patrons pour le RN,
21:00c'est que les entreprises ont besoin d'immigration.
21:04Or, le RN est un parti anti-immigrés.
21:06La MEDEF-Bourg-Marché vient essentiellement de l'immigration.
21:09Et il y a aussi cet aspect-là qui compte énormément,
21:12parce que des restrictions sur l'immigration, ça veut dire moins de main-d'œuvre en marché
21:15et donc des hausses de coûts pour les entreprises.
21:19Donc l'intérêt des patrons pour le RN, il est d'autant plus fort
21:23que ce parti se rapproche du pouvoir.
21:26Il n'est pas dit que si, d'aventure un scénario de politique fiction,
21:30le RN dévissait dans les sondages et se retrouvait promis à une défaite sûre et certaine,
21:34les patrons continueraient à entretenir des relations avec eux.
21:37– Mais là, ils y voient leur intérêt aussi.
21:39– Merci, merci beaucoup les informés.
21:41Merci François-Xavier Bourmeau, journaliste à l'Opinion.
21:43Vous avez la une de l'opinion.
21:45– Oui, on revient sur les taxes inutiles qui ne produisent pas les effets escomptés,
21:49notamment celles sur les petits colis, qui devaient rapporter 400 millions d'euros
21:53et qui en a rapporté à jour, je crois, deux ou cinq.
21:56– Deux par mois, je crois.
21:56– Voilà, deux par mois.
21:57– Effectivement, ce n'est pas tout à fait la même chose.
21:59– Je vais faire des gros colis alors.
22:00– Merci Alex Bouillaguet, éditeuriste politique à France 1.
22:04Votre interview du lundi au jeudi à 7h40 pour vous écouter.
22:08– Merci à vous. – Merci Renan.
22:08– Merci Agathe. – Les informés reviennent ce soir à 20h avec Victor Mettet.
22:12– Merci.
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