00:05Quand on dit réguler les multinationales, ça implique déjà deux choses, ou plutôt ça implique d'en finir avec deux
00:15croyances.
00:16La première croyance c'est que ce qui est bon pour les multinationales, ce serait bon pour la collectivité.
00:21Et la deuxième croyance qui est que les multinationales ont juste besoin d'être outillées pour agir.
00:30Et donc là-dessus je vais vous montrer comment ces deux prismes-là influencent vraiment moi les sujets sur lesquels
00:37je travaille au jour le jour.
00:38Et comment le socle réglementaire, bien qu'infime qu'il soit, est vraiment empêtré dans ces deux mythes.
00:49D'abord le premier, ce qui est bon pour les multinationales est bon pour la collectivité.
00:53Alors de cela, on découle une surfocalisation vraiment sur, non pas les impacts des acteurs financiers sur le climat,
01:04mais sur les impacts du dérèglement climatique sur les acteurs financiers.
01:09Puisque le prisme qui est choisi est de dire, les acteurs financiers qui sont intéressés par leur profit, on s
01:17'en doute,
01:18vont agir sur la question climatique pour éviter d'être impactés par les risques financiers
01:24et générés par le dérèglement climatique et par toutes les réglementations qu'on va mettre en place pour y répondre.
01:33Et que de cela, vous inquiétez pas, ça va être bon pour tout le monde.
01:40Or, clairement, c'est pas le cas parce que ce sont pas les mêmes lunettes, les mêmes manières d'appréhender
01:45un enjeu.
01:46Et donc ça donne des résultats très différents.
01:48J'ai l'habitude de donner un exemple sur le secteur du charbon.
01:51Comme vous le savez, le secteur du charbon, c'est un secteur extrêmement carboné.
01:55Et donc si on dit transition, lutte contre le dérèglement climatique,
01:59les entreprises du secteur, enfin le secteur du charbon va être considéré comme un secteur risqué.
02:03Mais forcément, en fonction de toutes les entreprises actives dans ce secteur,
02:07ils sont plus ou moins exposés.
02:09C'est-à-dire qu'ils vont faire plein d'autres choses.
02:11On a parlé de Glencore.
02:12Bon, ben, Glencore fait du charbon, mais il fait pas que ça.
02:16Et donc, ça va avoir un impact, enfin ça, cette réalité,
02:20en fonction d'une approche par le risque, d'une approche par l'impact,
02:23ça va donner des résultats très différents.
02:25Pour un acteur financier, si vous êtes intéressé par limiter les risques sur votre rentabilité,
02:32eh ben, vous allez arrêter de financer les entreprises qui font plus de 30%,
02:35plus de 50% de leur chiffre d'affaires dans le charbon.
02:39S'il y a une réglementation sur le charbon, ils sont fortement risqués.
02:42Enfin, ces entreprises vont être impactées.
02:44Donc, vous ne voulez plus les avoir dans votre portefeuille.
02:47Ben, très bien.
02:48Mais ça, ça permet pas de couvrir des centaines d'entreprises,
02:54potentiellement Glencore,
02:55qui fait une infime partie de son chiffre d'affaires dans le charbon,
02:59mais qui est pourtant le 9e plus gros producteur de charbon au monde.
03:02Glencore et d'autres centaines d'entreprises qui continuent de développer
03:06des nouveaux projets dans le secteur du charbon,
03:09qui menacent la santé des populations, le climat, etc.
03:14Et donc, en fonction, si vous prenez des lunettes
03:17qui ne visent qu'à protéger les acteurs financiers
03:20des risques liés au dérèglement climatique,
03:24eh ben, concrètement, vous ne faites pas du tout le job.
03:26Par contre, si vos lunettes visent à protéger la population,
03:31protéger l'environnement, protéger les écosystèmes,
03:33eh ben, vous allez adopter une réglementation sur le charbon,
03:36mais qui n'a absolument rien à voir.
03:40Or, vous allez regarder, notamment,
03:42non pas la part du chiffre d'affaires
03:44tiré d'une activité dans le charbon,
03:46vous allez y regarder si l'entreprise, en absolu,
03:49est un poids lourd ou non du secteur,
03:51si l'entreprise développe des nouveaux projets.
03:53Or, le problème, aujourd'hui, c'est que la majorité des textes réglementaires
03:59n'ont pas les bonnes lunettes,
04:00n'ont pas la bonne approche,
04:01et sont basées vraiment sur une logique de gestion
04:03du risque financier pour les acteurs économiques et financiers,
04:08et pas du tout sur une prévention de leur propre impact
04:12sur le climat.
04:14Alors, bien sûr, on a su arracher des réglementations
04:16qui font exception à ce cadre-là.
04:19On y reviendra ce soir.
04:21Il y a tout un socle réglementaire
04:22qui est notamment attaqué aujourd'hui
04:24au niveau de l'Union européenne,
04:25la CSRD, la CSDDD, la taxomie.
04:28J'y reviendrai tout à l'heure, je ne m'attarde pas là-dessus.
04:31Le deuxième mythe, qui est très lié au premier,
04:34c'est que les multinationales auraient juste besoin
04:37d'être outillées pour agir.
04:38Alors, c'est très commode,
04:39parce qu'en découle forcément une concentration
04:42sur des normes de transparence,
04:46des normes de reporting,
04:48et pas des normes comportementales contraignantes.
04:51Autrement dit, on va donner les infos
04:54aux acteurs économiques et financiers
04:56en partant du principe que ce sont des acteurs rationnels.
05:00Et donc, ils vont agir,
05:01puisqu'il en va de leur intérêt,
05:04de se protéger des risques financiers
05:06liés au dérèglement climatique.
05:10Autrement dit, on va miser vraiment sur l'autorégulation.
05:12On va vous équiper, on va vous donner les infos,
05:15et c'est vous qui allez agir.
05:16Ce qui est doublement problématique.
05:18D'une part, parce que l'information n'a jamais fait l'action.
05:22Qui plus est, lorsque vous êtes un acteur financier,
05:25qui est intéressé par la gestion des risques financiers,
05:28et que vous êtes demandé d'agir sur une problématique,
05:32un enjeu qui a des effets concrets, matériels,
05:36sur le moyen et le long terme,
05:38alors que vous êtes obsédé par la rentabilité
05:40et faire des profits sur le très court terme.
05:42Ça ne marche pas.
05:43Un exemple très concret et vraiment le plus...
05:46avec le plus d'antinomisme possible,
05:50c'est le secteur de l'assurance.
05:52Municré, qui est la plus grande société de réassurance au monde,
05:56a alerté du risque climatique en 1973.
06:01Et pourtant, il a continué d'assurer et de réassurer
06:05des nouveaux projets d'énergie fossile
06:07qui ne font qu'amplifier le risque climatique
06:10et les impacts que l'on connaît,
06:13également pour l'industrie assurantielle.
06:15Qu'a fait à Municré ?
06:17Et bien, fait comme tous les assureurs.
06:18Gestion du risque financier,
06:20oui, il y a ce risque-là,
06:21mais au lieu d'éviter d'y contribuer,
06:23gestion de l'impact, prévention de l'impact,
06:25je vais juste m'assurer que ce soit stable et rentable pour moi.
06:29Je vais augmenter les primes,
06:31je vais revoir mes modèles assuranciels,
06:33je vais peut-être arrêter d'assurer certains risques,
06:36certains marchés,
06:37mais je suis vraiment dans une gestion du risque financier
06:40lié au climat.
06:41Je ne suis pas du tout dans une prévention
06:43de l'emballement de la machine climatique
06:46en arrêtant d'y contribuer moi-même.
06:48Donc là, on voit le premier problème de cette approche
06:51et le deuxième problème,
06:53et bien malheureusement,
06:53l'actualité nous en donne des exemples,
06:55des illustrations tous les jours.
06:56L'autorégulation par les acteurs privés,
06:59c'est trop lent, c'est insuffisant,
07:02et le problème, c'est que c'est volontaire.
07:04Donc un exemple très concret,
07:05dernièrement, on a arraché des grosses victoires
07:07de la part des banques françaises
07:09qui ont arrêté,
07:10je ne vais pas les nommer,
07:11parce qu'on n'est pas dans une...
07:12Ce n'est pas le but de faire de la pub,
07:13donc c'est juste le but de comprendre les problèmes.
07:16On a arraché des victoires
07:17de la part de grands groupes bancaires
07:19qui ont globalement arrêté
07:20plein de services stratégiques à Total Energy
07:22et à toutes les majors pétrolières et gazières.
07:24Le problème, c'est que c'est trop lent.
07:27Elles l'ont fait après les dates
07:29qu'il aurait fallu respecter
07:30suivant une trajectoire 1,5 degré.
07:33C'est insuffisant parce qu'elles ont arrêté
07:35ces entreprises,
07:36mais à continu, plein d'autres entreprises
07:37du secteur des énergies fossiles
07:39qui ajoutent au problème
07:41et qui sont reconnues aussi problématiques
07:44par tous les scientifiques du climat
07:46ou encore l'Agence internationale de l'énergie.
07:48Et puis surtout, c'est volontaire.
07:50Il y a deux groupes qui ont agi.
07:52Les deux autres groupes français,
07:53eux, continuent d'alimenter
07:56l'industrie des énergies fossiles
07:58et donc les risques climatiques
08:00qui sont derrière,
08:01en plus de tous les ravages
08:02sur les populations, bien entendu.
08:06Donc, on voit là les deux problèmes
08:08de ces parties prises.
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