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Jean-Baptsite Rivoire, journaliste d'investigation, ancien de Canal + et fondateur de Off Investigation, est présent en commission de la culture sur les médias en ligne. Il y est questionné sur tout un tas de sujet : utilité et accessibilité de subventions publiques, rôle des organismes encadrants, confiance dans les médias mainstream.

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Sources
Commission Rivoire https://videos.senat.fr/video.5775616_69d5327b5148a.medias-en-ligne--disclose-mediapart-et-offinvestigation?timecode=4822000
Musique https://www.youtube.com/watch?v=39PVEaSytpo

Réponses au quiz de fin :

/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
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Quelle proportion des français ne croient plus les journalistes ?
70%.

Qu'est-ce qui a accentué la mainmise du pouvoir en place sur l'audiovisuel public ?
La suppression de la redevance télé.

Quel est le milliardaire qui reçoit le plus d'aide à la presse ?
Bernard Arnault, 22 millions d'aides en 2020. (C'est bien sur un raccourci de dire ça, ce sont les médias qui lui appartiennent qui reçoivent ces aides.)

#rivoire #politique #journalisme #média #extrait #ethiqueettac

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Par ailleurs, pour dire un tout petit mot sur l'ARCOM, moi j'ai été en contact avec le CSA
00:03pendant des années, quand j'étais en placard à Canal+, et ensuite parfois avec l'ARCOM.
00:08Cette instance n'a pas pu protéger le journalisme en France à la télévision.
00:13Quand un patron de chaîne de télévision qui veut signer des contrats avec un dictateur africain fait fabriquer sur sa
00:19chaîne du public reportage pour ce dictateur,
00:21tout en faisant supprimer un reportage qui gêne ce dictateur parce qu'il montre que son peuple est dans la
00:24rue, qu'il a fait tirer sur son peuple.
00:25Quand t'as pas 30 chaînes fait ça en France, il se passe rien à part un article dans les
00:30jours, médias indépendants.
00:31Donc si vous voulez, moi l'ARCOM et le CSA, je sais pas combien ça coûte, mais des fois on
00:34se demande à quoi ça sert.
00:35Donc une nouvelle instance, pour faire quoi ? Avec quelle confiance ? Franchement.
00:46Pour aller dans le même sens, je sais pas quel pourcentage des aides à la presse vont entre les poches
00:50de 5 milliardaires extrêmement riches dont le métier n'est pas l'information.
00:53Mais moi je suis encore plus radical. Je pense que c'est extrêmement malsain que l'information soit contrôlée en
00:58France par des gens dont c'est pas le métier
01:00et qui utilisent les médias dont ils prennent le contrôle pour faire soit arranger leur business en Afrique, soit favoriser
01:08tel ou tel homme politique dont ils attendront en retour un avantage.
01:12Enfin c'est ça, on est dans un conflit d'intérêts géant dans la presse française. Le système informationnel français
01:16est profondément malade.
01:17Je sais pas si vous le mesurez, enfin moi je le perçois comme ça, profondément malade. Il y a une
01:21crise de confiance inédite avec les citoyens qui est absolument lunaire.
01:24Je veux dire quand 70% des gens de ce pays ne croient plus les journalistes. Je sais pas si
01:27vous voyez la gravité de ce qui se passe.
01:28Ça veut dire qu'ils vont croire qui demain s'ils croient plus les journalistes ? Ils vont croire des
01:32influenceurs, des complotistes, des gens qui racontent n'importe quoi.
01:34C'est ça qui se passe aujourd'hui en France. Donc là il y a un problème majeur qui se
01:38situe pour moi dans les 90% des médias contrôlés, soit par l'État,
01:43parce que la mainmise de la Macronie sur l'audiovisuel public s'est accentuée depuis la fin de la redevance
01:47en 2022.
01:48Il faut maintenant que les patrons de l'audiovisuel public aillent mendier un budget tous les ans.
01:52Donc aujourd'hui c'est Emmanuel Macron, demain ça sera acquis. Enfin c'est extrêmement malsain et nos confrères de
01:57l'audiovisuel public en souffrent beaucoup.
01:59Et dans les grands médias privés, encore une fois, les industriels qui utilisent les médias, ils sont tout le temps
02:03dans des rapports d'intérêt avec l'État.
02:05En France, un grand industriel peut difficilement travailler sans avoir des rapports avec l'État, quoi qu'on dise les
02:08uns et les autres.
02:09Donc c'est extrêmement malsain. Et cette crise de confiance auprès de la population, elle est majeure, elle est spectaculaire.
02:14Nous, on essaye de retisser un lien de confiance pour dire que les gens nous renvoient à quelque chose d
02:17'extrêmement favorable en disant
02:18« Mais enfin, on sent que vous avez le droit de dire les choses ». Et les gens, ils n
02:21'attendent que ça.
02:22Les Français, ils détestent pas les journalistes. Ils détestent les gens qui sont inféodés à des intérêts qui sont par
02:28la presse.
02:28Mais je veux dire, quand les gens, ils se font le travail, ils sont applaudis.
02:30Donc moi, les aides à la presse, c'est vrai qu'est-ce que vous voulez dire ?
02:33À part ce moment où 80 ou 90% de ces millions d'euros pris dans les poches des Français
02:36vont entre les mains de personnes qui bactisent tout le temps avec le Président,
02:40ça peut pas fonctionner. Moi, je suis encore plus direct.
02:44À part un exemple pour un film en production sur l'histoire politique des guignols de l'info,
02:49l'histoire secrète de cette émission de Canal un peu mythique qui a duré 30 ans et qui s'est
02:52terminée en 2018,
02:53à part ça, tous nos projets proposés au CNC ont été refusés. Je donne trois exemples.
02:59Sex Connection de l'Empire TF1 au système Canal+, sur la prédation sexuelle dans les médias.
03:04On a eu beaucoup de sujets là-dessus cette année, ça veut pas dire qu'on s'intéresse qu'à
03:06ça, mais là, il y en a eu.
03:07Bon, ça a été non.
03:09Hanouna, show Intoxiculture du viol, sur l'animateur le plus réprimandé du PAF, ça a été non.
03:14Et une enquête sur les pressions sur l'humour politique dans l'audiovisuel public, ça a également été non.
03:21Et à la fin, le CNC nous a dit, écoutez, de toute façon, nous, nous ne sommes pas là pour
03:24financer ou subventionner des documentaires journalistiques.
03:27Donc pas de journalisme.
03:29Donc du coup, nous, on était un peu coincés parce que nous, c'est ce qu'on fait.
03:32Donc voilà, je sais que le CNC, dans le passé, a pu financer plein de documentaires à France Télévisions.
03:37Je me souviens notamment d'un sujet de France 5 où Bernard-Henri Lévy avait fait un documentaire sur son
03:40riad de Marrakech, sur France 5, si je me souviens bien.
03:43Donc beaucoup de choses ont été financées dans le passé.
03:45Mais nous, on nous dit non, pas de journalisme.
03:46Bon, ben du coup, donc on n'ira plus faire toc-toc au CNC.
03:49On a un autre quichet où on peut aller dire coucou.
03:52C'est ce qu'on appelle l'aide au pluralisme.
03:53Vous connaissez ça.
03:54Donc les aides à la presse.
03:56Alors là aussi, ça ne s'est pas très, très bien passé parce que d'emblée, ils nous ont dit
03:59en fait, les deux tiers de votre masse salariale ne peuvent pas être prises en compte dans les aides
04:02parce que ce sont des réalisatrices de documentaires qui ne sont pas assimilées à des journalistes.
04:07Alors c'est une distinction un peu complexe.
04:09Et donc les deux tiers ne sont pas pris en compte.
04:11Et donc finalement, on l'a obtenu une fois l'année dernière.
04:14Ça représentait 5% de notre chiffre d'affaires, ce qui est assez dérisoire.
04:18Et surtout, surtout, ces aides à la presse nous paraissent quand même assez critiquables dans leur forme actuelle
04:24puisque, comme vous le savez, elles consistent essentiellement à faire payer par les contribuables les médias souvent déficitaires de 4
04:31ou 5 milliardaires
04:32qui ont pris le contrôle de 90% des médias en France et qui font financer leurs journaux écrits par
04:36ce système.
04:37Celui qui reçoit le plus d'aides à la presse prises dans les poches des citoyens, je ne vous l
04:40'apprendrai pas,
04:41c'est donc Bernard Arnault qui a reçu en 2020, je crois, 22 millions d'euros d'aides.
04:45Nous, les médias indés, on a l'impression de recevoir quelques miettes.
04:48Et en plus, c'est de l'argent qui est pris dans la poche des Français sans leur demander leur
04:51avis
04:51pour financer des milliardaires souvent inféodés ou proches du président de la République.
04:54Donc ça nous paraît extrêmement discutable.
04:56Alors il ne faut pas les supprimer.
04:58Elles pourraient être plus transparentes, elles pourraient être plus justes.
04:59Mais dans leur fonctionnement actuel, elles nous paraissent extrêmement injustes,
05:02notamment pour nous qui essayons de refonder un peu l'information libre dans ce pays.
05:06Et du coup, je pense qu'on va faire comme Mediapart.
05:08En fait, on a décidé de ne plus aller chercher ces aides au pluralisme
05:11et de nous appuyer uniquement sur les citoyens.
05:14Parce qu'après tout, ils doivent avoir le droit de dire
05:17« je souhaite aider ou financer tel média que je lis » ou « je ne souhaite pas ».
05:22C'est important et ça nous permet d'être totalement indépendants.
05:26Après, pour finir, je voyais que vous voulez réguler un petit peu les médias numériques
05:30dont certains peut-être posent des problèmes, je ne sais pas.
05:33Mais moi, je vous suggérerais aussi de réguler un petit peu les procédures Bayon
05:37parce qu'on les subit quand même assez régulièrement.
05:40Alors comme disait Karine, c'est parfaitement normal que des gens puissent saisir la justice
05:43et se plaindre d'un contenu journalistique quand il y a matière à s'en plaindre.
05:45Il n'y a aucun problème avec ça.
05:47Mais évidemment, quand vous avez des millions d'euros,
05:49c'est beaucoup plus facile de missionner des avocats pendant des semaines, des années, etc.
05:53Et les médias comme nous, c'est des frais judiciaires extrêmement élevés.
05:57La justice n'est pas gratuite en France.
06:00Pour ne prendre qu'un seul exemple qui me concerne directement,
06:04je ne sais pas si vous savez, moi, quand j'ai quitté Canal en 2021,
06:06après 50 placards, pour arriver à être mis dans un plan social,
06:10on m'a imposé de signer de manière complémentaire une transaction
06:13où je promettais de ne jamais dire ce que j'avais vu
06:16que Vincent Bolloré avait fait à Canal+, pendant ces 5 années.
06:18Ni d'aller témoigner nulle part, ni d'aller dans des procès,
06:21ni de rien faire, ni de rien du tout, etc.
06:24Ça m'a paru tellement attentatoire, la liberté d'expression, surtout d'un journaliste,
06:29que quand Reporters sans frontières, à l'automne 2021,
06:31m'a demandé d'évoquer dans un documentaire comment les choses se passaient.
06:34Parmi 10 autres journalistes, j'ai décidé d'en parler.
06:37Je rappelle que Vincent Bolloré, à l'époque, assumait lui-même
06:39de régner par une certaine terreur dans ses médias.
06:42Il l'avait dit devant les salariés de Canal+.
06:44Donc j'ai fait que dire ça.
06:46Ça a suffi à déclencher un procès.
06:48Donc Canal+, me poursuit depuis 6 ans pour me demander 150 000 euros de remboursement.
06:52J'ai été condamné à le rembourser en première instance.
06:54La Cour d'appel de Versailles tranchera le 20 mai.
06:56Donc c'est pas grave, j'ai sécurisé l'argent.
06:58S'il faut, on remboursera, etc.
06:59Mais c'est pour vous dire qu'on vit sous ces espèces de pressions.
07:03Nous, on est un média indépendant de demain matin.
07:05S'il n'y a plus ça, il n'y a plus beaucoup de trésorerie.
07:06Donc on ne va pas discuter d'un cas particulier.
07:10Mais si vous voulez, les procédures baillants, c'est souvent, c'est beaucoup, c'est fatigant.
07:13Et le risque aussi, c'est que nous, on s'épuise au bout d'un moment.
07:15C'est-à-dire qu'à force de travailler 16 heures par jour en étant payé...
07:17Moi, je ne me suis pas payé les trois premières années.
07:19Maintenant, je me paye 1 500 euros par mois depuis quatre ans,
07:21parce que je crois à cette mission.
07:23Mais 16 heures par jour, c'est fatigant.
07:24C'est le week-end, la vie privée en prend un coup.
07:26Et on se demande un peu ce que la République peut faire
07:28pour nous aider à faire une information de qualité dans ce pays et indépendante.
07:32Ce n'est pas une question de droite-gauche.
07:33Je crois que tout le monde dans ce pays a envie que l'information soit un peu indépendante,
07:36qu'elle ne soit pas dépendante de tel ou tel actionnaire, annonceur publicitaire ou ministre.
07:40Je pense que tout le monde peut s'y retrouver.
07:41Mais nous, on est en train de souffrir.
07:42On n'a pas beaucoup d'aide.
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