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Coronavirus. Sans en prononcer le mot, le chef de l’Etat a annoncé le 16 mars le confinement de la France. Une gestion de crise qui n’échappe pas aux critiques. Le récit de Code source, le podcast du Parisien.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Il s'appuie sur les avis du Conseil scientifique, mais c'est à lui qu'il revient de trancher en
00:16dernier ressort.
00:17Aujourd'hui, Codesource continue de vous raconter comment le président Emmanuel Macron a géré la crise du coronavirus,
00:23des tout premiers cas détectés en France, au coup d'éclat de l'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn.
00:29Deuxième épisode avec Nathalie Chuc, du service politique du Parisien.
00:42Nathalie Chuc, on vous retrouve pour la suite de ce récit.
00:46Le jeudi 12 mars, Emmanuel Macron doit s'adresser à la nation.
00:49Quand il se réveille ce jour-là, est-ce qu'il sait ce qu'il va dire le soir même
00:53à la télévision ?
00:54Emmanuel Macron a une idée déjà de ce qu'il veut dire aux Français,
00:58parce que dans la nuit, se sont passées quand même des choses assez lourdes.
01:01Depuis quelques heures, on a entendu le professeur Jérôme Salomon avouer pour la première fois aux Français
01:05qu'on allait vers un scénario à l'italienne.
01:08On a entendu aussi Angela Merkel dire que 60 à 70% de la population allemande
01:13pouvait être touchée par le coronavirus.
01:15Et surtout, Donald Trump, dans la nuit, a pris une décision choc d'interrompre les avions
01:21entre l'Amérique et l'Europe, ce qui est une décision absolument brutale.
01:24On se réveille ce matin-là dans un autre monde et Emmanuel Macron, pour fonder sa décision,
01:29décide de tenir deux réunions.
01:31Une première réunion avec son conseil scientifique pour avoir son avis.
01:35Il leur pose la question, nous devons tenir dimanche le premier tour des élections municipales.
01:40Est-ce raisonnable ? Quelle est votre recommandation ?
01:42Et quelles sont les mesures que nous devons prendre face à la propagation de l'épidémie ?
01:47Et ensuite, il se réunit autour d'un déjeuner avec la poignée de ministres
01:51qui composent son conseil de défense.
01:53Et quelle est la décision ?
01:55Alors c'est très compliqué pour Emmanuel Macron de trancher,
01:57parce qu'il se retrouve face notamment à un conseil scientifique
02:00qui lui dit qu'il n'y a absolument aucun souci, s'agissant des municipales,
02:04ça n'est pas plus dangereux d'aller voter que d'aller faire ses courses.
02:07Et le conseil scientifique, dont les décisions sont désormais rendues publiques,
02:12a aussi une remarque qui sort complètement du champ de la science.
02:16Il dit au président de la République, faites attention à une chose,
02:18une annulation du premier tour des élections pourrait être perçue comme un calcul politique
02:23alors que votre parti n'est pas en situation favorable.
02:26Et ça, ça va beaucoup éclairer la décision d'Emmanuel Macron
02:29qui, à titre personnel, était plutôt favorable au report de l'élection municipale.
02:35Et il était en phase en cela avec François Bayrou,
02:38qui est très proche du président de la République,
02:39qui n'arrêtait pas de lui dire qu'il fallait absolument annuler ce premier tour des élections.
02:44Édouard Philippe, lui, avait tout de suite compris en fin politique
02:47que ça risquait de provoquer une énorme polémique avec l'opposition de droite.
02:50Donc, c'est très compliqué de trouver la bonne balance.
02:54Emmanuel Macron, après le déjeuner, s'enferme dans un bureau avec ses conseillers,
02:59sa garde rapprochée.
03:00Dans la pièce, il y a son conseiller spécial, Philippe Grandjon,
03:04il y a évidemment le secrétaire général de l'Élysée, Alexis Collère,
03:07qui est vraiment l'ombre d'Emmanuel Macron,
03:09son adjointe qui s'appelle Anne de Bézeur,
03:11et il y a sa plume, Jonathan Guémas,
03:13et une personne qui, traditionnellement, n'est pas là,
03:16c'est Édouard Philippe, auquel le président a demandé de venir pour l'aider
03:20et donc d'annuler le meeting qu'il devait tenir le soir même mois.
03:25Est-ce qu'Emmanuel Macron consulte les principaux leaders de l'opposition ?
03:28Il n'y a pas de consultation, en bonne et due forme, des leaders de l'opposition.
03:32En revanche, ce qu'il se passe, c'est que, fuite dans la journée, par la presse,
03:36l'hypothèse d'une annulation du premier tour des élections, d'un report.
03:40Tout de suite, la droite monte au créneau immédiatement.
03:42Le président du Sénat décroche son téléphone, fait savoir qu'il en est absolument hors de question.
03:47Toute la droite, tous les républicains crient au coup politique,
03:51au coup d'État même carrément, c'est ce qu'on entend.
03:53Et ça, c'est de nature à faire plier Emmanuel Macron.
03:57Emmanuel Macron doit enregistrer son intervention ?
04:00Emmanuel Macron avait prévu, de façon à ce que ça soit plus propre, plus fluide,
04:05d'enregistrer l'intervention comme il le fait souvent, quelques minutes avant 20h,
04:09de façon à avoir un filet de sécurité pour éventuellement se reprendre,
04:12si jamais il trébuchait, dérapait sur un mot.
04:16Or là, le discours est tellement compliqué à écrire que jusqu'à la dernière minute,
04:20avec Grandjouan, avec Colère, avec Edouard Philippe,
04:22on rature, on change un paragraphe, on change un mot, on arbitre jusqu'au bout,
04:27si bien que les horloges de l'Elysée finissent par montrer qu'on se rapproche de 20h,
04:31le président prend une décision, il va y aller sans filet, en direct.
04:38Il est 20h, le nombre de personnes contaminées en France a doublé en 72h,
04:42repassant à plus de 2800 cas.
04:44Emmanuel Macron s'adresse aux Français.
04:47Françaises, Français, mes chers compatriotes,
04:51depuis quelques semaines, notre pays fait face à la propagation d'un virus,
04:56le Covid-19 qui a touché plusieurs milliers de nos compatriotes.
05:00Le visage est grave, vraiment solennel.
05:03C'est sans doute l'intervention la plus importante de tout son carcana,
05:06bien plus importante encore que celle qu'il avait faite en décembre 2018,
05:09au pire de la crise des Gilets jaunes.
05:11Cette épidémie est la plus grave crise sanitaire
05:15qu'ait connue la France depuis un siècle.
05:17Là vraiment, le président sait qu'on parle de vie, qu'on parle de mort,
05:21on ne parle même pas d'économie qui va s'écrouler, là c'est la vie, c'est la mort,
05:24et il prend plusieurs décisions, la plus importante étant...
05:28Dès lundi, et jusqu'à nouvel ordre,
05:31les crèches, les écoles, les collèges, les lycées et les universités seront fermées.
05:38C'est une mesure qui n'a jamais été prise depuis le début de la Deuxième Guerre mondiale.
05:42Il annonce aussi des mesures de soutien à l'économie,
05:45il annonce également que le premier tour des municipales est maintenu.
05:49Il a finalement décidé de ne pas ajouter, comme il dit, une crise politique à la crise sanitaire.
05:56Reporter les élections municipales, c'était avoir une bronca absolue avec la droite.
06:00Le président s'est dit que, dans cette séquence, il ne pouvait pas se le permettre.
06:06Près de 25 millions de personnes suivent cette allocution, toutes chaînes confondues.
06:11C'est un record pour un discours présidentiel.
06:14Les deux jours qui suivent, le Premier ministre Edouard Philippe se charge d'annoncer de nouvelles mesures drastiques.
06:19Le samedi soir, on passe au stade 3 de l'épidémie.
06:21Edouard Philippe qui annonce également des mesures plus restrictives.
06:26La fermeture a compté de ce soir minuit, de tous les lieux recevant du public, non indispensables à la vie
06:35du pays.
06:36Il s'agit notamment des restaurants, cafés, cinémas, discothèques.
06:44Les lieux de culte resteront ouverts, mais les rassemblements et les cérémonies devront être reportés.
06:51Il s'agit également de tous les commerces, à l'exception des commerces essentiels.
06:57Resteront notamment ouverts les magasins et marchés alimentaires, les pharmacies, les stations essence, les banques et les bureaux de tabac
07:07et de presse.
07:13Nathalie Chuc, pourquoi avoir choisi d'étaler ces annonces dans le temps ?
07:17C'est la grande question. Pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont décidé de faire cette mancheté
07:22en charge très progressive,
07:23alors même qu'on a à nos portes notre voisin italien, qui nous sert un petit peu d'exemple de
07:29ce qu'il faudrait faire et surtout d'exemple de ce qui nous attend ?
07:32On a un décalage qui est estimé entre 4 à 8 jours et donc on sait que la vague va
07:38nous arriver dessus aussi.
07:39Et de façon étonnante pour certains nombres de médecins qui s'en offusquent même publiquement,
07:45le président et le premier ministre décident de faire une montée en charge des mesures de restriction des libertés extrêmement
07:51progressives.
07:52Alors quand on interroge sur ce sujet, les proches d'Emmanuel Macron disent qu'il ne voulait pas subir un
07:57procès en autoritarisme.
07:59On l'a déjà accusé d'être un dictateur, ça l'avait piqué à vif.
08:01Et ce qu'on entend beaucoup aussi dans les arcanes du pouvoir, c'est nous ne sommes pas la Chine,
08:06nous ne sommes pas non plus une dictature,
08:09ce n'est pas l'Union soviétique, on ne fait pas n'importe quoi avec les libertés publiques.
08:13Ça agace énormément au sein du gouvernement et à l'extérieur ceux qui sont partisans d'une méthode forte,
08:19c'est-à-dire qu'autour du président, un certain nombre de gens lui disent qu'il faut aller tout
08:22de suite vers un confinement généralisé,
08:24état d'urgence, couvre-feu dès 18 heures, pourquoi pas les pleins pouvoirs en vertu de l'article 16 de
08:28la Constitution.
08:29Et ça, ça les agace beaucoup parce qu'ils se disent qu'on perd du temps.
08:32Le conseil scientifique autour d'Emmanuel Macron, notamment dans son avis du 12 mars, fait une remarque extrêmement importante.
08:39Il dit au président de la République, le nombre de cas double tous les 4 à 5 jours,
08:43ce qui veut dire que chaque jour perdu est un jour de retard pris par rapport à la propagation de
08:48l'épidémie.
08:51Le dimanche 15 mars, premier tour des élections municipales, en dépit de l'interdiction des rassemblements de plus de 100
08:56personnes,
08:56Emmanuel Macron se rend au touquet avec son épouse Brigitte pour voter.
09:01On va continuer à sortir pour prendre l'air.
09:03Et donc, il était légitime, et d'ailleurs notre comité scientifique nous l'a redit hier,
09:07de pouvoir sortir pour aller voter en prenant les précautions d'usage.
09:10Cette crise, nous la traverserons en étant responsables ensemble et chacun.
09:16Chacun pour soi et pour les autres.
09:20La participation va être historiquement faible.
09:23Dans le même temps, Emmanuel Macron reçoit sur son téléphone portable des photos qui l'inquiètent.
09:27Toute la journée, venant d'amis, de proches, des photos de Parisiens en goguette, dans les parcs,
09:32flânant sur les quais de la Seine, au soleil.
09:35Un petit peu comme s'il y avait un petit air de vacances scolaires qui flottait dans l'air
09:40depuis la décision du président d'annoncer la fermeture de tous les établissements scolaires.
09:43Comme si surtout les gens n'avaient pas compris le message.
09:47Un de ses proches nous dit à ce moment-là,
09:49vous vous rendez compte quand même qu'on a envoyé le président de la République à la télé
09:52avec le maximum de solennité.
09:55On a envoyé le Premier ministre annoncer la fermeture de tous les lieux de loisirs.
09:59Et que font les Français ?
10:00Ils continuent à se balader comme s'il n'y avait pas une menace mortelle qui planait sur nous.
10:05Il se passe une scène assez étrange ce jour-là.
10:08En rentrant du Touquet, la première dame, Brigitte Macron,
10:10qui aime beaucoup marcher, qui a besoin de marcher parce qu'elle étouffe à l'Elysée,
10:14elle décide d'aller marcher avec ses gardes du corps sur les quais de la Seine.
10:17Et elle croise beaucoup de badauds qui veulent s'approcher d'elle.
10:20Et à chaque fois, elle leur dit non, non, non, rappelez-vous,
10:22un mètre de distance, il faut rester à distance respectable.
10:25Et elle confie à plusieurs de ses proches,
10:27non mais est-ce que tu te rends compte ?
10:28Les gens se baladent comme s'il ne se passait rien.
10:31Elle est elle-même sidérée.
10:40Le soir du premier tour des municipales,
10:42beaucoup de soirs électoraux sont annulés.
10:44Et sur les plateaux télé, l'atmosphère est très particulière.
10:46Personne ne pense aux municipales.
10:48Tout le monde se fiche des municipales comme d'une guigne.
10:51Alors les experts en expertise municipale
10:54sont dans des argusies déjà juridiques
10:56pour savoir si le second tour pourra se maintenir
10:58et qu'est-ce qu'on pourra considérer le premier tour comme valide.
11:01Mais en vérité, autour des tables, sur les plateaux télé,
11:04les ministres qui sont invités,
11:06n'a aucune préoccupation,
11:07c'est le fait que les Français n'ont pas compris du tout ce qui se passe
11:11et qu'il va falloir aller extrêmement rapidement
11:13sur des mesures beaucoup plus dures.
11:14La préoccupation d'un ministre, par exemple,
11:17qui était sur un plateau télé,
11:18c'était de se dire, mince,
11:19mais je suis à moins d'un mètre de tous mes interlocuteurs.
11:21On se met en danger.
11:23Les Français sont en danger.
11:24Il faut agir maintenant vite.
11:25Le temps presse.
11:26À Paris, la candidate du parti présidentiel, Agnès Buzyn,
11:29termine loin derrière Anne Hidalgo
11:31et troisième derrière Rachida Dati.
11:33C'est un coup dur pour elle et pour La République En Marche ?
11:35C'est une gifle.
11:36C'est une gifle absolue pour Agnès Buzyn.
11:38Elle se voyait vraiment maire de Paris.
11:40Elle était persuadée qu'elle avait une telle cote d'amour,
11:44une telle cote de confiance,
11:46qu'elle pouvait réussir à enfoncer ses deux adversaires.
11:48Elle arrive troisième, c'est une gifle.
11:50Elle en tire immédiatement une conséquence
11:52qui va absolument stupéfaire toutes ses équipes de campagne.
11:55Elle se retire.
11:56Elle part.
11:57Et ce n'est pas une politique, Agnès Buzyn.
11:59Elle n'est pas du tout préparée à ça.
12:01Elle commence à rentrer à ce qu'on appelle la décompensation.
12:04Tous les élus qui ont perdu des élections connaissent ça.
12:07Elle tape une grosse déprime monumentale
12:09et ça va avoir des conséquences assez redoutables.
12:12Le gouvernement est très critiqué
12:13pour avoir maintenu le premier tour de ce scrutin.
12:16Que fait Emmanuel Macron le lendemain
12:19pendant la journée du lundi 16 mars ?
12:21Pour le président, les choses sont claires.
12:23Il n'est plus question de reculer.
12:24Il faut annoncer une quarantaine en France.
12:27Il faut que les gens restent chez eux.
12:30C'est le slogan.
12:31Donc il convoque les ministres du Conseil de défense
12:34à l'Elysée pour décider avec eux
12:36comment il va prendre ses mesures.
12:38Et le soir même, il intervient de nouveau
12:40à la télévision pour dire aux Français
12:42que cette fois, le temps est venu de rester chez eux.
12:47Il est 20h.
12:48Emmanuel Macron s'adresse donc à la nation
12:50pour la deuxième fois en moins d'une semaine.
12:52Et donc ce qu'il annonce,
12:53sans prononcer le mot,
12:55c'est un confinement du pays.
12:56Le second tour des municipales est reporté.
12:58Les réformes sont suspendues,
13:00y compris la réforme des retraites.
13:01Et il martèle cette phrase,
13:03Nathalie Chuc,
13:04nous sommes en guerre.
13:05Oui, c'est une guerre.
13:06C'est une guerre sanitaire.
13:07En fait, le président, ce soir-là,
13:09décide de ne pas prononcer le mot confinement.
13:12Pourquoi ?
13:12Avec ses conseillers,
13:13il y a eu tout un débat
13:14pour savoir s'il fallait dire ce mot ou pas.
13:15Or, il a été jugé beaucoup trop imprécis.
13:18À l'Elysée, on s'est dit
13:19que le mot confinement,
13:20ça pouvait vouloir dire emprisonnement,
13:22ça pouvait vouloir dire rationnement, pénurie.
13:24Donc c'était peut-être de nature
13:26à susciter une forme de panique.
13:28Donc le président a préféré adopter
13:29la posture du chef de guerre
13:31et donc prononcer six fois la phrase.
13:33Nous sommes en guerre.
13:35De façon à vraiment marquer les esprits
13:37pour que les gens comprennent.
13:38Nous ne luttons ni contre une armée
13:40ni contre une autre nation.
13:42Mais l'ennemi est là,
13:43invisible, insaisissable, qui progresse.
13:46Et cela requiert notre mobilisation générale.
13:50Est-ce qu'il réussit cette intervention ?
13:52Non, clairement, cette intervention n'est pas réussie.
13:54On voit tout de suite s'afficher le visage du président.
13:57L'air très grave,
13:58les traits, par ailleurs, assez tirés.
14:00Et l'intervention est trop longue.
14:02C'est-à-dire qu'elle se dilue dans le temps.
14:04Elle fait 21 minutes.
14:05Le président ne prononce donc pas
14:07ce fameux mot de confinement
14:08au risque de brouiller un petit peu les pistes.
14:10Il a cette phrase un peu malheureuse
14:12où il explique aux Français
14:13qu'on pourra quand même sortir,
14:15faire un peu de sport.
14:16Donc, au sortir de cette intervention,
14:19beaucoup de gens s'interrogent.
14:20Mais en fait, qu'est-ce qu'on a le droit de faire
14:21ou pas faire ?
14:22C'est la guerre, mais pas trop.
14:24On peut quand même aller faire du footing,
14:25tout va bien.
14:26Et surtout, ce qui va venir poser problème,
14:28c'est que l'Élysée avait décliné
14:30un plan de communication
14:30qui fonctionnait plutôt bien,
14:32qui consistait à ce que le président parle
14:34et très rapidement
14:35à ce que le ministre de l'Intérieur,
14:37Christophe Castaner,
14:38intervienne pour préciser aux Français
14:40ce qui était autorisé ou pas
14:41en matière de confinement.
14:42Or, il va se passer plus de deux heures
14:45avant que Christophe Castaner s'exprime.
14:47Donc, ça arrive un peu tard.
14:49Il y a une espèce de flou
14:50qui s'installe dans la soirée.
14:51Mais toujours est-il que les mesures
14:53ont été annoncées.
14:54Elles sont là.
14:55Les gens ont compris.
14:56Maintenant, il va s'agir de rester dans sa maison.
15:00Le lendemain, le 17 mars,
15:02Agnès Buzyn revient sur son échec
15:03dans une interview accordée au journal Le Monde.
15:05On comprend qu'elle abandonne
15:07les municipales à Paris
15:07et surtout, elle fustige la réaction
15:10d'Emmanuel Macron et du gouvernement
15:11face à l'épidémie.
15:13Alors, ça, c'est une bombe politique.
15:15Agnès Buzyn dit que tenir les élections
15:17était une mascarade.
15:18Elle révèle qu'elle a prévenu
15:20le Premier ministre
15:20que l'épidémie allait se transformer
15:23non pas en vague, mais en tsunami.
15:25Et surtout, qu'elle lui a dit
15:26que les élections municipales
15:27ne pourraient pas même se tenir.
15:29Alors, autour d'Emmanuel Macron
15:30et d'Edouard Philippe,
15:31tout le monde est stupéfait
15:32et surtout, dans une colère noire.
15:35C'est-à-dire qu'on entend des proches
15:36du Premier ministre nous dire
15:37« Elle est irresponsable, elle est folle »
15:39et surtout, elle est en pleine déprime,
15:42en pleine décompensation.
15:43Ce qu'elle dit est totalement faux.
15:45Expliquez-nous la cohérence de quelqu'un
15:47qui décide d'abandonner le navire
15:49en pleine tempête
15:50alors qu'elle sait qu'une crise épidémique arrive
15:52pour aller à une élection
15:54dont elle sait qu'elle n'ira pas à son terme.
15:56Les mots sont extrêmement brutaux,
15:57très durs.
15:58Et l'icône Agnès Buzyn
16:01s'écroule d'un seul coup.
16:03Mais les partisans de la méthode forte,
16:04en revanche, au sein du gouvernement,
16:06ceux qui plaident de longue date
16:07pour des mesures dures,
16:08disent « Voilà, ce qu'elle dit, on le savait. »
16:11C'est un coup dur pour Emmanuel Macron ?
16:14C'est dur parce qu'en fait,
16:15ça vient appuyer sur le procès
16:18qui est fait dans une partie de la majorité
16:20et de la classe politique
16:21au président de la République,
16:22d'avoir un peu la main qui tremble
16:24dans cette crise.
16:24De ne pas décider des mesures
16:26de confinement assez rapides
16:28et d'avoir peut-être perdu du temps
16:30entre 10 et 15 jours
16:31pour essayer d'endiguer la vague épidémique.
16:34Agnès Buzyn fait un peu office
16:36de lanceur d'alerte pour dire
16:37« On savait, mais d'une certaine façon,
16:41c'est comme si elle disait
16:42« Nous n'avons pas appliqué
16:43le principe de précaution.
16:45Nous avons cru que la vague n'allait pas arriver.
16:47Nous avons cru que nous étions protégés. »
16:50Et certains experts en gestion de crise
16:52disent clairement à ce moment-là
16:54« Eh bien, on n'a pas voulu prendre
16:55des mesures autoritaires.
16:56On a fait de la gaudille,
16:58on a fait de la gestion entre deux.
17:00Résultat des courses,
17:01la vague nous arrive dessus
17:02et on ne s'y est pas préparé suffisamment. »
17:08Emmanuel Macron, avec ses deux interventions,
17:10voulait un peu se présenter
17:11en père de la nation,
17:12d'une nation en guerre
17:13contre un virus.
17:14C'est raté ?
17:15Une de mes sources me disait
17:17« Il a voulu être le père de la nation
17:19et il en a plutôt été le grand frère. »
17:22C'est-à-dire que le père de la nation protège
17:24et parfois il est amené à sévir
17:25si les enfants ne font pas ce qu'il faut.
17:28Et le président a plutôt été un grand frère
17:30qui n'a pas voulu brusquer les Français.
17:32C'est ce qu'on entend beaucoup
17:33chez les voix critiques de la majorité.
17:35Il a considéré un peu que les Français
17:37étaient des enfants
17:38à qui on ne pouvait pas dire la vérité.
17:40L'exemple est cité notamment
17:41dans son intervention du président de la République
17:43qui annonce qu'il va falloir rester à domicile,
17:46sans parler de confinement,
17:47pour 15 jours au moins.
17:49Tous les experts à ce moment-là
17:50expliquent d'ores et déjà
17:52que 15 jours ne suffiront pas,
17:54que ce sera au minimum un mois,
17:55voire plus,
17:56le temps d'écréter un peu
17:58la courbe de l'épidémie
17:59et de pouvoir la traiter
18:01et d'éviter que les services
18:02de réanimation hospitalier soient engorgés.
18:09Merci à Nathalie Chuc.
18:15Codesource est le podcast d'actualité du Parisien,
18:18disponible chaque soir du lundi au vendredi.
18:20N'oubliez pas de vous abonner
18:22sur votre application de podcast préférée
18:24comme Apple Podcast ou Podcast Addict.
18:27Cet épisode de Codesource a été conçu
18:29et préparé par Thibaut Lambert,
18:30production Raphaël Pueyo,
18:32réalisation Alexandre Ferreira.
18:35Et puis n'hésitez pas à nous écrire directement
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