- il y a 12 minutes
Les informés du matin de franceinfo du lundi 18 mai 2026
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:03Générique
00:08Bonjour, si vous nous rejoignez et bienvenue dans les informés, votre rendez-vous de décryptage de l'actualité jusqu'à
00:149h30.
00:15Bonjour Renaud Delis.
00:15Bonjour Agathe.
00:16Au sommaire aujourd'hui, Gérald Darmanin en Algérie pour parler des Z-mafias et sort de Christophe Glaze.
00:22La stratégie du dialogue est-elle efficace ?
00:25Et puis, face au narcotrafic, l'État est-il dépassé, comme le déplore le Rassemblement National ?
00:31Ou au contraire, son action contribue-t-elle à faire reculer ce fléau ?
00:36Pour nous éclairer ce matin, nos informés, Valérie Gage, chef du service politique du RFI.
00:40Bonjour Valérie.
00:41Bonjour Agathe.
00:41Etienne Girard, directeur adjoint de l'Express.
00:43Bonjour Etienne.
00:44Bonjour Agathe, bonjour à tous.
00:45On commence donc Renaud avec cette visite très attendue.
00:48Gérald Darmanin en Algérie.
00:50Qu'est-ce qu'il faut attendre de ce dialogue qui se renoue ?
00:53Une troisième visite ministérielle en quelques mois, puisque le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, s'y était rendu il
01:00y a quelques mois.
01:01La ministre déléguée aux armées, Alice Ruffo également.
01:03Donc voilà que le garde des Sceaux sera à son tour en Algérie.
01:05Un signe de plus du réchauffement des relations entre les deux pays.
01:09Rappelons aussi qu'Emmanuel Macron a renvoyé en poste à Alger l'ambassadeur de France, l'ambassadeur de France en
01:15Algérie.
01:15Et puis que le ministre algérien de l'Intérieur est lui-même attendu en France dans quelques jours.
01:20Alors que faut-il penser de cette évolution des relations diplomatiques entre les deux pays ?
01:24Voici ce qu'on disait ce matin sur l'antenne de France Info.
01:27Amid Arabe qui est directeur du site d'information en ligne le matin d'Algérie.
01:31Il était temps que cette séquence s'ouvre enfin entre les deux pays.
01:35Elle aura trop duré.
01:36C'est pour l'intérêt de l'Algérie comme pour la France que le dialogue reprenne.
01:41Manifestement il y a une volonté des deux parties à aller de l'avant ensemble.
01:45Donc je pense qu'il y a quelque chose, il y a un déclic qui s'est produit entre les
01:49deux capitales
01:50pour enfin s'entendre, s'écouter, se parler et rétablir la confiance.
01:55Alors un déclic, une inflexion après une année 2025 au cours de laquelle il y avait eu une quasi rupture
02:01de fait des relations entre la France et l'Algérie.
02:03Reste que de nombreux dossiers sont encore sur la table.
02:06Vous le disiez, la lutte contre le narcotrafic, notamment la coopération policière,
02:10mais aussi le journaliste sportif français Christophe Glez qui est toujours détenu en Algérie.
02:15Il y a aussi la question évidemment migratoire, la question des visas et bien d'autres sujets.
02:21Alors est-ce qu'on assiste à un vrai rétablissement, une vraie normalisation des relations entre la France et l
02:26'Algérie ?
02:27Une normalisation durable et des relations solides ?
02:30Ou est-ce que cette relation qui est souvent sujette à des hauts et des bas, des crises et des
02:37rechutes parfois est encore extrêmement fragile ?
02:39Est-ce qu'on peut parler de réchauffement, Valérie Gass, entre Paris et Algérie ?
02:44On peut en tout cas parler d'une tentative pour améliorer les choses très clairement par rapport à il y
02:49a quelques mois.
02:50La situation était plus détériorée.
02:53Donc oui, on l'a vu notamment ces mots qu'avait prononcé Emmanuel Macron récemment.
02:57C'est Maboul qui veulent, je ne sais plus ce qu'il avait dit, qui veulent se fâcher avec l
03:01'Algérie.
03:01À propos des médecins étrangers, notamment algériens.
03:03Voilà, donc la moindre petite occasion de mettre sa petite pièce dans le jukebox franco-algérien d'Emmanuel Macron.
03:11Oui, il y a une tentative.
03:12Alors on l'a vu avec Laurent Nouniez qui a été, dès le mois de février, faire le déplacement là
03:17-bas.
03:17Et puis le fait que les autorités algériennes acceptent.
03:19Parce que tout ça, c'est un échange.
03:21C'est la France et c'est aussi comment c'est reçu là-bas et quelle est la volonté.
03:25Je pense qu'il y a un intérêt des deux pays à quand même reprendre des relations un peu plus
03:29normales.
03:30Le retour de l'ambassadeur français en est un signe.
03:34Et il y a beaucoup de dossiers, le renseignement, les contrôles terrorisme.
03:37Et bien sûr, le cas de notre confrère journaliste Christophe Ghez qui est sur le tout, tout, tout au haut
03:44de la pile.
03:45Donc on verra si ce début de réchauffement...
03:48Mais il faut toujours être prudent avec l'Algérie.
03:50Il peut toujours y avoir des retours en arrière, des retours de bâton très rapides là où on ne les
03:54a pas vus venir.
03:54Mais là, on est dans une séquence où chacun semble vouloir aller vers un apaisement.
04:00Etienne Gérard, troisième visite ministérielle en Algérie.
04:04On revenait de loin quand même.
04:06Il y a une évolution notable ?
04:08Oui, une évolution dans la posture, dans les rapports.
04:12Effectivement, les rapports diplomatiques sont normalisés.
04:15C'est très clair pour le réchauffement.
04:18Il faudra, à mon avis, attendre l'épreuve.
04:19C'est toujours comme ça avec l'Algérie.
04:21C'est-à-dire qu'il est plus facile d'entamer le dialogue que d'obtenir des résultats précis.
04:27On sait ce qu'on veut avec l'Algérie.
04:28Alors qu'est-ce qu'on veut, justement ?
04:29Nous, Français, on veut le retour de Christophe Glez.
04:32C'est peut-être l'élément...
04:34Le journaliste Christophe Glez.
04:35Voilà, emprisonné pour des raisons probablement politiques.
04:39En tout cas, on ne lui reproche rien de sérieux.
04:40En attendant, il est toujours aujourd'hui dans les joues algériennes.
04:44Il est accessible à la grâce puisqu'il s'est désisté de son pourvoi en cassation.
04:48Mais il est toujours en prison.
04:49On annonce dans les coulisses des ministères sa libération prochaine depuis des semaines.
04:55Il n'en est rien pour l'instant.
04:57Ce qu'on veut aussi, nous, Français, c'est des résultats d'une coopération judiciaire
05:03dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue.
05:06Il y a un certain nombre de narcotrafiquants qui sont aujourd'hui réfugiés en Algérie.
05:09Certains sont en prison en Algérie, mais d'autres, non.
05:12Ils sont toujours en liberté.
05:13Et puis, on veut une coopération qui s'améliore sur le volet de ce qu'on appelle les OQTF,
05:19c'est-à-dire les expulsions de migrants.
05:22Où là, sur les cinq dernières années, le taux d'acceptation par l'Algérie, c'est entre 7 et 10
05:29%.
05:30On voit bien qu'on est en dessous des standards internationaux.
05:34Ça, il faudra aller voir derrière les discours.
05:36Ensuite, ce qui va se passer après la venue de Gérald Darmanin,
05:40après la venue du ministre de l'Intérieur algérien à Paris,
05:43voir vraiment si, ensuite, l'Algérie coopère réellement.
05:47Il y a déjà un léger mieux sur la délivrance de laisser-passer consulaire
05:51pour qu'on puisse renvoyer les ressortissants algériens dans leur pays.
05:54Il y en a un peu plus, ça dit le ministre de l'Intérieur.
05:56Qu'est-ce qu'on peut attendre de plus, Renaud, par exemple, sur le cas de Christophe Glez ?
06:01Est-ce que cette visite de Gérald Darmanin peut être déterminante ?
06:03Alors, comme le disait Valérie Gass tout à l'heure, c'est vrai que c'est en tout cas l
06:06'ordre du jour,
06:06très clairement, il est prévu que le garde des Sceaux évoque le sort de Christophe Glez.
06:10On sait aussi que c'est un journaliste sportif qui travaille en particulier pour le magazine SoFoot.
06:15On sait que la Coupe du Monde de football approche,
06:18que l'Algérie participera à la Coupe du Monde de football.
06:20Donc, on sait aussi que Christophe Glez s'est désisté de son pourvent en cassation.
06:25Il y a quelques semaines que ses avocats se sont désistés du pourvent en cassation
06:29dans l'espoir, justement, peut-être de ne pas rallonger la procédure
06:32de façon à ce qu'il puisse éventuellement bénéficier d'une grâce du président algérien Théboun.
06:37Donc, voilà, tout ça, tous ces éléments sont sur la table.
06:40Ce qu'on comprend, en fait, avec ce réchauffement assez manifeste,
06:44cette succession de visites qu'on évoquait,
06:46le retour de l'ambassadeur de France en poste à Alger, etc.
06:50C'est que cette inflexion, elle est probablement, aujourd'hui,
06:54c'est l'intérêt commun des deux pays,
06:56alors, de la France pour tous les dossiers qu'on a évoqués.
06:58D'abord, la libération de Christophe Glez,
07:00la question, évidemment, sécuritaire, la lutte antiterroriste,
07:04la lutte contre le narcotrafic qu'on évoquera tout à l'heure, etc.
07:07Et plein d'autres dossiers.
07:07Mais c'est aussi l'intérêt de l'Algérie qui s'est isolé, aussi, ces dernières années.
07:11Notamment, alors, on sait qu'à l'origine de cette nouvelle crise,
07:13il y a eu la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental,
07:16par le président Emmanuel Macron,
07:18sauf qu'il a adopté une position qui est celle de l'écrasante majorité
07:22de la communauté internationale,
07:23et que l'Algérie, sur ce front-là, aussi, s'est isolée.
07:26Sur le plan économique, aussi, il y a des difficultés
07:28qui peuvent conduire le régime algérien à avoir besoin, justement,
07:31de renouer, aussi, avec la France.
07:35Ce qui peut perturber ce processus, c'est le contexte électoral français, aussi.
07:39C'est-à-dire qu'il y a aussi un contexte électoral français
07:41où on voit un certain nombre d'opposants, le Rassemblement national,
07:44l'ancien ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau,
07:46dénoncer une diplomatie qui serait celle, je cite,
07:49de la courbette ou de l'aplaventrisme devant l'Algérie,
07:53devant le régime algérien,
07:54parce qu'il y a des intérêts électoraux
07:56qui sont avancés par ces candidats putatifs à la présidentielle.
08:00Donc, d'un côté, il y a parfois une rente mémorielle,
08:02ce qu'on appelle une rente mémorielle,
08:03utilisée par le pouvoir algérien.
08:06Emmanuel Macron lui-même avait utilisé cette expression,
08:08il y a quelque temps, au détriment de la France.
08:10Et puis, on voit bien qu'il y a aussi, pour certains candidats à l'Élysée,
08:14une rente électorale qui est espérée,
08:16c'est-à-dire qu'adopter une posture martiale
08:18et montrer qu'on veut être extrêmement ferme,
08:20ça aussi, évidemment, avec des arrières-pensées électorales en France.
08:23Sauf que ce qui se passe en ce moment, Valérie Gass,
08:26ça ne plaide pas en faveur de Bruno Retailleau,
08:29qui était le partisan de la méthode forte avec Alger.
08:31Est-ce qu'il a obtenu quelque chose ?
08:33Oui, pas grand-chose, finalement.
08:36Mais ce que disait Renaud est vrai, il était dans une posture.
08:39Donc, il a utilisé le ministère de l'Intérieur
08:42pour manifester sa volonté d'être beaucoup plus ferme avec l'Algérie.
08:46Il n'y a pas eu vraiment de résultat.
08:48Et c'est ce qui permet maintenant ses adversaires.
08:49Et à Laurent Nouniez, qui fait de nombreuses déclarations,
08:52en effet, sur les intérêts électoraux des uns et des autres
08:54et qui envoie des petits tacles à son prédécesseur de cette manière-là,
08:58de dire, finalement, cette manière forte n'a fait que braquer les Algériens
09:02et on n'a rien obtenu.
09:04Après, ce qu'il faut quand même voir, c'est qu'Emmanuel Macron,
09:07depuis 10 ans, n'a pas toujours obtenu grand-chose des Algériens non plus.
09:10Donc, il faut rester assez mesuré et observer.
09:13Il faut rester humble.
09:14Voilà, comme on disait tout à l'heure, c'est-à-dire de voir ce que ça peut donner.
09:17En fait, là, le Monet Time a débuté pour Emmanuel Macron.
09:21C'est un dossier sur lequel il veut avancer avant de partir
09:23et peut-être avancer des résultats.
09:25Mais on verra.
09:26Et on verra surtout dans quelles conditions, on l'espère,
09:29la sortie de Christophe Glez peut avoir lieu.
09:34Dans quel délai, dans quelles conditions ?
09:35On se rappelle que pour Boilem-Senseil, il a fallu passer par l'intermédiaire des Allemands
09:38pour pouvoir obtenir sa libération.
09:40Donc, en effet, critiquer la posture,
09:43et qui est claire de Bruno Retailleau,
09:46sur cette fermeté affichée et ce rapport de force,
09:49c'est un petit peu la tendance actuelle.
09:51Voyons ce que ça donne l'autre,
09:53ce que l'autre versant, l'autre manière de faire peut donner.
09:57Et là, on n'en est pas encore au résultat.
10:00La France qui attend aussi de la coopération avec Alger
10:04en matière de lutte contre le narcotrafic
10:06parce que les enquêteurs français estiment que l'Algérie
10:10pourrait être abritée des avoirs financiers liés au trafic de drogue
10:13et aussi une dizaine de membres de la DZ Mafia,
10:17des membres qui auraient trouvé refuge.
10:20Le narcotrafic, justement, on en parle.
10:22Dans un instant, l'État est-il dépassé ?
10:25Mais pour l'instant, il est 9h17 et c'est l'enfer d'une minute
10:27avec Antoine Joffin.
10:29Plus d'une centaine d'écoles et de crèches parisiennes
10:32concernées par une enquête pour des soupçons de violences
10:36sur des enfants, indique le parquet.
10:3978 animateurs suspendus, 31 pour deux possibles violences sexuelles.
10:43Chiffre élevé, inquiétant, reconnaît le vice-procureur de Paris
10:46invité ce matin de France Inter.
10:48Patrick Bruel dénonce des rumeurs absurdes accusées de viol par Flavie Flamand.
10:53Le chanteur réagit sur Instagram à cette plainte de l'animatrice.
10:57L'acteur assure qu'ils ont eu une brève histoire au début des années 90.
11:02Augmentation des amendes pour usage de stupéfiants,
11:05création d'un délit pour les organisateurs de Free Party,
11:08pour les consommateurs de protoxyde d'azote également.
11:10Quelques mesures du projet de loi Riposte.
11:13Il arrive aujourd'hui au Sénat.
11:15Les prix de l'essence en France en hausse de 18% depuis le début de la guerre.
11:19Plusieurs dizaines de députés de droite réclament une commission d'enquête parlementaire
11:23pour identifier d'éventuels profiteurs.
11:26Le gouvernement annoncera de nouvelles mesures d'aide pour le mois de juin, jeudi.
11:30Et puis Lille jouera la Ligue des champions la saison prochaine.
11:33Le LOSC termine 3e de Ligue 1 devant Lyon,
11:35qui devra passer par des barrages.
11:37Marseille, 5e, est en Ligue Europe 1.
11:42France Info.
11:45Les informés, Renaud Delis, Agathe Lambret.
11:51Les informés avec Valérie Gage, chef du service politique de RFI,
11:55et Étienne Gérard, directeur adjoint de l'Express.
11:57Renaud, on passe à notre deuxième débat face au narcotrafic.
12:01L'État est-il dépassé, comme le dit le Rassemblement National ?
12:03La lutte contre le narcotrafic qui est au cœur, vous le disiez,
12:06du déplacement de Gérard Darmanin en termes de coopération,
12:08donc de recherche d'une coopération avec l'Algérie,
12:10et puis qui est au cœur de l'actualité de ces tout derniers jours en France,
12:13avec successivement des fusillades à Nantes et à Nice,
12:15un incendie criminel à côté de Lyon.
12:18Au total, en quelques jours, 6 victimes,
12:20liées, donc produites par des règlements de compte liés au narcotrafic.
12:24L'État est-il en train de perdre la face face à ce fléau,
12:28comme le disent un certain nombre d'opposants politiques,
12:30dont le Rassemblement National ?
12:32Ou est-ce que ces drames à répétition sont la conséquence, au contraire,
12:35de la répression policière accrue et d'un certain succès, entre guillemets,
12:39de l'action des pouvoirs publics pour lutter contre le narcotrafic ?
12:41Voici ce qu'on disait il y a quelques minutes sur ce plateau,
12:44celui qui était votre invité, Frédéric Ploquin, grand reporter,
12:46spécialiste du grand banditisme et du narcotrafic.
12:49L'État marque des points tous les jours.
12:51La police fait son boulot, il y a des réseaux qui tombent.
12:55Les suspects de la fusillade du quartier des Moulins à Nice
12:59ont été arrêtés en trois jours par la police judiciaire.
13:02Il faut quand même le dire, il ne faut pas être que dans la critique.
13:04Mais néanmoins, si on prend un peu de recul,
13:06ce qu'on constate sur le terrain, c'est que le modèle de la DZ Mafia,
13:09avec ses tueurs à gage, avec quatre patrons qui,
13:13depuis leur cellule de prison, commanditent leurs opérations
13:16et continuent à s'enrichir, est en train de s'étendre sur tout le territoire.
13:20Et ça, c'est quand même un échec.
13:22L'État et les forces de l'ordre marquent des points,
13:23mais le fléau semble une telle ampleur qu'on le voit
13:26à travers ce que disait Ferdinand Ploquin il y a quelques minutes.
13:28Ce modèle de la DZ Mafia qui sévit à Marseille
13:31et maintenant bien au-delà, sur l'ensemble du territoire,
13:34est en train de s'étendre.
13:35Au point d'ailleurs que certains responsables politiques
13:37ont déjà évoqué, notamment l'ancien ministre de l'Intérieur,
13:39Bruno Rotaillot, une mexicanisation du pays.
13:42Donc, est-ce qu'on est, face au narcotrafic,
13:45en voie de mexicanisation ?
13:47Ou est-ce qu'à l'inverse, c'est l'action de l'État,
13:51et notamment des démantèlements des points de deal,
13:52par exemple, qui produit ces réactions
13:56de la part des narcotrafiquants et ces règlements de comptes à répétition ?
14:00Ça, c'est ce que dit le ministre de l'Intérieur,
14:01Laurent Nunez, Étienne Gérard, il dit,
14:03c'est justement l'action de l'État qui provoque ces tensions aussi,
14:07et donc parfois des règlements de comptes,
14:09parce que l'État agit et fait reculer le narcotrafic.
14:12Est-ce que c'est vrai ?
14:12Ça, c'est vrai.
14:13Tous les experts le disent,
14:15quand le trafic de drogue fonctionne bien,
14:17il n'y a pas de violence.
14:18Une mafia, c'est silencieux.
14:21Donc, effectivement, les règlements de comptes
14:22peuvent annoncer qu'il y a une difficulté causée par la police,
14:26ça peut aussi être causé par une bande rivale.
14:28Là, il faut aller plonger à chaque fois dans l'intimité du dossier
14:32pour savoir ce qu'il en est.
14:33Les succès policiers, ils sont indéniables.
14:36Il y a eu un procès de la DZ Mafia il y a quelques semaines
14:38qui a abouti quand même à des condamnations importantes
14:41pour les principaux patrons présumés de cette organisation criminelle.
14:47Maintenant, là, il y a une difficulté, pas qu'en France,
14:49mais qui est réelle, parce que la consommation explose.
14:53C'est quand même ça le point de départ.
14:55En 5 ans, la consommation de drogue en France a augmenté de 50%.
15:00Et en même temps, les arrivées de conteneurs sur le territoire français,
15:04au Havre, à Marseille, il y a 1% de contrôle.
15:07Donc, on voit bien qu'il y a un marché, il n'y a pas beaucoup de contrôle.
15:10Donc, il y a une difficulté.
15:11C'est vrai que les signaux faibles sont inquiétants
15:13au niveau de l'imprégnation du trafic de drogue dans les villes moyennes,
15:16les petites villes, et au niveau de la corruption, par exemple,
15:19dans le secteur pénitentiaire.
15:20On le dit, les leaders des aides mafias continuent leur trafic depuis la prison.
15:24Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, dans toutes les prisons,
15:27il y a des téléphones, et les grands patrons des organisations de trafic de drogue
15:33continuent à avoir des téléphones.
15:35Alors, des fois, on leur prend, etc.
15:37Mais il y a une vraie difficulté à mettre l'organisation,
15:42à la fois policière et pénitentiaire,
15:43à la hauteur, en termes de moyens et de force,
15:47de ce qui est devenu le trafic de drogue en France.
15:49– Six morts en une semaine, Renaud Deli le disait,
15:53Valérie Gass, est-ce que l'État est dépassé,
15:55comme le dit le Rassemblement national ?
15:57– L'État a du mal, d'autant que ces règles,
16:01on ne sait pas, c'est généralement des règlements tombs,
16:04mais ça touche des jeunes de 14-15 ans,
16:06on ne sait pas s'ils sont impliqués,
16:07si c'est des dégâts colladéraux, si c'est de l'intimidation.
16:10On l'a vu avec l'affaire du frère Damien Kessassi,
16:12qui a été victime et qui n'était pas forcément celui qui était visé.
16:17– Mais oui, l'État a du mal à gérer ça,
16:21parce que c'est quasiment impossible de prévenir l'attaque d'un jeune
16:29sur un scooter qui va viser un autre jeune.
16:31Donc c'est aussi toute une organisation qui est très difficile à maîtriser.
16:37Maintenant, c'est vrai qu'il y a généralement des effets,
16:39qu'on retrouve les commanditaires, les acteurs,
16:44mais il y a aussi une ampleur du phénomène,
16:47et comme le disait Étienne, même quand on coupe des têtes,
16:50même quand on les met en prison, ça continue,
16:52le trafic continue de la prison,
16:54ou quand il s'échappe à l'étranger, ça continue de l'étranger.
16:57– C'est comme vider l'eau de la mer à la petite cuillère.
16:59– Voilà, c'est comme les tentacules, on en coupe une,
17:02et il y en a une autre qui ressurgit.
17:04Et c'est surtout un phénomène, le trafic de grogues,
17:07qui touche pas seulement les grandes villes,
17:09comme ça a pu être le cas,
17:10mais qui va même jusque dans les petites communes rurales,
17:13où la consommation, en effet, fait qu'il y a aussi du trafic.
17:18– Donc c'est un des gros dossiers,
17:21c'est pas pour rien qu'un Édouard Philippe
17:24veut lancer un état d'urgence contre le narcotrafic,
17:27ça va être un enjeu de campagne.
17:29– Alors ça permettrait, un état d'urgence contre le narcotrafic,
17:31concrètement, de faire entrer dans le droit commun
17:33des mesures de l'état d'urgence,
17:35comme ça a été fait pour le terrorisme,
17:37s'il permettrait de faire des perquisitions plus facilement ?
17:39– Et ce risque, en effet, de relancer des débats,
17:41notamment avec la gauche,
17:42où ce genre de proposition risque de ne pas totalement passer,
17:47atteinte à certaines libertés,
17:48qui peuvent être dénoncées aussi,
17:51mais le sujet est d'une telle ampleur
17:54que de fait, il va forcément y avoir des propositions
17:56autour de cette problématique.
17:58– Ça va être un des enjeux de la présidentielle.
17:59– Et on le voit à travers ce slogan que vous évoquiez,
18:01l'état d'urgence narco,
18:03évoqué par Édouard Philippe ou par Bruno Retailleau,
18:05notamment, ça peut être,
18:08si c'est purement un slogan de campagne,
18:10ce serait désastreux,
18:11et puis ça peut cacher le meilleur comme le pire,
18:12le meilleur parce qu'il faut être extrêmement pragmatique
18:14dans la lutte contre le narcotrafic,
18:15donc s'il faut un certain nombre de procédures accélérées
18:19pour faciliter les saisies,
18:20les confiscations d'avoirs,
18:21ou pour faciliter les perquisitions administratives,
18:24il y a sans aucun doute des mesures peut-être à prendre,
18:26justement pour faciliter ça.
18:28Après, il y a toujours le risque,
18:29lorsqu'on met en œuvre ce qu'on appelle un état d'urgence,
18:32de fait, puisque c'est le slogan revendiqué,
18:36d'abîmer un peu plus l'état de droit,
18:38c'est-à-dire de remettre en cause un certain nombre de liberté,
18:39et que finalement, dans ces mesures prises au nom du pragmatisme,
18:44il peut y avoir aussi des dérives qui peuvent être inquiétantes.
18:48Mais la question peut se poser légitimement.
18:50Si c'est compliqué aujourd'hui, si cette tâche elle semble immense,
18:52je pense que c'est d'abord parce que l'État a eu beaucoup de retard,
18:55c'est-à-dire qu'il a pris conscience de cette réalité très tardivement,
18:57c'est ce que disait d'ailleurs Amin Kessassi lui-même
18:59à la fin de la semaine dernière sur l'antenne de France Info,
19:01et puis d'autre part, parce que,
19:03et ça Frédéric Ploquin le disait il y a quelques minutes sur ce plateau,
19:06il faut réussir à faire travailler ensemble d'innombrables acteurs
19:10dans tous les secteurs de la société.
19:12C'est-à-dire que l'action des forces de l'ordre, elle est déterminante,
19:14et par exemple les fameuses actions Placnet,
19:17le démantèlement des points de deal qui ont parfois été moqués
19:20pour leur caractère médiatique, purement médiatique.
19:22Ce n'est pas purement médiatique, c'est utile, c'est indispensable,
19:25mais c'est insuffisant.
19:26En France, ils sont environ 2 700 contre 4 000 en 2020.
19:30Mais ça reste insuffisant, si vous ne mettez pas aussi autour de la table
19:33pour travailler l'ensemble des parquets judiciaires
19:36qui peuvent parfois être d'ailleurs concurrents,
19:37des acteurs de la justice, l'éducation, les associations.
19:40Si par exemple, si vous ne réussissez pas à enrayer cette logique
19:43qui fait que des gamins peuvent être recrutés
19:46pour quelques centaines d'euros,
19:49par des patrons de ces gangs,
19:52pour aller commettre un assassinat,
19:54et ça c'est une logique qui est quand même terriblement compliquée à enrayer.
19:57Il faut agir aussi en amont, faire de la prévention.
20:00Alors il y a des choses qui ont été faites,
20:01donc les opérations Placnet, baisse des points de deal,
20:03les prisons de haute sécurité.
20:05Et il y a aussi le gouvernement qui veut pénaliser davantage le consommateur,
20:09faire passer l'amende de 200 à 500 euros
20:12avec une peine complémentaire de suspension du permis.
20:14Est-ce que ça peut fonctionner ça ?
20:16En tout cas, la consommation, c'est un des enjeux majeurs, je le disais.
20:19Il y a une augmentation énorme de la consommation de drogue,
20:23surtout de cocaïne.
20:24En 5 ans, il faut bien se rendre compte qu'aujourd'hui,
20:26le marché de la drogue en France,
20:28c'est l'équivalent du marché des fleurs.
20:30Donc c'est partout, ça imprègne,
20:32ça imprègne partout la société française.
20:34Tant qu'il n'y a pas une prise de conscience à ce niveau-là,
20:37oui, on n'y arrivera probablement pas.
20:39Merci beaucoup les informés.
20:41Étienne Gérard, merci.
20:42Directeur adjoint de l'Express, vous avez la une de l'Express ?
20:44Bien sûr.
20:45Vous savez qu'en foot, on dit qu'à la fin,
20:46c'est l'Allemagne qui gagne.
20:48Eh bien, géopolitique, à la fin,
20:49c'est la Chine qui gagne notre dossier de cette semaine.
20:52En foot, on disait ça.
20:53C'est plus la majorité.
20:54Donald Trump en Chine, merci.
20:56Un grand footballeur anglais, elle a dit.
20:58Merci Valérie Gass,
20:59chef du service politique de RFI.
21:01Merci Renaud.
21:02Merci Agathe.
21:03Les informés reviennent ce soir à 20h,
21:05et nous, on se retrouve demain.
Commentaires