00:00Le débrief, on est vendredi, c'est votre rendez-vous avec Marc Fiorentino.
00:04Bonjour Marc, associé gérant de Roland.
00:06Il y aura bien sûr ce soir votre émission.
00:10Mais on va parler avant cela de la France qui est un cancre absolu
00:14avec ses chiffres de déficit et de dette publique dans l'Union Européenne.
00:19Là vraiment, c'est la catastrophe.
00:20On a beau le dire, on a beau le répéter tous les jours.
00:23J'avoue que quand j'ai vu les chiffres, vous savez c'est un peu la remise des prix à
00:26la fin de l'année.
00:27C'est-à-dire qu'on a toutes les statistiques maintenant de tous les pays de l'Union Européenne et
00:31de la zone euro.
00:31Donc on peut comparer.
00:33Et en fait, quand on regarde tous les critères, c'est vraiment dramatique.
00:36Mais je ne dis pas ça pour faire du French bashing.
00:39Je dis ça parce que même moi, j'ai été surpris, alors que je suis l'actualité quasiment au quotidien,
00:43de voir qu'à la fois en matière de déficit,
00:46donc vous savez qu'on a failli être les premiers, on est les deuxièmes derrière la Belgique,
00:51mais surtout j'ai été surpris par la part des dépenses publiques dans le PIB.
00:55Mais c'était complètement dingue.
00:57C'est-à-dire que bon, évidemment, on est au-dessus de 57%.
00:59La moyenne européenne est en dessous de 50%.
01:02Mais enfin, vous avez quand même des pays qui ne sont pas des pays normaux.
01:06Les Pays-Bas et autres qui sont à 44 ou 45%.
01:09Et après, quand on regarde le niveau de la dette, c'est vraiment effrayant.
01:13On est à 115%.
01:15Le niveau européen est à 88,9%.
01:18Et puis, vous avez quand même des pays comme l'Allemagne,
01:21vous savez, dont on parle beaucoup, en disant, ça y est, ils sont en train de s'endetter,
01:25ils font de la relance, un plan de 1 000 milliards pour l'armement et l'infrastructure.
01:31Ils sont à 63%.
01:32Les Pays-Bas sont encore en dessous.
01:34Donc, on se dit vraiment, mais comment c'est possible ?
01:37Comment on a pu en arriver là ?
01:40Et comment on se retrouve aujourd'hui avec une situation où, évidemment,
01:44on l'a vu cette semaine, il y a des révisions à la baisse des prévisions de croissance.
01:48Les croissances, l'inflation, on a eu hier le climat des affaires dramatique,
01:53quand même, avec la chute dans le commerce, la chute dans les services
01:58et l'industrie qui résiste un peu.
02:00Et donc, ça veut dire qu'on va avoir une croissance qui va être inférieure.
02:03Ça veut dire qu'on va avoir moins de rentrées fiscales.
02:05Ça veut dire qu'on va avoir encore une situation qui va être une situation absolument incroyable.
02:09Et moi, ce qui me fascine dans tout ça, c'est que, j'ai envie de dire,
02:12même nous, même moi, on s'est habitués.
02:16On a l'impression que c'est business as usual, que c'est normal.
02:20Ben non, ce n'est pas normal.
02:21On a des chiffres qui sont désastreux.
02:23Qu'on s'habitue, nous, c'est une chose.
02:24Que le gouvernement s'habitue, c'en est une autre.
02:26Et c'est un peu plus inquiétant quand même.
02:27C'est très inquiétant, mais ce n'est pas qu'il s'habitue.
02:29C'est qu'en fait, le gouvernement, les politiques, le Parlement,
02:34on a l'impression que c'est un non-sujet.
02:36Alors, c'est vrai qu'il y a une impunité totale.
02:38C'est-à-dire qu'on a les résultats les pires.
02:40On devrait se faire virer de la classe.
02:42Et puis, on passe en classe supérieure.
02:44Pourquoi ? Parce qu'on ne va pas le répéter.
02:45Mais on a l'euro, on a l'Allemagne,
02:48on a l'épargne des Français qui vient garantir tout ça.
02:51Donc, tant qu'on est dans cette impunité totale,
02:53on peut continuer à faire tout et n'importe quoi.
02:55Alors, on s'est aperçu quand même, cette semaine,
02:58qu'on était arrivé un peu à la limite du système.
03:01Parce qu'on a vu que dans les aides d'habitude,
03:04dans un contexte comme celui-là,
03:06on aurait dégainé un plan de relance
03:07en balançant des dizaines de milliards.
03:09Les discussions sur le budget ont duré neuf mois.
03:11Donc, là, on ne peut pas faire ça.
03:13Sur les aides, il y a toujours un consensus.
03:15C'est-à-dire que quand on décide d'ouvrir le chèque,
03:17mais là, on s'est aperçu que complètement,
03:18les marchés nous ont dit,
03:20bon, si vous y allez, là, on va vous sanctionner.
03:22– Oui, oui, oui.
03:22Les marchés, justement, face à la guerre en Iran,
03:25évidemment, la guerre qu'on regarde tous les jours à la loupe,
03:29ces marchés, ils sont finalement assez résilients.
03:31– Incroyable.
03:32Écoutez, ça aussi, c'est une grande surprise.
03:34Une grande surprise parce que, alors,
03:36il y a deux explications à ça qui sont très intéressantes.
03:38Donc, le constat, c'est quoi ?
03:40Le constat, c'est que là, on se demande
03:42si les États-Unis ne vont pas à nouveau taper une dernière fois
03:45pour reprendre le détroit d'Hormuz
03:47et puis, évidemment, l'île de Cargue.
03:49Donc, on est en pleine tension.
03:52Là, on voit très bien que c'est en train de patiner,
03:55et on voit que les marchés réagissent absolument pas.
03:58Alors, il y a deux explications.
03:59Il y a l'explication classique qui consiste à dire,
04:01bon, les marchés sont déconnectés de la réalité.
04:04Bon, moi, j'y crois pas trop
04:05parce que les marchés sont rarement déconnectés de la réalité.
04:08Et puis, il y a le fait que c'est même pas mal.
04:10C'est-à-dire qu'en fait, on a des entreprises
04:12qui, certes, on l'a vu dans les indicateurs d'activité,
04:17commencent à patiner un peu,
04:18mais qui sont incroyablement résignantes.
04:20Et puis, en fait, c'est la leçon de tout ce qui s'est passé.
04:24C'est-à-dire qu'on a surmonté le Covid.
04:26On a surmonté la guerre en Ukraine qui continue,
04:29d'accord, avec tous les déséquilibres que ça peut provoquer.
04:32Et donc, finalement, les marchés financiers se disent,
04:35il y a deux solutions.
04:37Soit, de toute façon, la guerre s'arrête et c'est très bien.
04:41Soit elle continue et de toute façon, ça va avoir un impact sur la croissance.
04:45Donc, les taux d'intérêt vont baisser.
04:46Donc, ça va être bon pour nous.
04:47Et puis, surtout, les entreprises ont appris à résister à ce type de crise.
04:51Vous parlez de résilience des marchés, mais je fais juste un petit pas de côté en disant,
04:54est-ce que, justement, on n'a pas trop de données statistiques sur lesquelles s'appuyer
04:58pour tirer des conséquences comme ça ?
05:00Est-ce qu'il n'y a pas trop de données comme ça ?
05:02Les marchés, ils réagissent aussi un peu comme ils peuvent.
05:05Je veux dire, est-ce qu'on n'a pas trop de données au quotidien sur lesquelles réagir
05:08qui peuvent être parfois contradictoires ?
05:10Non, je ne crois pas, parce que d'abord, toutes les données vont dans le même sens.
05:13C'est un ralentissement de l'économie, c'est une hausse des prix,
05:16mais quelque part, c'est l'idée que le ralentissement de l'économie
05:19est plus grave que la hausse des prix.
05:21Donc, il y avait cette idée avant, il y a quelques semaines,
05:23que ça allait être l'inflation.
05:25Vous avez remarqué qu'on en parle un peu moins.
05:26On parle de hausse de prix, on ne parle plus d'inflation,
05:28ce qui est déjà très bien.
05:29Par contre, on parle de réduction, on parle de ralentissement de l'économie.
05:32Et donc, l'anticipation du marché, c'est de se dire qu'il va falloir,
05:36les banques centrales qui disent qu'on lutte contre l'inflation,
05:38elles vont devoir lutter contre le ralentissement de la croissance.
05:41Donc, un, elles ne vont pas pouvoir lever les taux d'intérêt,
05:43et deux, elles vont devoir probablement encore les baisser.
05:48On commence à en voir aussi cette musique,
05:50avec le nouveau patron de la Fed qui a passé ses auditions,
05:54on commence à avoir la musique que Trump va lui imposer
05:57une baisse des taux d'intérêt à partir de mai.
05:59Et il a dit qu'il resterait indépendant ?
06:01Oui, bien sûr, on l'a tous bien sûr cru,
06:03puisqu'il a levé la main et a juré qu'il ne serait pas l'esclave de Trump.
06:08En fait, il est sous pression, en tout cas au début.
06:11Au début de son mandat, il n'aura pas d'autre choix.
06:13À mon avis, il a négocié ça pour avoir son poste,
06:15et donc on aura ses baisses.
06:17Donc ça aussi, ça infuse dans les marchés.
06:18Parce que si on a une baisse très importante des taux d'intérêt à partir de mai,
06:22moi je n'excuse pas que dès son arrivée,
06:24il baisse les taux d'intérêt de 0,5%,
06:26évidemment, ça aura un impact positif sur les marchés.
06:28On reste aux États-Unis avec un sujet finalement assez sensible,
06:32l'impact sur l'emploi d'une politique restrictive en matière d'immigration.
06:38C'est vrai que c'est un sujet sensible, notamment chez nous.
06:41Aux États-Unis, ça donne quoi ?
06:42Parce qu'on commence à voir les résultats de ce qu'a fait Donald Trump.
06:45C'est très intéressant.
06:46Il y a une étude qui a été publiée par le Wall Street Journal
06:48qui m'a beaucoup frappé,
06:49parce qu'évidemment, vous l'avez dit,
06:51le sujet de l'immigration est un sujet hypersensible.
06:54Alors les deux arguments sur l'immigration,
06:56ceux qui sont pour l'immigration disaient
06:59« si on limite l'immigration,
07:01il va y avoir des tensions absolument incroyables
07:03dans certaines catégories de jobs,
07:05dans la restauration, dans le bâtiment ».
07:07Donc ça, c'était le premier raisonnement des gens qui disent
07:09« il faut plus d'immigration et de l'immigration ciblée ».
07:12Et puis, vous connaissez l'argument de ceux qui sont contre l'immigration,
07:16c'est de dire « c'est des jobs qui prennent des gens qui sont nés dans le pays ».
07:20Et donc, si on limite l'immigration,
07:23il va y avoir plus de boulot pour les natifs,
07:27et puis il va y avoir des augmentations de salaires.
07:29Et en fait, c'est très intéressant,
07:31vous avez raison de dire qu'on commence à avoir du recul aux États-Unis,
07:34donc il y a les premières études qui apparaissent sur la politique très restrictive
07:38qu'a menée Donald Trump depuis son arrivée,
07:41très restrictive,
07:42et là, on s'aperçoit que tout le monde a tort.
07:44Alors c'est assez amusant,
07:46c'est-à-dire que d'un côté, il n'y a pas de boulet d'étranglement,
07:48ça c'est vraiment une énorme surprise,
07:51dans des métiers comme le bâtiment,
07:53comme la restauration.
07:55Alors oui, il y a de la demande,
07:57on cherche des plongeurs,
07:58les salaires des plongeurs augmentent dans les restaurants,
08:00mais ce n'est pas le désastre qu'on avait annoncé,
08:03il n'y a aucun impact sur l'activité,
08:05donc ça c'est quand même très étonnant.
08:07Et la conclusion de l'étude du Wall Street Journal,
08:10c'est-à-dire que ça nous ramène un peu à la résilience des marchés des entreprises,
08:15c'est que les entreprises s'adaptent.
08:16C'est-à-dire que l'économie est capable d'absorber une masse d'immigration qui arrive,
08:21et elle est capable d'absorber, en fait, un ralentissement de l'immigration.
08:25Donc ça, c'est la première surprise.
08:26La deuxième surprise, très grosse surprise,
08:29c'est que ça n'a pas favorisé la hausse des salaires,
08:31et ça n'a pas favorisé l'emploi des gens qui étaient natifs du pays.
08:36Alors là, on a aussi une explication qui est fantastique,
08:38et ça reboucle avec ce que vous disiez avant que j'arrive
08:40sur les plans de licenciement dans les Microsoft et autres,
08:43c'est qu'en fait, il y a une augmentation de la productivité.
08:47Et c'est-à-dire qu'à partir du moment où, certes,
08:49vous avez moins de gens pour faire le job,
08:51mais que vous avez amélioré la productivité,
08:54vous n'avez pas raison, surtout qu'au même moment,
08:57vous commencez à avoir des plans de licenciement,
08:58même d'entreprises qui marchent très bien.
09:00Vous parliez de Microsoft.
09:01Microsoft n'est pas en difficulté.
09:03Microsoft marche très bien, ils sont très rentables,
09:05ils ont beaucoup de trésorerie,
09:06et pourtant, ils réduisent leur personnel,
09:08ce qui a un impact sur les salaires.
09:10Donc on a une situation qui est assez paradoxale.
09:12Je suis surpris d'ailleurs de voir que cette étude-là
09:15n'est pas reprise dans la vie politique française,
09:17où le sujet de l'immigration est un sujet évidemment hypersensible.
09:21Oui, hypersensible, effectivement.
09:22Il faudra voir ce que ça a comme conséquence
09:24sur les élections de mi-mandat.
09:25Absolument, absolument.
09:28Sur les élections de mi-mandat,
09:29on sait de toute façon, c'est traditionnel,
09:32que c'est toujours un désastre pour la majorité en place.
09:35Vous parliez de la France très vite.
09:37Est-ce que vous avez pensé du PS qui a dévoilé son programme ?
09:42Vous voulez vraiment que j'en parle ?
09:42Oui, vous avez 30 secondes.
09:44Écoutez, pour moi, c'est un désastre,
09:46c'est-à-dire qu'on a une gauche qui reprend,
09:50enfin une gauche dite républicaine,
09:52qui reprend le programme de la gauche type LFI,
09:55c'est-à-dire qu'on a basculé complètement
09:57dans la mouvance Zuckmann,
10:01et donc on a une gauche punitive
10:03qui va faire d'une économie, une économie socialiste.
10:06Or, les économies socialistes
10:08n'ont jamais réussi nulle part dans le monde.
10:10Ce sera évidemment au programme de l'émission.
10:13C'est votre argent ?
10:13Absolument, on va en parler avec une très belle équipe aujourd'hui,
10:16puisque j'ai même Emmanuel Lechypre.
10:18Ah bah, évidemment.
10:19Alors, c'est votre argent, c'est 20h ce soir.
10:21Émission exceptionnelle, comme toutes les semaines.
10:23Marc Turantino, associé gérant de Roland.
10:24Merci beaucoup d'être venu dans le débrief de la matinale.
Commentaires