00:00Emmanuel Lechypre et Mathieu Jolivet ce matin.
00:02Emmanuel, vous nous parliez des chiffres de la croissance.
00:04Hier, on constate que l'économie résiste quand même au climat politique.
00:09Oui, on peut le dire effectivement parce que ce qui est quand même le plus intéressant dans cette enquête,
00:15c'est que ceux qu'on jugeait les plus sensibles à l'humeur politique, à savoir les chefs d'entreprise,
00:21finalement sont ceux qui sont presque le plus gros moteur de la croissance au cours de l'été
00:27parce qu'on voit bien que la consommation reste assez étale
00:31et que la bonne surprise, c'est effectivement le redémarrage de l'investissement
00:36avec des entreprises qui réinvestissent dans les machines,
00:40des entreprises qui réinvestissent dans les flottes automobiles,
00:44des entreprises qui manifestement font des efforts pour se mettre à niveau sur l'intelligence artificielle, etc.
00:50Et ça permet de rappeler qu'effectivement, on ne va pas nier que le climat politique,
00:55aujourd'hui, crée de l'incertitude et de l'instabilité.
01:00Mais il faut bien réaliser que si on regarde le chemin parcouru quand même depuis,
01:06alors prenons 2017, l'environnement fiscal, réglementaire pour les entreprises françaises
01:12est quand même bien meilleur que ce qu'il était.
01:14N'oublions pas qu'il y a eu quand même des hausses d'impôts assez fortes.
01:17Si on regarde, l'INSEE mesure ce qu'elle appelle un taux d'imposition implicite,
01:21c'est-à-dire ce qui prend en compte la vraie baisse affichée,
01:24donc on a eu la baisse de l'impôt sur les sociétés de 33 à 25,
01:28mais avec toutes les exonérations, etc.
01:30Et vous voyez que pour les PME, ça a baissé,
01:33que ça a baissé encore plus pour les entreprises de taille intermédiaire.
01:36Il y a eu des simplifications réglementaires qui sont intervenues.
01:38Il y a quand même une baisse des impôts de production qui est en cours.
01:41Alors certes, il reste l'État française et puis toutes les nouvelles contraintes
01:45qui sont arrivées sur le plan écolo.
01:46Mais grosso modo, l'environnement pour les entreprises françaises
01:50reste meilleur aujourd'hui en France qu'il était en 2017.
01:55Donc une fois que cette instabilité politique sera levée,
01:59au plus tard, à la prochaine élection présidentielle,
02:02on devrait retrouver quand même un socle de croissance.
02:05Mathieu Jolivier, vous nous dites que c'est plutôt des chiffres en trompe-l'œil.
02:07Oui, attention, parce que cette belle performance, je pense qu'elle est trompeuse.
02:12Ce n'est pas la confiance aujourd'hui des entreprises qui tirent l'économie,
02:15c'est plus l'instinct de survie.
02:17Vous parliez justement des investissements,
02:20ça c'est la belle surprise de ces chiffres de l'INSEE.
02:23Mais si vous zoomez sur ces investissements,
02:26vous vous rendez compte que ce sont des entreprises
02:27qui investissent surtout dans le digital.
02:30Mais ça, ça n'a rien à voir avec le climat politique.
02:34Le digital, si vous n'investissez pas dedans,
02:36en gros, vous êtes mort.
02:38C'est un investissement qui est juste une adaptation à marche forcée.
02:44Et ensuite, la réalité, si vous voulez,
02:48moi ça fait plusieurs semaines que je discute régulièrement
02:50avec des industriels, des responsables patronaux,
02:53et il faut faire attention parce que ces chiffres du troisième trimestre de l'INSEE,
02:57ils se sont arrêtés fin septembre.
02:59C'est-à-dire juste au moment où commençait le débat dans l'hémicycle
03:03avec un niveau, avec une fureur fiscale qu'on n'a pas vu depuis des décennies.
03:08Et moi, ce que j'entends depuis qu'on commençait ces débats dans l'hémicycle
03:11de la part de tous ces responsables patronaux,
03:13c'est que les entreprises, elles mettent pause
03:15sur les investissements et sur les intentions d'embauche.
03:20Donc, attention à ce que ce bel élan,
03:23qu'il ne faut pas nier et qu'on a vu au troisième trimestre,
03:25ne viennent pas se briser aujourd'hui avec un climat politique
03:29qui peut provoquer des dégâts assez importants.
03:33Donc, je pense qu'il y a un effet trompe-l'œil dans ces chiffres.
03:38Et autre son de cloche qu'on entend en ce moment dans les milieux d'affaires,
03:40c'est une vraie interrogation de savoir si ce climat politique-là
03:44ne traduit pas la fin d'un cycle pro-business
03:48qui a été enclenché il y a 11 ans maintenant.
03:51Vous savez, tout a commencé, c'était en janvier 2014,
03:54quand François Hollande a fait un mea culpa de « Mon ennemi, c'est la finance »
03:58et finalement a décrété un pacte de responsabilité avec les entreprises.
04:02J'ai fait le calcul depuis 11 ans.
04:06Si vous prenez toute la somme des mesures,
04:09que ce soit le crédit d'impôt compétitivité,
04:11que ce soit la loi pour la croissance,
04:13que ce soit l'impôt sur les sociétés ramené de 33 à 25%,
04:16si vous prenez toute la somme des mesures de soutien aux entreprises,
04:20aujourd'hui, c'est 60 à 80 milliards d'euros par an
04:23pour les aider.
04:25Et en fait, si vous mettez en parallèle tout ce qu'on entend
04:30depuis deux semaines dans l'hémicycle et en commission des finances,
04:34c'est en gros tout ce cycle qu'ils essayent de détricoter petit à petit.
04:37Alors oui, effectivement, on va se dire que le Sénat,
04:40qui est plus pro-business, va essayer de remettre ça d'équerre,
04:43mais cette ambiance-là empêche toutes les entreprises,
04:49les met dans une position où ils sont incapables de pouvoir se projeter.
04:54Et si vous voulez, aujourd'hui, cette croissance de l'INSEE,
04:57c'est comme un paquebot qui est lancé,
05:00mais attention, il va peut-être bientôt...
05:02Voilà, donc on a un élan de croissance qu'on ressent encore aujourd'hui,
05:06parce que c'est la dynamique de cet environnement fiscal
05:09avec ses hauts et ses basses, certes,
05:11mais qui est pro-business depuis 11 ans,
05:13mais qui pourrait peut-être s'arrêter
05:14si on ne ressort pas rapidement de ce climat politique.
05:20C'est la fin de ce climat...
05:21C'est la question que pose Mathieu, c'est la vraie question,
05:24c'est-à-dire est-ce qu'on va vivre la fin
05:26de ce qui peut être considéré comme une parenthèse,
05:28ou bien est-ce que là, on est dans une période,
05:30finalement, de turbulence politique
05:32et qui ne va pas infléchir à long terme
05:35la trajectoire de notre compétitivité.
05:36En gros, la grande question qui se pose,
05:39c'est est-ce que la solution à nos problèmes,
05:41notamment de finances publiques demain,
05:43c'est plus de hausse d'impôts
05:45ou est-ce que c'est la réforme un peu courageuse
05:49des dépenses, etc.
05:50Moi, il faut être très clair,
05:52on a des besoins de financement économique
05:54pour l'avenir qui sont absolument délirants,
05:57absolument considérables.
05:58C'est à chaque fois des factures de 100 milliards d'euros,
06:00les infrastructures, la santé,
06:04tout ce qui est investissement vert, etc.
06:07Donc, il faudra bien trouver de l'argent.
06:09Donc, je pense qu'il faut prendre conscience
06:11qu'on va rentrer dans un nouveau cycle fiscal.
06:14La question, c'est comment on va partager cet effort
06:16parce qu'objectivement, je pense que plus personne
06:18ne croit au grand soir sur la réduction des dépenses,
06:20la réforme de l'État, la modernisation, etc.
06:23On peut y croire avec l'intelligence artificielle, notamment.
06:26Donc, effectivement, on va vers une période d'incertitude
06:31qui va durer encore jusqu'à la prochaine.
06:33Et encore une fois, attention,
06:34parce que là, ce n'est pas une croissance de confiance
06:36que nous annonce l'INSEE,
06:37c'est une croissance de résistance.
06:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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