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Coronavirus. En quelques mois, il a provoqué une crise sanitaire mondiale. Qui est le SARS-CoV-2 ? Avec l’aide de la virologue Astrid Vabret, Code Source, le podcast du Parisien, vous emmène au plus près du virus.

Notre article : http://www.leparisien.fr/societe/sante/les-coronavirus-c-est-quoi-plongee-au-microscope-dans-la-biologie-des-virus-03-04-2020-8293665.php

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavie pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le SARS-CoV-2, en deuil des familles, inquiète la plupart d'entre nous et paralyse l'économie.
00:17Alors on a cherché à mieux connaître cet ennemi invisible.
00:21Comment apparaît un nouveau virus ? Que fait-il précisément dans l'organisme ?
00:25Pourquoi certains cas sont bénins quand d'autres sont dramatiques ?
00:28Dans cet épisode de CodeSource, nous allons poser ces questions et beaucoup d'autres à une spécialiste des coronavirus,
00:34la professeure Astrid Vabré, chef du service virologie au CHU de Caen.
00:43Astrid Vabré, vous êtes médecin, vous travaillez sur les coronavirus depuis une trentaine d'années.
00:48Vous dirigez le service virologie de l'hôpital de Caen.
00:51Vous, au tout départ, comment est-ce que vous entendez parler de cette épidémie pour la première fois ?
00:56Nous fréquentons beaucoup le site Promed, qui est un site d'alerte sur la mise en évidence de pathologies émergentes.
01:05Sur ce site, on voit, dès le mois de décembre, la description de pneumonies qui ne sont pas encore étiquetées.
01:13Donc on ne sait pas encore si c'est quelque chose qui va être réglé
01:17ou si c'est quelque chose qui va être l'objet de l'identification d'un nouveau pathogène.
01:23À ce moment-là, est-ce que ça vous inquiète ?
01:25Ça ne nous inquiète pas, ça nous intéresse.
01:28Surtout quand on travaille sur des pathogènes responsables de maladies respiratoires.
01:35Évidemment, on est intéressé.
01:37On est même un peu excité parce qu'on finit par aimer notre objet d'étude
01:42et on est très intéressé par l'identification de pathologies qui ne sont pas étiquetées
01:51ou de l'émergence de virus.
01:54À quel moment vous avez plus d'informations sur ce nouveau virus ?
01:59On a plus d'informations sur ce nouveau virus dès début janvier
02:03quand les Chinois ont commencé à le séquencer et à déposer les séquences sur des sites accessibles.
02:11Donc on peut commencer à avoir accès à ces données, les comparer
02:15et ça s'accompagne en général d'informations sur le devenir clinique,
02:21la sévérité de l'infection qui est atteint.
02:24Donc ça, c'est début mi-janvier.
02:26Est-ce que ça vous rappelle les épidémies de SRAS en 2003 et de MERS en 2012 ?
02:32Alors ça rappelle forcément puisque c'est un coronavirus,
02:35mais c'est jamais vraiment la même histoire,
02:37tout en ayant des choses qui sont déjà vues.
02:40On va dire que c'est un petit peu comme un thriller.
02:42On sait qu'on a quelque chose d'émergent,
02:44on ne sait pas si l'infection va être importante,
02:47quel va être le niveau de diffusion.
02:49Donc le début de l'histoire, on est toujours très intéressé.
02:56À quoi vous êtes attentif du coup dans les jours et les semaines qui suivent ?
03:00Quand un virus émerge, les premières questions c'est où il émerge ?
03:03Qu'est-ce qu'il donne comme pathologie ?
03:06Est-ce qu'il y a des critères de gravité ?
03:08Où est-ce qu'il a été identifié ?
03:11Et a priori, d'emblée, on se dit d'où il vient.
03:15On sait que le réservoir naturel des bêta-coronavirus
03:19est constitué en particulier par les chiroptères, la chauve-souris.
03:24Mais on sait a priori qu'il y a peut-être un animal
03:27ou des animaux intermédiaires entre la chauve-souris et l'homme
03:32pouvant expliquer cette émergence.
03:33Et donc les Chinois vont évoquer la piste du pangolin
03:38qui aurait fait le lien entre la chauve-souris et l'homme, c'est ça ?
03:42Effectivement, au bout d'un moment, on a eu cette histoire de pangolin
03:46et très peu d'informations encore, en dehors du fait que le pangolin
03:51semble héberger un coronavirus proche du SARS-CoV-2, du Covid,
03:57et proche également d'un virus de chauve-souris.
04:00Mais on n'a pas la reconstitution de l'histoire.
04:03Le nom de ce nouveau coronavirus, c'est SARS-CoV-2, c'est ça ?
04:07Le virus a été nommé SARS-CoV-2
04:10et l'infection a été nommée COVID-19 par l'OMS.
04:15Donc il y a un nom pour le virus et un nom pour l'infection qu'il cause.
04:23Est-ce qu'un virus est un être vivant ?
04:25Pour moi, oui.
04:26Tout dépend de la définition de la vie.
04:28La vie n'a pas une définition consensuelle.
04:31Personne n'est d'accord sur la définition du vivant.
04:34Pour certains, les virus n'appartiennent pas au monde du vivant
04:38et pour d'autres, si. Donc c'est un débat qui n'est pas tranché.
04:41Quel est le but de chaque virus ?
04:44Je pense qu'une des bonnes définitions du vivant, c'est de diffuser et de se maintenir.
04:50Et donc, on peut imaginer qu'un virus, son but, c'est de se maintenir dans la nature.
04:57Est-ce que le virus a intérêt à nous tuer ?
05:00Je ne sais pas s'il y a un dessin particulier, mais on pourrait dire que le virus n'a
05:07pas intérêt à tuer l'hôte qui l'héberge.
05:10Depuis quand est-ce que les virus existent sur Terre ?
05:13Depuis les origines de la vie.
05:16Le premier virus a été identifié à la fin du 18e siècle.
05:20La première façon qu'on avait de le définir, c'était d'être un élément ultra-filtrable,
05:26c'est-à-dire tellement petit qu'il passait au travers de tous les filtres.
05:31Et donc, la plupart des virus ont été découverts, identifiés, vus, avec les progrès de la physique
05:37et donc des microscopes, début du 20e siècle.
05:41Par exemple, le premier virus de la grippe identifié, c'est 1931.
05:47Comment apparaissent les nouveaux virus ?
05:49Les nouveaux virus apparaissent par évolution d'ancêtres virus.
05:55En fait, ce n'est pas de la création pure, c'est de l'évolution.
05:58Les virus ont beaucoup de possibilités pour évoluer.
06:02Ils mutent.
06:03Ils peuvent également échanger du matériel génétique.
06:06Donc, il y a de nouveaux virus qui sont créés tous les jours.
06:10Et nous, on connaît en fait une toute petite partie des virus.
06:13Celle qui nous intéresse, c'est celle qui nous rend malade.
06:17En médecine, on les recherche dans un cadre médical.
06:19Est-ce qu'on sait combien il y a de virus dans le monde ?
06:21Non.
06:22Il y a déjà des difficultés à essayer de les classer.
06:27Et on identifie tous les jours dans le monde de nouveaux virus.
06:31Combien est-ce qu'il y a de familles de virus connues à ce jour ?
06:34C'est plusieurs milliers ?
06:35Je dirais 6-7000 peut-être.
06:38Mais en fait, ça ne veut rien dire parce que ça ne reflète pas ce qui existe.
06:41Ça reflète ce qu'on connaît et ce qu'on a classé.
06:46Donc, c'est un monde assez infini, extrêmement diversifié.
06:52Les virus, ils sont partout ?
06:54Partout.
06:54Déjà dans notre organisme, où on est fait de cellules dites humaines, plus des bactéries, plus des virus.
07:02Quand on regarde notre matériel génétique, le génome humain par exemple, le génome humain contient 8 à 10% de
07:09séquences virales.
07:11Donc, ce sont des virus qui ont infecté nos ancêtres, qui ont ensuite infecté les gamètes, les cellules, les spermatozoïdes
07:20et les ovules de nos ancêtres,
07:23et qui ont été intégrées à notre génome en nous apportant des fonctions.
07:28Les virus, il y en a absolument partout.
07:30Et la grande majorité des virus sont bénéfiques.
07:34Enfin, je veux dire, le mot virus veut dire poison parce qu'en fait, il a été décrit dans le
07:39cadre de maladies qui affectaient l'homme.
07:42Mais la très grande majorité des virus sont des formes de vie qui coexistent avec les autres et qui nous
07:49aident à évoluer.
07:50À quoi les virus peuvent donc nous aider ?
07:52Les virus nous aident parce qu'ils nous apportent des fonctions.
07:58Par exemple, la mise en place de notre système de défense immunitaire, elle est faite essentiellement par notre microbiote,
08:06qui nous aide à supporter, à différencier ce qui est de soi et non soi.
08:11Et donc, ce qu'on va apporter comme réponse de Roger, toute cette, on va dire, cette éducation immunitaire
08:18qui fait qu'on supporte des aliments, qu'on supporte un tas de choses,
08:21elle est faite par l'intermédiaire des microbes, des bactéries, qui sont infectées également par des virus.
08:28Donc, ce sont des entités qui sont absolument indispensables à la vie.
08:39Vous le disiez, tous les virus ne sont pas dangereux pour l'homme, ils sont même précieux, utiles ?
08:45Ils sont précieux et utiles, oui.
08:48Les virus infectent tout ce qu'on appelle le vivant.
08:52Ce sont des microbes qui régulent en fait beaucoup d'écosystèmes.
08:56Donc, ils sont extrêmement importants pour la vie en général.
09:02Est-ce qu'on peut utiliser les virus pour soigner certaines maladies ?
09:05Oui, on utilise des virus pour soigner, notamment les cancers,
09:11puisqu'on peut utiliser les virus comme vecteurs.
09:15Comme on a vu que les virus, ils sont très professionnels pour pénétrer dans nos cellules.
09:20Et donc, par génie génétique, on peut utiliser certains virus pour transporter des gènes
09:29qui vont être délivrés à l'intérieur de nos cellules
09:33et qui vont être à l'origine de la fabrication de protéines
09:36qui vont nous permettre d'agir contre certaines maladies, notamment contre certains cancers.
09:48Quelle est la particularité des coronavirus, de la famille des coronavirus auxquelles on s'intéresse en ce moment ?
09:54Ce sont des virus qui ont d'abord été identifiés chez les animaux,
09:58qui sont très bien connus des virologues vétérinaires,
10:02qui donnent des infections chez les animaux d'élevage.
10:05Ils ont été identifiés chez l'homme dans les années 60,
10:07puis, depuis les années 2000, on a trois coronavirus émergents,
10:13le SARS, le MERS coronavirus et le COVID, plus récemment.
10:18Et en fait, leur particularité, c'est qu'ils sont équipés pour s'adapter et émerger.
10:25C'est-à-dire qu'ils ont tout un arsenal d'enzymes
10:28qui leur permet de bien s'adapter à de multiples conditions.
10:32Comment le virus fait pour se transmettre d'homme à homme ?
10:36Il se multiplie dans les voies respiratoires
10:39et donc, il a une transmission de type respiratoire,
10:42comme les autres virus respiratoires tels que la grippe.
10:46C'est-à-dire qu'il est essentiellement transmis
10:49lorsque l'on parle ou lorsque l'on tousse.
10:52Lorsque l'on parle ou que l'on tousse,
10:54on émet un très grand nombre de gouttelettes invisibles.
10:58Et donc, quand on parle près d'un autre individu,
11:02une partie de ces gouttelettes peuvent, on va dire,
11:05atterrir sur leur muqueuse.
11:07Ces gouttelettes peuvent également se déposer sur des surfaces
11:10et on peut donc se contaminer la main
11:13et porter la main à nos muqueuses sans s'en rendre compte.
11:17Une fois que le virus est parvenu à se frayer un chemin dans notre corps,
11:22quelle est sa mission ?
11:23Il va se multiplier.
11:25Un virus, pour se multiplier, doit absolument entrer dans une cellule.
11:30Et quand il entre dans une cellule, il en prend le contrôle
11:32et la cellule infectée est un virus.
11:35Les cellules infectées sont des usines à virus.
11:38On peut dire ça de façon grossière.
11:40C'est-à-dire que le virus est rentré dans la cellule,
11:42il a détourné les fonctions de la cellule
11:44pour que toute l'énergie et les matières premières de la cellule
11:47soient occupées à fabriquer du virus.
11:50Il va donc infecter les cellules de l'arbre respiratoire.
11:54Il va déclencher des signes cliniques qui, quelquefois, sont très pauvres.
12:00Quelquefois, il y a une maladie plus importante
12:03puisque le virus va gagner les voies respiratoires basses,
12:06les bronches et le poumon.
12:07Et puis, quelquefois, il va être à l'origine d'une réponse immunitaire
12:11qui est explosive et qui peut donner des tableaux très graves.
12:14Et là, ce sont des formes très, très sévères
12:16parce qu'on ne sait pas arrêter la réponse immunitaire.
12:20Donc, le virus peut être agressif par lui-même,
12:23mais il peut également déclencher une défense
12:26qui est beaucoup trop importante
12:28et qui va rendre malade le patient.
12:35Est-ce qu'on sait pourquoi le virus donne des formes
12:38très peu graves de la maladie
12:40et, d'autres fois, des formes très graves ?
12:42On ne réagit pas toujours de la même façon à l'agression d'un virus.
12:47Il y a des patients qui présentent des comorbidités,
12:51donc déjà des maladies qui rendent l'établissement des défenses
12:54contre le virus difficile.
12:56Et puis, il y a probablement des gens
12:59qui ont des réponses inappropriées à l'agression
13:02par tel ou tel virus.
13:04Donc, probablement que ce n'est pas le virus en lui-même,
13:08mais c'est plutôt la façon qu'on a d'y répondre
13:10qui crée ces différentes formes de sévérité.
13:13Dans certains cas où la maladie évolue de manière fulgurante,
13:17certains médecins parlent d'orage de cytokines.
13:19C'est quoi ?
13:20C'est ce que je vous disais.
13:22C'est l'emballement du système immunitaire,
13:24c'est-à-dire que le virus est vu comme quelque chose d'étranger.
13:28Donc, il va fabriquer un système de défense.
13:32Et parmi ces défenses, il va fabriquer des substances
13:35qu'on appelle des cytokines, dont le rôle va être
13:38d'appeler au secours d'autres cellules.
13:41Ces cytokines sont responsables d'un processus inflammatoire
13:45qui peut être extrêmement délétère sur le patient.
13:49Par exemple, quand il y a une réponse inflammatoire
13:51très importante au niveau du poumon,
13:54le poumon ne peut plus exercer ses fonctions vitales.
13:57À quoi ressemble le SARS-CoV-2 ?
13:59C'est l'image qu'on a tous en tête de cette boule avec des épines ?
14:02Ce qui est montré comme image du virus partout,
14:05c'est ce qu'on appelle la particule virale.
14:08Donc, c'est un virus qui sort d'une cellule.
14:10Une grosse partie des virus sont à l'intérieur de nos cellules.
14:14Et quand ils sont à l'intérieur de nos cellules,
14:17ils n'ont pas cette forme-là.
14:18Ils sont, on va dire, en pièces détachées à l'intérieur de nos cellules.
14:21Et les cellules infectées sont une autre forme du virus.
14:25Donc, en fait, il y a deux sources.
14:27Quand vous voulez donner un médicament contre le virus,
14:30vous pourriez vous dire, je vais aller détruire ces particules virales.
14:33Le problème, c'est qu'on n'a aucun médicament
14:36qui est capable de détruire ces éléments qui sont entre nos cellules.
14:42Tous les médicaments antiviraux dont on dispose
14:45sont des médicaments qui agissent sur les cellules infectées
14:49et qui vont avoir pour objectif
14:52de diminuer la multiplication du virus à l'intérieur des cellules.
14:57Une seule chose qui peut nous permettre d'éliminer le virus,
15:01c'est de fabriquer nous-mêmes des cellules immunitaires tueuses
15:05qui vont aller tuer les cellules infectées.
15:09Donc, la seule chose qui nous permet d'éliminer le virus,
15:13c'est notre propre système immunitaire
15:15qui doit répondre au bon moment et de la bonne façon.
15:21Et ça, c'est valable pour tous les virus ?
15:23Bien sûr.
15:24Les médicaments, par exemple, contre le virus HIV,
15:28ils ont pour but d'agir sur les cellules infectées
15:31pour les empêcher de produire du virus.
15:34C'est la raison pour laquelle on dit, pour l'HIV, le SIDA,
15:37qu'on ne guérit pas.
15:38Le virus reste dans notre organisme,
15:41mais si on prend des médicaments,
15:43on l'empêche de se multiplier
15:44et donc de faire des dégâts.
15:47Donc, les antiviraux, les molécules antivirales,
15:50n'ont pas le pouvoir qu'ont les antibiotiques, par exemple.
15:53Puisque pour agir contre les virus dans l'organisme,
15:58comme la plupart des virus,
15:59la plus grosse partie du virus est dans nos cellules,
16:02il faut agir à l'intérieur de nos cellules.
16:04Donc, c'est plus compliqué.
16:06Et c'est la raison pour laquelle, en virologie,
16:09on a préféré de tout temps le développement de vaccins.
16:15Le vaccin, c'est nous exposer à une partie du virus
16:20qui fait qu'on fabrique nous-mêmes
16:22une défense contre le virus.
16:25La meilleure des défenses contre les virus,
16:28c'est les défenses que nous construisons
16:29avec notre système immunitaire.
16:37Aujourd'hui, vous pensez, vous, en tant que spécialiste,
16:40que la meilleure chose à faire pour freiner cette épidémie,
16:42c'est bien de respecter le confinement ?
16:45Oui. Là, je pense qu'au point où on en est,
16:48effectivement, je pense que la mesure de confinement
16:51est la seule qui peut permettre
16:54de diminuer la transmission.
17:00C'est un virus contre lequel nous n'avons pas de vaccin.
17:03Nous avons des recherches vaccinales
17:06qui ont été entamées lors de l'émergence du SRAS
17:09et du MERS coronavirus, donc il y a déjà quelques données.
17:12Mais le développement du vaccin va être trop long
17:16pour endiguer la vague épidémique.
17:19On pense que certaines molécules peuvent avoir une action,
17:23mais nous n'avons pas d'antiviral vraiment spécifique
17:27contre ce virus.
17:28On sait comment peut se terminer cette épidémie.
17:31Est-ce que le virus peut mourir tout seul ?
17:34Non, le virus ne va pas mourir.
17:36L'épidémie, elle peut s'éteindre.
17:39Le virus va infecter une grande partie de la population
17:44et au bout d'un moment,
17:46il va y avoir une grande partie de la population
17:48qui va être immunisée et protégée contre ce virus.
17:51Quand il y aura beaucoup de sujets
17:53qui seront protégés contre ce virus,
17:55le virus va moins circuler.
17:56Là, vous voulez dire dans plusieurs années ?
17:58Non. Ça dépend de comment il circule.
18:00C'est-à-dire que là, si on le laissait complètement faire,
18:04il aurait infecté de très nombreuses personnes,
18:07très nombreuses,
18:09et même s'il n'y a que 5% de formes sévères,
18:12ça aurait fait un nombre très élevé de formes sévères
18:16que l'on n'aurait pas pu prendre en charge dans nos hôpitaux,
18:19puisque un afflux massif, brutal, de patients.
18:23Donc, ce qu'a essayé de faire le gouvernement,
18:26c'est d'étaler la courbe épidémique,
18:28c'est-à-dire de faire en sorte que la diffusion du virus soit ralentie
18:33et que la partie des formes sévères
18:35puisse être prise en charge par le système sanitaire français.
18:40Ça va donc diminuer le pic,
18:42ça va probablement allonger le temps de l'épidémie.
18:46Mais il va y avoir moins de morts,
18:49puisque les formes graves seront prises en charge
18:51par le système hospitalier.
18:52Mais quand on va lever le confinement,
18:54il va falloir anticiper le fait que l'épidémie peut repartir.
19:00Et donc, il faut étaler, étaler,
19:02de telle sorte que l'entrée du virus dans la population humaine
19:05fasse le moins de dégâts possibles.
19:07Probablement que le Covid-19 va rester dans la population humaine
19:12et va circuler ensuite probablement de façon saisonnière comme les autres.
19:21Professeur Astrid Vabré,
19:23pourquoi est-ce que les virus et notamment les coronavirus vous passionnent autant ?
19:27En fait, c'est une question de hasard.
19:29C'est simplement le fait que mon patron,
19:31avant, quand j'étais jeune,
19:33mon patron m'a donné ce sujet d'étude
19:35à une période où personne ne s'intéressait à ces virus.
19:39C'est la raison pour laquelle je me suis tournée vers les gens
19:43qui les étudiaient,
19:44donc beaucoup de virologues vétérinaires à l'époque.
19:47Il y a eu des émergences de coronavirus
19:50qui ont suscité à chaque fois des programmes de recherche
19:55avec des découvertes et des avancées.
19:57Mais les coronavirus sont longtemps restés un sujet d'étude
20:01qui a été peu, on va dire, financé par la recherche
20:05car considérés comme non-prioritaires.
20:09Non-prioritaires parce qu'au départ,
20:10ils ne s'attaquaient pas à l'homme, c'est ça ?
20:12Si, ça fait très longtemps que les coronavirus infectent l'homme,
20:17mais ils n'étaient pas considérés comme un virus
20:21pouvant donner des infections graves chez l'homme.
20:24Bien sûr, ça va changer.
20:25Ça a changé déjà un peu au moment du SRAS en 2002-2003,
20:29puis on a oublié.
20:30Ça a changé un petit peu lors de l'émergence du MERS coronavirus en 2012,
20:34puis on l'a oublié.
20:36Il y a eu d'autres virus qui ont émergé
20:38et qui ont retenu toute l'attention,
20:39dont par exemple le virus Ebola,
20:42le virus Zika, le virus chikungunya, la dengue.
20:46Là, avec le Covid, effectivement,
20:48les coronavirus ne vont plus être considérés
20:50comme des virus, on va dire,
20:53dont l'impact médical est mineur.
20:55Ça vous fait quoi de voir que ce sujet des coronavirus,
20:59auquel vous avez voué une grande partie de votre vie
21:01depuis une trentaine d'années,
21:03devient le sujet majeur pour la planète entière ?
21:05C'est très étonnant pour moi,
21:07parce que quand j'ai commencé à travailler dessus,
21:10ça n'intéressait personne.
21:11Donc, les financements ont été difficiles à avoir.
21:15Et de voir maintenant que c'est le sujet,
21:19c'est vrai que c'est un petit peu étonnant.
21:20Alors, sur le plan virologique,
21:23ça ne m'étonne pas beaucoup,
21:25parce qu'on sait que ces virus peuvent créer des pandémies.
21:28En revanche, ce qui est une surprise,
21:31c'est les conséquences sur la façon
21:34dont on a construit notre monde.
21:36Et ce qui est décevant,
21:38c'est l'incapacité qu'on a à faire de la prévention.
21:44Un philosophe, Emmanuel Caussia, a déclaré récemment
21:47« L'angoisse que nous éprouvons aujourd'hui
21:49vient en grande partie de ce que nous réalisons,
21:52que le plus petit être vivant
21:53est capable de paralyser la civilisation
21:55la mieux équipée techniquement. »
21:57Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?
21:59Oui, je pense qu'effectivement,
22:01on peut être un peu surpris
22:02des conséquences de cette épidémie.
22:06On sait déjà qu'il y a plusieurs dangers
22:08avec les microbes.
22:09On parle beaucoup, par exemple,
22:11de la résistance aux antibiotiques
22:13pour les bactéries.
22:14On sait que ça va probablement arriver un jour
22:17que des bactéries tueuses
22:19ne soient plus sensibles aux antibiotiques que l'on a.
22:23Pour les virus, c'est un peu plus compliqué
22:25parce que c'est très difficile à anticiper.
22:27On sait que ça va arriver
22:30depuis, on va dire, le mésolithique,
22:32depuis très longtemps.
22:33On sait que des virus émergent,
22:35mais on a fait comme si
22:37on pouvait répondre toujours.
22:39Et là, en fait, on est arrivé
22:41à un point où une épidémie
22:44déséquilibre complètement
22:46les systèmes économiques,
22:48le système aussi de fourniture
22:50de certaines matières premières, etc.
22:52Donc, on n'a pas pris en considération,
22:54oui, les microbes.
23:00Merci, professeur Astrid Vabré,
23:02chef du service virologie du CHU de Caen.
23:04Parmi vos ouvrages, on peut citer
23:06« Hommes et virus, une relation durable »
23:09avec un point d'interrogation.
23:10Un livre paru aux éditions
23:12« Les petites pommes du savoir ».
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23:33Cet épisode de CodeSource
23:34a été conçu et préparé par
23:36Stéphane Jeuneste et Raphaël Pueillot.
23:38Production, Benjamin Boucriche
23:40et Marion Bottorel.
23:41Réalisation, Benoît Gilon.
23:53Réalisation, Benoît Gilon.
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