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Vendredi 29 mai 2026, retrouvez Michel Ruimy (Économiste associé, SPAK) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

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00:10Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque soir c'est le quart d'heure thématique et chaque mois nous
00:13avons rendez-vous avec notre professeur, notre économiste Michel Rumi, économiste associé de SPAC qui vient d'écrypter pour nous
00:19un concept ou un phénomène économique et financier en l'occurrence.
00:24Bonsoir et bienvenue Michel, ravi de vous retrouver comme chaque mois, c'est plus un écart, c'est plus une
00:32divergence, vous appelez ça la fracture du siècle.
00:35On parle de Wall Street, les marchés actions américains versus Main Street, l'homme ou la femme de la rue
00:43aux Etats-Unis, Mr. ou Mrs. Smith, comme on dit là-bas, Monsieur et Madame Dupont.
00:49Et cette fracture, elle se matérialise, alors c'est facile, dans une émission comme Smart Bourse, on parle des marchés
00:54boursiers tous les jours et ceux qui suivent l'émission savent qu'on est sur des records historiques à peu
00:58près chaque jour qui passe, notamment sur le marché américain.
01:02Ce qu'on a peut-être un peu moins vu, c'est l'état d'esprit de Monsieur et Madame
01:05Smith aux Etats-Unis qui est au plus bas historique.
01:08Tout à fait, depuis près de 75 ans. On a l'indice de l'Université de Michigan qui mesure la
01:14référence, la confiance des ménages dans l'économie et dans l'avenir, et bien est au plus bas depuis 1952,
01:23donc pratiquement 75 ans.
01:25Et c'est assez hallucinant de trouver des marchés au plus haut et des indices de confiance au plus bas.
01:32Donc c'est assez, on va essayer de décrypter cela, on va essayer de voir, mais c'est assez surprenant.
01:37On parle souvent sur les marchés d'un élastique qui se tend, quand on voit des écarts se creuser comme
01:41ça.
01:41Donc là, il y a une forme de schizophrénie même parfois. Jusqu'où l'élastique peut se tendre avant que
01:47l'une ou l'autre des parties, Wall Street ou Main Street, ne capitulent ?
01:51C'est là, en fait, je vais essayer de voir, c'est que la question, c'est que les marchés
01:55considèrent que l'avenir sera meilleur que l'on peut le concevoir.
02:02Et donc, en fait, ils considèrent que les consommateurs ont tort, que l'IA va tout résoudre et que la
02:10productivité va ruisseler.
02:12Et donc, on va dire que ça fait des marchés macro-agnostiques. On ne croit pas du tout dans la
02:21réalité.
02:22Et ça peut encore tenir quelques trimestres. Mais malgré tout, de l'autre côté, M. M. Smith, eux, ont des
02:29appréhensions sur l'avenir, surtout au niveau de l'inflation.
02:33Et donc, ils consomment un peu moins. Et du coup, les entreprises vont avoir une moindre demande. Et ça va
02:38baisser le chiffre d'affaires.
02:39Donc, on voit bien que la situation est quand même assez paradoxale. Alors, qui a raison ? C'est la
02:45grande question, mais je n'ai pas de boule de cristal.
02:47Simplement, je pars d'un principe qu'il y a un monsieur qui s'appelle Warren Buffett, qui n'est
02:52pas tout à fait géré à l'inconnu.
02:54Non, il n'est pas un lapin de six semaines.
02:57Exactement. Et son fonds, qui est Bercher-Hattaway, en fait, il a une montagne de cash. C'est près de
03:03400 milliards de dollars.
03:04Et il est à son quatorzième trimestre de vente d'actions. Et donc, de manière générale, les marchés ont toujours
03:12donné raison, on va dire, à Warren Buffett.
03:15Et donc, on peut se dire que, finalement, c'est peut-être lui qui a raison. Mais pour l'instant,
03:20je ne sais pas, parce que les statistiques sont faites pour être contredites.
03:25Et donc, je vous donnerai la réponse dans quelques semaines, voire quelques mois.
03:28Alors, en plus, il avait inventé, ce n'est pas très compliqué à inventer, mais il avait mis sur place
03:33cet indicateur où il rapporte la capitalisation boursière de Wall Street au PIB américain.
03:39Et quand on atteint du 1 pour 1, pour lui, c'est généralement un moment de danger.
03:45Comment il faut interpréter cette réserve de cash qu'ils sont en train de construire chez Bercher-Hattaway depuis plusieurs
03:50trimestres ?
03:50En fait, il considère qu'il y a une asymétrie. En fait, une asymétrie parce qu'en fait, il considère
03:55qu'il n'y a pas d'opportunité attractive et il y a un risque de correction élevé.
04:01Et donc, dans ces conditions, il va dire, eh bien, il considère ce qu'on va appeler la valeur intrinsèque
04:06et les fondamentaux estimés,
04:08et avec, en même temps, une certaine dose de marge de sécurité.
04:12Et il s'aperçoit que, finalement, il vaut mieux détenir des liquidités et qu'avec ces liquidités, eh bien, lorsqu
04:20'il y aura une correction,
04:21je pourrai bénéficier de certains aspects et de certaines actions, et donc, du coup, eh bien, avoir un retour sur
04:27investissement intéressant.
04:28Donc, c'est là, en fait, aujourd'hui, on reste liquide parce que l'avenir est un peu particulier, quoi.
04:34Je reviens à votre indicateur de sentiment des ménages américains, avec une série longue, historique, mesurée par l'Université du
04:42Michigan.
04:44Pourquoi vous vous en faites presque un signal avancé ?
04:47Pourquoi est-ce que vous dites quand même que Wall Street pourrait, à un moment, être rattrapée par cette faiblesse
04:53du sentiment des ménages américains ?
04:55En fait, ce qu'il faut bien voir, c'est que les ménages américains, la consommation des ménages américains représente
05:00à peu près 70% du PIB.
05:01Et donc, si la confiance, si leur confiance dans l'économie se dégrade, ça va faire, on va dire, une
05:11épargne de précaution, une moindre demande.
05:13Et finalement, qu'est-ce qui va se passer ? C'est qu'à court terme, les entreprises vont peut
05:17-être absorber cela au niveau de leur marge.
05:19Mais à court, à moyen terme, eh bien, ça va avoir des grandes difficultés.
05:23Et donc, à être tout le temps optimiste, eh bien, les marchés risquent d'avoir un retour de bâton
05:28pour ne pas avoir vu complètement toutes ces anticipations, un peu de ces signaux avancés, on va dire.
05:33Quels sont les éléments un peu fondamentaux, quand même, sur lesquels se fondent les investisseurs
05:38pour continuer de payer le S&P 500 ?
05:42Ils regardent, bien sûr, aussi ces enquêtes.
05:44Je suis d'accord avec vous, ils sont macro-agnostiques.
05:46Ils ne sont pas macro-aveugles.
05:48Mais ils choisissent d'ignorer ce point.
05:51Tout à fait. En fait, ce qu'il faut bien voir, c'est qu'on est dans la situation présente
05:56et les marchés, ce sont des marchés d'anticipation.
05:58En fait, ils apprécient, on va dire, la situation présente, mais ils l'ont fait bien avant.
06:03Et donc, ils envisagent des aspects, je dirais, beaucoup plus larges.
06:07Et donc, ce sont des marchés d'actualisation, comme on dit.
06:10Et en fait, le prix d'un actif, c'est la somme des flux futurs actualisés.
06:14Mais on oublie tout ça.
06:15Ça veut dire que, de manière générale, le prix évolue de manière inverse par rapport au taux d'intérêt.
06:21Et donc, même si les indicateurs contemporains, comme l'indice de confiance des ménages,
06:26la consommation, se dégradent,
06:29les marchés peuvent considérer que, justement, demain sera meilleur.
06:35Et donc, du coup, on anticipe toujours ces résultats.
06:38Mais il faut faire attention de ne pas avoir des anticipations trop optimistes, on va dire.
06:43Comme vous dites, la prime de risque-action, elle se compare à la prime sans risque des taux souverains, en
06:51l'occurrence.
06:52Même si le risque, c'est peut-être un peu rééquilibré, quand même, entre les marchés d'action et les
06:56marchés obligataires.
06:57Mais à 4,50 sur du 10 ans américain, ou 5% sur du 30 ans,
07:02quelle place ou quelle marge ça laisse pour les marchés d'action en termes de prime de risque ?
07:08La question est qu'aujourd'hui, on va avoir deux aspects.
07:16Comme c'est toujours au taux d'intérêt, il y a toujours un taux d'intérêt qui joue là-dessus,
07:20le taux d'actualisation, c'est en fait le taux d'intérêt qui relie le présent et l'avenir.
07:26Et donc, qu'est-ce qui veut se passer ?
07:28C'est que si cette valorisation, on va dire, des marchés boursiers nécessite deux choses, à mon sens.
07:37Un, c'est soit une baisse rapide des taux, et donc ça maîtrise les taux, la valorisation est justifiée,
07:44soit à ce moment-là, une forte croissance des bénéfices.
07:48Je crains que ce soit deux aspects, deux incertitudes fortes.
07:52Et donc, c'est vrai que...
07:54Aux Etats-Unis, au premier trimestre, on a vu une croissance de 25% des bénéfices sur un an.
08:00Ce qui est peut-être du jamais vu...
08:02Tout à fait.
08:03Mais c'est ça qui est fait.
08:04Mais jusqu'à quand ?
08:05Mais on va avoir 25% tous les trimestres.
08:07Voilà, c'est ça.
08:09Sur un trimestre, sur une courte période, ça marche.
08:12Mais la difficulté, c'est la tendance de long terme.
08:16Il faut qu'on parle aussi de la structure des indices aujourd'hui.
08:19Et par construction, les indices américains ou les autres, finalement, évacuent les plus faibles et font rentrer les plus forts.
08:28Il y a un phénomène d'auto-alimentation aussi qui rend ces indices un peu moins proches de la réalité
08:35économique à chaque fois, c'est ça ?
08:37Tout à fait, exactement.
08:38En fait, souvent, on peut imaginer dans l'imaginaire collectif que les indices sont la représentation de l'économie nationale.
08:46C'est bien connu que nous sommes un pays pétrolier avec Total.
08:51Donc, quand on regarde un peu mieux la structure des indices américains, par exemple, les 7 magnifiques représentent à peu
08:58près 35% de la capitalisation
08:59et les 10 premières valeurs, ça représente 40%.
09:02Donc, ce qu'il faut bien voir, c'est que c'est du jamais vu depuis 1920, donc pratiquement un
09:08siècle.
09:08Et donc, d'une certaine manière, le S&P 500, ça devient un ETF tech, en fait, un indice très...
09:16Et la grande difficulté...
09:18Et l'ETF monde devient un ETF américain et donc aussi en partie un ETF tech, quoi.
09:23Voilà, tout ça, exactement.
09:25Tout ça, et c'est ça qui est important, c'est qu'aujourd'hui, les indices sont fortement marqués par
09:30leur composition
09:31et donc par, on va dire, les aspects les plus performants, on va dire.
09:37Alors, du coup, qu'est-ce que valorisent les marchés financiers ?
09:41Si on parle des indices, effectivement, parce qu'on peut s'écarter des indices, on peut construire d'autres indices.
09:47Là, on parle des grands indices larges, historiques, mais on peut avoir des indices de taille de capitalisation,
09:53écouille pondérée, de plus petite taille, etc., qui sont peut-être des reflets un peu différents aussi.
09:57Mais globalement, que valorisent les marchés financiers ?
10:00Alors, vous citez Peter Thiel, cofondateur de Paypal, bien sûr, je ne connaissais pas sa formule,
10:05qui est à la fois provocante et intéressante, je trouve.
10:09La concurrence, c'est pour les perdants.
10:11Qu'est-ce qu'il veut dire par là ?
10:12En fait, justement, Peter Thiel, justement, dans son ouvrage de Zero to One,
10:19en fait, défend la thèse que les meilleures entreprises ne sont pas celles qui affrontent la concurrence,
10:23mais finalement celles qui les évitent.
10:26Ça veut dire quoi ?
10:27Ça veut dire que, quand on regarde les bouquins de finances et tout, on se dit,
10:29ben oui, la concurrence, c'est bien, parce que...
10:32C'est bien pour le consommateur.
10:33Oui, oui, oui.
10:34C'est ça.
10:34Est-ce que c'est bien pour l'entreprise ?
10:37Et là, on dit que le capital va vers les acteurs les plus efficaces.
10:40On va dire ça comme ça.
10:42Or, en pratique, qu'est-ce qu'on fait ?
10:44Ce qu'il faut regarder, c'est que les plus dynamiques, ce sont celles qui bénéficient d'un pricing power,
10:49c'est-à-dire celles qui peuvent fixer des prix sans craindre, on va dire, quelconque événement.
10:54Et donc, et c'est ce qui est très important, notre cher ami Warren Buffett avait imagé, on va dire,
11:00cette situation.
11:01Il avait dit, c'est ce type d'entreprise qui ont un pricing power, c'est un château qui est
11:06protégé par un fossé.
11:07Et plus le fossé est profond, plus il est en sécurité.
11:10Et lui, il veut défausser, je crois qu'il dit, il veut défausser avec des crocodiles dedans.
11:13Non, mais il y a de ça.
11:15Exactement.
11:15C'est ça qui est important.
11:17Et donc, concrètement, qu'est-ce qu'il faut voir ?
11:19C'est que, première des choses, McShaw Attaway n'a pas bâti sa fortune sur des marchés concurrentiels,
11:25mais avec, on va dire, des grandes entreprises ayant un pricing power.
11:31Mais il y a deux aspects, en fait.
11:33Ce qu'il faut voir, c'est qu'un investisseur professionnel, ce qui est recherche, c'est en fait,
11:38ce n'est pas une entreprise qui se bat, mais une entreprise qui n'a plus à se battre.
11:43Ça veut dire que les marchés ne cherchent pas absolument la concurrence,
11:48mais en fait, ils payent les monopoles.
11:51Exactement, d'une certaine manière.
11:53Et donc, ça veut dire qu'on paye les entreprises qui peuvent échapper à la concurrence.
11:59Alors, pour le petit particulier, il faut faire attention aussi,
12:02parce qu'il ne faut pas se dire, du coup, on n'a qu'à viser les monopoles.
12:05En fait, c'est plus subtil que cela, c'est qu'en fait, il faut comprendre que lorsqu'on achète
12:11une action,
12:12eh bien, on va regarder ce que ça rémunère vraiment.
12:14Est-ce que c'est une croissance ? Est-ce que c'est une marque ?
12:16Est-ce que c'est une infrastructure, une rente ?
12:18Et surtout, c'est combien de temps va durer cet avantage ?
12:21Merci beaucoup, Michel.
12:22Merci de nous avoir éclairé sur ce sujet, cette dichotomie,
12:26cette fracture entre le monde réel et le monde des marchés financiers.
12:31Michel Rubic est avec nous, l'invité de ce dernier quart d'heure de Smart Bourse ce soir.
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