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  • il y a 7 semaines
Ce jeudi 27 novembre, la présentation du budget britannique faite par Rachel Reeves a été décryptée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à le chiffre, c'est Jean-Marc Daniel qui va commencer aujourd'hui, évidemment,
00:02parce que c'est sa passion, le budget britannique.
00:05Messieurs les Anglais, tirez les premiers !
00:07Absolument ! Jean-Marc, est-ce que vous pensez que Rachel Reeves, dans sa présentation,
00:11il y a quand même des hausses d'impôts importantes encore à venir,
00:13peut être un modèle pour nous en France ?
00:15Oui, je pense qu'elle peut être un modèle parce qu'elle est cohérente dans sa démarche,
00:18à la fois sa démarche en tant que ministre, elle a été membre du cabinet fantôme,
00:23comme on dit, c'est-à-dire elle était, quand le parti travailliste était dans l'opposition,
00:26c'était elle qui s'occupait des problèmes budgétaires,
00:30et donc ça fait très longtemps qu'elle suit ses dossiers,
00:33c'est une économiste connue et reconnue,
00:35notamment elle a tenu pendant très longtemps une chronique dans The Guardian,
00:39et c'est quelqu'un qui, au moment où le parti travailliste était devenu un peu gauchiste,
00:46à l'époque de Jérémy Corbyn, avait pris du recul,
00:49avait refusé d'être associé à la dérive...
00:53Pourtant c'est un peu un budget travailliste pur jus, non ?
00:56Alors c'est un budget travailliste pur jus,
01:00en ce sens que c'est un budget qui est assis effectivement en partie sur des hausses d'impôts,
01:04mais alors qu'elle théorise tout ça,
01:07en rappelant que l'économie britannique est un peu comme l'économie française et l'économie américaine,
01:11c'est-à-dire elle subit un double déficit,
01:14un déficit public qui entretient une demande excessive,
01:16qui se traduit par du déficit extérieur,
01:18avec un déficit de la balance des paiements courants du Royaume-Uni,
01:21qui n'est pas loin de 4%,
01:22c'est plus important que celui de la France,
01:24et Dieu sait si je dénonce régulièrement celui de la France.
01:28Et donc elle se justifie en disant qu'il faut commencer dans l'urgence par résorber ce déficit,
01:33ce qui suppose effectivement d'une certaine façon de limiter les dépenses des Britanniques,
01:38de limiter la consommation, de retrouver l'effort d'épargne,
01:41et ce qui permet de préparer la baisse de la dette publique,
01:46puisqu'elle annonce que l'objectif c'est de passer de 95% de dette publique à...
01:50– Modèle parce qu'elle dit la vérité, en fait c'est ça.
01:52– Elle dit la vérité, elle a une stratégie,
01:54juste une phrase pour...
01:56Elle a présenté son...
01:57Quand elle a brandi la mallette de Gladstone,
02:00là vous savez c'est un cérémonial où elle brandit un cartable rouge,
02:04qui était celui de...
02:05Alors qui est une reproduction parce que celui historique est dans un musée maintenant.
02:08c'était celui de William Gladstone quand il était chancelier de l'échiquier.
02:12Et elle a dit
02:12« Mes choix sont clairs, ni austérité, ni endettement, ni aveuglement face à l'injustice. »
02:18– Jean-Marc est-il aveuglé par le fait qu'il se croit britannique lui-même ?
02:21– Ah bah moi je pense que c'est le cas le plus intéressant aujourd'hui.
02:26Le laboratoire le plus intéressant de politique économique dans tous les grands pays,
02:32c'est aujourd'hui l'Angleterre, pour plusieurs raisons.
02:34Il y avait Milley en Argentine qui était très intéressant,
02:37mais là on est vraiment dans un cas passionnant.
02:40Pourquoi ? Parce que d'abord aucun autre pays que le Royaume-Uni n'a eu dans l'histoire
02:46les audaces les plus folles en matière de politique économique.
02:49C'était l'anti-pays du « en même temps »
02:52et il va devoir devenir le pays du « en même temps ».
02:55C'était l'anti-pays du « en même temps » parce que les politiques économiques britanniques,
02:57vous êtes trop jeunes pour vous en souvenir,
02:59mais c'était toujours extrêmement typé.
03:00C'était ce qu'on appelait le pays du « stop and go » dans les années 50-70.
03:04C'est-à-dire que pendant 12 ou 24 mois,
03:06c'était la relance à fond et puis il y avait de l'inflation,
03:10puis hop, coup de frein massif, etc.
03:12Donc ça, c'était avant, c'est le pays qui a été un pays des pays les plus étatisés,
03:17les plus syndiqués, qui après, avec Margaret Thatcher,
03:20est devenu un des pays les plus libéraux.
03:22Et c'est le pays qui a fait le saut ultime dans l'inconnu de la politique économique avec le Brexit.
03:27Donc, c'est un pays qui n'a pas peur.
03:29C'est un pays audacieux.
03:30Et là où c'est intéressant, c'est pour nous,
03:33c'est que nous, aujourd'hui, le « en même temps » d'Emmanuel Macron,
03:35c'est un « en même temps » de salon.
03:37C'est un « en même temps » ceinture et bretelles.
03:39Pour la raison simple, c'est que nous sommes dans la zone euro
03:41et que l'euro nous permet de faire à peu près n'importe quoi,
03:45contrairement à ce qu'on nous avait promis.
03:46Là, le Royaume-Uni, il se jette dans le vide sans filet
03:50parce qu'il y a la sanction des marchés,
03:53rappelez-vous ce qui s'était déjà passé avec Listreuse,
03:56où elle avait été sanctionnée immédiatement par les marchés.
03:59Et ce qu'elle nous montre, c'est que quand on n'a pas le choix,
04:02il y a bien une trajectoire possible
04:04de sortie de crise de redressement des finances publiques.
04:07Et honnêtement, la trajectoire qu'elle emprunte, finalement,
04:10c'est celle dont on nous dit qu'elle est tout à fait possible en France
04:14si on avait le courage de la prendre.
04:15C'est celle qui est préconisée, par exemple, par le Conseil d'analyse économique
04:18quand il nous dit que sur 5 à 7 ans en France,
04:21on peut redresser les finances publiques
04:23avec un effort plus important au début, etc.
04:26Donc, c'est vraiment le modèle de ce qu'il faut suivre
04:29pour un pays qui a les mêmes difficultés que la France,
04:32c'est-à-dire ce positionnement moyenne gamme,
04:34ces difficultés avec l'immigration,
04:37le fait d'être lâché par les États-Unis, etc.
04:39Donc, pour nous, c'est un laboratoire extrêmement intéressant.
04:41Qui accepte, Jean-Marc, des choses très différentes de nous.
04:43Enfin, ils ont eu des hausses, quand même,
04:46sur les factures d'énergie éthique ultra-violentes
04:48que nous, on n'a pas connues.
04:49Enfin, ce n'est pas le même peuple, si je puis dire.
04:51Oui, oui, oui.
04:51Il y a, justement, le discours de Rachel Reeves,
04:54qui s'inscrit d'ailleurs dans une assez longue tradition,
04:56là aussi, des chanceliers de l'échiquier,
04:57qui consistent à dire
04:58« Je ne vais pas vous promettre du sang et des larmes comme Churchill,
05:02parce que Churchill avait en face de lui Hitler.
05:04Moi, j'ai en face de moi à résoudre un problème économique.
05:08Donc, je vais vous demander un effort.
05:10Je fais des choix. »
05:11C'est ce que dit Rachel Reeves.
05:12Et ce qu'elle identifie bien,
05:14quand elle se compare aux États-Unis et à la France,
05:16on l'a rappelé, la France est protégée par l'euro,
05:19les États-Unis par le dollar.
05:21Le Royaume-Uni, il est soumis directement à la pression des marchés.
05:26Quand vous regardez la balance des paiements courants du Royaume-Uni,
05:29une des raisons du déficit,
05:31c'est aussi une perte de placement à l'étranger.
05:34C'est-à-dire que le Royaume-Uni est moins attaqué.
05:36Il a moins de placement à l'étranger qu'il n'a eu une certaine époque.
05:41Donc, il est obligé, effectivement,
05:42de retrouver la marche du travail et la marche de l'épargne.
05:44Ce qui est intéressant, c'est qu'on verra
05:46si le fait de réussir ou d'échouer,
05:50ça dépend des institutions,
05:51ça dépend du courage politique
05:53ou ça dépend du caractère du peuple que vous avez à gérer.
05:56C'est ce que je viens de dire.
05:57On n'est pas des Anglais, Jean-Marc.
05:58Oui, ce que je regrette,
06:00mais il y a quand même quelques astuces qui sont très françaises.
06:03Elle va augmenter le prix de l'alcool.
06:04C'est très français, ça aussi,
06:07d'augmenter le prix du tabac et de l'alcool.
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