- il y a 9 heures
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Coronavirus. Premiers morts français du Covid-19, premier médecin victime de la maladie, et fermeture des établissements scolaires dès le 9 mars… ce département subit l’épidémie deux semaines avant la plupart des autres. Récit.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le département de l'Oise a été l'un des premiers touchés en France par le nouveau coronavirus.
00:16Premier mort français du Covid-19, premier médecin victime de la maladie,
00:21fermeture des établissements scolaires dix jours avant le reste du pays comme dans le Haut-Rhin.
00:25Dans Codesource aujourd'hui, on vous raconte comment les habitants de l'Oise ont vu arriver l'épidémie deux semaines
00:31avant les autres.
00:42Le journal Le Parisien a l'une de ses éditions justement dans l'Oise.
00:46Florent Hélène, Julien Barbare, Elie Julien, vous travaillez tous les trois dans cette édition.
00:50On va voir ensemble comment vous avez vécu et raconté l'épidémie dans votre secteur.
00:56Florent Hélène, d'un mot d'abord, expliquez-nous le fonctionnement d'une édition du Parisien.
01:00Le Parisien possède neuf éditions en Ile-de-France et dans l'Oise.
01:04On couvre l'actualité au quotidien du département.
01:06Dans l'Oise, c'est un peu particulier, c'est un grand département.
01:09Donc on a trois agences à Beauvais, Compiègne et Creil, avec douze rédacteurs et deux encadrants.
01:15Et donc on choisit au jour le jour les sujets qu'on traite, avec une une spécifique à chaque fois,
01:20un sujet qu'on met en avant plus que d'autres.
01:22Le 25 février dernier, deux mois après le déclenchement de l'épidémie en Chine, alors que l'Italie met en
01:28place un cordon sanitaire,
01:29vous titrez, Florent Hélène, l'Oise face au coronavirus.
01:33On s'intéresse au coronavirus pour la première fois parce qu'on nous raconte qu'une salariée d'une entreprise
01:38de Compiègne
01:39a été priée de rentrer chez elle parce qu'elle revenait d'Italie, l'Italie qui était un cluster, qui
01:43était une zone sensible déjà face au coronavirus.
01:46Elle en a parlé avec ses collègues à la machine à café, ses collègues ont pris peur, ont alerté la
01:49direction,
01:50et donc elle a été priée de rentrer chez elle.
01:52À ce moment-là, on se demande comment est-ce que l'Oise se prépare à une crise sanitaire qui
01:56s'annonce,
01:57qu'on voit venir, mais qui n'est pas encore présente.
02:00Donc on interroge les hôpitaux notamment, qui nous disent se tenir prêts à l'arrivée du coronavirus.
02:06Justement, Julien Barbare, comment se préparent les hôpitaux de l'Oise ?
02:09Alors on rencontre d'abord le directeur de l'hôpital de Beauvais,
02:12qui nous est présenté comme celui qui sera la référence dans l'Oise pour traiter les cas de coronavirus.
02:17Le directeur nous dit à ce moment-là qu'ils sont complètement prêts,
02:20que cinq chambres ont été réservées dédiées aux cas de coronavirus qui peuvent arriver,
02:23qu'il y a un accès le plus direct possible pour éviter de se promener dans tout l'hôpital,
02:26une ventilation séparée, etc.
02:29L'hôpital de Beauvais est prêt à affronter la crise, et ce n'est pas de leur faute,
02:32mais à postériori, ça paraît un peu dérisoire comme moyen,
02:35et surtout on s'aperçoit rapidement que c'est compilien et craie qui vont être les plus sollicités,
02:39qui vont être le plus au front.
02:40Florent Hélène, à ce moment-là, est-ce que vous vous dites que ça va devenir une grosse actualité pour
02:44vous ?
02:45On sait que ça va arriver, on sait que le coronavirus va arriver dans l'Oise,
02:49les autorités nous le répètent, le directeur de l'hôpital nous le dit, il y aura des cas dans l
02:53'Oise.
02:54Donc on est concentré sur un autre sujet, surtout sur les élections municipales,
02:57qu'on suit au quotidien par les douze rédacteurs.
02:59Le coronavirus, pour l'instant, on le voit venir, mais on ne sait pas qu'il va arriver aussi vite
03:03et aussi fort.
03:09La situation bascule dès le soir même.
03:11Dans la nuit de 25 au 26 février, un enseignant de l'Oise meurt des suites du coronavirus.
03:20Je reçois un message à 23h25, je me rappelle, d'un rédacteur qui me dit qu'il y a un
03:26cas avéré dans l'Oise.
03:27C'est une information non officielle qui nous parvient de médecins.
03:31À cette heure-là, pour nous, il est trop tard de vérifier l'information et de la sortir.
03:35Donc on attend le lendemain, dès 8h, je préviens tous les rédacteurs de s'activer sur ce sujet-là.
03:39On active donc nos contacts et on apprend finalement qu'il y aurait même un cas grave et un mortel.
03:45On essaie de vérifier l'information et on la publie à midi, quasiment en même temps que la prise de
03:50parole
03:50qui confirme qu'il y a un premier Français qui est mort du coronavirus.
03:54Julien Barbard, qu'est-ce que l'on sait de la première victime du coronavirus dans votre département ?
03:59Assez rapidement, on arrive à avoir pas mal d'informations sur qui il est,
04:03puisqu'il se trouve que c'est un homme qui s'appelle Dominique, qui a une soixantaine d'années.
04:06Il habite Vaumoise, un petit village de 1000 habitants qui est à la frontière entre l'Oise et l'Ais.
04:10Et il est conseiller municipal, ce qui fait que c'est quelqu'un de connu dans sa commune.
04:13Et on apprend aussi très vite qu'il est professeur au collège de Crépy-en-Vallois, depuis très très longtemps.
04:19Tout le monde parle de quelqu'un qui est assez engagé, qui est blacker, qui est gentil
04:22et qui est très intégré dans la vie sociale et de Crépy et de Vaumoise.
04:27Dans la journée, c'est Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, qui annonce officiellement cette mort.
04:32Il confirme deux nouveaux cas de coronavirus en France, dont un jugé grave,
04:36un homme de 55 ans, lui aussi originaire de l'Oise.
04:39Qu'est-ce qu'on sait, Julien Barbard, de cet homme touché par le coronavirus ?
04:43Alors au début, pour lui, on sait seulement qu'il s'agit d'un homme de 55 ans,
04:46qui habite la Croix-Saint-Ouen, une petite commune qui est à côté de Compiègne.
04:49On sait qu'il est hospitalisé dans un état très grave au CHU d'Amiens,
04:53après être passé par l'hôpital de Compiègne, justement.
04:55Et très vite, on sait aussi qu'il s'agit d'un civil qui travaillait dans l'enceinte de la
04:58base aérienne 110 à Creil,
05:00où il y a au moins 6 cas de coronavirus qui ont été confirmés.
05:05Florent Hélène, c'est quoi cette base aérienne ?
05:07C'est une base qui en fait n'a d'aérienne que le nom,
05:09car il n'y a plus aucune activité aéronautique depuis 2016 à cet endroit.
05:13Aucun avion n'y décolle, mais elle a conservé des services de grande importance,
05:16notamment celle du renseignement militaire.
05:18Et puis elle a aussi conservé des escadrons, l'escadron Estérel en l'occurrence.
05:23Et on s'aperçoit que cet escadron a été chargé de rapatrier.
05:25Les Français de Wuhan, qui est l'épicentre de l'épidémie, fin janvier.
05:29Mais dans l'ensemble, Julien Barbare, Jérôme Salomon se veut rassurant.
05:32Oui, à ce moment-là, ce qui est étonnant, même nous,
05:34on voit arriver les informations au fur et à mesure,
05:36mais il y a un discours général des autorités qui nous explique
05:39qu'on s'attendait à ce que ça arrive, on y est préparé,
05:42il n'y a rien de trop grave.
05:43Dans les colonnes du Parisien, dans plusieurs articles à ce moment-là,
05:46on est encore fin février, on a plusieurs experts qui nous disent
05:49qu'il n'y a pas lieu de paniquer.
05:55Florent et Hélène, à ce moment-là, il va y avoir des conséquences concrètes
05:58dans votre travail, dans votre organisation ?
06:00Oui, dès le premier jour, puisqu'on a un rédacteur
06:03dont la famille proche a pu être en contact avec la victime.
06:08Donc il est renvoyé très vite en 14e chez lui pour ne prendre aucun risque.
06:12Puis petit à petit, la situation prend de l'importance.
06:14Donc on décide de fermer l'agence de Creil.
06:17Certains rédacteurs passent en télétravail,
06:19d'autres sont envoyés à l'agence de Compiègne.
06:21Puis une journaliste qui est partie travailler à Crépy-en-Valois,
06:25qui devient lui aussi un cluster,
06:28on l'envoie à l'hôtel parce qu'elle habite avec deux autres journalistes
06:31de l'édition, et donc on ne veut prendre aucun risque.
06:33Donc on commence vraiment à généraliser le télétravail dans l'Oise.
06:45Élie Julien, à ce moment-là, vous partez en reportage dans la commune de Vaumoise,
06:48un millier d'habitants environ, là où habitait le professeur mort du coronavirus.
06:52Qu'est-ce que les gens vous disent ?
06:54Les gens sont déjà inquiets finalement, on a l'impression d'avoir un confinement avant l'heure.
06:58Peu de personnes nous ouvrent, ils ne nous parlent pas dessus le portail ou de loin.
07:02Ils semblent inquiets, surtout de la rentrée scolaire qui devait intervenir quelques jours plus tard.
07:06Et ils hésitent déjà à ramener leurs enfants à l'école le lundi suivant.
07:10Et on sent vraiment une inquiétude et d'un autre côté aussi un agacement,
07:15puisqu'on se retrouve à plusieurs dizaines de journalistes,
07:18de nombreux médias dans ce petit village où il se passe habituellement pas grand-chose.
07:22L'inquiétude est forte également à Crépy-en-Valois, où il enseignait.
07:26Oui, alors à Crépy-en-Valois, l'ambiance est encore plus désagréable vis-à-vis des journalistes.
07:32C'est-à-dire que vu que la commune est pointée du doigt,
07:36tous les gens n'ont pas envie de nous voir, pas envie de s'exprimer.
07:39Ils continuent leur vie à ce moment-là, comme à l'habitude.
07:42Mais on a déjà des premiers ressentis d'habitants agacés d'être montrés du doigt comme ça.
07:49Julien Barbare, le mercredi 26 février, le plan blanc est mis en place dans les hôpitaux de Creil et Compiègne.
07:54C'est quoi le plan blanc d'un mot ?
07:56Le plan blanc, ce n'est pas quelque chose qui est créé pour le coronavirus.
08:00C'est un dispositif exceptionnel qui existe déjà,
08:02qui vise à mobiliser immédiatement l'ensemble des moyens médicaux, humains, matériels,
08:07dont dispose chacun des hôpitaux.
08:09Il est notamment déclenché pour se préparer à un afflux anormal de patients.
08:12Là, c'est pour le coronavirus, mais ça a déjà pu être le cas pour des épidémies de grippe classiques
08:16ou d'autres maladies.
08:19Le ministre de la Santé, Olivier Véran, se rend dans la foulée le vendredi 28 février
08:23à Vaumoise, puis à Crépis-en-Valois.
08:25Qu'est-ce qu'il dit sur place ?
08:27Alors, il est venu pour rassurer pas mal.
08:28Il échange beaucoup en privé avec les élus, avec la population.
08:32Des gens qui sont présents nous racontent que le ministre leur explique que ça va bien se passer,
08:35que l'État sera là pour les accompagner, qu'il va envoyer du matériel.
08:38Mesdames, Messieurs, etc.
08:40Il répète beaucoup qu'il ne faut pas se serrer la main.
08:42Je ne dis pas qu'il faut prescrire la politesse, bien sûr.
08:44Et surtout, dans la soirée, il surprend tout le monde en parlant de la fermeture de plusieurs
08:48établissements scolaires.
08:49Pour freiner la diffusion de l'épidémie, nous devons l'endiguer dans tous les lieux
08:53de vie collectives.
08:54L'école, tout d'abord.
08:56Il était déjà assez tard, au-delà de 20h, je crois, et jusque-là, tout ce que savait
08:59tout le monde, c'est que le collège de Crépis-en-Valois ne devait pas rouvrir à la rentrée
09:02scolaire, qu'il devait être fermé plusieurs jours.
09:04Et tout d'un coup, on apprend que c'est les établissements scolaires.
09:07A priori, même la préfecture et le rectorat n'étaient pas au courant.
09:10Et finalement, quelques jours plus tard, ce sont les établissements scolaires de plusieurs
09:13villes qui vont rester fermées dans un premier temps, ce à quoi on ne s'attendait pas du tout.
09:19Florin et Hélène, à ce moment-là, à quoi ressemblent vos journées de travail dans
09:23l'édition de l'Oise ?
09:24C'est très particulier.
09:26Il faut savoir que la première question qu'on se pose le matin, c'est « a-t-on des
09:29nouveaux
09:29cas ? » et pire, « a-t-on des nouveaux morts ? »
09:32C'est une ambiance qui est du coup un peu pesante.
09:34On passe des heures à vérifier des rumeurs.
09:37On nous annonce des cas partout.
09:39On nous annonce un mort à Creil.
09:40On nous annonce un premier cas à Beauvais.
09:43Et c'est vraiment des heures de travail pour vérifier et pour contredire ces rumeurs
09:47la plupart du temps.
09:48D'autant que parfois, même nos sources les plus fiables se trompent.
09:51Un jour, un médecin nous annonce de nouveaux morts dans l'Oise, ce que nous confirme
09:55le maire de Compiègne, ce que nous confirment deux autres sources.
09:59Et donc, on publie l'information et il se trouve finalement qu'il n'y aura eu qu'un mort
10:04lié au coronavirus, que l'autre mort n'était pas touchée par le coronavirus, malgré
10:08les premiers doutes qu'avait toute la communauté hospitalière.
10:10À ce moment-là, Florent Hélène, il y a de la fébrilité sur ce sujet dans le département ?
10:14Oui, pour tout le monde, parce qu'on sait que l'Oise est au cœur des attentions,
10:17que tous les regards sont tournés vers notre département.
10:19C'est un département qui servira malheureusement de modèle, où ce qui se passe chez nous
10:23se répétera 15 jours après partout ailleurs.
10:26Et donc, ce qui arrive dans l'Oise va arriver partout ailleurs en France.
10:31Julien Barbard, le 29 février, l'édition de l'Oise du Parisien, titre
10:35« Les regards se tournent vers la base militaire de Creil ».
10:38Oui, au départ, il y a une simple question de logique.
10:41En fait, c'est qu'on apprend tout d'un coup que le personnel chargé de rapatrier
10:44les Français qui étaient en Chine, le personnel de l'escadron Estérel, est basé à Creil.
10:48Simon Gouru, journaliste qui couvre le secteur, commence à recevoir des messages
10:52depuis l'intérieur de la base, des messages de militaires, des messages de personnel civil.
10:56Et plusieurs personnes lui disent que toutes les règles n'ont pas été respectées
10:59et qu'ils veulent que ça se sache.
11:00Nous, on fait juste notre travail classique, on enquête, on pose des questions.
11:03Et on finit par apprendre, effectivement, ce que nous confirme l'armée dans un second temps,
11:07c'est que le personnel qui a rapatrié les Français qui étaient à Wuhan
11:10n'ont pas été confinés strictement, mais placés en permission,
11:13c'est-à-dire avec leurs proches et avec la possibilité de sortir.
11:16Et de même, on apprend que ces militaires n'ont pas été testés.
11:18Il a simplement été constaté qu'ils n'avaient pas eu de symptômes.
11:20Et du coup, on pose forcément la question qui est, quid des éventuels porteurs sains ?
11:24Et ça, on continue d'échanger avec l'armée à ce sujet-là.
11:27Oui, parce que le risque, c'est que des porteurs sains puissent propager la maladie, bien malgré eux.
11:32On a eu pendant plus de 15 jours le maire de Crépi-en-Valois, par exemple,
11:35qui a été diagnostiqué positif au coronavirus,
11:38qui a été confiné chez lui, du coup, suite à cela,
11:41et qui, pendant toute la période où il était confiné et contaminé au Covid-19,
11:45n'a présenté aucun ou très très peu de symptômes.
11:50Florent et Hélène, quelques jours après cet article,
11:52donc, les regards se tournent vers la base militaire de Creil,
11:55vous recevez un appel inhabituel.
11:57On a le ministère des Armées qui nous appelle.
11:59Pour se plaindre, il faut être honnête, il faut dire très clairement,
12:01pour eux, on alimente une musique complotiste,
12:06alors que la question de savoir si le coronavirus est arrivé en France
12:10à cause des militaires ne se pose plus, selon eux,
12:13et qu'il n'y a aucun doute à ce sujet-là.
12:15Officiellement, le gouvernement écarte cette hypothèse.
12:18Oui, très vite, ils l'ont écartée,
12:19et la question, pourtant, se posait toujours dans le département.
12:23Toutes les discussions qu'on avait, même avec des militaires,
12:26au sein de la base, nous disaient qu'ils trouvaient étrange
12:28que l'enquête soit allée, qu'elle ait été si rapide,
12:32et qu'ils trouvaient leur conclusion un peu hâtive.
12:34Concrètement, comment ça s'est passé, cet appel ?
12:36C'est un conseiller de communication du ministère
12:39qui appelle directement sur son téléphone le journaliste
12:41qui a sorti l'information, qui a publié cet article,
12:44pour lui dire ce qu'il en pensait.
12:45Quel était le ton ?
12:46Il était plus que véhément.
12:55Julien Barbard, à ce moment-là, il y a bien sûr la question de la réaction
12:59face au début de l'épidémie.
13:01Comment les communes du département s'organisent ?
13:03À partir de début mars, on commence à avoir vraiment un ton
13:06qui change un petit peu, notamment dans les principales communes touchées.
13:09On en a donc neuf qui sont concernées.
13:11On commence à avoir le mot « cluster » qui apparaît
13:13dans le vocabulaire des autorités.
13:15On a Vaumoise, bien sûr, Crépion-Vallois, La Croix-Saint-Ouen,
13:17Creil et des communes autour de Creil
13:19qui sont placées dans un premier ton de confinement
13:22avec des règles qui sont encore un peu floues.
13:24C'est-à-dire que certaines gardent leur marché,
13:26d'autres les annulent, les écoles sont fermées,
13:28mais est-ce que les enfants scolarisés dans d'autres villes
13:30ont quand même le droit d'y aller ?
13:31Il y a un grand moment de flou comme ça
13:33qui dure un petit moment.
13:34Tout ça se met en place progressivement
13:36pour ces neuf communes principales de l'Oise.
13:38Le reste de l'Oise, à ce moment-là,
13:39continue de vivre quasiment normalement.
13:41Le 4 mars, vous publiez un reportage
13:43racontant ce qu'est le quotidien pendant un confinement.
13:47Comment le vivent les habitants de ces neuf communes concernées ?
13:49On a pas mal de journalistes, effectivement,
13:51qui sont sur le terrain encore à ce moment-là
13:53et qui vont voir les gens
13:54et tous rapportent une ambiance qui est vraiment un petit peu ralentie,
13:56quelque chose qui est un petit peu étrange.
13:58Il y a aussi un fort agacement qui prédomine,
14:01notamment à Crépion-Vallois,
14:02où il y a beaucoup de caméras
14:03et les gens ont l'impression d'être observés un peu en permanence.
14:06Et arrive aussi très vite
14:08le sentiment d'être des pestiféries.
14:09C'est-à-dire qu'à Paris, sur les bâtiments publics,
14:12il y a des affiches qui interdisent l'accès aux personnes
14:13qui viennent des communes clusters,
14:15des neuf communes de l'Oise en question,
14:16qui sont nommées explicitement.
14:18On a des habitants de l'Oise
14:20qui se voient refuser l'accès à leur travail
14:21dans d'autres départements.
14:23On a notamment des proches de nos journalistes
14:24dont les patrons leur disent
14:25« rentrez chez vous, on est un peu inquiet ».
14:28On a tous eu des amis
14:29qui nous ont prié de rester loin,
14:30de ne pas venir, etc.
14:31Au début, tout le monde dans le département
14:33trouvait ça un peu exagéré.
14:34Maintenant, peut-être qu'on se dit
14:36qu'on aurait peut-être dû même y aller plus fort.
14:41Début mars, Florent Hélène,
14:42le premier tour des élections municipales approche
14:44et dès le 5 mars, à 10 jours du premier tour,
14:47votre une s'interroge,
14:49« Voter est-ce encore possible ? »
14:51Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans l'Oise,
14:52on vit la crise sanitaire avec 15 jours d'avance.
14:56Donc cette question, on se la pose très tôt
14:57parce que de l'intérieur,
14:59on ne voit pas comment c'est possible.
15:01Nous avons des candidats qui sont contaminés,
15:03on a le maire de Crépy-en-Valois qui est contaminé.
15:05Donc la campagne s'arrête très rapidement,
15:06il y a des réunions, des meetings,
15:08le porte-à-porte qui ne se fait plus.
15:11Beaucoup de choses sont annulées chez les candidats.
15:13Et le maire de Crépy-en-Valois qui nous dit
15:15« Je n'aurai pas assez de personnel, assez d'assesseur
15:17pour tenir les bureaux de vote. »
15:19Dans ce cas-là, on se demande effectivement
15:20« Mais comment est-ce que dans 10 jours,
15:22l'élection va pouvoir se tenir ? »
15:24Et donc là, on pose la question à des spécialistes
15:26de la Constitution, savoir si le vote peut être
15:28reporté uniquement dans l'Oise
15:29parce que le département reste le plus touché.
15:31Sauf que le consensus ne se fait pas,
15:33ils ne sont pas d'accord entre eux.
15:35Pour l'Oise et le Haut-Rhin.
15:38Une semaine après la visite du ministre Olivier Véran
15:40dans le département,
15:41Edouard Philippe prend des mesures
15:43pour deux départements,
15:44le Haut-Rhin et l'Oise,
15:45le vendredi 6 mars.
15:47Nous annonçons ce soir
15:48la fermeture à compter de lundi matin
15:53et pour 15 jours,
15:55des crèches,
15:57maternelles,
15:58collèges et lycées.
16:00Donc très rapidement,
16:01je rappelle quatre journalistes
16:02pour qu'ils puissent se mettre sur la question.
16:04On interroge des directeurs,
16:06des proviseurs,
16:07l'académie,
16:08des parents d'élèves.
16:09Personne n'était au courant.
16:10C'est la surprise pour tout le monde.
16:12Il y a donc de la colère
16:13parce qu'il faut tout organiser dans l'urgence,
16:15en un week-end.
16:16Et puis il y a une incertitude aussi
16:17puisque l'annonce n'est pas claire.
16:20Il manque les écoles
16:21dans l'annonce du Premier ministre.
16:22Il manque aussi les universités.
16:25Et donc quand on pose la question derrière,
16:26on nous dit que finalement
16:28tout le monde est concerné.
16:29Sauf qu'on se rendra compte
16:30que les universités,
16:31elles, resteront ouvertes.
16:32Et puis il y a aussi un soulagement
16:34chez tout le monde
16:35parce que personne ne comprenait
16:36qu'on laisse les établissements scolaires ouverts
16:38alors que la crise était
16:40plus que jamais là dans le monde.
16:43Le lendemain,
16:44Elie Julien,
16:45le coronavirus fait un deuxième mort
16:47dans le département
16:47une vieille dame de Crépy-en-Vallois.
16:49Oui, c'est une dame âgée
16:51connue de tous
16:51puisqu'elle est très impliquée
16:53dans la vie associative,
16:54culturelle, locale,
16:56la maison des jeunes notamment.
16:57Elle va décéder des suites
16:59du coronavirus
17:00et à ce moment-là,
17:02Crépy commence à paniquer.
17:04Elie Julien,
17:05la situation devient inquiétante
17:06pour les hôpitaux de la région ?
17:07Oui, parce qu'il faut se rendre compte
17:09que depuis le premier cas
17:10avéré plusieurs jours auparavant,
17:13137 personnels, par exemple,
17:15à l'hôpital de Compiègne
17:15ont été en contact
17:16avec ce premier malade
17:18et à l'époque,
17:19ils ne savaient pas
17:19qu'il avait le coronavirus
17:20donc ils n'avaient aucune protection.
17:22Ils ont dû être mis en quatorzaine.
17:24C'est énormément d'effectifs en moins
17:26qui ont dû être testés.
17:27Deux seront finalement positifs
17:29au coronavirus
17:30et du coup,
17:31les hôpitaux vont aussi affluer
17:33d'un autre côté
17:33un grand nombre déjà de patients.
17:35La panique générale
17:36s'installe un petit peu
17:37avec beaucoup de personnes
17:38qui saturent les lignes du SAMU,
17:40qui croient tous avoir
17:41les symptômes du coronavirus
17:43et du coup,
17:44les hôpitaux vont devoir
17:46se mobiliser pour faire face
17:47à la pluie.
17:56On arrive au dimanche 15 mars,
17:58jour du premier tour
17:59des municipales partout dans France.
18:01Comment ce scrutin s'organise
18:03dans votre département,
18:04Julien Barbare ?
18:04Comme partout,
18:05les bureaux de vote
18:06ont été désinfectés,
18:07ils ont été préparés.
18:08Dans les communes les plus touchées,
18:09ça a été complexe
18:09parce qu'à Crépy,
18:11le maire et la moitié
18:12du conseil municipal, je crois,
18:13ont été confinés
18:14pendant la préparation.
18:15C'est très compliqué.
18:17Il faut remplacer au dernier moment
18:18les assesseurs dans les bureaux.
18:20Souvent, ce sont des personnes âgées
18:21donc on ne peut pas
18:21leur faire prendre ce risque.
18:23C'est vraiment pas simple.
18:24Dans toutes les villes,
18:24il y a eu des appels
18:25aux bonnes volontés
18:26pour organiser tout ça
18:27et ça a fini par fonctionner.
18:29A noter qu'à Vaumoise,
18:30par exemple,
18:30le ministre de la Santé
18:31avait promis du matériel,
18:33des masques notamment
18:33lors de sa venue
18:34pour l'organisation des élections
18:36et à la veille du premier tour,
18:37le maire les attend toujours.
18:39Le jour même des élections,
18:40dans tous les bureaux de vote,
18:41comme partout en France,
18:42ça a fini par fonctionner.
18:44On a du gel hydroalcoolique
18:45aux entrées,
18:46il y a des barres au sol
18:47pour signifier qu'on ne doit pas
18:48se rapprocher à plus d'un mètre
18:49de qui que ce soit d'autre.
18:51Ça se passe correctement
18:51si ce n'est qu'on enregistre,
18:53comme partout en France,
18:54une abstention record
18:55qui est de 54% dans le département
18:57contre 25% en 2014
18:59lors du précédent scrutin.
19:02Le lendemain,
19:03le lundi 16 mars,
19:05le président de la République,
19:06Emmanuel Macron,
19:06annonce, sans dire le mot,
19:08le confinement du pays.
19:10Comment la mesure est appliquée
19:12par les habitants de l'Oise ?
19:13C'est très difficile au début.
19:14Forcément,
19:15il faut que tout le monde
19:15comprenne les nouvelles règles,
19:16il faut que tout le monde
19:17les accepte.
19:17Ce n'est pas simple,
19:18il y a beaucoup de gens
19:18qui ne respectent pas.
19:19Et on arrive très vite dans l'Oise
19:21avec la mise en place
19:23de couvre-feu
19:24qui sont organisés
19:25dans plusieurs villes,
19:26notamment à Compiègne
19:27et à Creil.
19:28Et c'est à Creil
19:28que c'est fait le plus drastiquement
19:30puisqu'on a un couvre-feu
19:31qui va de 20h jusqu'à 8h du matin.
19:33L'idée étant
19:34d'empêcher les gens
19:35qui prennent comme excuse
19:36le fait d'aller dans les restaurants,
19:37d'aller chercher à manger,
19:38etc., de sortir.
19:39Du coup, dès 20h,
19:40tout ce qui est commerce
19:42de nourriture
19:43qui fait encore à ce moment-là
19:44de la vente à emporter,
19:44notamment,
19:45doit fermer ses portes
19:46et plus personne ne peut sortir
19:47à part ceux qui ont une excuse
19:49très très précise
19:50comme le travail, par exemple.
19:51Jean-Jacques Razafindranazi
19:53avait 67 ans.
19:54Le 23 mars,
19:55le docteur Jean-Jacques Razafindranazi
19:57est le premier médecin français
19:58qui a commencé à mourir
19:59des suites du Covid-19.
20:01Florent Hélène,
20:02il était à la retraite,
20:03il était venu travailler
20:04malgré tout
20:04à l'hôpital de Compiègne.
20:06Il a été au contact
20:07des premiers malades
20:08et donc il a été infecté
20:10certainement par ce biais
20:11même si aucune enquête
20:12ne le prouve.
20:13Il y est allé
20:13parce que ses collègues
20:15étaient complètement débordés
20:16par le travail.
20:17Il a fait ça par devoir
20:18complètement.
20:19Il y a de nombreux hommages
20:20qui l'ont été rendus
20:22et ces hommages
20:23souvent reprennent
20:23le champ lexical militaire
20:24qu'emploie Emmanuel Macron.
20:26Il y a un confrère
20:27qui parle d'un homme
20:28tombé au champ d'honneur
20:29et puis il y a l'hémophore
20:30de son fils
20:31qui dit
20:31« mon père s'est sacrifié ».
20:32Son fils justement
20:33est en colère
20:34car le premier patient
20:35à l'hôpital de Compiègne
20:36a été traité
20:37comme un patient normal
20:38sans faire de test
20:40pour savoir
20:40s'il a eu le coronavirus.
20:41Et puis il y a eu une colère
20:43aussi car il y avait
20:43clairement un manque
20:44de moyens de protection.
20:48Aujourd'hui 30 mars
20:49quasiment un mois et demi
20:51après l'apparition
20:52de l'épidémie
20:52dans le département
20:53est-ce que la situation
20:54s'est calmée ?
20:55Clairement non.
20:56On compte encore
20:57les morts au quotidien.
20:59Il y a plus de lits
21:00qui ont été ouverts
21:00dans chacun des trois
21:02établissements principaux
21:03du département
21:03grâce à une mobilisation
21:05énorme des médecins
21:06qui sont aujourd'hui
21:08épuisés.
21:09Mais voilà
21:09l'organisation
21:10est meilleure aujourd'hui.
21:12Après
21:12on compte toujours
21:13les morts au quotidien
21:14et puis il y a une inquiétude
21:16qui pointe
21:17très forte
21:17c'est que le pic
21:18de l'épidémie
21:19on n'y est pas encore
21:20que les morts
21:21vont être bien plus nombreux
21:22d'ici quelques jours
21:23quelques semaines
21:24et cette fois-ci
21:25ce sont les pompes funèbres
21:26qui s'inquiètent
21:27qui disent très clairement
21:28qu'elles ne pourront pas
21:29gérer l'afflux
21:30des corps
21:30en l'état
21:31et le préfet a donc rallongé
21:33le délai d'inhumation
21:34pour permettre
21:35aux pompes funèbres
21:36de prendre plus le temps
21:37et de faire ça correctement.
21:42L'hypothèse d'une importation
21:43de l'épidémie dans l'Oise
21:44via la base militaire
21:45de Creil
21:46a donc été écartée
21:48officiellement
21:49par le gouvernement
21:50Elie Julien
21:51dans le département
21:51ça ne convainc pas tout le monde.
21:52Oui des doutes subsistent
21:54puisque c'est 14 militaires
21:55qui ont participé
21:56au rapatrimant
21:57des 193 français de Chine
21:59ils n'ont pas été
22:00strictement confinés
22:01il y a cette hypothèse
22:02du porteur sain
22:03puisqu'on sait que
22:04des personnes peuvent être
22:04porteurs du virus
22:05mais être asymptomatiques
22:07n'avoir aucun symptôme
22:08il y avait juste
22:09une prise de température
22:10pour ces 14 militaires
22:11et donc on imagine
22:12qu'il pouvait avoir le virus
22:14et l'avoir propagé
22:15et finalement
22:17il y a cet homme
22:18de 55 ans
22:19agent civil
22:19de la base aérienne
22:20qui habite à la Croix-Saint-Ouen
22:21qui est toujours
22:22dans un état grave
22:23et qui a été en contact
22:25avec des proches
22:26de ses militaires
22:26sur la base aérienne
22:28et dont la femme
22:28nous redit
22:29ces jours-ci
22:30que pour elle
22:31son mari a contracté
22:32le virus
22:32à cause de la base aérienne
22:33et de son métier
22:34sur la base aérienne
22:35donc le doute subsiste.
22:37Elie Julien
22:38c'est vous
22:38qui avez interviewé
22:40cette dame
22:40quel est son sentiment
22:42aujourd'hui ?
22:42C'est une dame meurtrie
22:44à la fois
22:45toujours touchée
22:46d'avoir son mari hospitalisé
22:48dont elle ne sait pas
22:49si un jour
22:49il pourra lui reparler
22:51elle a l'impression
22:52d'être oubliée
22:52ou surtout
22:53qu'on lui cache la vérité
22:54puisque lorsqu'elle pose
22:55des questions
22:55à la base militaire
22:57on lui répond
22:58secret défense
22:59donc son sentiment
23:00aujourd'hui
23:00c'est qu'elle doit
23:01l'état de santé
23:02de son mari
23:03à son boulot
23:04d'agence civile
23:05au sein de la base militaire
23:06et qu'il n'a pas été protégé
23:08et que cela ne sera
23:09jamais reconnu.
23:13Merci à Florent Hélène
23:14Julien Barbare
23:15et Elie Julien
23:21Codesource est le podcast
23:22d'actualité du Parisien
23:23disponible chaque soir
23:25du lundi ou vendredi
23:26si vous aimez Codesource
23:27n'hésitez pas à nous le dire
23:28en mettant des petites étoiles
23:30et en vous abonnant
23:31sur votre application
23:32de podcast préférée
23:33comme Apple Podcast
23:34ou Podcast Addict
23:35cet épisode de Codesource
23:37a été conçu et préparé
23:38par Marion Bottorel
23:39production
23:40Benjamin Boucriche
23:41et Raphaël Pueyo
23:42réalisation
23:43Alexandre Ferreira
23:45et Raphaël Pueyo
23:47?