- il y a 9 heures
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Le gouvernement promet d’ici à trois ans une relocalisation de la production de paracétamol en France. Code source décrypte le problème chronique des molécules régulièrement indisponibles.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:10La France veut relocaliser la chaîne de production du paracétamol d'ici trois ans.
00:16Vous avez peut-être entendu cette info.
00:18Le jeudi 18 juin, le président Emmanuel Macron a promis 200 millions d'euros pour aider aux relocalisations.
00:24L'avenir dira s'il s'agit d'un effet d'annonce ou non.
00:27En tout cas, la crise du coronavirus vient de remettre en lumière ce problème ancien.
00:32Chaque année en France, des centaines de médicaments viennent à manquer,
00:36et souvent des médicaments essentiels comme des anticancéreux.
00:40Cet épisode de Codesource est raconté par Florence Méréo, spécialiste santé au Parisien.
00:48Le mardi 17 mars, c'est le début du confinement en France,
00:51et dès le lendemain, les autorités sanitaires choisissent de restreindre la vente d'un médicament incontournable.
00:57C'est le paracétamol, c'est le médicament que l'on a tous ou presque chez nous.
01:02C'est du doliprane, du dacalgan, des effets ralgan.
01:06Le paracétamol, c'est le médicament le plus vendu en France.
01:09Il y en a presque un milliard de boîtes qui s'en écoulent chaque année.
01:12La NSM, on peut résumer en disant que c'est le gendarme du médicament en France,
01:16va annoncer un rationnement ou tout du moins une restriction.
01:19C'est-à-dire que lorsque vous allez en pharmacie, vous n'avez le droit d'acheter qu'une seule
01:23boîte,
01:24maximum deux, si vous êtes malade.
01:26Et ces restrictions, elles vont perdurer jusqu'au moins le 10 juillet.
01:29C'est bien pour qu'il en reste, mais je suis un peu choquée, étonnée.
01:33C'est bien, c'est pour rationner un peu tout le monde.
01:37Mais ça aurait été bien qu'ils donnent des masques aux gens aussi.
01:40Pourquoi cette mesure ?
01:41Tout simplement par peur de pénurie.
01:44Rappelez-vous, nous sommes mi-mars, donc en pleine épidémie de coronavirus,
01:48et qu'est-ce que ça traite le paracétamol ?
01:50Ça soulage les maux de tête et ça va abaisser la fièvre,
01:53c'est-à-dire tous les symptômes légers du coronavirus.
01:56On a d'un côté le risque que les Français se ruent sur le paracétamol
02:01afin d'en faire des stocks en cas de Covid-19.
02:04Et de l'autre côté, vous avez des autorités qui craignent
02:07que l'approvisionnement en paracétamol ne se fasse pas en pharmacie.
02:10Pourquoi ? Parce qu'en fait, et ça on le sait peu,
02:12le paracétamol s'est produit majoritairement en Chine,
02:16et particulièrement dans la province du Hubei,
02:18donc la province qui a été le premier épicentre de l'épidémie de coronavirus,
02:22et en Inde, un pays qui lui aussi va être touché de plein fouet par le coronavirus.
02:27A quel moment est-ce qu'on peut dire qu'un médicament est en pénurie ?
02:30Un médicament est en pénurie lorsqu'il n'est plus disponible,
02:33mais on va parler de rupture d'approvisionnement
02:35lorsque 72 heures après avoir passé une commande de molécules,
02:39celle-ci n'est toujours pas disponible.
02:41Concrètement, le gouvernement a peur à ce moment-là de manquer de paracétamol ?
02:44Oui, c'est un risque effectivement de manquer de paracétamol en France,
02:47puisque s'il ne peut plus être approvisionné depuis la Chine ou depuis l'Inde,
02:51il ne peut pas arriver dans nos pharmacies.
02:52C'est le seul médicament menacé ?
02:54Non, pas du tout, et c'est même le début des grandes galères pour les hôpitaux,
02:58et notamment des services réanimation,
03:00dont vous savez qu'ils sont pleins à ce moment-là de patients qui souffrent du coronavirus,
03:05et les médecins vont commencer à manquer de sédatifs,
03:08c'est-à-dire ce qui va aider à plonger le patient dans le coma.
03:12On ne parle pas encore de rupture, mais la situation inquiète en Ile-de-France.
03:17Les stocks s'amenuisent très vite,
03:19alors que les structures franciliennes s'attendent à un pic de patients Covid-19 dans les prochains jours.
03:24Ils vont manquer de curare, c'est ce qui sert à relâcher les muscles afin de faciliter l'intubation.
03:29Ils vont manquer de dérivés de morphine, donc pour soulager la douleur,
03:32et il y a un risque également sur les antibiotiques.
03:35À quoi ça ressemble du coup à ce moment-là le quotidien pour les médecins concernés dans les hôpitaux ?
03:39C'est un petit peu la débrouille,
03:40c'est-à-dire que les médecins vont regarder quasiment demi-journée par demi-journée
03:44quel sont l'état de leur stock.
03:45Ils vont demander à d'autres services s'ils peuvent se procurer des médicaments,
03:49et il y a même des médicaments qui arrivent d'autres hôpitaux de France,
03:53notamment dans les services les plus en souffrance,
03:55donc ceux de la région parisienne et ceux du Grand Est.
03:58Ils ont un discours qui est assez inquiétant,
04:00certains me parlent de fin de mois difficile,
04:02un médecin me dit qu'il est devenu très radin sur les médicaments,
04:06un autre me dit que l'angoisse le tenaille de moins bien soigner ses patients.
04:10C'est-à-dire qu'au moment où ils doivent traiter un influx de patients,
04:13ils doivent se battre chaque jour pour trouver des médicaments ?
04:16Oui, c'est ça, et en tout cas il y a cette peur qui est là de ne pas avoir
04:18assez de médicaments,
04:20et des médicaments, encore une fois, qui sont des médicaments essentiels,
04:22c'est-à-dire qu'on ne peut pas plonger un patient dans le coma s'il n'y a
04:24pas de sédatif.
04:33Le 16 avril, Florence Méréo, vous rappelez dans le fait du jour,
04:38le dossier du Parisien, la une et les deux premières pages,
04:40que ces problèmes d'approvisionnement ne sont pas apparus avec la crise sanitaire.
04:45Non, il y a un effet loupe avec l'épidémie sur un problème qui est récurrent en France.
04:50Chaque année, on le sait peu, mais il y a plus de 850 médicaments qui viennent à manquer.
04:54La crise du coronavirus, elle nous a un petit peu mis en pleine figure toutes nos faiblesses,
05:00et la première d'entre elles, c'est que nous sommes extrêmement dépendants des autres
05:03pour l'approvisionnement de nos médicaments.
05:05Alors on va remonter le temps pour comprendre pourquoi les médicaments sont régulièrement en pénurie.
05:11On va interroger dans quelques minutes le professeur Rémi Salomon de la PHP.
05:16D'abord, Florence Méréo, il faut revenir 40 ans en arrière.
05:20Comment sont fabriqués les médicaments dans les années 70-80 ?
05:23À cette période-là, c'est l'Europe qui fabrique ces médicaments.
05:26Il y a 60 à 80% des molécules qui sont fabriquées sur le continent.
05:30Donc que ce soit de la recherche à la fabrication, c'est majoritairement produit dans l'Union européenne.
05:36Au début des années 1990, les fabricants se mettent à délocaliser massivement une partie de leurs activités.
05:43Ils vont délocaliser la production des matières premières et même des excipients,
05:47c'est-à-dire qu'ils vont délocaliser la fabrication des principes actifs des médicaments.
05:51On sait pourquoi ?
05:51La main-d'œuvre, elle est moins chère, elle est abondante et elle est beaucoup moins coûteuse dans les pays
05:55asiatiques.
05:56Les médicaments que l'on va délocaliser, ils ont tous un point commun, c'est qu'ils sont moins rentables
06:01pour les laboratoires.
06:02Quand un laboratoire fabrique un médicament, pendant 20 ans, il va avoir le monopole sur ce médicament.
06:07Au bout de 20 ans, on dit que le médicament, il devient mature, c'est-à-dire que son brevet
06:12tombe dans le domaine public et qu'il est copiable.
06:14C'est tout simplement les médicaments génériques. Plusieurs labos vont pouvoir le produire et donc là, ça va être la
06:20concurrence des prix.
06:21L'idée, c'est évidemment de le produire à bas coût. Et c'est souvent ces médicaments-là qui sont
06:26délocalisés vers l'Inde et vers la Chine.
06:30C'est aussi plus facile, moins contraignant de fabriquer des médicaments en Asie ?
06:34Notamment sur le plan écologique. Les normes environnementales sont moins contraignantes dans ces pays-là.
06:40Produire un médicament, c'est assez polluant. On utilise des solvants, il va falloir les rincer.
06:44Et c'est vrai qu'on se dit qu'en Asie, c'est moins contraignant.
06:46Mais on sait que quand même en Inde, il y a des rivières qui sont devenues de véritables pharmacies flottantes.
06:52À partir de ces années-là, puis dans la décennie suivante, à quoi ressemble le processus de fabrication d'un
06:57médicament ?
06:58Il va avoir un parcours un peu dingue à travers le monde. Il va parcourir des milliers et des milliers
07:03de kilomètres avant d'arriver dans votre armoire à pharmacie.
07:05Pour bien comprendre, il faut savoir qu'un médicament, c'est composé d'une matière première, ce qu'on appelle
07:09le principe actif.
07:10Ça va être une poudre à laquelle on va ajouter des excipients. Ça peut être de l'amidon, du mannitol,
07:16du lactose.
07:17Et ensuite, tout ça, ça va être transformé en cachet, en comprimé ou en gélule. Et ensuite, ça va arriver
07:22dans nos pharmacies.
07:23Pour beaucoup de médicaments, pas pour tous, mais pour beaucoup, il va y avoir un circuit de fabrication.
07:28C'est-à-dire que la matière première va être produite en Chine. Elle va ensuite être envoyée en Inde,
07:33où elle va être transformée.
07:35Et ensuite, ça va revenir dans l'Union européenne, où ça va être transformé en cachet.
07:39Quand vous regardez sur vos boîtes votre paracétamol, et si vous voyez qu'il est produit en Hongrie ou en
07:44République tchèque,
07:45en fait, ce n'est pas la matière première qui est produite, mais c'est le conditionnement qui est effectué.
07:50Le fait de produire les médicaments en Asie, est-ce que ça remet en cause leur qualité ?
07:54Ce n'est pas parce qu'un médicament est asiatique qu'il est mauvais. Et ça a même eu parfois
07:58du bon.
07:59Si on a pu fournir massivement des antirétroviraux à l'Afrique contre le VIH, c'est aussi parce qu'ils
08:05ont été produits en Afrique.
08:06Mais on est allé un petit peu trop loin dans la délocalisation.
08:09Il y a aujourd'hui 60 à 80% des principes actifs qui sont fabriqués à l'étranger,
08:14ce qui nous met en fait dans une situation d'extrême dépendance.
08:18Lorsqu'il y a un problème dans ces pays-là, c'est tout le monde entier qui retient son souffle.
08:23C'est la définition par excellence de l'effet papillon.
08:32Florence Méréo, il y a une date clé dans cette histoire de la production des médicaments.
08:37C'est fin 2008. Le groupe mondial de chimie Rodia ferme son usine de Roussillon, en Isère.
08:43Oui, le symbole est très important.
08:45Pourquoi ?
08:46C'est la dernière unité de production de paracétamol en Europe.
08:50Il y a 43 salariés sur le site.
08:52Ils produisent 8000 tonnes de paracétamol par an.
08:55Et cette usine va fermer.
08:57Le groupe Rodia va expliquer très concrètement pourquoi.
09:00C'est parce que produire du paracétamol sur cette usine
09:02leur revient deux fois plus cher que de l'acheter dans les pays asiatiques.
09:06Économiquement, pour os, ce n'est pas rentable.
09:08À partir de ce moment-là, depuis 2008,
09:11il n'y a plus 1 g de paracétamol qui est produit en Europe.
09:14Et donc, c'est la Chine et l'Inde qui profitent de ces fermetures ?
09:17Les États-Unis ont aussi un site de production de paracétamol,
09:20mais c'est majoritairement en Inde et en Chine.
09:22Et notamment, deux usines dans la province du Hubei,
09:25donc la province où il y a eu le premier épicentre de l'épidémie de coronavirus.
09:29On ne produit plus aucun médicament en France ?
09:31Si, bien sûr. Il y a encore en France 271 sites de production.
09:35Un exemple d'un médicament dont on a beaucoup parlé ces dernières semaines
09:40et qui est produit en France, c'est le plaquénil.
09:42Le plaquénil, c'est le nom commercial de l'hydroxychloroquine.
09:45C'est aussi en 2008 qu'on commence à constater des pénuries
09:49et des tensions sur des médicaments essentiels.
09:52On ne parle pas de compléments alimentaires,
09:53on parle de médicaments qui sont très importants.
09:56En 2008, on va dénombrer 44 médicaments en tension.
10:00À l'époque, on parle surtout d'anti-infectieux ou d'anti-cancéreux.
10:04Il y a déjà en 2008 des tensions sur des médicaments
10:07dans les services d'anesthésie et de réanimation.
10:09Chaque jour, le personnel se débrouille comme il peut
10:11en appelant les pharmacies voisines,
10:13en coupant en deux ou en quatre les cachets
10:15pour avoir les bonnes doses.
10:17Et en dernier recours, on rappelle les médecins
10:19pour prescrire d'autres médicaments
10:21en fonction, bien sûr, de ce qu'il reste dans les stocks.
10:23Pour les gens qui sont traités, qui ont un cancer,
10:26j'imagine que c'est un stress en plus
10:28de savoir qu'ils risquent de ne pas avoir leurs médicaments ?
10:30Oui, totalement. Un des exemples, c'est un médicament
10:33qui prévient la récidive du cancer de la vessie,
10:35qui a été régulièrement victime de ruptures, voire de pénuries.
10:39C'est un stress immense et c'est même parfois
10:41des opérations qui auraient pu être évitées,
10:44qui doivent être réalisées.
10:45En 2011, l'Académie nationale de pharmacie
10:48alerte sur l'indisponibilité chronique des médicaments.
10:52Qu'est-ce qu'elle dit exactement ?
10:53Elle va même créer un groupe de travail sur ces questions-là
10:56et elle remarque que déjà à l'époque,
10:58il y a 86% des hôpitaux pour lesquels
11:01la question des pénuries est une préoccupation quotidienne.
11:04Dans les années qui suivent, le nombre de médicaments
11:07qui manquent régulièrement explose.
11:09On est passé de 44 en 2008 à plus de 850 en 2018.
11:14On a multiplié par 20 le nombre de médicaments en tension.
11:18Selon France Asso Santé, qui est une fédération
11:20qui regroupe les usagers de la santé,
11:22il y a un Français sur quatre
11:24qui a déjà été en manque de son médicament.
11:26Par exemple, c'est le cinémette,
11:28qui est un médicament qui est utilisé par les personnes
11:30qui souffrent de la maladie de Parkinson.
11:32Sans ce médicament, c'est des corps qui se raidissent,
11:34c'est des corps qui tremblent,
11:36c'est des corps qui se fatiguent.
11:37J'avais rencontré la famille d'un jeune homme
11:39qui est épileptique et qui manquait de dix dents,
11:43donc un anti-épileptique.
11:45Ce jeune homme avait dû être hospitalisé
11:46faute d'avoir son médicament.
11:48Son corps convulsait, se contractait.
11:50Il était dans une situation très très très inconfortable
11:53qui a dû nécessiter une hospitalisation.
11:56En 2017, des élus veulent s'emparer du problème.
12:00Oui, c'est notamment le sénateur Jean-Pierre Decol
12:02et le député Yves Dodini.
12:04Déjà, ils vont alerter,
12:06ils vont dire qu'il y a un problème
12:07et ensuite, ils vont dire qu'il faut recréer les conditions
12:09pour que la fabrication des médicaments
12:11soit de nouveau une fabrication de proximité.
12:14Ça a donné quoi ?
12:14Il semble avoir une volonté politique.
12:16Agnès Buzyn, qui est alors ministre de la Santé,
12:18va dire que c'est une de ses préoccupations.
12:20Elle dit qu'il faut recréer des incitations
12:22pour faire revenir la production de médicaments en Europe.
12:25Mais les amendements ne passent pas.
12:28On a l'impression qu'il y a beaucoup d'intentions,
12:30mais finalement pas beaucoup d'actes.
12:32Nous sommes un des pays développés
12:33qui a le plus délocalisé son industrie.
12:36C'était une faute majeure.
12:38Maintenant, il faut relocaliser.
12:39Et on se souvient que Bruno Le Maire,
12:41le ministre de l'économie,
12:42a demandé à ce que la production de médicaments
12:44revienne en France.
12:45Mais j'imagine que c'est très dur
12:46de convaincre les groupes industriels.
12:48Alors, les groupes industriels,
12:50moi je les ai interviewés,
12:51ils disent qu'eux aussi sont dans cette démarche
12:53et qu'eux-mêmes voient la nécessité
12:55de revenir en France.
12:56D'ailleurs, ce n'est pas tant en France
12:57qu'en Europe.
12:58On ne parle pas de relocalisation en France,
13:00on parle de relocalisation à l'échelle européenne.
13:03Mais eux, ce qu'ils demandent aujourd'hui,
13:04c'est des incitations économiques et fiscales.
13:14Rémi Salomon est l'invité de Code Source aujourd'hui.
13:17Rémi Salomon, vous êtes le représentant élu
13:19des médecins de l'APHP,
13:21l'assistance publique hôpitaux de Paris.
13:23Le 31 mars, vous avez lancé avec
13:26huit grands hôpitaux européens
13:27un appel à tous les gouvernements de l'UE
13:30pour alerter sur les pénuries de médicaments.
13:33D'abord, pourquoi est-ce qu'il y a ces pénuries ?
13:36Je ne sais pas précisément vous dire
13:37médicament par médicament
13:38pourquoi celui-ci plutôt que tel autre.
13:40Ce que je sais, c'est qu'il y a une certaine
13:42opacité sur la chaîne de production.
13:45Et donc, c'est difficile de comprendre.
13:46À partir du moment où la chaîne de production
13:47est un peu opaque,
13:48on ne sait pas très bien, finalement,
13:50à quel niveau ça pêche.
13:51Alors, de manière générale,
13:52les stocks dans les hôpitaux sont assez faibles.
13:54On a eu sur certains sédatifs
13:56moins d'un jour de stock,
13:57c'est-à-dire qu'on était vraiment très proche
13:59de la rupture.
14:00Donc, on a eu cette crainte, tous,
14:02et on s'est dit qu'il faut qu'on fasse passer
14:03un message auprès des responsables politiques
14:05en Europe.
14:06Et on a écrit au chef de gouvernement,
14:08à la Commission européenne,
14:09en leur disant,
14:10il faut qu'on essaie de mutualiser
14:11ce que l'on peut mutualiser.
14:12Donc, c'est mutualiser les stocks, peut-être,
14:14et puis, mutualiser les achats.
14:16On était dans une période
14:17d'un peu une guerre commerciale, finalement.
14:19Tous les pays occidentaux
14:20avaient les mêmes besoins.
14:21Et donc, comme pour les masques,
14:23comme pour les réactifs,
14:24il y avait une vraie compétition internationale
14:25pour acheter ces mêmes médicaments.
14:27Qu'est-ce qu'il faut faire aujourd'hui ?
14:28Qu'est-ce que vous demandez
14:28au gouvernement à l'Europe ?
14:30Alors, il y a plusieurs choses.
14:31Les stocks, déjà.
14:31On peut demander aux industries pharmaceutiques
14:34de faire des stocks,
14:35de prévoir,
14:36que ce soit en temps de crise ou pas,
14:37on ne doit pas avoir de pénurie,
14:39de rupture d'approvisionnement
14:40sur des médicaments essentiels.
14:41Donc, il faut que sur ces médicaments essentiels,
14:43dire sur cela, il faut des stocks.
14:45Et l'étape d'après,
14:46c'est de dire il faut relocaliser.
14:48Comme c'est complexe,
14:49ça ne va pas se faire du jour au lendemain.
14:51Il y a certaines étapes,
14:52les étapes finales,
14:53que l'on peut probablement relocaliser assez vite.
14:55Il faut, pour cela,
14:56identifier quels sont les fournisseurs.
14:58Et donc, il faut de la transparence.
14:59Ça paraît très compliqué
15:00de pousser des grands groupes pharmaceutiques
15:02à changer leurs choix économiques.
15:04Ce qui est compliqué,
15:06je pense que c'est plus une question
15:07de volonté politique.
15:08Si l'on veut avoir
15:09une indépendance sanitaire,
15:11il faut, à mon avis,
15:13que la puissance publique intervienne.
15:14Les grands groupes pharmaceutiques
15:16ont des actionnaires
15:18et c'est malheureusement ça qui domine.
15:20Mais on voit bien que
15:21la politique d'une grosse industrie pharmaceutique,
15:24elle ne correspond pas forcément
15:25à l'intérêt national.
15:29Les ministres Bruneau-Lemaire
15:31et Olivier Véran
15:32se sont prononcés pour
15:33la relocalisation de la production
15:35d'une partie des médicaments.
15:36Mais est-ce que ça va suffire ?
15:37Les dirigeants de l'industrie pharmaceutique
15:39le disent eux-mêmes.
15:40On peut le faire
15:41à condition qu'on nous donne
15:42des conditions économiques favorables.
15:45Ça peut se discuter.
15:46Et je pense que la vraie indépendance sanitaire,
15:48elle passe par l'intervention publique.
15:50Mais donc, il y a un espoir ?
15:52Je ne suis pas hyper optimiste
15:53car il y a eu une proposition de loi
15:55qui n'a pas été retenue
15:56pour donner de la transparence
15:57sur le médicament.
15:58Et donc, c'était une première étape
15:59pour aller vers cette indépendance
16:01et cette intervention
16:02de la puissance publique
16:03dans la production du médicament.
16:04Et récemment, encore il y a quelques jours,
16:06il y a eu à nouveau une tentative
16:07qui est terminée en queue de poisson.
16:09Donc, pour le moment,
16:10la volonté politique n'y est pas encore.
16:12Pourtant, il faudrait.
16:13Parce que si la deuxième vague arrive
16:15dans six mois,
16:16on a en six mois,
16:16on peut relocaliser un certain nombre de choses.
16:18Il faut vraiment qu'on y aille.
16:20Pour le moment, je ne le vois pas.
16:22Merci Rémi Salomon
16:24et merci à Florence Méréo.
16:29Code Source est le podcast d'actualité du Parisien,
16:32disponible chaque soir du lundi au vendredi.
16:34Si vous aimez Code Source,
16:36n'hésitez pas à nous le dire
16:37en mettant des petites étoiles
16:38sur votre application de podcast préférée
16:40comme Apple Podcast ou Podcast Addict.
16:43Cet épisode a été conçu et préparé
16:45par Thibaut Lambert,
16:46production Stéphane Jeuneste
16:48et Myrène Garaïko-Echea,
16:50réalisation Alexandre Ferrer.
16:52Sous-titrage Société Radio-Canada
16:59Sous-titrage Société Radio-Canada
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