00:00Thibaut Prébet est avec nous, économiste indépendant.
00:03Merci d'être avec nous pour terminer cette matinale de l'économie.
00:07On revient bien sûr en ce moment, c'est comme ça tous les matins,
00:10sur les conséquences de ce conflit au Moyen-Orient,
00:14et notamment pour commencer sur les bourses asiatiques, Thibaut.
00:17Très forte volatilité en Asie, des variations beaucoup plus importantes que chez nous.
00:20Vous l'évoquiez récemment le COSPI à l'indice sud-coréen,
00:24qui prend 9% après on a perdu 12%.
00:25Donc une grande volatilité.
00:27En réalité l'Asie est intéressante, c'est un thermomètre de ce qui est en train de se passer.
00:30Si vous prenez par exemple cet indique du COSPI, vous avez quoi dedans ?
00:33Vous avez un, une sensibilité très forte à la géopolitique,
00:37puisque dès qu'il y a un conflit, tout le monde se demande si la Chine ne va pas en
00:39profiter pour attaquer Taïwan.
00:41Et donc on est sur une zone qui est géopolitiquement très lourde,
00:43il y a la Corée du Nord qui est un des rares soutiens des dictateurs pas loin,
00:46donc c'est une zone qui est très géopolitique.
00:47Ensuite c'est une zone qui est au cœur de la flambée de la tech.
00:50Il y a aujourd'hui une flambée des prix de la mémoire,
00:52c'est les sociétés sud-coréennes qui sont les grands bénéficiaires de cette hausse des prix.
00:57Et donc dans cette flambée de l'IA, on retrouve ces indices avec, je le rappelle quand même,
00:59le COSPI qui prenait 50% au moment de la crise depuis le début de l'année
01:02et qui a plus de doublé sur un an.
01:04Donc on est à la fois sur le sujet géopolitique, sur la bullia,
01:07et puis sur ce sujet en matière première,
01:08puisque dans ce monde de régionalisation du pétrole,
01:10le continent américain est autonome, sud américain aussi,
01:13nous aussi un peu avec le Maghreb,
01:14en réalité c'est l'Asie de l'Est qui a besoin de ce pétrole des pays du Moyen-Orient,
01:20qui sont en réalité des pays asiatiques, mais qui sont quand même assez loin.
01:22Et donc en fait la sensibilité aux hydrocarbures,
01:25elle est beaucoup dans cette région,
01:27et d'ailleurs ce matin la Corée du Sud disait qu'elle n'avait que 10 jours de réserve de
01:31gaz liquéfié,
01:32ce qui est quand même un peu préoccupant.
01:33Et donc en fait cette zone regroupe tous les sujets boursiers et géopolitiques du moment,
01:37et donc c'est un thermomètre intéressant,
01:39et avec ces variations énormes dans les deux sens,
01:41on voit que les marchés sont un petit peu perdus.
01:42Au final vous dites que c'est un grand reset 2026, pourquoi ?
01:45Oui c'est un grand reset 2026,
01:46parce que si vous regardez l'histoire du début d'année c'est quoi ?
01:48C'est des bourses asiatiques qui s'envolent,
01:50qu'ont pris le bouillon même si ça se stabilise,
01:52des bourses européennes qui étaient dans les marchés développés en tête,
01:55et qui sont revenues dans le cadre du CAC 40 à l'équilibre depuis le début de l'année,
01:59et pendant ce temps-là, des bourses américaines qui traînaient la patte,
02:01un Nasdaq qui était en net baisse,
02:03sauf que depuis le début de la crise il est maintenant en hausse,
02:06et que le dollar a commencé à prendre des couleurs.
02:08Donc en réalité, cet avantage européen par rapport à l'américain,
02:12c'est un peu inversé, peut-être que les événistes disent
02:14qu'il y a une zone que les américains n'attaqueront pas, c'est les Etats-Unis,
02:16donc ça rassure un peu, mais ce qui est sûr en tout cas,
02:18c'est qu'au final le grand perdant du début d'année,
02:20qui était le marché américain, particulièrement tech,
02:22est celui qui tient le mieux,
02:23le marché asiatique est celui qui souffle le plus,
02:25et le marché européen, qui était bien parti, revient un peu à zéro,
02:28donc en fait voilà, on remet balle au centre,
02:31toutes ces allocations se disent, bon maintenant il y a beaucoup d'incertitudes,
02:33qu'est-ce qu'on fait ?
02:34Oui c'est ça, un attentisme, on ne sait pas encore où aller,
02:37ça va dépendre aussi du timing,
02:38un autre sujet à surveiller, enfin c'est les taux américains qui montent.
02:41Oui les taux américains qui montent, pareil,
02:43c'était un des grands bénéficiaires de ce début d'année,
02:44et du début de stress, il faut rappeler la chose,
02:46c'est qu'en fait un actif obligataire a deux fonctions,
02:50il y a une fonction c'est de refléter les anticipations de taux courts,
02:52c'est-à-dire quand vous achetez du taux à 10 ans,
02:54vous vous dites, est-ce que je ferais mieux que si je mettais sur un livret,
02:56donc vous anticipez comment vont évoluer vos taux courts,
02:59mais ça c'est un deuxième temps,
03:00le premier temps c'est, je veux vendre des actions,
03:02ça sent pas bon,
03:03et si j'en ai des actions, je voulais sur quelque chose de très liquide,
03:05et le marché obligataire américain est probablement avec l'or
03:07ou deux trois autres trucs ce qui est le plus liquide au monde,
03:09et donc tout le monde est là-dessus dans un réflexe qui est de dire
03:11je me mets en sécurité,
03:13et puis au bout de quand le temps passe,
03:15tout le monde se dit, bon est-ce que l'actif a une valorisation intéressante,
03:17et là on voit que les taux commencent à remonter.
03:18Le point qui est intéressant c'est que les Etats-Unis ont
03:21un marché qui est très liquide, le dollar,
03:23mais en fait ils ont surtout un besoin de financement extérieur régulier
03:26parce qu'ils ont beaucoup de déficit,
03:28donc il faut financer leur déficit,
03:29et il faut le financer par l'étranger parce qu'on manque d'épargne.
03:31Dans ce cadre-là, à force d'insulter tous les pays au monde,
03:34il y en a quand même beaucoup qui ont commencé,
03:36discrètement ou pas, à se désengager.
03:38Il y a aussi une volonté américaine de réduire le déficit commercial,
03:41donc les gens qui accumulaient du dollar,
03:42si ça devait marcher,
03:43ce qui, ça marche pas, mais on sait jamais,
03:45on aurait moins, on achetait moins.
03:46Et donc quand on voit, par exemple avec l'Espagne,
03:48ce conflit assez fort dans les mots de dire,
03:51on va faire un embargo sur l'Espagne,
03:52s'ils sont pas gentils, qu'ils nous prêtent pas leur base,
03:54ce qui est puéril et un peu ridicule,
03:55mais dans l'idée de cette nouvelle administration,
03:57il n'est pas impossible que l'Espagnol soit moins intéressé
03:59à ses emprunts d'État.
04:00Et donc la question qui va se poser,
04:01c'est dans une guerre qui est très impopulaire au niveau mondial,
04:04même si personne frontalement ne veut fâcher Trump,
04:06est-ce que ça va pas encore pousser d'autres gens
04:08à s'éloigner des emprunts d'État américains
04:10dans une période où cette guerre ne peut être malgré tout
04:12qu'inflationniste,
04:13et donc pas donné non plus tellement envie ?
04:15Donc je pense que la zone de stress,
04:17si elle doit se propager,
04:19pourrait venir de ses emprunts d'État américain.
04:20Donald Trump va s'en mordre les doigts, d'après vous ?
04:22C'est difficile, parce qu'effectivement,
04:24la différence, il faut se rappeler,
04:25c'est que quand les États-Unis partent en Afghanistan,
04:27la guerre est très populaire.
04:28Il y a cette idée qu'on est toujours dans les suites
04:30du 11 septembre, etc.
04:32Et donc il y a un truc qui s'est érodé au fil du temps,
04:34mais au début c'est très populaire.
04:35Là on part sur une guerre qui est très impopulaire,
04:37dès le début, à l'approche de mi-terme,
04:39qui arrive quand même assez proche,
04:41sur lequel la situation pour le parti républicain
04:43se dégrade très vite.
04:44Donc la situation, elle va être par nature très inconfortable,
04:47et ça une résolution rapide du conflit,
04:49dont personne ne comprend trop à part Donald Trump
04:51comment elle peut arriver.
04:53Parce que dire que dès que quelqu'un prend la tête du pays,
04:55on le tue, c'est quand même une solution
04:56qui, d'un point de vue géopolitique,
04:58est quand même assez novatrice, on va dire,
04:59pour être aimable.
05:00Et donc situation qui va être difficile
05:02pour le parti républicain et pour Donald Trump.
05:03Merci beaucoup Thibaut Prébet
05:05d'avoir été avec nos économistes indépendants
05:07dans le débrief de la matinale.
05:08Merci.
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