Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 1 jour
Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du Shift Project, livre une analyse sans filtre sur les coulisses des COP et notre dépendance systémique aux énergies fossiles.
Derrière le décor de ces grands sommets internationaux se cache une réalité mathématique et géologique implacable. Du fonctionnement des négociations onusiennes au défi titanesque de la sortie du pétrole, découvrez pourquoi les véritables transitions économiques et énergétiques se décident loin des projecteurs médiatiques mondiaux.
Un décryptage brut sur l'avenir du climat, du nucléaire et de notre modèle social.

#Jancovici #climat #COP #pétrole #nucléaire

00:00 Intro
00:34 Jean-marc jancovici
08:57 Outro

Pensez à réduire la qualité de la vidéo.

Réponses au quiz de fin :
/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
/!\

/!\

/!\
/!\
Qui participe à la partie officielle des négociations de la COP ?
➡ Les délégués des États.

Quelle est la seule COP qui a ressemblé à une vraie avancée ?
➡ Copenhague.

Combien de pays ont signé l'accord pour tripler le nucléaire ?
➡ 22 pays.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Vous y croyez, vous, au COP ?
00:01La COP, en fait, il y a une petite méprise pour les gens qui n'ont jamais vu d'un
00:04peu près ce que c'est qu'une COP.
00:05En fait, une COP, c'est une espèce de kermesse.
00:08Vous dites réunion de copro, vous-même.
00:09Oui, alors c'est intermédiaire entre une kermesse et une réunion de copropriété.
00:12En marge de la négociation, vous avez une espèce de grande kermesse.
00:15Alors, qui participe à cette kermesse ?
00:17Historiquement, des ONG.
00:19Par exemple, dans l'enceinte d'une COP, il y a tous les stands de toutes les ONG qu'on
00:22veut,
00:22qui vont de la défense des Indiens, de la défense des gens.
00:25Il y a des tas de trucs qui n'ont rien à voir avec le climat, du reste, c'est
00:27assez marrant.
00:34Un mot sur la COP, en général, ce qu'on appelle, nous, la COP des lobbyistes, la COP du pétrole,
00:40qui se termine, vous en pensez quoi ? Vous y croyez, vous, au COP ?
00:43La COP, en fait, il y a une petite méprise pour les gens qui n'ont jamais vu d'un
00:46peu près ce que c'est qu'une COP.
00:48En fait, une COP, c'est une espèce de kermesse.
00:50Vous dites réunion de copro, vous-même.
00:51Oui, alors c'est intermédiaire entre une kermesse et une réunion de copropriété.
00:54Sur la partie officielle, j'ai envie de dire, c'est-à-dire les délégués des États qui viennent,
00:59ça ressemble à une réunion de copropriétaires sans syndic et avec un système de vote qui est,
01:06on vote tout à l'unanimité, une répartition des charges qui se fait au prorata des surfaces,
01:11mais le vote qui se fait avec un appartement et une voie.
01:13Voilà. Et pas d'ordre du jour.
01:15C'est-à-dire qu'en fait, on doit se mettre d'accord à l'unanimité sur un programme de
01:17travaux
01:18où chacun dit, voilà ce que j'aimerais faire.
01:20Voilà.
01:21Ça, c'est la partie négociation.
01:23Et puis, en marge de la négociation, vous avez une espèce de grande kermesse.
01:26Alors, qui participe à cette kermesse ?
01:28Historiquement, des ONG.
01:29Par exemple, dans l'enceinte d'une COP, il y a tous les stands de toutes les ONG qu'on
01:33veut,
01:33qui vont de la défense des Indiens, de la défense des genres.
01:36Il y a des tas de trucs qui n'ont rien à voir avec le climat.
01:37Du reste, c'est assez marrant.
01:39C'est un endroit d'expression aussi pour...
01:41Oui, oui, absolument. C'est une kermesse.
01:42C'est un grand truc. Chacun a son stand.
01:44Voilà.
01:45Vous avez aussi des intérêts économiques qui sont là, qui participent à la kermesse.
01:49Donc, voilà.
01:50Moi, je me rappelle très bien, à Poznan, en 2008, il y avait Shell qui avait sorti ses scénarios énergétiques.
01:55Alors, ils avaient toute une pile de documents sur un stand,
01:58qui n'était pas dans l'ensemble de la COP, qui était juste à l'extérieur, mais peu importe.
02:01Il y a la presse, évidemment.
02:03Beaucoup.
02:04Alors, là, dans le doge fait, il y avait des milliers de journalistes.
02:06Je ne sais pas où il y en avait à Dubaï, là.
02:09Voilà. Donc, c'est une espèce de grande kermesse.
02:12Et, en fait, une personne qui est présente à l'intérieur ne peut pas comprendre,
02:15ne peut pas appréhender tout ce qui se passe à l'intérieur.
02:17Les interactions, là, cette année, il n'y avait pas loin de 100 000 personnes.
02:20On ne peut pas représenter les interactions de 100 000 personnes en un article.
02:24Donc, il y a des trucs absolument dans tous les sens.
02:26C'est utile, à la fin.
02:28Alors, c'est utile parce que ça permet de parler du sujet.
02:30C'est utile parce que ça permet de confronter là où en sont les pays.
02:34Mais ce n'est pas là que les choses se passent.
02:35Dit autrement, les choses qui se décident vraiment,
02:38elles se décident au sein des États,
02:40au sein des constructions supranationales, comme l'Europe,
02:43au sein des secteurs économiques,
02:45au sein des entreprises, au sein des collectivités locales.
02:47C'est là que les choses se passent.
02:48Et, en fait, à la COP, on enterrine ce qui se passe déjà.
02:51Ce n'est pas un endroit où on va faire des avancées.
02:53Et, en fait, paradoxalement, la seule COP
02:55où il y a eu quelque chose qui ressemble quand même un peu à une avancée,
02:57c'était Copenhague.
02:58Parce que cette année-là, il y a eu une espèce de hold-up du G20 sur les Nations Unies.
03:02C'est-à-dire que le processus onusien n'a pas du tout été respecté.
03:05Dans la nuit du jeudi au vendredi de la deuxième semaine,
03:07il y a des chefs d'État qui, voyant que ça n'avançait pas,
03:09se sont réunis dans une salle.
03:10Ils ont pris une feuille de papier et ils ont dit
03:11« Alors, sur quoi, on se met d'accord ? »
03:12Et là, ça a avancé.
03:13Il y a eu l'accord de Paris en 2015.
03:15Mais qui n'a fait qu'entériner,
03:17quand on relie l'accord de Paris,
03:18tout ce qui était dans l'accord de Copenhague et dans l'accord de Paris.
03:21Dit autrement, il n'y a rien de plus dans l'accord de Paris
03:23que la légalisation onusienne
03:25de ce qu'il y avait dans l'accord de Copenhague.
03:27Et l'adhésion d'État,
03:28qui était quand même ce qu'il y avait fait à Copenhague.
03:29Oui, mais ce que je veux dire,
03:29c'est que sur le fond,
03:31c'est le jeu de qui a été chamboulé à Copenhague.
03:35Et s'il n'y avait pas eu Copenhague,
03:36il n'y aurait pas eu Paris.
03:37C'est ça qui est intéressant à savoir.
03:39Et est-ce qu'on reviendra au nucléaire après
03:41et aux autres énergies,
03:42mais est-ce que sortir du pétrole,
03:45en sortir un peu,
03:46en sortir rapidement,
03:47en sortir progressivement,
03:48en sortir à terme,
03:50est-ce que ça peut sortir des COP ?
03:53C'est-à-dire, est-ce que...
03:54Non, ça ne sortira pas des COP,
03:55parce que le pétrole a fait le XXe siècle.
03:57En fait, le pétrole, c'est le XXe siècle.
03:59Je suis habillé avec du pétrole.
04:00Ça, c'est du pétrole.
04:01Je parle dans du pétrole.
04:03Je suis venu ici avec du pétrole.
04:04Je suis venu à vélo,
04:04mais les pnées du vélo, c'est le pétrole.
04:06J'ai roulé sur du bitume,
04:07qui était du pétrole.
04:09Ce que je vais manger ce soir
04:10sera partiellement issu de la mondialisation,
04:12parce que fertiliser avec des engrais faits au gaz...
04:14Enfin, le pétrole est absolument partout
04:16dans nos vies aujourd'hui.
04:17On ne se rend pas compte.
04:18Donc, en fait, sortir du pétrole,
04:20je ne vais pas dire que c'est retourner au XIXe siècle,
04:21mais il y a quelque chose de ça.
04:23Je dis bien, ça n'est pas.
04:25Mais il faut bien comprendre, encore une fois,
04:27le pétrole, c'est le XXe siècle.
04:29Donc, le pétrole, c'est le temps libre.
04:31Le temps travaillé a été divisé par deux
04:32en France, entre 1900 et 2000.
04:34Le pétrole, c'est l'urbanisation.
04:36Le pétrole, c'est la tertiarisation.
04:38Tout ça, c'est les énergies fossiles.
04:39C'est les retraites, c'est les études longues.
04:41La productivité du travail,
04:42qui a été permise par les machines,
04:43a permis toutes ces avancées sociales.
04:45Donc, dire, je vais garder tout ça,
04:47je vais garder les retraites bien payées,
04:49les études longues, la tertiarisation, etc.,
04:51et je vais me débarrasser de ce qui a physiquement,
04:54historiquement permis ça,
04:55c'est un défi absolument titanesque.
04:58Donc, ce n'est pas dans les COP...
04:58Face auquel nous sommes là.
04:59Absolument.
05:00Donc, ce n'est pas dans les COP que ça va se décider.
05:02Dans les COP, ça va éventuellement s'entériner.
05:04Et encore une fois, comme je le dis,
05:05la COP, c'est la cour de récré,
05:07c'est la kermesse dans laquelle les gens se confrontent,
05:09se comparent, voir où en sont les copains, etc.
05:12Et c'est un endroit où il y a beaucoup de journalistes pour en parler.
05:15Et incidemment, je pense qu'on aurait dû les faire l'été dans l'hémisphère nord,
05:18puisque comme les gros émetteurs sont dans l'hémisphère nord
05:21et que l'hiver, il fait froid,
05:22moi, je suis sûr que si on avait mis ça en plein cagnard l'été,
05:25ça aurait avancé un peu plus vite.
05:27La COP, il y a eu, pour en venir au fond du sujet de notre émission,
05:31qui est le nucléaire, justement,
05:32sur cette possibilité de sortir du pétrole et comment.
05:36Il y a eu une annonce surprise à cette COP,
05:38en tout cas qui avait été un peu annoncée avant,
05:39mais parmi pas mal d'annonces,
05:41il y a eu une annonce multipliée par trois
05:43les capacités nucléaires dans le monde d'ici 2050,
05:4622 pays, dont les Etats-Unis,
05:49qui sont émetteurs massifs, évidemment, d'énergie fossile,
05:54la France, les Émirats Arabes Unis,
05:56donc les organisateurs de la COP,
05:57et puis plein d'autres pays, notamment européens,
06:00a triplé les capacités de l'énergie nucléaire dans le monde
06:03d'ici à 2050 par rapport à 2020,
06:06c'est-à-dire qu'on est aujourd'hui à 9% à peu près
06:08de la production mondiale d'électricité par le nucléaire en 2022,
06:12et ce serait donc de tripler cette capacité-là.
06:15L'objectif, c'est bien sûr de réduire les énergies fossiles.
06:17L'annonce, elle a été faite par John Kerry,
06:18puis il y a aussi le Japon, la Corée du Sud, le Royaume-Uni,
06:21voilà, et Emmanuel Macron, évidemment, l'a défendu.
06:24Tripler les capacités nucléaires d'ici 2050,
06:28en quoi ça peut aider à lutter contre la crise climatique ?
06:32Alors, ça dépend si on fait ça en plus du reste ou à la place du reste.
06:36Historiquement, en fait, ni le nucléaire,
06:38ni les nouvelles énergies renouvelables, éoliens et solaires,
06:41n'ont remplacé les fossiles.
06:43C'est-à-dire les deux se sont rajoutés
06:44à des consommations fossiles croissantes.
06:46Il y a eu des pays où, localement, ça a remplacé,
06:50par exemple en France, la génération électrique
06:52avant les chocs pétroliers était faite pour partie avec du pétrole
06:55et le programme nucléaire a remplacé une partie de cette génération électrique.
06:59Donc, en France, il y a vraiment eu une substitution.
07:01Mais si je regarde macroscopiquement à l'échelle mondiale,
07:03ce n'est pas le cas.
07:04C'est-à-dire que le nucléaire s'est développé...
07:06Toutes les énergies se sont développées les unes sur les autres.
07:08En fait, c'est ça qui est paradoxal.
07:09L'hydroélectricité s'est aussi développée
07:11en plus du gaz, du pétrole et du charbon qui augmentaient.
07:13Enfin, tout.
07:15C'est ce qui est un peu perturbant.
07:16Et alors, donc, la question maintenant, c'est
07:18si on dit qu'on va tripler l'énergie nucléaire,
07:21est-ce qu'en tant que tel, c'est une garantie
07:23qu'on va faire moins de fossiles ?
07:24La réponse est non.
07:25Donc, en fait, la vraie déclaration aurait dû être
07:27on va tripler et virgule.
07:29On s'engage derrière à virer tant de charbon, tant de gaz,
07:32parce que le pétrole, il n'y en a plus dans la production électrique.
07:34Voilà.
07:35Ça, ça aurait été un argument, j'ai envie de dire,
07:38inattaquable climatiquement.
07:39Le simple fait de dire on va tripler,
07:41on peut espérer que ça va remplacer pour partie
07:43du charbon et du gaz,
07:45mais on ne peut que l'espérer.
07:46C'est... Voilà.
07:47Après, si on regarde d'un peu plus près,
07:50vraisemblablement que sur le gaz,
07:52la production, pour des raisons géologiques,
07:54devrait passer par un maximum avant 2050.
07:57Pour le moment, les dates qui circulent
07:58dans les milieux que je fréquente un peu,
08:00c'est 2030, plus ou moins dix ans, on va dire.
08:03Ce qui veut dire que...
08:06Mais ce n'est pas par volonté climatique.
08:08C'est juste parce qu'il faut des dizaines de millions d'années
08:11pour faire du gaz,
08:11donc une fois qu'il n'y en a plus dans le sous-sol,
08:13il n'y en a plus dans le sous-sol.
08:15Mais c'est... Voilà.
08:17Pour que l'engagement ait vraiment force,
08:19j'ai envie de dire, climatique,
08:20il aurait fallu le compléter.
08:21Après, on remarque que ça ne fait également
08:23qu'enteriner des orientations qui existent déjà.
08:26La France a déjà pris la décision
08:28d'augmenter ses capacités du CAIR.
08:30Jad va vous interromper.
08:31Les Pays-Bas, qui font partie des signataires,
08:33ont déjà pris la décision.
08:34La Grande-Bretagne a déjà pris la décision.
08:36La Chine a déjà pris la décision.
08:38Et les Émirats arabes unis ont déjà pris la décision aussi,
08:40puisqu'ils ont déjà une centrale nucléaire.
08:41Donc, en fait, il y a quelques pays
08:44qui n'ont pas de réacteurs sur leur sol,
08:46qui font également partie des signataires.
08:48Mais globalement, l'essentiel des signataires,
08:51enfin, ou des gens qui ont pris cet engagement,
08:54comme pour le climat,
08:55ils enterrinent quelque part quelque chose qui existe déjà.
Commentaires

Recommandations