00:00Bonjour Emmanuel. Bonjour à tous. Face à vous ce jeudi, c'est Jean-Marc Daniel qui s'installe. Bonjour Jean-Marc.
00:06Bonjour. Merci à tous les deux d'être là. Notre sujet aujourd'hui, les Français qui voient de moins en moins l'Allemagne comme un modèle industriel.
00:13En tout cas, c'est ce que nous dit un baromètre réalisé par Odoxa JP. 56%, alors ça reste quand même important, des Français pensent que l'Allemagne pourrait constituer un modèle économique et social pour la France.
00:25Seulement voilà, ils étaient 62% en 2012. Emmanuel, pour vous les Allemands, ils ont perdu la vista ?
00:33Oui, les Allemands, effectivement. Si on regarde quels sont les piliers de la réussite allemande depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il y en avait quatre.
00:43Il y avait le parapluie militaire américain qui leur a évité quand même des dépenses considérables de défense.
00:48Il y avait l'énergie bon marché, notamment après s'être jetée dans les bras des Russes il y a une vingtaine d'années pour avoir du gaz pas cher.
00:57Il y avait l'euro sous-évalué, mais très nettement sous-évalué par rapport aux marques.
01:02C'est-à-dire que l'Allemagne est rentrée dans l'euro avec un niveau de compétitivité absolument délirant,
01:08qui explique en partie les excédents commerciaux dont Jean-Marc Daniel va nous vanter les mérites dans quelques secondes.
01:14Et puis c'était aussi la spécialisation sur les secteurs qui ont fait la prospérité des Trente Glorieuses, la machine, l'autil, l'automobile.
01:22Qu'est-ce qui reste de ça aujourd'hui ? Rien. Le parapluie américain, il est en train de disparaître.
01:27Le gaz et l'énergie russe bon marché, c'est fini.
01:31L'euro est en train de monter fortement par rapport au dollar.
01:36Et en plus, les secteurs qui ont fait les Trente Glorieuses, ils sont complètement bouleversés.
01:40Prenez l'automobile avec ce qui vient de Chine.
01:42Donc ce n'est pas le petit plan, non, ce n'est pas l'ambitieux sur le papier plan de relance de M. Merz
01:48qui réussira à relancer l'Allemagne.
01:50Ça la maintiendra peut-être à flot.
01:52Mais l'Allemagne, c'est un modèle qui aujourd'hui doit être revu de fond en comble.
01:56À vous entendre, Emmanuel Lechypre, l'Allemagne n'a fait que des mauvais choix.
01:59Elle n'a fait que des mauvais choix.
02:01Allez, je vous cite quand même cette petite phrase que j'adore,
02:03qui était la phrase d'un grand journaliste économique,
02:05puisque vous parliez de la relation entre les Français et les Allemands.
02:09C'était Jean Boissonna qui avait une phrase merveilleuse.
02:11Il disait, les Allemands aiment les Français,
02:15alors que les Français voudraient qu'on les admire.
02:17Et les Français admirent les Allemands, alors que les Allemands voudraient qu'on les aime.
02:20Voilà.
02:21C'est le problème d'un coup.
02:23C'est toute l'ambiguïté de nos relations, mais pour une fois, les Français sont lucides.
02:26Jean-Marc Daniel, l'Allemagne n'a jamais été aussi forte pour vous.
02:30Ah oui, je pense que l'Allemagne est un véritable modèle.
02:33D'abord, concernant l'évolution de l'euro,
02:34je pense qu'Emmanuel est à côté totalement de la plaque pour une raison simple.
02:37L'Allemagne, effectivement, c'est un excédent de la balance des paiements courants
02:41qui est le plus important excédent au monde, 270 milliards de dollars.
02:45Et donc, quand vous avez un tel excédent, vous avez intérêt à avoir une monnaie forte
02:48pour utiliser cet excédent pour acheter des usines, des entreprises,
02:54de la croissance économique dans les pays qui vont avoir de la croissance économique.
02:57Le Japon a fait ça, il s'est tablé sur un taux de change à 1 dollar égale à 75 yens
03:02pour conquérir tout un patrimoine à l'extérieur.
03:06Et maintenant, il bénéficie de la valorisation de ce patrimoine
03:09en faisant baisser son taux de change à 1 dollar égale à 145 yens.
03:13Donc, la seule chose sur laquelle, effectivement, l'Allemagne pourrait nous reprocher quelque chose,
03:17c'est effectivement de ne pas permettre l'appréciation de l'euro
03:21qui donnerait un pouvoir d'achat colossal à l'épargne allemande.
03:24Parce que l'Allemagne a adopté une stratégie qui est en conformité.
03:29Il y a eu l'enquête autodoxe, mais il y a aussi l'article 4 du FMI,
03:32le rapport article 4 du FMI sur l'Allemagne qui est sorti le 28 novembre.
03:35Et que dit cet article 4 ?
03:37Ce rapport du FMI, ils disent effectivement, bon, l'Allemagne va faire un plan de relance,
03:41mais ça ne correspond pas aux enjeux structurels de l'Allemagne
03:44qui sont, d'une part, le vieillissement de sa population
03:47et d'autre part, une focalisation sur l'industrie
03:50alors que l'enjeu, c'est maintenant de passer à la société,
03:52du capitalisme cognitif, de la société post-industrielle.
03:56Et donc l'Allemagne a un handicap, effectivement,
03:58qui est de ce double enjeu.
04:01A ce double enjeu, elle a su répondre d'une part par,
04:04effectivement, un excédent d'épargne
04:06qui lui permet d'aller chercher
04:08l'appareil productif là où il est, en Inde.
04:12Et elle répond non seulement en créant un lien
04:14avec ces pays qui sont émergents,
04:17mais elle crée un lien intellectuel et culturel.
04:20Il y a un autre indicateur
04:21que mettent en avant un certain nombre de spécialistes,
04:23c'est le nombre d'étudiants étrangers dans un pays.
04:26Donc les trois pays où il y a le plus d'étudiants étrangers,
04:28ce sont les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie,
04:31donc les pays anglophones.
04:32Et puis pendant très longtemps, ça a été la France.
04:34La France était le lieu d'accueil, de la transmission,
04:37d'un savoir-faire et d'une certaine forme de culture,
04:40notamment de culture technique et industrielle.
04:41Et l'Allemagne, maintenant, est devenue le quatrième.
04:48À l'heure actuelle, en Allemagne,
04:49il y a 500 490 000 étudiants étrangers en Allemagne.
04:52En France, il n'y en a plus que 4.
04:53Donc attractif, quand même.
04:54Donc l'Allemagne est attractive,
04:55c'est-à-dire que l'Allemagne est en train de créer un lien
04:58entre les endroits où elle va trouver de la croissance,
05:00c'est-à-dire les pays jeunes, des pays émergents,
05:03et son épargne.
05:05C'est toujours ce raisonnement de Jean-Marc.
05:08En gros, on va transformer l'Europe en un gigantesque EHPAD,
05:11qui va finalement gagner de l'argent en plaçant son épargne
05:15là où il y a des gens qui travaillent encore.
05:17Mais la réalité, c'est que ça pose toujours deux problèmes.
05:20C'est que sur le plan des grands équilibres macroéconomiques,
05:22le raisonnement de Jean-Marc, il est imparable.
05:24Sauf qu'il faut rappeler que tout ça ne fonctionne
05:26que pour les gens qui ont de l'épargne.
05:27Or, en France, comme en Allemagne,
05:29il y a beaucoup de gens qui n'ont pas d'épargne,
05:30qui n'auront rien à placer,
05:32et il faudra bien qu'ils aient quand même un boulot
05:33pour gagner leur vie.
05:34Et puis la réalité, c'est que Jean-Marc fait fi,
05:37dans son raisonnement, de tout l'impact
05:38sur le plan social, sociétal, économique,
05:42aménagement du territoire,
05:43d'avoir des usines chez nous,
05:45et d'avoir des entreprises.
05:46Donc moi, je déteste son modèle défaitiste de...
05:51Non, mais je réponds à ça.
05:52De l'épargne, allez-y.
05:54Deux choses sur l'épargne.
05:55Encore une fois, un pays qui dégage 268 milliards d'euros,
05:59enfin de dollars d'épargne,
06:00est un pays qui dégage d'excédent,
06:02est un pays qui épargne.
06:03C'est le premier épargneur au monde, l'Allemagne.
06:05Et donc, elle a les moyens de son ambition en termes de conquête
06:08de la planète par son épargne.
06:10Et la deuxième chose, on peut dire, effectivement,
06:12c'est triste qu'on vieillisse,
06:14mais c'est un fait.
06:16Alors on peut dire, ah non, pas d'EHPAD, pas d'EHPAD.
06:18Il faudra des EHPAD.
06:20Il faudra des EHPAD à Munich,
06:22il faudra des EHPAD à Francfort,
06:23et on les prépare.
06:25Mais il faudra des EHPAD à Paris,
06:26il faudra des EHPAD à Lyon,
06:27et on ne les prépare pas.
06:28C'est peut-être ça l'avenir de l'Europe,
06:29le business de l'EHPAD aussi.
06:30Exactement, il faut l'accepter,
06:32il faut être lucide.
06:33Emmanuel Lechypre, Jean-Marc Daniel,
06:35tous les matins, le débat des éditorialistes.
06:37Merci beaucoup, messieurs.
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