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Ce vendredi 29 mai, Audrey Maubert a reçu Éric Briones, planneur stratégique, directeur général du Journal du Luxe, Anaïs Duquesne, co-autrice du livre "Luxe Renaissance", Amal Benichou, directrice exécutive Luxe chez Accenture, ainsi que Marie Le Roy, directrice Marketing et Digital au Ritz, dans l'émission Iconic Business sur BFM Business. Retrouvez l'émission le mardi et réécoutez la en podcast.
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00:12Transformer le luxe, le projet est ambitieux, il donne lieu à un ouvrage collectif sous la direction d'Eric Brionne,
00:16des contributions pour mettre le luxe sur la voie de l'introspection, de la transformation et de la renaissance.
00:23Luxe, renaissance, car aujourd'hui le luxe, si tant est que nous puissions encore utiliser ce terme,
00:27contre au grand public pour certains, ostentatoire pour d'autres, ce n'est plus à voir, mais c'est bien
00:32être.
00:33A l'heure de l'IA, de l'expérience à tout va et de la désirabilité galvaudée, remettre de l
00:38'humain au cœur, de la valeur et de l'utilité au centre,
00:42c'est répondre a priori à une crise singulière, même systémique.
00:46Eric Brionne est dans Iconic Business, la co-autrice de l'ouvrage également Anaïs Duken,
00:50et deux contributrices, Marie Leroy du Ritz et Amal Benichoux d'Accenture, c'est Iconic Business, bienvenue.
01:02Autour de cette table, le projet est ambitieux, je l'ai dit, dans le sommaire.
01:07Quatre protagonistes aujourd'hui dans Iconic Business pour une spéciale luxe renaissance.
01:11Et pour cet ouvrage à venir, Eric Brionne, planeur stratégique, directeur général du journal du luxe, bonjour.
01:18Bonjour Audrey.
01:18La co-autrice de cet ouvrage, Anaïs Duken, bonjour.
01:21Bonjour Audrey.
01:22Et parmi les contributions, celles de Marie Leroy, directrice marketing et digital au Ritz, bonjour.
01:27Et Amal Benichoux, directrice exécutive le pôle luxe chez Accenture, bonjour, merci d'être là.
01:32Bonjour.
01:33Eric Brionne, c'est pas un peu prétentieux, ambitieux, mais indispensable de transformer le luxe ?
01:38Non, c'est, je vais dire, quelque chose d'essentiel tout simplement.
01:42On vit un moment historique dans l'histoire du luxe contemporain, dans le sens où on vit une crise qui
01:47est systémique.
01:48Et justement, la force de cet ouvrage, c'est de réunir toutes les familles du luxe.
01:52Il y a Kering, il y a LVMH, il y a Richemont et d'autres.
01:56Et cette force collective s'inscrit dans, un, la compréhension que c'est une crise grave,
02:01deux, qu'il faut apporter des réponses.
02:03Et ces réponses, elles sont en ordre de six.
02:05Donc, vraiment, ce moment historique amène, finalement, aujourd'hui, au luxe de faire une forme de méa culpa.
02:10Et c'est la première fois.
02:12En ce moment, il est assez doloriste, le luxe.
02:15Il assume qu'il a augmenté vraiment trop loin ses prix.
02:19Oui, parce que c'est carrément le postulat de la Renaissance.
02:23On est au-delà de la transformation.
02:24Il y a un avant et un après, clairement.
02:26Et puis n'oublions pas, historiquement, que la Renaissance vient avant la décadence.
02:29Et en ce moment, c'est notre diagnostic, il y a une décadence non pas du luxe,
02:33mais d'une désirabilité à tout crin.
02:36Simplement, on est inscrit dans une espèce de folie kafkaïenne.
02:39Je vous en ai dans les trois.
02:40Le premier, le prix a remplacé la valeur.
02:44Donc, le luxe a fait cher.
02:46Et quand on fait cher, ça veut dire qu'on est de qualité, ce qui n'est pas forcément le
02:48cas.
02:48À tel point que ce sont devenues des questions, même sur des récentes interviews,
02:52via le FT, entre autres, de Delphine Arnault,
02:55où elle est interrogée directement sur le signal prix et sur le repositionnement de la valeur.
03:00Pas seulement, en plus.
03:01Alors, Dior est en train de le faire.
03:03Chanel fait de même.
03:05Et là, dernièrement, Patek Philippe dit quelque chose.
03:08Ce n'est pas parce qu'on est cher.
03:09La valeur de Patek Philippe, ce n'est pas d'être cher.
03:11C'est d'avoir de la qualité.
03:12Donc, vraiment, il y a une obsession prix.
03:14Mais c'est ça qui est formidable.
03:15C'est que le luxe, cette désirabilité, c'est quoi, en fait ?
03:18La désirabilité, c'est se croire supérieur un peu aux autres.
03:21La marque de luxe, juste en sortie de Covid,
03:25désir terrible de consommation,
03:27s'est cru supérieur à ses clients.
03:29Et là, aujourd'hui, qu'est-ce qu'on cherche ?
03:31C'est la résonance, être en contact, vraiment résonner avec le client.
03:35Et tout ce que vous venez, en effet, de citer est une démonstration par l'affreuse de cette prise de
03:40conscience.
03:40Et le livre est cette prise de conscience.
03:42Parce que là encore, réunir toutes ces familles,
03:44une espèce de comité Colbert en 240 pages, si vous voulez,
03:47c'est quelque chose qui n'avait été jamais vu ailleurs.
03:50On va revenir en détail là-dessus, ça dit beaucoup aussi du changement de communication
03:54pour toutes ces familles du luxe, notamment,
03:56et donc de cette prise de conscience.
03:58Anaïs, duquel le terme « luxe » lui-même,
04:01on avait tendance à un peu le mettre de côté,
04:04à plus aimer trop ça,
04:05parce que quoi, il porte la trahison de la promesse de qualité ?
04:11En fait, si on revient à l'origine du mot « luxe »,
04:14« luxe » vient du latin « luxaré ».
04:16« Luxaré », dedans, il y a « luxe » qui est lumière.
04:19Donc, il y a cette mission intrinsèque d'éclairer, d'ouvrir la voie.
04:23Et « luxaré » veut aussi dire « dévier », faire un pas de côté,
04:27avoir cette culture de l'écart-là.
04:29Est-ce qu'aujourd'hui, le luxe a vraiment cette culture de l'écart
04:32et cette intention de révéler des chemins ?
04:37Ni Éric, ni moi, n'en sommes plus très sûrs.
04:40À tel point qu'en fait, on a plus l'impression qu'aujourd'hui,
04:44« luxe » est un peu égal cheminement vers la massification.
04:47Et c'est pour ça qu'on aime moins employer le terme ?
04:50Tout à fait. En fait, on a l'impression aujourd'hui
04:52que le luxe est trop opportuniste
04:54et qu'au lieu d'être précurseur et prescripteur de tendance,
04:59le luxe va avoir tendance à se greffer
05:01sur des choses existantes,
05:04et notamment via les réseaux sociaux.
05:08Donc en fait, dans cet ouvrage,
05:09on essaye vraiment d'ouvrir la voie vers un luxe
05:13qui est plus connecté à son intention première
05:16qui est d'élever le client à travers la culture
05:19et à travers la résonance.
05:22Oui, c'est la profondeur.
05:23Les maisons vont souvent chercher aussi la profondeur culturelle.
05:27Il y a un postulat marketing.
05:30dans le storytelling.
05:31Mais là, maintenant, il s'agit d'aller chercher véritablement
05:34l'ancrage dans cette profondeur culturelle.
05:36Tout à fait, d'aller chercher l'ancrage,
05:38la cohérence et la preuve.
05:39Et puis, il y a un paradoxe.
05:41En fait, la libido luxe, elle n'est pas en panne.
05:44Simplement, elle est en train d'évoluer.
05:45Ça veut dire quoi, concrètement ?
05:46Les clients a évolué avant.
05:48Exactement.
05:49C'est-à-dire qu'aujourd'hui, en effet,
05:50il y a un problème de désirabilité sur la mode et accessoires,
05:54mais il y a un basculement vers l'expérientiel,
05:57mais pas l'expérientiel sans but, sans objectif.
06:01Un expérientiel qui transforme à travers mille dimensions,
06:04comme l'hospitalité ou la longitude.
06:05Et on y reviendra dans un instant avec Marie Leroy,
06:07justement, sur cette transformation de soi aussi,
06:09via l'hospitalité.
06:11On a commencé à l'évoquer tout à l'heure, Éric,
06:13une hyperprésence au détriment d'une résonance.
06:16C'est ça, c'est le chemin qu'a perdu,
06:18le fil qu'a perdu le luxe.
06:20Totalement, en fait.
06:22Je veux dire, il y a trois paradoxes aujourd'hui.
06:24Comme je veux dire, le prix a remplacé la valeur.
06:27Les affluentes, la cible affluente est partie.
06:30Plus de 70 millions de clients affluents ici.
06:33Pourquoi ?
06:34Parce que les prix ont augmenté.
06:35Et que le luxe a été trop obsédé par les riches, entre guillemets.
06:39Mais en même temps, les riches,
06:41voyant l'hyperprésence du luxe,
06:43s'est trouvé moins rare.
06:45Oui, et puis la perte d'exclusivité, en fait.
06:47Quand on partage l'expérience, on n'a plus envie.
06:49Cette troisième dimension.
06:50Et puis même, on peut rajouter une quatrième dimension.
06:52Le luxe, pendant des années, a été obsédé par la Chine
06:55en investissant lourdement sur son réseau de distribution,
06:59mais en oubliant juste que la Chine est un pays communiste.
07:01Et luxe et communisme ne fait pas forcément bon ménage aujourd'hui.
07:04Et vous voyez, la marque a été hyper désirable.
07:07Peut-être en sous-estimant aussi de quelle manière on pénétrait un marché.
07:11Exactement.
07:12On est encore sur la résonance culturelle ici.
07:14Mais regardez aujourd'hui, les critères d'études sont clairement,
07:18on mesure la désirabilité et simplement, on révèle,
07:21elle est toujours importante, attention,
07:23mais d'un coup on se dit, mais la désirabilité ne suffit pas.
07:25Je vais vous donner un exemple très concret.
07:26Là, on est en plein festival de Cannes.
07:28Vous savez, le festival de Cannes, c'est célébrité à gogo, influenceur,
07:32et avec des bilans, le fameux MIV, la puissance médiatique.
07:37Sauf qu'on dit que cette puissance médiatique, in-Chiné, c'est du bruit,
07:40ça ne se transforme pas en acte d'achat dans la boutique.
07:42En acte d'achat, et c'est évidemment là la clé.
07:44On reviendra dans un instant avec vous, Marie Leroy,
07:46je le disais sur l'hospitalité en particulier.
07:48L'expérience, l'émotion et le compagnon,
07:51c'est globalement le constat de l'ouvrage,
07:52c'est l'excès de hiérarchie, d'autorité, de verticalité.
07:56Anaïs Duquen, jusqu'à créer des dissonances dans la relation marque-client ?
08:01Tout à fait.
08:02En fait, ce qu'on suggère dans ce livre, avant tout,
08:05pour recréer de la résonance,
08:07c'est de s'extraire de cette verticalité-là
08:10et de prôner une écoute attentive et véridique du client.
08:14Le client, aujourd'hui, ne veut plus être considéré comme une cible,
08:18il veut vraiment être considéré comme une personne
08:21qu'on peut transformer, accompagner, élever et révéler, d'ailleurs.
08:26Amal Bénichoux, à vos côtés, vous plaidez, vous,
08:30pour l'artisan relationnel.
08:33C'est intriguant comme choix de terme,
08:36les mots ont clairement un sens,
08:37mais qu'est-ce que ça veut dire ?
08:40Qu'est-ce que ça signifie concrètement pour le luxe ?
08:42Qu'est-ce que ça signifie dans la relation marque-client ?
08:45C'est quoi cet attelage, en fait ?
08:47Alors, on a parlé de crise systémique.
08:50En fait, le luxe entre dans une nouvelle ère
08:53et on passe d'un luxe de possession et de désirabilité
08:57à un luxe, effectivement, de résonance et de continuité.
09:01Et c'est là où la relation, en fait, devient un actif de marque
09:06au même titre que la création et le produit.
09:10Et donc, l'artisan relationnel va être un peu l'orchestrateur de cette relation.
09:15Donc, comme Anaïs l'évoquait, le luxe n'a pas suffisamment écouté la voix du client.
09:21Il s'est concentré sur les fondamentaux de la désirabilité.
09:25Ou alors, elle l'a pris pour acquis ?
09:27Alors, soit pour acquis, ou ça a été, si on regarde le segment de la mode,
09:32ça a souvent été quand même une industrie de push,
09:35très centrée produit.
09:37Alors, on n'est pas en train...
09:38En tout cas, nous, notre étude, et à travers l'artisan relationnel,
09:42on n'est pas sur un passage ou d'un passage d'une industrie
09:45ou d'un secteur qui a été centré produit à un secteur qui est centré client.
09:49Mais vraiment, garder les fondamentaux de la désirabilité
09:52qui sont le produit, le savoir-faire et l'exclusivité.
09:55Et même sur la définition de l'exclusivité,
09:57l'exclusivité n'est pas le pricing power,
09:59qui a été quand même très...
10:02enfin, beaucoup adressé les dernières années.
10:05L'exclusivité, c'est aussi considérer que la relation est importante.
10:09Et donc, pouvoir capter, comprendre ses clients.
10:12Et cette connaissance client, elle doit traverser toute la chaîne de valeur,
10:15parce qu'on ne parle pas juste de l'expérience dans le magasin,
10:18mais aussi dans la façon de définir sa supply chain,
10:23son planning, son omnicanalité.
10:27Dans l'étude récente qu'on a publiée en janvier,
10:30Luxe Éternel de Customer Release,
10:31on a 83% des dirigeants qui confirment que leurs clients évoluent plus vite qu'eux.
10:40Et donc, ils n'ont pas cette connaissance client.
10:42Et de l'autre côté, 37% du panel des clients Luxe qui ont été interrogés
10:47citent aussi que la continuité, la profondeur de cette relation entre la marque et le client
10:54fait partie de leurs critères de choix.
10:57Et d'ailleurs, quand on voit, il y a un chiffre qui est intéressant,
11:00dans le panel des clients Luxe qu'on a interrogé,
11:0370% des clients ont changé de marque favorite les cinq dernières années.
11:10Donc, ça dit quelque chose quand même sur la loyauté.
11:12Il y a un vrai écart de résonance entre la marque et le client.
11:17Donc, la désirabilité, ça reste important.
11:20Les fondamentaux de la désirabilité, en tout cas pour les acteurs ou les marques
11:24qui n'ont pas ces fondamentaux, ils doivent les renforcer.
11:28Mais là, on vient ajouter un actif qui est l'actif de la relation.
11:31Mais alors, ça veut dire que là, on a le constat, on a le diagnostic,
11:35mais elles sont où les clés d'amélioration ?
11:38Alors, je pense qu'il y a un vrai sujet d'excellence opérationnelle aussi dans le secteur.
11:47Donc, c'est un secteur qui a pu croître les dernières années.
11:52Là, il vit une crise systémique.
11:53Oui, ce n'est pas un gros mot de dire que c'est une industrie.
11:55Et donc, il y a un schéma opérationnel qui va avec.
11:57En tout cas, il y a une charpente invisible qui est indispensable à construire dans le luxe
12:04pour pouvoir capter la donnée et pouvoir connaître le client
12:09et finalement ne pas être dans le transactionnel
12:11et adresser les clients d'une manière continue dans la durée
12:16pour que ce soit un vrai actif de marge.
12:18Donc, l'excellence opérationnelle est un vrai sujet.
12:21Donc, comprendre les fondamentaux de la désirabilité,
12:24aller chercher la différenciation,
12:26donc l'expérientiel est indifférencié, mais pas que.
12:30Et bien sûr, en tant qu'acteur de la technologie,
12:33donc Accenture, nous accompagnons aussi nos clients
12:36pour que la technologie va venir définir cette charpente invisible
12:41à travers toute la chaîne de valeur.
12:43Elle reste importante,
12:45que ce soit à travers la data, l'IA et tous les assets technologiques,
12:51avec vraiment l'objectif de venir,
12:53de faire pénétrer la voix du client.
12:57Oui, c'est un enjeu, on y reviendra en fin d'émission,
13:00sur la place des données, évidemment, des datas,
13:04la place de l'IA aussi comme outil et non comme domination.
13:07C'est structurant.
13:09J'aimerais qu'on bascule sur un secteur qui a beaucoup, beaucoup évolué.
13:14C'est central en termes de dépenses et tendances et dynamiques aussi.
13:17C'est particulièrement vrai dans l'hospitalité.
13:19Pour les très hauts revenus, certes, mais pas que, en fait,
13:22on plaide l'émotion, l'authenticité, le moment et le lieu
13:26qui vous transforment, Marie-Leroy.
13:28C'est ça, en fait, le moment et le lieu
13:30et une vraie transformation de soi ?
13:32Je pense, oui.
13:35Et au Ritz, en tout cas, il y a une singularité forte
13:39qui est que l'expérience est presque initiatique
13:43dans le sens où franchir nos portes, place Vendôme,
13:47c'est déjà entrer dans une histoire,
13:49un univers émotionnel, collectif, presque un mythe
13:53et que cette émotion-là, déjà, elle transforme en soi.
13:56Et pour revenir sur ce que disait Amal,
13:59chez nous, il y a quelque chose de très, très important.
14:01C'est ce qu'on appelle l'intelligence émotionnelle des équipes.
14:04C'est une excellence, c'est un artisanat invisible
14:08et silencieux, vraiment, qui consiste à comprendre le client
14:13avant même qu'il ne s'exprime.
14:15Et quand on a réussi ça, je pense qu'on a tout gagné
14:18parce que le client se sent vu, compris, reconnu dans ce qu'il est
14:24et c'est presque un sentiment en soi élévateur et transformateur.
14:28Donc c'est dans la formation et dans l'esprit d'entreprise
14:34une ultra-personnalisation, ça fait partie des codes
14:38et en fait du savoir-faire.
14:41On pourrait faire le parallèle entre les gestes dans l'artisanat
14:44mais là, c'est le savoir-faire du personnel, des collaborateurs du RITS ?
14:48Absolument, c'est un vrai travail de l'ensemble des salariés.
14:54Ça se matérialise exactement comme vous le dites.
14:57Après, on a aussi d'autres moyens de toucher le client
15:00qui viennent compléter cette excellence opérationnelle
15:04et cette intelligence émotionnelle.
15:08Aujourd'hui, on ne voit pas le RITS comme un lieu d'hébergement
15:12mais tu le disais, Annalise, tout à l'heure
15:15comme presque un écosystème culturel et émotionnel.
15:19Et ça aussi, ça va aller toucher le client.
15:21À titre d'exemple, on lance là dans trois semaines
15:24notre tout premier festival d'art.
15:27Qu'est-ce qui va se passer ?
15:28C'est trois soirs en juin dans le jardin du RITS,
15:31Place Vendôme, donc sous les étoiles
15:34avec 300 places par soir qui sont ouvertes à tous
15:37et on va créer une expérience très intime
15:40entre les spectateurs et les artistes
15:43autour de la danse, du chant lyrique, de la musique.
15:46Et ça, c'est quelque chose d'unique
15:48qui va aussi toucher le cœur du client
15:50et qui va le transformer.
15:52Parce que l'hébergement ne suffit plus,
15:54c'est le prérequis de toute façon
15:57et donc les établissements ne sont plus jugés
15:59sur ce point-là jusqu'à, et vous le précisez dans l'ouvrage,
16:03être le compagnon de vie.
16:05Est-ce qu'on ne va pas un peu loin dans l'expression
16:07où ça paraît faire sens ?
16:10À mes yeux, quand on parle du RITS,
16:12on ne va jamais assez loin.
16:14Parce que le RITS, c'est 4 lettres
16:16qui rayonnent dans le monde entier
16:18et que, où que vous soyez,
16:20tout le monde sait ce que ça signifie le RITS.
16:21C'est vraiment une institution mythique.
16:23Un établissement, une marque, en somme,
16:25compagnon de vie.
16:26J'ai besoin que vous m'expliquez
16:27quels sont les tenants, justement.
16:28Alors, pour un peu rebondir sur ce que disait Eric,
16:31le produit, c'est fini.
16:32Donc, on ne vend pas des chambres d'hôtel.
16:34C'est ça.
16:36Même si nos chambres sont exceptionnelles,
16:40sont sublimes, sont entretenues chaque jour
16:43par des équipes de marbrillers,
16:45de peintres à la feuille d'or, etc.
16:47Le produit est fabuleux,
16:49mais on ne vend plus que le produit.
16:51On va vendre des expériences,
16:52comme le festival dont je vous parlais,
16:54mais pas que.
16:55C'est des soins au spa qui sortent de l'ordinaire,
16:58comme on va transformer l'expérience de wellness,
17:00par exemple.
17:01C'est comment on va accompagner le client
17:03dans son séjour à Paris
17:04en lui proposant de prendre un cours de cuisine
17:06avec nos chefs
17:07et de lui confier des secrets
17:11auxquels personne d'autre n'aura accès.
17:14C'est des expériences dans nos restaurants
17:16qui sortent aussi de l'ordinaire,
17:17puisqu'on travaille beaucoup sur des soirées thématiques
17:21où le client entre dans la danse presque
17:24et donc devient un acteur
17:26et on l'accompagne au fil du parcours.
17:30C'est-à-dire que même après son séjour,
17:31même après son expérience,
17:32on travaille là aussi avec la data
17:34et on va aller le toucher
17:36et continuer ce fil relationnel
17:39au travers de notre CRM.
17:40Comme ça qu'on entretient les liens
17:42en plus où on rend véritablement captif le client
17:45et potentiellement les générations,
17:47puisqu'on peut transmettre ce lien à partir de là.
17:50Donc on sait comment nouer cette relation.
17:53Dans cet ouvrage, il est question évidemment
17:55de cette marque qui aimait,
17:57mais on a un peu oublié ce que le client éprouvait.
18:01On a touché les limites, Anaïs Duquen,
18:03de la désirabilité.
18:04On l'a évoqué, mais clairement.
18:08Oui et non.
18:09Le luxe est encore désirable.
18:11Éric et moi sommes d'accord là-dessus.
18:14Mais nous estimons qu'on doit changer de paradigme
18:18et créer un lien qui soit plus fort que de la désirabilité.
18:22Oui, on revient à l'hospitalité, clairement.
18:25Tout à fait, tout à fait.
18:26Et je rejoins Marie sur ce qu'elle vient de dire.
18:30On le détaille dans le livre
18:31et notamment dans le chapitre de Frédéric Verlet.
18:35L'idée, c'est de transformer, mais sur la durée
18:37et de créer un lien qui soit tellement profond
18:42et tellement sincère
18:45que ça ne soit pas évanescent
18:47et que ça ne s'évapore pas au bout de trois jours
18:49une fois qu'on est rentré chez soi
18:51après un séjour merveilleux, certes.
18:53Mais l'idée, c'est de changer les vies,
18:54de changer les êtres
18:55et de marquer les trajectoires.
18:57En réalité, la désirabilité ne doit pas se transformer en hubris.
19:00Et en prenant un exemple très concret,
19:02la désirabilité folle, là, c'est la collaboration
19:04qu'on a entre Swatch et...
19:07Oui, ça a clairement, l'artement commenté.
19:09Avec, en effet, ces pop,
19:15ces montres qui ont créé, du coup, une folie,
19:18qui ont fait brûler des boutiques.
19:21Et du coup, les possesseurs de la montre originelle
19:25se sont sentis blousés,
19:27se sont sentis même trahis par rapport à ça.
19:29Et c'est vraiment cette collaboration
19:32on voit Swatch, monde de luxe,
19:34qui crée aujourd'hui une désirabilité complètement folle,
19:36qui amène la dissonance.
19:38Mais je reviens sur cette idée de compagnon de vie,
19:40c'était intéressant,
19:40parce que sur Génération Z et le luxe, déjà,
19:44la conclusion par rapport à la Chine,
19:46c'était la Chine, la jeunesse chinoise,
19:48veut des compagnons de vie.
19:50Oui, parce qu'il y a aussi la question derrière,
19:52vous l'avez évoquée d'emblée,
19:53de la valeur réelle, certes,
19:54de ne pas la pression d'être flouée
19:57par les maisons de luxe,
19:58et puis de l'intention,
20:00vous l'évoquiez tout à l'heure,
20:01de l'intention qu'on met, justement.
20:04Et cette génération Z est particulièrement sensible.
20:08Oui, c'est les premiers à être partis,
20:10très concrètement,
20:10mais être partis vers quoi ?
20:12Vers de la beauté,
20:13vers la longévité,
20:14vers l'hospitalité.
20:15Donc c'est pour ça que ce désir luxe,
20:16il est toujours là,
20:17mais simplement, il change de nature.
20:19Je voudrais revenir, Marie Leroy et Éric Brionne,
20:22sur l'hospitalité,
20:23parce qu'il y a quelque chose
20:24qui m'a interpellée dans l'ouvrage,
20:25et ça ne m'étonne pas trop d'Éric,
20:27jusqu'à parler de white-loutusation,
20:30de l'hospitalité.
20:31Qu'est-ce que ça veut dire ?
20:33Moi, je vois un monde lévrosé
20:35quand on me parle de white-loutusation.
20:37Donc, qu'est-ce qu'il y a derrière ?
20:38Oui, il y a ça,
20:39parce qu'en fait,
20:40là, on a défini un outil
20:42sur c'est quoi être transformatif.
20:44Et on a défini
20:458 dimensions transformatives,
20:46mais quand même 3 sur 8
20:48sont de l'ordre du psychologique,
20:49sont de l'ordre de l'ablignement de soi,
20:51sont de l'ordre du renforcement mental.
20:53Donc, en effet,
20:54aujourd'hui, très concrètement,
20:56pourquoi cette obsession du transformatif ?
20:59C'est l'obsession du développement personnel,
21:01et c'est aussi un monde qui est malade,
21:03où aujourd'hui, il est de plus en plus dur.
21:04Donc, le transformatif,
21:06c'est, avant de se transformer,
21:08c'est renforcer ses bases
21:09pour pouvoir sculpter un chef-d'œuvre de soi.
21:12Marie Leroy, ça revient à ça.
21:14C'est un retour à soi,
21:15c'est une déconnexion du monde,
21:17une reconnexion à soi quand on passe ?
21:20Totalement,
21:20et quelque chose de très, très fort chez nous,
21:22c'est l'aspect refuge.
21:24Donc, nos clients qui voyagent
21:25à travers le monde entier,
21:26qui ont accès à tout,
21:28finalement,
21:28ont besoin à un moment
21:29de se retrouver...
21:31Et là, on revient à l'exclusivité.
21:32Voilà, exactement.
21:33Protégés en toute sérénité,
21:35dans un abri qui leur correspond,
21:38et dans lequel ils vont pouvoir
21:40souffler, se révéler,
21:41et voilà.
21:42Et ce que tu disais,
21:43repartir en étant encore plus eux-mêmes.
21:45De soi, mais sans oublier l'autre.
21:47Mais un autre choisi.
21:48Parce qu'en effet,
21:49quand je dis au Ritz,
21:50il y a une communauté,
21:52des fans du Ritz ici.
21:53Et on revient à quelque chose
21:54de Ritz et d'appartenance.
21:57Parce que la solitude rend mal,
21:59rend malade ici.
22:00Je voudrais, Amal Bénichou,
22:02qu'on revienne sur les clientèles.
22:04Il y a des clientèles selon les âges,
22:05les revenus,
22:06mais toutes désireuses d'une relation
22:08moins de subordination,
22:10finalement,
22:10avec plus de profondeur du lien,
22:13pas les vues,
22:13c'est ce que vous disiez, Anaïs.
22:15Un retour au précieux,
22:17c'est ce que le client va chercher ?
22:18Tout à fait.
22:19Et en fait,
22:19quand on regarde,
22:20avant de regarder par segment,
22:22il y a une vraie recherche
22:23d'authenticité dans la relation
22:25avec la marque.
22:25Et Anaïs l'a évoquée.
22:27C'est du vrai
22:30et pas du marketing.
22:32Et donc ça,
22:33c'est vraiment un point essentiel
22:34pour travailler sur la résonance.
22:36Quand on regarde
22:36sur les moins de 40 ans,
22:38sur cette dimension relationnelle,
22:40on voit que c'est une génération
22:42ou c'est en tout cas un segment
22:43qui veut exprimer sa personnalité,
22:46qui veut avoir de...
22:48se connecter à une communauté.
22:50Donc le sentiment d'appartenance
22:52est important à un style de vie.
22:54Et on parle beaucoup de style de vie.
22:56Alors on peut pousser le curseur
22:59vers aussi la longévité
23:00qui est un peu la prochaine frontière
23:02de l'industrie.
23:04Pas comme une catégorie.
23:06Et ce ne sera pas une catégorie
23:07de mon point de vue.
23:09Mais plutôt cette recherche
23:12ou ce recentrage sur soi-même.
23:15Et le luxe n'est plus...
23:18Enfin, en tout cas demain,
23:19le luxe n'est pas offrir un beau produit,
23:21mais plutôt permettre aux clients
23:23d'avoir une belle vie
23:25et pendant longtemps.
23:26Là, je m'adresse à tous
23:29pour finir cette émission.
23:31Transformer le luxe
23:32ou transformer les luxes.
23:34On a des générations diverses
23:35avec des approches différentes,
23:37des quêtes différentes.
23:38On l'a vu, des revenus variés
23:39et des marchés.
23:41Là aussi, on l'a vu
23:41entre la Chine et les États-Unis
23:42et pas que.
23:43Des disparités culturelles assumées.
23:45C'est indispensable.
23:46Donc, cet ouvrage, c'est quoi ?
23:48On peut adapter une seule recette unique ?
23:51Est-ce que c'est possible, en fait,
23:52avec cet éclatement électrique ?
23:54Il y a six recettes très différentes
23:56qui vont de la sustainability
23:57mais connectées aux produits,
23:59pas pour faire des leçons de morale,
24:01pour faire la valeur produit,
24:02à un luxe aussi post-occidental.
24:04On voit la montée des marques chinoises
24:07qui, elles, sont en totale résonance
24:08avec leur public
24:09et qui sont maintenant du luxe.
24:10À la haut Pougonne,
24:11c'est du luxe, clairement, ici.
24:13Mais je trouve qu'il y a une géopolitique
24:15du luxe qui apparaît
24:17et c'est à travers la préface
24:19de Cyril Chapuis,
24:21donc l'oréal luxe.
24:23Qui peut être pour un luxe
24:25à la fois poète et paysan.
24:26Exactement.
24:27Mais le luxe est mort,
24:28vive le luxe.
24:29Et en post-face,
24:31on a Joël Hazan de Kering
24:32qui, justement,
24:33alors lui, c'est intéressant,
24:35ce n'est pas ni l'un ni l'autre
24:37ou une remplacence,
24:37c'est qu'il veut le luxe de l'être
24:39et le luxe de l'avoir.
24:40L'un nourrit l'autre, en fait.
24:41Et on voit clairement,
24:43et en effet,
24:44je rejoins complètement Amal,
24:46on est sur une révolution systémique
24:48où elle est arrivée,
24:50in fine,
24:50pour arriver à faire...
24:51L'objectif,
24:52c'est le luxe transformatif.
24:53Ça me paraît évident
24:54parce que le luxe transformatif
24:54associe produit et être.
24:57Donc il y a les deux, ici.
24:58Mais pour réussir
24:59ce luxe transformatif,
25:00il faut une plateforme.
25:02Il faut de la technologie.
25:03Et là,
25:04on va finir avec l'IA,
25:06entre guillemets.
25:07Il y a un chapitre remarquable
25:11signé par LVMH,
25:12Franck Lemoyle,
25:14ici,
25:14qui est pour le quite IA.
25:16C'est-à-dire une IA invisible,
25:18mais bien là,
25:19pas en création.
25:19L'humain garde de la main.
25:20Voilà.
25:21Le luxe...
25:22Enfin, IA,
25:23luxe insoumis à l'IA,
25:24ça veut pas dire
25:24ne pas travailler avec l'IA,
25:26mais savoir le mettre à sa place.
25:27Non, mais justement,
25:28et si on veut parler
25:29d'émotions et de liens,
25:30il faut que ça garde
25:32le caractère humain
25:33et au-delà...
25:34Eh bien,
25:34des émotions,
25:34ça veut rien dire en même temps
25:36si on n'a pas défini
25:37ces émotions.
25:38Clairement,
25:38le mot émotion,
25:39c'est comme expérience.
25:41Vous voyez,
25:41le 30-10,
25:42c'est une expérience
25:42avec un but.
25:43Mais les émotions,
25:44il faut savoir les définir.
25:45Et l'exemple type,
25:46c'est Chanel aujourd'hui.
25:48Le Chanel,
25:49là,
25:49on a sur la Chanel Mania
25:51qui vient de retour,
25:51donc un retour de désir.
25:52Pourquoi ?
25:53Parce qu'au-delà du produit
25:55de l'artisanat,
25:56il y a une émotion
25:56qui apparaît très forte
25:57chez Chanel,
25:58c'est la joie.
25:59On avait parlé déjà
26:00lors d'une chronique
26:01et on le voit
26:01comment c'est décliné
26:02en campagne de communication
26:03et dans le défi.
26:04Donc, l'émotion,
26:05c'est bien,
26:05mais il faut définir son émotion
26:06pour avoir sa signature.
26:08avec sa cible et son ADN.
26:10Merci beaucoup à tous les quatre
26:11d'être venus
26:12sur le plateau d'Iconique Business.
26:13Je rappelle,
26:14Luxe Renaissance
26:15aux éditions du Note
26:15Transformer le Luxe
26:16sous la direction
26:17d'Éric Brionne
26:22Michou d'Accenture
26:24au pôle Luxe
26:25directrice exécutive.
26:26Merci d'avoir été là,
26:27Marie Leroy,
26:27directrice marketing
26:28et digitale au Ritz.
26:29Merci à tous les quatre.
26:31Iconique Business,
26:32le Luxe par BFM Business
26:33en podcast,
26:34en replay.
26:35Évidemment,
26:35l'occasion de revoir aussi
26:37Vincent Chabot,
26:38auteur de Sociologie du Luxe.
26:40Vous verrez,
26:41cela fait largement écho
26:42à cette discussion.
26:43Puis on se retrouve
26:43vendredi à 21h.
26:48Iconique Business,
26:49le Luxe par BFM Business.
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