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StopCovid, l'application d'alerte de cas de coronavirus dans son entourage, a été lancée le mardi 2 juin. Près de deux mois après l'annonce initiale de ce projet, le 8 avril, par le ministre de la Santé Olivier Véran et le secrétaire d'État au Numérique, Cédric O.... Le récit de Code source.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Stop Covid, l'application du gouvernement français destinée à vous prévenir si l'un de vos contacts est touché par
00:18le coronavirus, a été lancé le mardi 2 juin, près de deux mois après l'annonce de ce projet.
00:24Beaucoup d'élus d'opposition et certains de la majorité ont dénoncé un danger pour les libertés publiques.
00:31Apple a refusé de coopérer. Pour le secrétaire d'État au numérique, Cédric O, le lancement de cette appli a
00:37été compliqué.
00:39Récit de deux journalistes du Parisien, Damien Licata Caruso et Nicolas Béraud.
00:51Nicolas Béraud, le 27 mai, devant les sièges rouges de l'Assemblée nationale, le secrétaire d'État au numérique, Cédric
00:57O, bataille pour défendre l'application Stop Covid devant quelques dizaines de députés.
01:02Oui, donc l'Assemblée est en mode coronavirus comme une bonne partie du pays, c'est-à-dire qu'il
01:07y a un maximum 150 élus qui peuvent siéger en même temps dans l'hémicycle.
01:11Mais quand même, les protestations se font entendre, les avis divergents se font entendre et à la tribune, il y
01:16a trois ministres qui défendent cette application, ce projet d'application Stop Covid, dont Cédric O, le secrétaire d'État
01:21en charge du numérique.
01:22Dès les premiers téléchargements, l'application est utile, évite des contaminations, évite des malades et évite des morts.
01:29Lui, il défend son projet d'application, il dit que ce n'est pas un outil magique, certes, mais que
01:33c'est un outil nécessaire et qu'il faut que les élus votent pour que les Français puissent ensuite télécharger
01:38cette application.
01:42Damien Licata Caruso, en quelques mots, c'est quoi Stop Covid ?
01:45Stop Covid, c'est une application qui va permettre de retracer le parcours des gens, c'est-à-dire qu
01:49'avec mon téléphone, je peux identifier les autres smartphones autour de moi et ainsi je peux retrouver les contacts qui
01:54ont été à proximité de moi dans un rayon de 1 à 2 mètres.
01:57Et si quelqu'un tombe malade et touché par le Covid-19, il le signale, c'est ça ?
02:01Grâce à un bouton très simple dans l'application, je vais me signaler, c'est-à-dire que je vais
02:05rentrer un code QR ou un code que va me donner mon médecin ou le laboratoire d'analyse médicale.
02:10Et ensuite, je vais me signaler comme testé positif.
02:12Ensuite, l'application va retrouver toutes les personnes que j'ai pu croiser dans un rayon de 1 à 2
02:17mètres dans une période d'incubation de 14 jours.
02:19Et ensuite, pouvoir les prévenir avec une petite notification.
02:27Damien Alicata Caruso, Nicolas Béraud, on va refaire avec vous l'histoire de cette application controversée.
02:33On en entend parler pour la première fois dans le journal Le Monde, le 8 avril.
02:38Oui, on est trois semaines après le début du confinement.
02:41Le gouvernement réfléchit déjà au déconfinement, il cherche du coup des outils.
02:45Olivier Véran et Cédrico en parlent une première fois dans Le Monde.
02:48Ils ouvrent la porte au développement de cette application.
02:51Ils ont regardé ce qui a pu se faire à l'extérieur de la France, notamment en Asie,
02:55où pas mal de petits pays qui ont déjà mis en place ce type d'application.
03:01Et ils se disent que ça peut être une bonne solution pour la France.
03:03À ce moment-là, ces applications qu'on voit notamment en Asie, ça semble prometteur ?
03:07Sur le papier, oui.
03:09Sur le papier, on se rend compte qu'à Singapour ou en Corée du Sud, ça permet de retracer le
03:13parcours des gens.
03:14Ça permet d'alerter leurs voisins, leurs amis, toutes les personnes avec qui ils ont pu être en contact.
03:17Donc, en théorie, ça peut marcher.
03:20Est-ce qu'on peut le décliner en version française ?
03:21Là, c'est la vraie question.
03:22Et là, c'est le moment où le débat commence à s'intensifier.
03:25Je le dis de la manière la plus candide possible.
03:28Il n'y a aucun problème de liberté publique avec cette application telle qu'elle est conçue.
03:33Pour l'exécutif, il n'y a pas de danger pour les libertés publiques ?
03:37L'exécutif va tout de suite éteindre un début d'incendie en disant qu'on va mettre en place un
03:42système de garde-fou.
03:43C'est-à-dire qu'on va déjà éviter de mettre en place de la géolocalisation pure.
03:46On va uniquement passer par le Bluetooth, qui est censé être pur et respectueux de la protection de la vie
03:50privée.
03:51Et ensuite, on va essayer de mettre en place une protection des données accrues en chiffrant les personnes.
03:56C'est-à-dire que j'ai un ami qui a été contaminé.
03:59Je ne vais pas pouvoir retrouver dans mon répertoire de contact qui il est en particulier.
04:03Ça va être de manière uniquement anonymisée.
04:05Ça garantit la protection de la vie privée.
04:09Nicolas Béraud, le 9 avril, le lendemain de cet entretien au journal Le Monde,
04:14le secrétaire d'État au numérique, Cédric O, est auditionné par visioconférence par les députés de la Commission des lois.
04:21C'est un peu une prise de pouls parlementaire pour Cédric O.
04:24C'est la première fois qu'il échange directement avec de nombreux députés comme ça en face-à-face,
04:29en visioconférence évidemment, et les élus ont beaucoup de questions.
04:33Les élus d'opposition, par exemple Jean-Luc Mélenchon, il considère que ce projet est catastrophique s'il va à
04:38son terme,
04:39en termes de liberté individuelle, de respect de la vie privée, etc., par rapport aux bénéfices qu'on peut en
04:44espérer.
04:45Damien Licata Caruso, au sein même de la majorité, il y a des réticences.
04:48Oui, il y a notamment la députée Paula Forteza, une députée de Paris qui a récemment quitté la majorité gouvernementale,
04:54qui a la particularité d'avoir été la rapporteure de la loi sur la protection des données,
05:00de l'adaptation dans la loi française du RGPD, du Règlement Général de la Protection des Données Européens.
05:05Elle a beaucoup d'arguments à faire valoir parce qu'elle connaît extrêmement bien le sujet.
05:09Elle dit qu'il faut d'abord s'assurer que les données sont complètement anonymisées,
05:14mais que l'anonymisation n'est qu'un rêve, n'est qu'un mirage,
05:18parce qu'on ne peut pas complètement anonymiser tout.
05:20On fait remonter des données vers un serveur, on va pouvoir anonymiser les échanges entre les personnes,
05:25mais si on accumule les données sur un serveur, ils ne pourront jamais être complètement anonymisés.
05:30Il faut revenir aux bases, aux gestes barrières, aux soins, au confinement quand il est nécessaire,
05:39mais ne pensons pas qu'une implication de ce type va résoudre cette crise.
05:44Nicolas Béraud, elle n'est pas la seule au sein de la majorité à critiquer ce projet ?
05:48Non, elle n'est pas la seule. Il y en a d'autres qui souvent le disent ouvertement dans la
05:52presse.
05:52On peut citer Aurélien Taché qui quittera la majorité peu après,
05:55mais aussi des élus qui sont toujours dans le groupe comme Sacha Houllier et Auron Berger.
05:59Et c'est vrai que tous ces élus, souvent issus de la société civile ou de la gauche,
06:04mais pas seulement, ils s'interrogent un petit peu comme les élus d'opposition
06:07sur à la fois les aspects techniques et puis au niveau politique,
06:10est-ce que c'est vraiment utile de mener à bien ce projet ?
06:13Ce jour-là, pendant cette visioconférence, le secrétaire d'État Cédric O reconnaît
06:17qu'il ne sait pas quand son application pourra être opérationnelle.
06:21Il ne sait pas précisément. Il y a un ordre de grandeur qui est donné,
06:24c'est entre trois et six semaines encore avant qu'elle soit disponible, mais c'est assez vague.
06:29Et puis surtout, Cédrico, en gros, il laisse entendre qu'il faudra solliciter
06:33l'avis des parlementaires, de toutes les autorités compétentes.
06:36Et forcément, tout ça, a fortiori en confinement, ça ne se fait pas du jour au lendemain.
06:41Donc c'est vrai qu'on est un peu dans le brouillard au niveau du timing.
06:45Le 10 avril, Damien Licata Caruso, Google et Apple, qui équipent la quasi-totalité des smartphones en France,
06:52annoncent un partenariat pour créer une application similaire à StopCovid.
06:57Google et Apple, pour la première fois, c'est vraiment historique.
07:00Ils vont s'allier pour créer une plateforme commune, c'est-à-dire qu'ils vont créer une API.
07:04Une API, c'est une interface qui permet de faire communiquer deux systèmes d'exploitation différents.
07:08C'est-à-dire que j'ai un téléphone sous Android, j'ai envie de le faire communiquer avec un
07:12iPhone sur iOS.
07:14Pour cela, il va falloir que j'ai une petite application qui vient se greffer dans les systèmes d'exploitation,
07:19qu'ils puissent les faire communiquer entre eux.
07:20C'est une petite révolution, Apple et Google n'ont jamais fait ça,
07:23et c'est un grand pas pour la lutte contre le Covid.
07:27Apple et Google développent donc leur propre système,
07:29et Apple, qui équipe le téléphone d'un Français sur cinq,
07:33refuse que StopCovid ait accès au Bluetooth 24h sur 24.
07:38Ça veut dire quoi ?
07:39Ça veut dire qu'Apple refuse que le Bluetooth fonctionne quand l'application est en arrière-plan.
07:44C'est-à-dire que l'application n'est pas utilisée en permanence,
07:46quand mon téléphone est éteint, Apple va bloquer l'utilisation du Bluetooth.
07:51Pourquoi ?
07:52Apple dit ça pour éviter un abus de l'utilisation du Bluetooth,
07:55notamment à des fins publicitaires,
07:57c'est-à-dire qu'on puisse me gélocaliser et m'envoyer des publicités ciblées.
08:00Une semaine plus tard, à cause de ces questions techniques,
08:03Cédric O annonce le 17 avril aux députés que cette application sera en retard.
08:08Certains points pourraient évoluer parce que je ne suis pas certain que nous serons prêts pour le 11 mai.
08:12Oui, elle accumule plusieurs retards qui sont liés à trois facteurs.
08:15Il y a d'abord beaucoup de personnes autour de la table pour la développer,
08:17c'est-à-dire qu'on a des acteurs publics, des ministères,
08:20des professionnels de la cybersécurité, des grosses entreprises,
08:24et qu'il faut les faire communiquer entre eux.
08:26Alors il y a des débats, évidemment, comment on finalise tout ça.
08:29Ensuite, il y a le défi du Bluetooth, faire fonctionner cette application sur un appareil d'Apple.
08:34Et enfin, il y a évidemment le débat politique et légal.
08:39Le 20 avril, les partis d'opposition demandent à Edouard Philippe un vote à l'Assemblée
08:44concernant l'application StopCovid.
08:46Oui, en fait, ça part d'une petite phrase qui va mettre le feu aux poudres.
08:50Ce 20 avril, le matin, le patron des députés de la majorité, Gilles Le Gendre,
08:53il a interrogé sur LCI et en résumé, il dit qu'un vote n'apporterait rien de plus que le
08:58débat.
08:59Alors les oppositions qui demandaient déjà un vote, là, elles le demandent d'autant plus.
09:04Elles considèrent qu'en tant que représentants de la nation,
09:06ils ont à voter sur un projet aussi important.
09:09Que répond le Premier ministre ?
09:11Il est plus ouvert le même jour, peu après la petite phrase de Gilles Le Gendre,
09:15lors d'un échange avec les chefs de parti, il laisse la porte totalement ouverte.
09:19Compte tenu des incertitudes sur cette application,
09:22ces questions, elles doivent être posées.
09:25Elles doivent être débattues.
09:27J'ai même le sentiment qu'elles doivent faire l'objet d'un vote.
09:30Son entourage résume sa position d'une phrase en disant qu'il n'a pas dit oui, il n'a
09:33pas dit non.
09:34Et quelques jours plus tard, il confirmera qu'il y aura bien un vote le 28 avril.
09:37Oui, exactement. Il va finalement finir par confirmer,
09:39lors d'une de ses déclarations à l'Assemblée face aux députés,
09:43qu'il y aura un vote, effectivement, et qu'il aura bien lieu,
09:45comme c'était convenu au départ.
09:55Le 24 avril, la Ligue des droits de l'homme publie une lettre ouverte au Premier ministre.
10:00Elle y dénonce une application qui menacerait, je cite,
10:03« le respect de la vie privée et le secret médical ».
10:05Son président, Malik Salem-Kour, s'exprime dans Le Parisien.
10:08Lui, ce qu'il craint, c'est une sorte de pression sociale qui s'exercerait sur les populations les plus
10:14démunies
10:14ou les plus vulnérables et qui se sentirait obligé de télécharger cette application.
10:18Certes, l'application serait volontaire, ce qui a toujours été annoncé,
10:20mais il craint qu'il y ait des inégalités et il se demande ce qui se passerait pour les gens
10:25qui ne pourraient pas ou qui ne voudraient pas télécharger l'application alors qu'il s'en sentirait obligé.
10:29Damien Licata-Caruso, le 26 avril, la Commission nationale informatique et liberté, la CNIL, se montre sceptique à son tour.
10:37Oui, la CNIL doit donner son avis, c'est son rôle dans la vie démocratique.
10:40Elle est là pour vérifier comment on respecte la vie privée des personnes, notamment en ligne.
10:45Donc là, on parle quand même des données ultra sensibles de santé.
10:48On rentre dans l'intimité des gens, on va suivre leur parcours toute la journée.
10:51Donc c'est normal qu'elle donne un avis, c'est un avis qui est essentiellement consultatif.
10:56La CNIL donne un premier avis positif, mais elle pose déjà des recommandations.
10:59Elle dit qu'il faut quand même qu'on respecte cette anonymisation.
11:03Elle dit aussi que techniquement, on ne doit jamais pouvoir retrouver les gens, on ne doit jamais pouvoir les identifier.
11:09En fait, elle va reprendre toutes les critiques qui ont pu être formulées dès le début.
11:13Le 28 avril, c'est le jour où Edouard Philippe dévoile à l'Assemblée le plan de déconfinement du gouvernement.
11:18Mais contrairement à ce qui a été annoncé, l'application StopCovid n'en fait plus partie.
11:23Damien Licata-Caruso, qu'est-ce que ça veut dire ?
11:25Ça veut dire que l'application est mise en pause.
11:27Ça veut dire qu'elle ne fait pas partie de la première phase du déconfinement.
11:31Ça veut dire qu'on n'a peut-être pas forcément mesuré son utilité ou qu'elle n'est tout
11:35simplement pas prête techniquement.
11:37À ce moment-là, Nicolas Béraud, on se demande si l'application ne va pas être enterrée ?
11:42Le gouvernement s'en défend.
11:43Eux, ils disent qu'il faut encore un petit peu de temps pour la mettre au point et qu'elle
11:47sera prête non pas pour le 11 mai, la phase 1 du déconfinement, mais pour la suite.
11:51Mais c'est vrai qu'il y a pas mal de voix qui commencent à s'interroger.
11:55Est-ce que vraiment cette application ira au bout ?
11:57Est-ce que ça vaut encore le coup de la mettre au point alors qu'elle arrivera plus tard, même
12:01beaucoup plus tard que ce qu'on pensait, ce qu'on espérait ?
12:04Et puis, on peut aussi regarder à l'étranger.
12:05Le 23 avril, la Belgique annonce qu'elle abandonne son projet de propre application, un petit peu l'équivalent de
12:11StopCovid,
12:12parce qu'il considère qu'il n'y aurait pas assez de monde qui l'utiliserait pour qu'elle soit
12:16efficace.
12:16Donc ça donne du grain à moudre en France aux opposants, c'est de voir que chez nos voisins, certains
12:20pays abandonnent totalement leurs projets.
12:24Le 5 mai, à quelques jours du début du déconfinement, annoncé pour le 11 mai, Cédric O, le secrétaire d
12:30'Etat, annonce que StopCovid ne sera disponible qu'un mois plus tard, le 2 juin.
12:34C'est un rappel à la réalité finalement, parce que l'application StopCovid n'est pas prête techniquement.
12:39Il y a encore plein d'obstacles. Le problème de compatibilité avec les iPhones, plein de problèmes techniques.
12:46Et puis il faut absolument régler le problème des bugs de sécurité.
12:49À ce moment-là, Cédric O dénonce l'attitude d'Apple qui refuse que l'application utilise le Bluetooth du
12:54téléphone.
12:55Apple aurait pu nous aider à faire en sorte que cela marche encore mieux sur les iPhones.
12:59Ils n'ont pas souhaité le faire, pour une raison d'ailleurs que je ne m'explique guère.
13:03Que va faire le gouvernement face à cet obstacle ?
13:05Le gouvernement s'était lancé dans un bras de fer qu'il a perdu.
13:09Apple refuse toujours de négocier. Apple ne fait pas d'exception nationale, à part peut-être avec la Chine.
13:14Donc de temps en temps, ils arrivent, pour des raisons purement commerciales, à s'accorder.
13:17Mais ce qui s'est passé là, c'est que le gouvernement a trouvé une petite pirouette technique
13:21pour faire fonctionner les iPhones, les faire communiquer avec les téléphones sous Android.
13:27Mais par contre, les iPhones ne peuvent toujours pas communiquer avec les autres iPhones.
13:30Le blocage est tel que le Bluetooth ne pourra pas être utilisé entre iPhones.
13:35À la même période, Nicolas Béraud, l'Allemagne choisit d'adopter l'application développée par Apple et Google.
13:41Pourquoi est-ce que la France ne fait pas la même chose ?
13:43Le gouvernement considère que c'est un outil technologique, top Covid, certes, mais avec un but avant tout sanitaire.
13:50Et du coup, il considère que c'est à l'État de s'en occuper, c'est à l'État
13:53de mettre au point cette application.
13:55Et pour le gouvernement français, il n'est pas question de s'allier ou entre guillemets de se mettre dans
13:59la main
14:00de ces géants de l'industrie technologique américaine.
14:03Ça, ça a été dit ouvertement ?
14:04Ça a été dit ouvertement, c'est Trico, dans une interview dans le journal du dimanche,
14:08où il dit que vraiment, c'est à l'État de s'occuper de la sécurité sanitaire de sa population.
14:13Et même si c'est un outil technologique, il n'est pas question de confier le développement de l'application
14:19au GAFAM.
14:28Le 26 mai, la CNIL donne son feu vert au lancement de StopCovid.
14:32Damien Licata-Caruso, que dit la CNIL en résumé dans ce nouvel avis ?
14:36La CNIL s'est rendu compte que le gouvernement et que tous les gens qui ont piloté le développement de
14:42StopCovid
14:42ont respecté ses recommandations.
14:44Donc, elle va donner tout de suite son feu vert.
14:48On en revient au point de départ de cet épisode, le 27 mai.
14:52Les députés hostiles à l'application s'expriment à l'Assemblée.
14:55Par exemple, Jean-Luc Mélenchon.
14:57Non, tout ce qui est possible n'est pas souhaitable.
15:00Alors moi, je ne prendrai pas l'application Covid-19.
15:04Et je bénéficie de ce privilège d'être à la tribune pour dire à tous ceux qui m'ont,
15:08dans leur annuaire, leur agenda, leur contact, de retirer mon nom immédiatement de leur téléphone
15:15si jamais eux prennent pour eux l'application Covid-19.
15:19On le sent très investi sur cette question.
15:21Oui, oui, très investi.
15:22En plus, Jean-Luc Mélenchon, à la tribune, quand il s'exprime, c'est toujours avec fougue.
15:26On entend bien que tout ce que le gouvernement a tenté d'apporter comme garantie est loin de l'avoir
15:31convaincu.
15:31Finalement, le lancement de l'application est voté.
15:35338 voix pour, 215 contre.
15:37Dans les 215 comptes, il y en a 5 qui sont issus de la majorité.
15:40Une grosse dizaine de la majorité va s'abstenir, même si le gros des troupes, le groupe majoritaire, va voter
15:46pour,
15:47plus quelques députés de groupe alliés.
15:49Donc au final, plutôt confortablement, le projet est adopté.
15:52Le déploiement de l'application est prévu pour le 30 mai, puis pour le mardi 2 juin.
15:57Et quelques jours avant le lancement de l'application, le gouvernement fait appel à des hackers pour chercher une faille
16:04de sécurité.
16:05C'est un processus assez classique pour une application commerciale.
16:09Toutes les entreprises vont faire appel à des hackers éthiques,
16:12c'est-à-dire des gens qui vont chercher des bugs de sécurité dans une application avant qu'on la
16:14lance.
16:15Donc ils ont fait appel à un collectif rennais qui s'appelle YesWeHack,
16:18qui a regardé exactement si c'était possible de pirater l'application,
16:22et de piller les données.
16:24Ça donne quoi ?
16:25Il y a eu 6 bugs majeurs qui ont été détectés,
16:28et donc il a fallu apporter des correctifs avant de lancer l'application,
16:31ce qui a pu la retarder.
16:32Damien Nicata Caruso, le 2 juin, c'est le jour où l'application doit être lancée.
16:37Oui, on avait déjà annoncé une heure extrêmement précise,
16:39Cédrico avait parlé de midi, donc tout le monde attendait cette application, évidemment,
16:43et lorsqu'on a voulu la télécharger à midi, elle n'était toujours pas disponible.
16:46Elle est apparue sur le Play Store d'Android à 16h,
16:48et sur l'App Store d'Apple aux alentours de 18h.
16:51Donc déjà un premier retard à l'allumage.
16:54Ensuite, le décollage a été plutôt réussi avec 600 000 téléchargements en moins de 24h.
16:58On sait pourquoi il y a eu autant de Français qui l'ont téléchargé ?
17:01Il y avait beaucoup de curieux, certainement,
17:02beaucoup de gens qui voulaient savoir de quoi on parlait.
17:05Il va falloir regarder dans le temps le taux de rétention de l'application,
17:08c'est-à-dire est-ce que je vais l'utiliser tous les jours,
17:09quand je vais me balader, je vais prendre les transports,
17:11est-ce que je lance l'application, est-ce que j'y pense,
17:13est-ce que ça devient un réflexe ?
17:14Malgré ce bon début, en tout cas 600 000 téléchargements en moins de 24h annoncés par le gouvernement,
17:20est-ce que ça n'arrive pas un peu trop tard ?
17:22L'application arrive certainement un peu tard.
17:24Cette application aurait eu une vraie utilité s'il était arrivé autour du 11 mai,
17:28pendant la première phase du déconfinement.
17:30Là, on a un peu la pression qu'elle arrive après la bataille.
17:39Nicolas Béraud, pourquoi le gouvernement a tenu bon,
17:42malgré tous les obstacles politiques et techniques ?
17:45Il y a avant tout une question de souveraineté.
17:47Le gouvernement, la France, a voulu montrer qu'elle était capable d'aller jusqu'au bout d'un projet
17:51qu'elle a fait le choix de lancer sans s'associer totalement aux grands groupes, notamment Apple.
17:56Donc voilà, il y avait l'idée de dire, on a monté un projet,
17:59on considère qu'il peut être utile, donc on va jusqu'au bout.
18:02Ça aurait été un échec, pas seulement en termes d'affichage,
18:04de dire, non, finalement, ça ne marche pas.
18:09Merci à Damien Licata-Caruso et Nicolas Béraud.
18:12Codesources est le podcast d'actualité du Parisien,
18:15disponible chaque soir du lundi au vendredi.
18:17N'oubliez pas de vous abonner gratuitement sur votre application de podcast.
18:21Vous pouvez nous mettre des petites étoiles,
18:24notamment sur Apple Podcast et Podcast Addict,
18:27ou nous écrire directement codesource.fr.
18:32Cet épisode de Codesources a été conçu et préparé par
18:34Benjamin Boucriche,
18:35production Thibault Lambert et Myrène Garay-Koetchea,
18:39réalisation Julien Moncoukiole.
18:41C'est parti !
18:44Sous-titrage Société Radio-Canada
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