00:00Bonjour Willfried Galland. Bonjour Sandra, il faut arrêter de mordre.
00:04Directeur général adjoint de Montpensier Arbevel, on parle de Hormuz qui se referme,
00:08enfin qui se referme après s'être ouvert, ça change toutes les demi-journées.
00:12Il y a des conséquences économiques évidemment, mais c'est un canal de financement majeur
00:17de l'économie mondiale et américaine qui pourrait se refermer
00:21et peut-être qu'on irait vers une pénurie des capitaux, c'est ce qui vous fait peur ?
00:25Oui, c'est à dire qu'en fait je pense qu'on ne le voit pas aujourd'hui.
00:28Oui, clairement, on n'a pas du tout d'impact aujourd'hui sur les flux de financement
00:33de l'économie mondiale ni sur les flux dans les marchés financiers.
00:36Mais ce qui est clair, c'est que compte tenu de ce qui est en train de se passer dans
00:40la région,
00:40et c'est une région qui est très importante aujourd'hui pour justement le financement
00:45d'un certain nombre d'opérations, on ne peut pas oublier que c'est le fonds souverain
00:48par exemple d'Arabie Saoudite qui a fait une opération à plus de 50 milliards de dollars
00:52pour enlever Electronic Arts de la bourse avec le soutien de JP Morgan.
00:55Et quand vous voyez les deals de M&A qui sont faits à Wall Street,
01:01à peu près la moitié implique des capitaux venus du Golfe.
01:05Donc aujourd'hui, il n'y a pas aujourd'hui d'impact,
01:07mais compte tenu de ce qui est en train de se passer,
01:09il est très probable que les capitaux qui étaient fléchés vers les fonds souverains
01:14qui après allaient faire des opérations et donc alimenter cette espèce d'énorme masse d'épargne
01:18qui allait se déverser dans les marchés, dans l'intelligence artificielle,
01:21dans les data centers, dans d'autres types d'économies.
01:24Il est fort à parier que tout ceci va se réorienter vers des investissements
01:30dans les infrastructures dans la région, par exemple dans des pipelines,
01:33dans des usines de drones, dans de la protection directe des populations et de l'économie
01:38et ne va plus alimenter cette espèce de flux financier permanent
01:42à la fois vers la dette américaine, ça tout le monde en parle,
01:45cette espèce de financement vers la dette américaine,
01:47mais globalement dans l'économie financière et donc on va avoir probablement
01:51un espèce de rétrécissement de cette masse d'épargne dans laquelle tout le monde tapait
01:56et donc là il va falloir suivre ça, pas nécessairement là dans les semaines qui viennent
02:01mais je pense dans les trimestres à venir, d'ici un, deux, trois trimestres,
02:05comment est-ce que tout ceci, une fois que la poussière sera retombée,
02:07comment est-ce que tout ceci va se rééquilibrer au niveau de l'épargne mondiale
02:11et au niveau des circuits de financement ?
02:12Il va y avoir des impacts, on n'est pas quand même à la fin de l'histoire.
02:15Oui, on n'est pas à la fin de l'histoire, on ne sait pas tellement où on en est
02:18dans l'histoire
02:18parce que ça change justement et la poussière ne retombe pas pour le moment,
02:21donc c'est ça que ça a finalement...
02:24C'est comme le plâtre, il y en a partout à la fin.
02:26Est-ce que les marchés le voient ? Est-ce qu'ils sont dans le déni aujourd'hui ?
02:30Alors, ils ne sont pas aujourd'hui dans le déni,
02:33mais ils sont dans une espèce d'équilibre pour dire,
02:36mais en fait, il se passe quelque chose aujourd'hui
02:39qui, jusqu'à présent, a été déjà testé dans le passé.
02:44Vous savez, dans les marchés financiers, on a deux volets.
02:48On a ce qui n'a jamais été testé,
02:49et ça en général, c'est la grande sidération et parfois les grandes paniques.
02:53Ça a été le cas, par exemple, quand vous avez laissé tomber Lehman Brothers en 2008,
02:57ça a été le cas lorsque vous avez justement des chocs comme la pandémie,
03:01on disait d'un seul coup, on n'a jamais connu ça des économies qui se referment.
03:04En revanche, là aujourd'hui, ce qui est considéré encore,
03:07encore aujourd'hui comme étant un simple, je mets des guillemets,
03:10chocs pétroliers, on l'a déjà vécu plusieurs fois dans l'histoire.
03:14Et en dollars constants, on est loin d'être dans les chocs qu'on a connus en 1973,
03:19ni même en 2008.
03:20En 2008, souvenez-vous, le pétrole était à 150 dollars.
03:23Au niveau du dollar d'aujourd'hui, ça ferait 200 dollars, un peu plus de 200 dollars.
03:27Aujourd'hui, ce matin, on est à entre 85 et 95,
03:29on est monté à 120, 125, on n'est jamais monté vers ces extrêmes-là.
03:34Donc les marchés en caisse.
03:36Toute la question maintenant, c'est effectivement,
03:38est-ce qu'on va avoir des chocs sur les chaînes de valeur,
03:42des chocs de pénurie qui n'ont pas été anticipés,
03:44et qui, au-delà des chocs financiers que je mentionnais,
03:47pourraient effectivement faire des chocs économiques importants ?
03:49Pour l'instant, les marchés nous disent non.
03:53Ma devise numéro un, c'est quand les marchés parlent, il faut les écouter.
03:56Donc ils ont raison.
03:58Mais être vigilant parce que ça peut bouger très vite.
04:00Et on voit qu'au fur et à mesure que les scénarios changent,
04:03les scénarios de marché également changent,
04:04et qu'on pourrait avoir pas mal de volatilité dans les jours qui viennent.
04:06Si on n'a pas cette réouverture définitive du détroit d'Hormuz,
04:11l'économie mondiale peut vivre avec plus de frictions,
04:15elle ne peut pas vivre avec plus de blocages.
04:18Tant que c'est des frictions avec des prix associés,
04:21l'économie l'encaisse.
04:22Peut-être qu'on va avoir un petit peu moins de profit,
04:25mais ça, ce n'est pas très grave.
04:26En revanche, dès lors qu'on a des blocages,
04:28là, on est sur des choses qui sont beaucoup plus graves.
04:30Pour finir, on va se concentrer particulièrement sur la Chine.
04:33Est-ce que la Chine souffre plus qu'elle ne le dit ?
04:35En fait, moi, je voulais conclure par là,
04:38en disant qu'on entend beaucoup, comme toujours,
04:41on a une espèce de cynolâtrie parfois,
04:43ou de cynophascination,
04:44en disant finalement, c'est les Chinois les grands gagnants.
04:46Quand on regarde l'économie chinoise,
04:48ça devient quand même très difficile
04:49pour beaucoup de pans de l'économie.
04:52D'abord parce que lorsque vous avez construit une économie
04:54qui dépend de l'extérieur,
04:55qui dépend des exportations,
04:57et quand le reste du monde souffre,
04:58vous souffrez aussi.
04:59Et puis à l'intérieur,
05:00vous avez certes des stocks stratégiques,
05:02des stocks stratégiques de produits finis de pétrole.
05:05En revanche, les raffineurs, par exemple, chinois,
05:07les petits raffineurs chinois,
05:08souffrent beaucoup.
05:09Quand vous regardez le prix du méthylène,
05:10le prix du plastique,
05:11le prix d'un certain nombre de composants
05:13dérivés directement du pétrole,
05:14mais qui ne sont pas le gasoil,
05:16l'essence, le kérosène dont tout le monde parle,
05:18effectivement, vous avez des chocs très importants
05:20sur l'économie chinoise.
05:21Donc, elles souffrent plus que ce qu'on veut bien en dire.
05:24Et en plus, la Chine,
05:26ce qu'elle aime bien,
05:26c'est quand même un environnement qui est stable.
05:28Oui, mais pourtant, elle s'adapte très, très vite.
05:29Elle sait faire ça, quand même.
05:31Alors, elle s'adapte,
05:32mais ce n'est pas l'agilité
05:34dans le cadre d'une économie
05:36qui est quand même centralisée démocratiquement,
05:38comme on disait dans notre jeune temps.
05:40Ce n'est pas nécessairement la première de ses qualités.
05:43Elle est très forte pour définir un cap
05:45et mettre toutes ses forces là-dessus.
05:47La question maintenant,
05:48c'est est-ce que dans un monde qui bouge
05:50minute par minute,
05:51est-ce qu'elle va réussir à s'adapter suffisamment vite
05:53avec suffisamment d'agilité ?
05:54Le capitalisme, pour ça,
05:55le vrai avec du libéralisme,
05:56ce n'est pas mal non plus.
05:57Merci beaucoup, Wilfried Galland,
05:58directeur général adjoint de Montpensier,
06:00d'avoir été dans le débrief
06:02de cette matinale de l'économie.
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