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Vendredi 6 mars 2026, retrouvez Guillaume Brisset (Associé, gérant, Clartan Associés) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
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00:10Et dans ce dernier quart d'heure de Smart Bourse, on sort un petit peu de la géopolitique,
00:14géostratégie et le conflit au Mont-Orient, on va s'intéresser aux banques avec notre invité,
00:19notre expert Guillaume Brisset. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes gérant de fonds chez Cartan Associés
00:23et voilà, vous avez décidé de vous pencher sur le cas d'une banque espagnole.
00:29Oui. Alors ce n'est pas tout à fait n'importe quelle banque, c'est un mastodonte,
00:35c'est la première capitalisation de la zone euro, une capitalisation bancaire qui est présente...
00:41Devant nos Françaises.
00:43Oui, devant nos Françaises, oui. Clairement, concrètement, c'est 140 milliards aujourd'hui de capitalisation,
00:51une BNP c'est 95, une BNP a un plus gros bilan, puisqu'il y a 2700 milliards,
00:57Saint-Ander, il y a juste un petit peu moins de 2000 milliards, mais c'est valorisé
01:03nettement mieux que la BNP. On va peut-être essayer de creuser pour voir pourquoi. Mais
01:10c'est une banque qui est... c'est un mastodonte parce que c'est présent à la fois en Europe
01:14et aux Amériques.
01:17D'accord. Elle est cotée ? Où ça ? Sur la bourse ?
01:20Elle est cotée sur la bourse espagnole. Voilà.
01:23Pas de double cotation ?
01:24Non, non, non. Pas de double cotation, c'est vraiment une banque espagnole d'origine. Alors on peut...
01:35Est-ce que c'est une banque universelle comme certains modèles ? Quel type de banque c'est ?
01:39Oui. Alors, je vais d'abord juste faire un petit focus sur l'historique de cette banque,
01:44parce que c'est important pour comprendre justement où est-ce qu'elle en est aujourd'hui.
01:48Saint-Ander porte le nom de la ville où elle est née, qui est une ville de Cantabrie,
01:53tout au nord de l'Espagne, à côté du Pays Basque. C'est une ville portuaire et en fait,
01:58elle a été créée en 1857, donc elle n'est pas toute jeune, pour favoriser le commerce
02:03entre les Amériques et l'Espagne. Et en fait, elle est restée fidèle à ces racines-là.
02:09Alors, elle a longtemps cru de manière très très très lente, mais il y a eu des petits épisodes.
02:17Après la guerre, en fait, les choses se sont accélérées.
02:21Petite anecdote, par exemple, ils ont récupéré des clients à Barcelone,
02:25parce qu'ils ont financé en 1957 la construction du nouveau stade du Barça.
02:31Et moyennant quoi, le deal, c'était vous demander à vos 30 000 supporters
02:36d'ouvrir un compte d'épargne chez nous.
02:38– Pour financer le Camp Nou, ce fameux stade.
02:42– Voilà, exactement.
02:44Donc, ils ont cru en Espagne progressivement.
02:46Et puis, ça s'est accéléré à partir de l'arrivée d'Emilio Bottine.
02:50Donc, il faut savoir que Saint-Ander, c'est la famille Bottine.
02:53Parmi les neuf fondateurs de la banque en 1857, il y avait un Bottine.
02:58Et en gros, depuis l'après-guerre, c'est toujours des Bottines qui sont à la présidence de la banque.
03:03Mais Emilio a particulièrement marqué Saint-Ander,
03:07parce qu'il a fait un certain nombre d'acquisitions.
03:10Alors, d'abord en Espagne, il a racheté Banesto au début des années 90.
03:15Voilà, en fait, la banque a toujours été très opportuniste.
03:20Voilà, Banesto a eu un scandale, a été victime d'un scandale parce qu'elle a été très mal gérée
03:26à l'époque.
03:26Donc, hop, ils l'ont raflé.
03:28Ils ont fait exactement la même chose.
03:31Enfin, non, pas la même chose.
03:32Ça parlera au plus jeune Banesto parce qu'on se souvient que c'était le sponsor des maillots.
03:36Dignes du Rennes, je pense, sur le tour de France.
03:38Exactement.
03:41On a été absorbé, c'est ça ?
03:43On a été absorbé, voilà.
03:45En 99, ils ont fusionné avec un gros concurrent qui s'appelait Banco Central Hispano.
03:51En 2000, ils ont racheté une banque brésilienne qui était privatisée, qui s'appelait la Banespa et qui a commencé
04:00à donner à Saint-Ander un gros pied au Brésil.
04:05Et puis, en 2004, là, c'est un peu la revanche de l'invincible Armada parce qu'elle débarque en
04:12Angleterre et elle rachète une vieille entité anglaise qui s'appelle Alliance et Leicester.
04:16Et là, la City est totalement sous le choc, ne comprend pas ce qui lui arrive, mais Saint-Ander remporte
04:23le morceau.
04:25Et en fait, c'est avec le début d'une série d'acquisitions.
04:28À l'international.
04:29À l'international.
04:30Et pourquoi ils ont pu le faire en 2004, c'est qu'Ave National était en difficulté.
04:38Ils avaient enregistré des pertes en 2002, des pertes en 2003 et 2004 n'étaient pas tellement plus favorables.
04:46Et là...
04:46Le chevalier blanc.
04:48Le chevalier blanc, voilà.
04:49Il rafle la mise.
04:522008 arrive.
04:53Et en 2008, là, il va être encore plus fort.
04:58D'abord, en 2007.
05:00En 2007, il s'allie avec Royal Bank of Scotland et Fortis pour racheter Abenamro à l'époque.
05:09Et en fait, ils vont dépecer Abenamro, ils vont le couper en petits morceaux et chacun va prendre ce qu
05:13'il veut.
05:14Saint-Ander va prendre la banque réale qui est une très grosse banque brésilienne et va devenir la quatrième banque
05:19brésilienne, grosso modo, grâce à cette acquisition.
05:22Les deux autres récupèrent des entités pourries, en fait.
05:28RBS fera faillite.
05:30Et Fortis, même chose.
05:32Fortis sera rachetée par la BNP.
05:34Voilà.
05:35Parce que le gouvernement néerlandais belge avait appelé la BNP à la rescousse.
05:40Donc, finalement, elle traverse plutôt bien l'accent en ciblant ses acquisitions à l'international.
05:44Incroyablement bien, la crise.
05:46Et donc, en 2008, c'est quand même la plus grande crise qu'on ait connu financière.
05:51La banque publie un résultat extrêmement confortable.
05:55Mais il continue.
05:56Parce qu'en 2008, vous avez la moitié des banques anglaises, si ce n'est les trois gares qui sont
06:04au bord de la faillite.
06:04Et ils rachètent deux autres petites entités de banques mortgage qui font du prêt hypothécaire.
06:10C'est-à-dire Bradford & Bingley et Allianz & Leicester.
06:14Et puis, aux Etats-Unis, c'est la même chose, c'est la déconfiture bancaire.
06:17Et ils rachètent Sovereign Bank, qui est une petite banque régionale du nord-est des Etats-Unis,
06:23qui leur permet de commencer à mettre un premier P.E. aux U.S.
06:27Voilà.
06:27Et toute leur histoire, c'est ce genre d'opportunités, mais qui leur...
06:33Donc, extrêmement ciblées, très opportunistes.
06:35Très opportunistes.
06:36Et un track record, on va dire, favorable.
06:39De gestion remarquable, absolument remarquable.
06:41Alors, l'acquisition d'Ave National a mis du temps à être vraiment intégrée,
06:46parce qu'il y avait un clash culturel, grosso modo.
06:54Bien sûr.
06:54Mais...
06:54Un choc des cultures.
06:55Un choc des cultures.
06:58Arrive à sa tête est nommée Anna Patricia Bottin.
07:02Donc, Anna Patricia, c'est la fille d'Emilio.
07:05Et en 2010, elle arrive au UK, au Royaume-Uni, pour mettre de l'ordre dans tout ça.
07:11Voilà.
07:12Et en quatre ans, elle apaise tout.
07:15Elle remet de l'ordre.
07:19Et Ave National, avec les autres entités, commence à fonctionner très, très bien.
07:23Parce qu'il y a eu d'autres acquisitions depuis ces 15 dernières années.
07:26Alors, il y a eu d'autres acquisitions.
07:27En 2017, ils ont racheté Banco Popular.
07:30Là aussi, Banco Popular avait de grosses difficultés.
07:33Ils l'ont récupéré pour un euro.
07:35Encore une fois, pourquoi est-ce qu'ils ont eu ces opportunités ?
07:38Parce qu'ils étaient très sains.
07:40Ils ont toujours eu un bilan très sain.
07:42Ils ont toujours été remarquablement gérés.
07:44Et donc, du coup, ils pouvaient saisir...
07:46Une gestion de bon père de famille.
07:48Bon, ils ne sont pas allés se...
07:48Enfin, bon père de famille, c'est des...
07:51Je peux dire, c'est géré de manière militaire.
07:55Tout est géré au cordeau, les coups...
07:57Non, ce que je veux dire, c'est que le fait que ça soit un capital...
08:00Oui.
08:00Ils sont toujours à la tête, je pense, du contrôle, la gouvernance.
08:03Ils s'inscrivent également dans la durée,
08:05puisque de génération en génération,
08:06ça donne quand même une portée.
08:08Et on se dit qu'on va peut-être transmettre pour la génération.
08:10Ça évite peut-être certains excès de CEOs
08:12qui sont placés là pour quelques années
08:14et qui ont parfois la folie des grandeurs.
08:16Absolument.
08:16On ne citera personne.
08:18Absolument.
08:18Comment ça se passe aujourd'hui ?
08:20Est-ce que c'est toujours une valeur qui vaut le coup ?
08:22Je vous demande ça parce qu'on sort d'une séquence
08:25qui a été extrêmement favorable aux valeurs bancaires.
08:29Et elles ont toutes...
08:30Voilà, il y a eu des multiples qui sont augmentées.
08:31Est-ce que c'est toujours intéressant ?
08:34Oui.
08:34Alors, il faut voir ce qu'Anna Patricia Bottin a fait.
08:38Elle est arrivée à la tête de la banque en 2014
08:40parce que son père est décédé en 2014.
08:43Elle a lancé trois plans stratégiques successifs
08:46de 2015 à 2025.
08:50Ça a fait exploser toutes les métriques de la banque.
08:53Elle a multiplié les résultats par trois.
08:55Elle a considérablement gonflé les ratios de fonds propres.
08:59Elle a réduit considérablement aussi
09:01ce qu'on appelle le ratio d'efficacité,
09:04c'est-à-dire le ratio des coûts sur votre chiffre d'affaires.
09:08Oui.
09:09Les gens sont devenus plus productifs.
09:11Ils sont devenus incroyablement productifs.
09:12Et surtout, en 2020, elle a lancé un plan
09:16qui s'appelle One Transformation,
09:18qui est un plan de numérisation de la banque.
09:23Le problème des banques, c'est qu'elles ont
09:26toutes des actifs hérités du passé,
09:29des actifs numériques, des actifs informatiques,
09:32et que tout ça fonctionnait par le passé
09:36sur des mainframes, qu'on appelle,
09:38que IBM fournissait.
09:40Et tout ça a été totalement dépassé
09:43avec l'arrivée du cloud.
09:44Ce qu'Anna Patricia a fait,
09:46c'est qu'elle a engrangé un énorme plan
09:48avec 20 milliards de budget.
09:50Donc, c'est quand même totalement colossal.
09:53Il y a 30 000 personnes qui travaillent là-dessus depuis.
09:57Et elle a progressivement numérisé
09:59toute l'architecture, enfin,
10:01mis sur le cloud toute l'architecture de la banque.
10:04Ça change tout parce que ça permet dans la banque de détails
10:07de Santander d'accélérer tous les processus.
10:10D'abord, de faire baisser les coûts,
10:13de permettre une innovation beaucoup plus rapide.
10:16C'est-à-dire que dès qu'on a une nouvelle application
10:18à mettre en route, en gros,
10:20en quelques jours, c'est mis en route
10:22et non pas quelques semaines.
10:26Et encore une fois,
10:28en termes de coûts,
10:30ça a été spectaculaire.
10:32Et donc, c'est pour ça que sur le dernier plan stratégique
10:34de 2023-2025,
10:35on est passé d'un ratio d'efficacité de 45% à 41%.
10:39Et ça, c'était avant l'intelligence artificielle.
10:41Peut-être qu'ils ont utilisé.
10:42Oui.
10:42Il nous reste une minute.
10:44Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui,
10:45donc, pour ceux qui s'intéressent boursément à la valeur ?
10:47Elle a lancé un nouveau plan.
10:49Le nouveau plan s'étale sur 3 ans,
10:51jusqu'à 2028.
10:53La banque va rendre 50 milliards d'euros
10:55à ses actionnaires.
10:57La banque va encore progresser sur son ratio d'efficacité.
11:00Elle va passer de 41 à 36%.
11:02Elle va encore augmenter sa rentabilité sur fonds propres.
11:06On va passer de 16 à 20%.
11:08Enfin, à plus de 20%.
11:10Et on va multiplier par deux les dividendes.
11:13Donc, concrètement, pour l'actionnaire,
11:16en fait, on va bénéficier d'une croissance de 13% à peu près
11:19en moyenne sur les trois années par an du bénéfice.
11:23On va être très grassement rémunérés pour ça.
11:26Et la banque devient de plus en plus, en fait, une rôle en termes de gestion.
11:32Et donc, du coup, quels que soient les événements qui vont arriver,
11:36normalement, on va traverser ça.
11:37Et je rajoute, elle est surtout armée pour faire face aux néobanques
11:41qui ont des grandes ambitions.
11:43Alors, justement, mais cette digitalisation de la banque
11:46fait qu'elle joue armes égales maintenant avec les néobanques.
11:49Parce que les néobanques, elles sont cloud-native, si je peux dire.
11:53Et en fait, maintenant, Santander l'est.
11:55On entend, on creux, que la transformation pour les banques, elle est possible.
11:58Elle coûte un petit peu, mais il faut s'y mettre et avoir cette volonté.
12:02Merci, en tout cas, pour ces précisions.
12:03On sait tout sur le cas Banco Santander,
12:06par Syngum Grisset, Clartan Associé.
12:09Merci.
12:09Cette édition se termine.
12:10Merci de l'avoir suivie.
12:12Je rappelle que vous voulez nous réécouter en replay
12:14sur toutes les bonnes plateformes,
12:16les Deezer, Spotify, Apple Podcasts,
12:18Apple Podcasts, bien évidemment.
12:19Abonnez-vous à SmartTrade tous les jours.
12:22Un petit récap de l'actu boursière avec Pauline Grattel.
12:25Et puis, bien sûr, dès lundi, vous retrouvez Guy Grégoire Favé sur ce plateau.
12:30Très bonne soirée à tous et à très bientôt.
12:32Sous-titrage Société Radio-Canada
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