00:00Face à le chiffre, c'est Jean-Marc Daniel qui va commencer aujourd'hui, évidemment,
00:02parce que c'est sa passion, le budget britannique.
00:05Messieurs les Anglais, tirez les premiers !
00:07Absolument ! Jean-Marc, est-ce que vous pensez que Rachel Reeves, dans sa présentation,
00:11il y a quand même des hausses d'impôts importantes encore à venir,
00:13peut être un modèle pour nous en France ?
00:15Oui, je pense qu'elle peut être un modèle parce qu'elle est cohérente dans sa démarche,
00:18à la fois sa démarche en tant que ministre, elle a été membre du cabinet fantôme,
00:23comme on dit, c'est-à-dire elle était, quand le parti travailliste était dans l'opposition,
00:26c'était elle qui s'occupait des problèmes budgétaires,
00:30et donc ça fait très longtemps qu'elle suit ses dossiers,
00:33c'est une économiste connue et reconnue,
00:35notamment elle a tenu pendant très longtemps une chronique dans The Guardian,
00:39et c'est quelqu'un qui, au moment où le parti travailliste était devenu un peu gauchiste,
00:46à l'époque de Jérémy Corbyn, avait pris du recul,
00:49avait refusé d'être associé à la dérive...
00:53Pourtant c'est un peu un budget travailliste pur jus, non ?
00:56Alors c'est un budget travailliste pur jus,
01:00en ce sens que c'est un budget qui est assis effectivement en partie sur des hausses d'impôts,
01:04mais alors qu'elle théorise tout ça,
01:07en rappelant que l'économie britannique est un peu comme l'économie française et l'économie américaine,
01:11c'est-à-dire elle subit un double déficit,
01:14un déficit public qui entretient une demande excessive,
01:16qui se traduit par du déficit extérieur,
01:18avec un déficit de la balance des paiements courants du Royaume-Uni,
01:21qui n'est pas loin de 4%,
01:22c'est plus important que celui de la France,
01:24et Dieu sait si je dénonce régulièrement celui de la France.
01:28Et donc elle se justifie en disant qu'il faut commencer dans l'urgence par résorber ce déficit,
01:33ce qui suppose effectivement d'une certaine façon de limiter les dépenses des Britanniques,
01:38de limiter la consommation, de retrouver l'effort d'épargne,
01:41et ce qui permet de préparer la baisse de la dette publique,
01:46puisqu'elle annonce que l'objectif c'est de passer de 95% de dette publique à...
01:50– Modèle parce qu'elle dit la vérité, en fait c'est ça.
01:52– Elle dit la vérité, elle a une stratégie,
01:54juste une phrase pour...
01:56Elle a présenté son...
01:57Quand elle a brandi la mallette de Gladstone,
02:00là vous savez c'est un cérémonial où elle brandit un cartable rouge,
02:04qui était celui de...
02:05Alors qui est une reproduction parce que celui historique est dans un musée maintenant.
02:08c'était celui de William Gladstone quand il était chancelier de l'échiquier.
02:12Et elle a dit
02:12« Mes choix sont clairs, ni austérité, ni endettement, ni aveuglement face à l'injustice. »
02:18– Jean-Marc est-il aveuglé par le fait qu'il se croit britannique lui-même ?
02:21– Ah bah moi je pense que c'est le cas le plus intéressant aujourd'hui.
02:26Le laboratoire le plus intéressant de politique économique dans tous les grands pays,
02:32c'est aujourd'hui l'Angleterre, pour plusieurs raisons.
02:34Il y avait Milley en Argentine qui était très intéressant,
02:37mais là on est vraiment dans un cas passionnant.
02:40Pourquoi ? Parce que d'abord aucun autre pays que le Royaume-Uni n'a eu dans l'histoire
02:46les audaces les plus folles en matière de politique économique.
02:49C'était l'anti-pays du « en même temps »
02:52et il va devoir devenir le pays du « en même temps ».
02:55C'était l'anti-pays du « en même temps » parce que les politiques économiques britanniques,
02:57vous êtes trop jeunes pour vous en souvenir,
02:59mais c'était toujours extrêmement typé.
03:00C'était ce qu'on appelait le pays du « stop and go » dans les années 50-70.
03:04C'est-à-dire que pendant 12 ou 24 mois,
03:06c'était la relance à fond et puis il y avait de l'inflation,
03:10puis hop, coup de frein massif, etc.
03:12Donc ça, c'était avant, c'est le pays qui a été un pays des pays les plus étatisés,
03:17les plus syndiqués, qui après, avec Margaret Thatcher,
03:20est devenu un des pays les plus libéraux.
03:22Et c'est le pays qui a fait le saut ultime dans l'inconnu de la politique économique avec le Brexit.
03:27Donc, c'est un pays qui n'a pas peur.
03:29C'est un pays audacieux.
03:30Et là où c'est intéressant, c'est pour nous,
03:33c'est que nous, aujourd'hui, le « en même temps » d'Emmanuel Macron,
03:35c'est un « en même temps » de salon.
03:37C'est un « en même temps » ceinture et bretelles.
03:39Pour la raison simple, c'est que nous sommes dans la zone euro
03:41et que l'euro nous permet de faire à peu près n'importe quoi,
03:45contrairement à ce qu'on nous avait promis.
03:46Là, le Royaume-Uni, il se jette dans le vide sans filet
03:50parce qu'il y a la sanction des marchés,
03:53rappelez-vous ce qui s'était déjà passé avec Listreuse,
03:56où elle avait été sanctionnée immédiatement par les marchés.
03:59Et ce qu'elle nous montre, c'est que quand on n'a pas le choix,
04:02il y a bien une trajectoire possible
04:04de sortie de crise de redressement des finances publiques.
04:07Et honnêtement, la trajectoire qu'elle emprunte, finalement,
04:10c'est celle dont on nous dit qu'elle est tout à fait possible en France
04:14si on avait le courage de la prendre.
04:15C'est celle qui est préconisée, par exemple, par le Conseil d'analyse économique
04:18quand il nous dit que sur 5 à 7 ans en France,
04:21on peut redresser les finances publiques
04:23avec un effort plus important au début, etc.
04:26Donc, c'est vraiment le modèle de ce qu'il faut suivre
04:29pour un pays qui a les mêmes difficultés que la France,
04:32c'est-à-dire ce positionnement moyenne gamme,
04:34ces difficultés avec l'immigration,
04:37le fait d'être lâché par les États-Unis, etc.
04:39Donc, pour nous, c'est un laboratoire extrêmement intéressant.
04:41Qui accepte, Jean-Marc, des choses très différentes de nous.
04:43Enfin, ils ont eu des hausses, quand même,
04:46sur les factures d'énergie éthique ultra-violentes
04:48que nous, on n'a pas connues.
04:49Enfin, ce n'est pas le même peuple, si je puis dire.
04:51Oui, oui, oui.
04:51Il y a, justement, le discours de Rachel Reeves,
04:54qui s'inscrit d'ailleurs dans une assez longue tradition,
04:56là aussi, des chanceliers de l'échiquier,
04:57qui consistent à dire
04:58« Je ne vais pas vous promettre du sang et des larmes comme Churchill,
05:02parce que Churchill avait en face de lui Hitler.
05:04Moi, j'ai en face de moi à résoudre un problème économique.
05:08Donc, je vais vous demander un effort.
05:10Je fais des choix. »
05:11C'est ce que dit Rachel Reeves.
05:12Et ce qu'elle identifie bien,
05:14quand elle se compare aux États-Unis et à la France,
05:16on l'a rappelé, la France est protégée par l'euro,
05:19les États-Unis par le dollar.
05:21Le Royaume-Uni, il est soumis directement à la pression des marchés.
05:26Quand vous regardez la balance des paiements courants du Royaume-Uni,
05:29une des raisons du déficit,
05:31c'est aussi une perte de placement à l'étranger.
05:34C'est-à-dire que le Royaume-Uni est moins attaqué.
05:36Il a moins de placement à l'étranger qu'il n'a eu une certaine époque.
05:41Donc, il est obligé, effectivement,
05:42de retrouver la marche du travail et la marche de l'épargne.
05:44Ce qui est intéressant, c'est qu'on verra
05:46si le fait de réussir ou d'échouer,
05:50ça dépend des institutions,
05:51ça dépend du courage politique
05:53ou ça dépend du caractère du peuple que vous avez à gérer.
05:56C'est ce que je viens de dire.
05:57On n'est pas des Anglais, Jean-Marc.
05:58Oui, ce que je regrette,
06:00mais il y a quand même quelques astuces qui sont très françaises.
06:03Elle va augmenter le prix de l'alcool.
06:04C'est très français, ça aussi,
06:07d'augmenter le prix du tabac et de l'alcool.
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