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Dans cet extrait du Greenletter Club, le réalisateur et journaliste d'investigation Ulysse Thevenon dévoile la face cachée de l'agriculture française.
Derrière les millions d'euros de dettes et des revenus souvent inférieurs au SMIC, il décrypte un problème structurel profond où les subventions européennes de la PAC finissent par asphyxier les éleveurs.
De la filière porcine aux pressions de la FNSEA, découvrez la réalité socioéconomique violente que subissent ceux qui nous nourrissent, loin des discours officiels des syndicats et des bénéfices records des constructeurs de machines agricoles.
#Thevenon #Agriculture #Elevage #éclogie #Crise

00:00 Intro
00:34 Ulysse Thevenon
08:57 Outro

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Quel est le montant de l'endettement moyen des éleveurs ?
➡ 250 000 euros.

De quel pourcentage le revenu des fermes a-t-il chuté en 35 ans ?
➡ Diminué de 10 %.

Qui est l'ancienne présidente de la FNSEA citée dans l'enquête ?
➡ Christiane Lambert.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Tout le monde est endetté et personne, c'est très frappant dans ce que tu dis, il n'y a
00:06aucun éleveur qui vit bien, même les meilleurs de la classe.
00:11Attention, on ne va pas se faire des copains.
00:14Endettement moyen et de 250 000 euros, c'est très variable selon les filières.
00:17La plus haute, c'est la filière porcine avec environ 1,5 million d'euros.
00:21J'ai rencontré un éleveur de porc qui est une des plus grosses fermes du pays.
00:24Il a 5 millions d'emprunts.
00:27Sur les revenus, c'est extrêmement variable.
00:30J'ai rencontré des éleveurs qui n'ont rien, qui ont 300 euros, 500, 1000, 1200.
00:34Quand ils sont là, ils se disent « je ne me plains pas ».
00:36C'est en dessous du seuil de pauvreté, je le rappelle.
00:38Mais certains gagnent 2500 euros, ce qui est franchement beaucoup par rapport à un bon nombre de personnes.
00:45Mais il faut être honnête, juste de façon factuelle, tu rapportes ça au taux horaire qui est de 80 à
00:5290 heures, ça reste en dessous du SMIC.
01:00La question de l'endettement et la question des revenus qui sont liés, c'est structurel en fait.
01:07Tous les élevages, alors ça diffère d'un élevage de volaille à un élevage de porc, à un élevage bovin,
01:13ce n'est pas les mêmes montants, etc.
01:17Mais en fait, tout le monde est endetté et personne, c'est très frappant dans ce que tu dis, il
01:24n'y a aucun éleveur qui vit bien, même les meilleurs de la classe.
01:29Attention, on ne va pas se faire des copains.
01:32Non, non, mais est-ce que tu peux nous faire un panorama justement du revenu et de l'endettement des
01:36élevages ?
01:36Tout à fait, endettement moyen et de 250 000 euros, c'est très variable selon les filières.
01:41La plus haute, c'est la filière porcine avec environ 1,5 million d'euros.
01:45J'ai rencontré un éleveur de porc qui est une des plus grosses fermes du pays, il a 5 millions
01:49d'emprunts, ok ?
01:50Voilà.
01:51Sur les revenus, c'est extrêmement variable.
01:53J'ai rencontré des éleveurs qui n'ont rien, qui ont 300 euros, 500, 1000, 1200.
01:57Quand ils sont là, ils se disent, je ne me plains pas.
01:59C'est en dessous du seuil de pauvreté, je le rappelle.
02:02Mais certains gagnent 2500 euros.
02:04J'ai un chapitre qui s'appelle, allons voir des agriculteurs qui vont bien.
02:08Parce que la chambre d'agriculture me disait, attention, ne dites pas que tout le monde est pauvre dans l
02:12'agriculture, on ne va pas être content.
02:14J'aurais dit, emmenez-moi voir un agriculteur qui gagne bien sa vie.
02:18Je me retrouve dans une ferme laitière du nord de la France, une grosse exploitation.
02:23En gros, tu prends les moyennes nationales, tu multiplies tout par 5.
02:27Et effectivement, ce monsieur Francis et sa famille se dégagent tous 2500 euros par mois.
02:33Ce qui est franchement beaucoup par rapport à un bon nombre de personnes.
02:37Mais il faut être honnête juste de façon factuelle.
02:41Tu rapportes ça au taux horaire qui est de 80 à 90 heures.
02:45Ça reste en dessous du SMIC.
02:47Donc après, tu es entrepreneur, moi aussi je suis entrepreneur, on sait que parfois on compte pas ses heures et
02:52qu'on n'est pas regardant sur son revenu.
02:53Mais là, on parle quand même des gens qui sont censés nourrir la population.
02:58Et le manque de rentabilité en élevage est un vrai problème.
03:03Et les personnes qui arrivent à se dégager un gros salaire, derrière, ils ont des millions et des millions d
03:08'emprunts.
03:08Et ce Francis, là, dont je te parle, il ne savait même pas me dire combien il avait.
03:13Je ne sais pas, il me dit, je crois qu'on est à 4 ou 5 millions, je ne sais
03:15plus.
03:16Mais il y avait aussi, de mémoire, le père qui travaillait gratuitement.
03:19Oui, oui, alors ça, je suis content que tu en parles.
03:22L'agriculture française repose sur de la main d'oeuvre gratuite.
03:26Il faut bien en être conscient.
03:28Et certains disent, oui, mais c'est sympa, c'est la passion.
03:30Oui, mais socio-économiquement, ça veut dire quelque chose.
03:33Les parents retraités, quasiment tout le temps, continuent un peu de travailler à la ferme.
03:41Et beaucoup de fermes, beaucoup d'agriculteurs tiennent le coup parce que leur conjointe,
03:46qui est bien souvent aide-soignante, institutrice, infirmière, ramène un salaire pour deux.
03:52Et ça, c'est réel.
03:54Et ce n'est pas étudié.
03:55Il n'y a pas d'études socio-économiques là-dessus.
03:57Mais je suis très curieux de savoir combien de fermes en France tiennent avec ce modèle.
04:02Voilà, de toute façon, on peut faire le tour des questions.
04:04Il y aura toujours un problème, c'est le prix et le revenu.
04:06Et donc, sur les endettements, on a parlé de l'alimentation qui coûte souvent très cher,
04:12les bâtiments qui coûtent très cher, la mécanisation, les pesticides, les intrants,
04:16c'est ça qui coûte cher, c'est pour ça qu'ils s'endettent ?
04:19Oui, oui, tout à fait, les intrants coûtent extrêmement cher.
04:23Ce que je peux dire là-dessus, c'est quelque chose qui m'a beaucoup marqué.
04:27Je me suis intéressé à la PAC, aux subventions.
04:29On dit, attends, les agriculteurs, ils reçoivent énormément de subventions.
04:32Pourquoi ils se plaignent ?
04:33Bon, il y a une étude que je détaille qui explique qu'en 45 ans,
04:39les subventions...
04:41Je crois que c'est 35 ans, excuse-moi.
04:42Les subventions attribuées aux exploitations ont été multipliées par 11
04:47et le revenu des exploitations a diminué de 10%.
04:50Qu'est-ce que ça veut dire ?
04:52Ça veut dire que dès lors qu'on attribue de l'argent aux agriculteurs,
04:55elle est aspirée de part et d'autre.
04:57Parce que les gens qui vous vendent l'aliment, les bâtiments, les tracteurs et compagnie,
05:01ils vont augmenter leur prix.
05:04Et les gens qui vous achètent vos oeufs, votre viande, votre lait,
05:07ils vont vous les prendre moins cher.
05:09Sous prétexte que, justement, les subventions équilibrent un petit peu.
05:14Et c'est pour ça qu'on se retrouve dans cette situation.
05:17Et effectivement, tout ce qu'on appelle les intrants,
05:20tout ce qui coûte aux exploitants, les pesticides, les tracteurs, etc.,
05:23ils savent très bien tout ça.
05:24Et j'ai un chapitre sur la mécanisation agricole
05:27qui montre comment, voilà, il y a des organismes créés,
05:31ils savent très bien comment la fiscalité marche en France,
05:33ils savent très bien que les agriculteurs,
05:35quand ils font du bénéfice,
05:36ils ont plus intérêt à acheter un nouveau tracteur
05:38qu'à le déclarer et payer des cotisations sociales.
05:40Ils savent très bien tout ça.
05:41Mais ça entre dans une spirale d'endettement qui est sans fin, en fait.
05:45Parce que, par exemple, les robots de traite, les tracteurs,
05:49les tracteurs, ça peut être des centaines de milliers d'euros.
05:51Oui, c'est extrêmement cher et ça a monté énormément depuis la guerre en Ukraine.
05:57Ça, je le documente aussi parce que le cours des matières premières,
06:00il faut bien le dire, avait augmenté, sauf qu'il a redescendu depuis.
06:03Les prix, ils n'ont pas descendu, tu vois.
06:05Donc, ils en ont profité.
06:06Au moment, au début 2024, où la France entière était jonchée
06:10de tracteurs, d'agriculteurs qui avaient bloqué tout le pays,
06:12c'était du jamais vu.
06:13Eh bien, le constructeur classe fêtait des bénéfices records
06:19dans l'histoire de son entreprise, tu vois.
06:21Donc, c'est très parlant.
06:22Ce qui est intéressant quand même, et ça t'en parle d'ailleurs,
06:25c'est assez amusant dans le livre, mais tu dis,
06:27les gens qui devraient censément être des modèles,
06:30eux aussi ont des exploitations bien souvent déficitaires.
06:34Donc, tu parles de Christiane Lambert, notamment,
06:37l'ancienne présidente de la FNSEA, mais il y en a d'autres.
06:41Il y en a d'autres, oui.
06:43Est-ce que tu peux nous parler de ça ?
06:45À quel point, justement, eux aussi, qui sont des gens
06:48qui, censément, doivent défendre la filière, la représentent,
06:52ont aussi des exploitations qui sont à perte ?
06:54Oui, tout à fait.
06:56Il y a des figures de l'agriculture en France.
07:00Donc, ça peut être des présidents de syndicats,
07:02des députés qui sont des figures agricoles,
07:06en tout cas, qui jouent de leur image,
07:09de leur profession, de leur origine rurale et d'agriculteurs
07:13dans leur identité, dans leur communication,
07:15qui ont des fermes en faillite.
07:17En fait, ils ont des fermes en faillite,
07:20des résultats négatifs de cinq à six chiffres,
07:23parfois sur des années consécutives.
07:25Et comment ils font ? Comment ils vivent ?
07:27Ils ne vivent pas de l'agriculture,
07:28comme bon nombre d'agriculteurs,
07:29mais ils ont la chance d'avoir des indemnités
07:32en étant président de coopérative,
07:34président de syndicats agricoles,
07:36ou en étant effectivement député,
07:38député européen, sénateur.
07:40Et il y a plein d'exemples que je donne,
07:43page 268 notamment,
07:45où il y en a certains qui touchent
07:47près de 100 000 euros d'indemnités,
07:49alors que leur exploitation est à peine bénéficiaire.
07:54Un autre qui touche,
07:55et je les cite dans mon livre,
07:5770 000 euros de différents mandats,
07:59de chambres d'agriculture,
08:01Groupama, qui est l'assurance aussi du milieu agricole,
08:06divers mandats politiques,
08:07mais qui déclarent zéro euro de revenu agricole
08:10sur leur ferme laitière.
08:12On reviendra sur ça,
08:14sur les cadres de l'agriculture,
08:16parce que c'est quand même un sujet important.
08:18Mais simplement,
08:18je reprends les chiffres que toi,
08:20tu donnes sur l'exploitation de Christiane Lambert.
08:22Dans ton livre,
08:24tu dis qu'en 2018,
08:25c'est une exploitation de 235 truies,
08:30si je ne dis pas de bêtises,
08:32moins 18 000 euros en 2018,
08:35moins 107 000 euros en 2019,
08:3821 000 euros de bénéfices en 2020,
08:40avec un apport personnel de 45 000 euros,
08:42tu précises,
08:44moins 31 000 euros en 2021.
08:46Ce dont on se rend compte,
08:48Christiane Lambert,
08:49qui est présidente,
08:50je ne sais pas si ça concorde
08:52avec les dates de son mandat à la FNSEA.
08:55J'ai venu de quitter son poste à la FNSEA,
08:58mais notre entretien a quand même eu lieu dans les locaux.
09:02Mais ça veut dire qu'elle,
09:03qui est présidente de la FNSEA,
09:05c'est une exploitation qui n'est pas...
09:08Quand une année, un exercice,
09:10on fait moins 100 000 euros,
09:11c'est gigantesque.
09:12Effectivement, oui.
09:14Ça, ce sont des chiffres
09:15qui m'ont été apportés par deux sources,
09:18différentes,
09:19qui ont vu la même chose,
09:20les mêmes chiffres.
09:22Et lors de mon entretien
09:23avec Christiane Lambert,
09:24je veux lui exposer ses chiffres
09:26parce que ça pose un certain nombre de questions.
09:28Déjà, dans la presse,
09:29quand il y a des articles sur sa ferme,
09:30il y a écrit,
09:31chez elle,
09:32on ne connaît pas la crise.
09:33Bon, les chiffres racontent autre chose.
09:37Ça pose des questions.
09:38Voilà, vous êtes porte-parole
09:39de l'élevage en France
09:40et votre ferme est en grave déficit,
09:44année après année.
09:44Ça veut dire qu'il y a un problème structurel.
09:46Voilà, il y a un problème structurel.
09:48Il y a quelque chose qui cloche.
09:49Est-ce qu'on imagine le patron du Medef
09:51avoir une boîte qui fait faillite ?
09:53Je ne sais pas.
09:53Ou alors, ça raconterait quelque chose.
09:57Et quand je commence à lui...
09:58Sachant, par parenthèse,
10:01alors là, je ne connais pas le détail,
10:03mais c'est déjà des exploitations
10:05qui sont très subventionnées.
10:06Ah oui, oui, très subventionnées.
10:07Mais attention, les subventions
10:08ne veulent pas dire que tu gagnes ta vie.
10:10Oui, non, non, mais...
10:11Effectivement, il y a quand même quelque chose.
10:13L'agriculture est perfusée de subvention.
10:15Ça veut dire que le modèle,
10:16si c'est des exploitations perfusées de subvention
10:19et qu'en plus,
10:20elles sont extrêmement déficitaires,
10:21ça veut dire qu'il y a un truc qui cloche quand même.
10:23Sans subvention,
10:24il y a la moitié des exploitations en France
10:25qui sont déficitaires.
10:27C'est documenté.
10:28Voilà.
10:29Donc, effectivement,
10:30il y a quelque chose qui cloche structurellement.
10:32Je suis tout à fait d'accord avec toi.
10:33Tu enlèves les subventions,
10:35c'est une catastrophe.
10:37On a construit notre modèle comme ça
10:39depuis des décennies.
10:40Bref.
10:40Christiane Lambert,
10:41je la questionne là-dessus.
10:42Je commence à lui annoncer les chiffres.
10:43Et là, elle me fait quoi ?
10:45Hop !
10:45Elle m'arrache la feuille des mains.
10:48Elle me dit
10:48« Qui vous a donné ça ?
10:49Qui vous a donné ça ? »
10:50Je ne peux pas le dire.
10:52Comme tout journaliste,
10:52je respecte le secret de la protection des sources.
10:56Et elle me dit
10:57« Tout est faux, tout est faux. »
10:59Je lui dis
10:59« Corrigez alors.
11:00Il faut absolument corriger si c'est faux. »
11:02Et elle n'a pas voulu corriger.
11:04Elle m'a traité de fouille merde.
11:06Elle dit qu'elle porterait plainte contre moi
11:07et qu'elle allait dire à tout le monde
11:09de ne pas me parler
11:10dans le cadre de mon enquête.
11:11Donc, voilà,
11:12tu as une insulte,
11:13une menace,
11:13une tentative de censure.
11:15C'est quand même
11:15qu'il faut l'encaisser.
11:17Alors que moi,
11:18je m'étais dit
11:18qu'elle aurait pu le récupérer
11:20à son avantage
11:20en disant
11:21« Évidemment,
11:21je suis en difficulté
11:22comme bon nombre d'éleveuses.
11:24Je suis une éleveuse
11:25comme une autre.
11:26Et ça montre bien
11:26que dans notre programme,
11:28on veut que les supermarchés,
11:29etc.
11:30Elles m'auraient vendu
11:31ces arguments. »
11:31Ça ne s'est pas du tout
11:32passé comme ça.
11:32Donc,
11:34c'était assez violent,
11:37assez surprenant.
11:38Mais je trouve
11:39que ça raconte
11:39quelque chose
11:40à la fois
11:40de la réalité agricole
11:41et puis aussi
11:43parfois du manque
11:44de transparence
11:45de certains cadres
11:46dans l'agriculture.
11:47dans l'agriculture.
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