00:00Je vais prendre le réseau électrique par exemple, quand il y a beaucoup d'éoliennes et de panneaux solaires dedans,
00:03on a besoin d'électronique de puissance.
00:05L'électronique de puissance demande un certain nombre de matières premières qu'il n'y a pas en France,
00:09demande des circuits, des fondeurs de puces qu'il n'y a pas en France,
00:13et du reste qui sont des industries extrêmement capitalistiques et extrêmement concentrées.
00:17Donc ça va avec des chaînes logistiques internationales.
00:19Les chaînes logistiques internationales, aujourd'hui c'est du pétrole.
00:22Il y a à peu près 20 000 bateaux de fortonnage de la marine marchande,
00:25il y a 8 000 pétroliers, dans un monde sans pétrole on n'en a plus besoin, mais il en
00:28reste quand même 12 000.
00:30On ne va pas les passer à la voile et on ne va pas tous les nucléariser en 30 ans,
00:32ou même en 50.
00:40Pouyanné comme moustache précédemment, quand on les écoute et qu'on travaille dans l'énergie,
00:45qui nous dit qu'on perd tous les ans 6% de capacité de production de pétrole ?
00:50Vous comme moi, toi comme moi, on sait ce que ça veut dire.
00:53Alors les gisements en exploitation, mais l'AIE l'a rappelé également dans un rapport qui est sorti il n
00:59'y a pas très longtemps,
01:00alors l'Agence internationale de l'énergie, c'est des grands coquins en ce qui concerne le pétrole.
01:05Sur certains trucs, ils font des rapports pourris, ils conseillent à Macron qu'on peut sortir totalement du nucléaire.
01:09Ils font du chaud et du froid. Alors non, je parle du pétrole déjà.
01:12Sur le pétrole, il faut savoir que l'AIE, très souvent, ils font des scénarios de demande et pas des
01:17scénarios de production.
01:19Sauf qu'à partir du moment où il y a une demande qui est satisfaite, c'est fatalement qu'il
01:22y a la production en face.
01:23Et donc tout le monde pense que c'est des prévisions sur la production du pétrole.
01:28Mais c'est des scénarios de demande. Donc en fait, ils peuvent toujours dire derrière, ça ne s'est pas
01:30passé comme prévu,
01:31mais en fait, c'est parce que la demande a changé et ce n'est pas une affaire de production.
01:35Et comme il y a très peu de stock en surface sur le pétrole, on a trois mois de stock
01:38en gros en surface,
01:40la production et la consommation, c'est la même chose.
01:42En gros.
01:43Voilà. Donc effectivement, si la consommation baisse, il y a des gens qui peuvent dire...
01:47Ça n'a rien à voir avec le fait que la production est limitée, c'est parce qu'il y
01:49a un pic de la consommation.
01:52Les deux arriveront en même temps.
01:55Et alors de temps en temps, ils sortent quand même un rapport sur la production.
01:58Alors en 2018, dans le World Energy Outlook, c'est là qu'ils avaient dit, le conventionnel est passé par
02:03un maximum en 2008.
02:05Ils l'avaient dit à ce moment-là.
02:06Et dans le rapport qui vient de sortir il y a quoi, six mois, huit mois, enfin dans ces eaux
02:10-là,
02:11sur le déclin des gisements en exploitation, qui est effectivement un déclin extrêmement marqué,
02:17ils ont réitéré le fait qu'effectivement le conventionnel était passé par un pic en 2008,
02:21le pétrole conventionnel.
02:23Et ils ont également tiré la sonnette d'alarme en disant
02:28le taux de déclin des gisements en exploitation est extrêmement rapide.
02:32Et donc, en gros, artoum, quoi.
02:35Artoum, ça veut dire quoi ?
02:37Ça veut dire méfiez-vous du pétrole, il n'y en aura peut-être pas pour tout le monde.
02:39Attention, c'est ça ?
02:40Oui, absolument.
02:40Le underbar.
02:42Absolument.
02:43Au Shift Project, on a fait une analyse, il y a maintenant quelques années,
02:47sur les perspectives de production du pétrole
02:53chez les 16 premiers fournisseurs mondiaux,
02:56enfin les 16 premiers producteurs mondiaux hors Brésil et Canada,
02:58parce que c'est les 16 premiers fournisseurs de l'Europe.
03:01Donc on a pris ces 16 pays-là,
03:03et on a regardé,
03:05en se procurant, pardon, une base de données
03:08fournies par Reichstag Energy sur l'ensemble des gisements pétroliers
03:12de ces 16 pays,
03:13comment allaient évoluer leur production sous seule contrainte géologique
03:16d'ici à 2050 ?
03:18Donc, sous seule contrainte géologique, ça veut dire
03:20qu'il n'y a pas de politique climat,
03:21il n'y a pas d'obstacle économique en surface
03:24à ce qu'on extrait, ce qu'on peut extraire des gisements, etc.
03:27Pas de terrorisme, pas de machin.
03:29Pas de terrorisme, pas de machin,
03:30on ne fait pas péter les infrastructures,
03:31le prix du baril est au bon niveau, bref.
03:34Et la conclusion de cette analyse,
03:38c'est qu'en gros, leur production sera divisée par deux.
03:41Et il y a une note qui est transitoirement,
03:43qui est fugacement passée sur le site de Reichstag Energy
03:47il y a à peu près un an,
03:49puis qui a été retirée une semaine après que je l'ai repérée,
03:52je ne sais pas pourquoi.
03:53Une capture d'écran ?
03:54Non, je n'ai pas fait de capture d'écran,
03:55mais Internet fait ça pour toi,
03:57donc je peux retrouver la page.
03:58Pas tout le temps.
04:00Dans le date de 2024, cette note,
04:02dans laquelle il disait que, en gros,
04:04pour la production mondiale,
04:05ça allait être à peu près la même chose.
04:07C'est-à-dire qu'en gros,
04:09à quelque chose près,
04:10d'ici à 2050,
04:12la production mondiale de pétrole
04:14devra être en gros divisée par deux.
04:16Bon, il restera 55-60% de la production actuelle,
04:1950% dans ces autres.
04:20Avec le Groenland, l'Arctique, l'Antarctique.
04:23L'Arctique, il n'y a probablement pas de pétrole,
04:24parce qu'on peut avoir de pétrole
04:25que dans les bassins sédimentaires,
04:27et sauf erreur de ma part,
04:28l'Arctique, ce n'est pas sédimentaire.
04:31Le Groenland, il n'y a probablement pas grand-chose
04:34dans le Groenland.
04:36À nouveau, il faut des bassins sédimentaires.
04:38Ça ne peut pas être ni métamorphique,
04:40ni volcanique, sinon ça ne marche pas.
04:43Et donc, si les pays producteurs
04:47voient leur production divisée par deux,
04:49ça veut dire que leurs exportations
04:51vont être divisées par n'importe quoi
04:53entre deux et plus l'infini.
04:55Enfin, je veux dire, il n'y aura plus d'exportation.
04:56Or, l'Europe importe 97% de son pétrole.
05:00Donc, ça veut dire que les importations de pétrole
05:03d'ici à 2050
05:04pourraient être divisées par n'importe quoi
05:06entre deux et dix, vingt, quarante,
05:09je ne sais pas.
05:10Si j'étais von der Leyen,
05:12je prendrais comme scénario central
05:14que ça va être divisé par cinq à dix.
05:16Avant ou après la prison ?
05:19Que ça va être divisé par cinq à dix.
05:23Et que ça nous plaise ou que ça ne nous plaise pas.
05:25C'est-à-dire politique climat ou pas politique climat,
05:27contrainte sur les constructeurs ou pas contrainte sur les constructeurs,
05:29c'est probablement comme ça que les choses vont se passer.
05:33Et à ce moment, on comprend que la décarbonation,
05:35ce n'est pas juste quelque chose qu'on fait
05:36pour faire plaisir aux écolos.
05:38Ça a aussi cette vertu.
05:40Faire plaisir aux écolos ?
05:42Enfin, faire plaisir aux écolos.
05:44Alors, quand je dis faire plaisir aux écolos,
05:46c'est un peu une provocation
05:48parce que moi-même, je suis écolo
05:49et je pense que la sauvegarde de l'environnement,
05:51c'est essentiel parce que c'est notre actif.
05:53Je veux dire, c'est la planète sur laquelle on habite
05:56et sans environnement, il n'y a plus d'économie.
05:58C'est bien dans ce sens-là que ça se passe.
06:02Mais il faut comprendre que c'est aussi
06:06une politique de sauvegarde.
06:07Aujourd'hui, de sortir du pétrole le plus vite possible.
06:11Donc, électrifier la mobilité,
06:13électrifier le chauffage,
06:14électrifier l'industrie,
06:15développer les sources de production électrique bas carbone
06:17et développer les économies d'énergie partout où on peut.
06:20Je peux briser tes rêves, deux minutes ?
06:22Mes rêves sont presque finis.
06:23Vas-y.
06:24C'est quelque chose qui est le seul moyen
06:26de piloter encore à peu près le bateau.
06:30Sinon, le bateau va se fracasser
06:33sans nous demander notre avis
06:34et on finira par se récupérer à un moment ou à un autre
06:37des choses très désagréables en termes politiques
06:39et en termes sociaux.
06:40Est-ce qu'il nous reste assez de pétrole
06:42pour construire une société sans pétrole ?
06:45Alors, en rester assez, je ne sais pas.
06:48La bonne question, c'est une fois qu'il n'y a plus de pétrole du tout,
06:50à quoi ressemble la société sans pétrole ?
06:52Parce qu'en fait, il y a beaucoup de moyens aujourd'hui
06:53de se passer de pétrole
06:54qui sont eux-mêmes dépendants du pétrole.
06:57Je vais rester dans le domaine de l'énergie.
06:59Aujourd'hui, pour faire un panneau solaire,
07:01une éolienne ou une centrale nucléaire,
07:03on a besoin du pétrole.
07:05On a besoin du pétrole
07:06parce qu'on a besoin de bases industrielles.
07:07Si, par exemple, on avait des aciéristes
07:10que pour fabriquer des mâts d'éolienne
07:12et des couvercles de cuve de réacteurs nucléaires,
07:16le prix serait juste hallucinant de ces trucs-là.
07:18Et le prix n'est pas cher
07:20parce que les mêmes aciéristes,
07:22dans le même temps,
07:22ils fabriquent des couteaux, des fourchettes,
07:24des voitures et des armatures de bâtiments.
07:29Et donc, si on avait juste un peu d'acier décarboné
07:32fait à l'hydrogène
07:33pour faire juste les couvercles de cuve
07:35et les mâts d'éolienne,
07:36ça ne serait pas le même prix
07:37et je ne sais pas quelle quantité on pourrait en faire.
07:40Aujourd'hui, pour construire ces engins-là,
07:43on a besoin des chaînes logistiques mondiales
07:45parce que les ressources...
07:47Je vais prendre le réseau électrique, par exemple.
07:49Quand il y a beaucoup d'éoliennes
07:49et de panneaux solaires dedans,
07:50on a besoin d'électronique de puissance.
07:52L'électronique de puissance
07:53demande un certain nombre de matières premières
07:55qu'il n'y a pas en France,
07:57demande des circuits,
07:58des fondeurs de puces
07:59qu'il n'y a pas en France
08:00et du reste,
08:01qui sont des industries extrêmement capitalistiques
08:03et extrêmement concentrées.
08:04Donc, ça va avec des chaînes logistiques internationales.
08:06Les chaînes logistiques internationales,
08:08aujourd'hui, c'est du pétrole.
08:10Il y a à peu près 20 000 bateaux
08:11de fortonnage de la marine marchande.
08:13Il y a 8 000 pétroliers.
08:14Dans un monde sans pétrole,
08:14on n'en a plus besoin,
08:15mais il en reste quand même 12 000.
08:17On ne va pas les passer à la voile
08:18et on ne va pas tous les nucléariser
08:19en 30 ans ou même en 50.
08:22Donc, ce qui restera
08:24des chaînes logistiques mondiales
08:25dans un monde sans pétrole,
08:26je ne sais pas.
08:26Je ne suis pas capable de le dire.
08:29Sans pétrole et sans charbon,
08:30parce qu'on peut refaire des bateaux à vapeur.
08:33Et donc,
08:35combien est-ce qu'on est capable
08:36de faire d'éoliennes et de panneaux solaires
08:38dans un monde dans lequel
08:39on n'a plus du tout de pétrole ?
08:40Je n'ai pas la réponse
08:41et personne n'a la réponse.
08:42Il n'y a pas un économiste sérieux
08:43qui peut me dire
08:44combien on en produit
08:44et à quel prix.
08:45Pareil pour les réacteurs nucléaires.
08:47On ne sait pas.
08:47Pareil pour les data centers ?
08:49Évidemment, pareil pour les data centers.
08:51Pareil pour l'électronique de puissance.
08:53Donc, en fait,
08:53c'est très difficile.
08:55Donc, la réponse à la question
08:56qui est,
08:57tant qu'on a du pétrole,
08:58bâtir le monde sans pétrole,
08:59ça, on sait faire.
09:01Maintenir le monde sans pétrole,
09:02sans pétrole,
09:03je ne sais pas.
09:05Ou plus exactement,
09:06je ne sais pas
09:07ce qu'on sera capable de faire.
09:08Et je crois que personne ne le sait.
09:10Est-ce que ça,
09:11ça veut dire qu'il ne faut pas essayer
09:12d'aller vers un monde
09:13dans lequel on a de moins en moins
09:14besoin du pétrole ?
09:15Parce que c'est une affaire de quantité,
09:16cette histoire.
09:17En France, aujourd'hui,
09:18on doit être à 75 millions de barils le jour,
09:20un truc comme ça,
09:20de...
09:22Pas 75.
09:2475 millions de tonnes par an, pardon.
09:27Ce qui équivaut à peu près
09:28au prix du taux d'intérêt
09:31de notre dette.
09:33Alors ça,
09:33je n'ai pas fait les calculs.
09:34C'est vrai,
09:35c'est très rigolo.
09:35Mais si on arrivait à descendre
09:37déjà ce 70 à 30,
09:41ben,
09:42prenons-le.
09:43D'accord ?
09:44Donc,
09:46je sais,
09:47encore une fois,
09:47une fois qu'il n'y en a plus
09:48du tout,
09:49du tout,
09:49du tout,
09:50du tout,
09:50je ne sais pas.
09:51Par contre,
09:52ce que je sais,
09:53c'est qu'il y a un certain nombre
09:54de choses qui font sens
09:56pour aller dans le sens du moins
09:57et que ces trucs-là,
09:59on a moyen de s'y retrouver.
10:02Voilà.
10:32Sous-titrage MFP.
10:35...
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