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  • il y a 3 mois
Ce vendredi 31 octobre, les chiffres sur la croissance française ont été décryptés par Mathieu Jolivet et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Sandra Gandoin, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Emmanuel Lechypre et Mathieu Jolivet ce matin.
00:02Emmanuel, vous nous parliez des chiffres de la croissance.
00:04Hier, on constate que l'économie résiste quand même au climat politique.
00:09Oui, on peut le dire effectivement parce que ce qui est quand même le plus intéressant dans cette enquête,
00:15c'est que ceux qu'on jugeait les plus sensibles à l'humeur politique, à savoir les chefs d'entreprise,
00:21finalement sont ceux qui sont presque le plus gros moteur de la croissance au cours de l'été
00:27parce qu'on voit bien que la consommation reste assez étale
00:31et que la bonne surprise, c'est effectivement le redémarrage de l'investissement
00:36avec des entreprises qui réinvestissent dans les machines,
00:40des entreprises qui réinvestissent dans les flottes automobiles,
00:44des entreprises qui manifestement font des efforts pour se mettre à niveau sur l'intelligence artificielle, etc.
00:50Et ça permet de rappeler qu'effectivement, on ne va pas nier que le climat politique,
00:55aujourd'hui, crée de l'incertitude et de l'instabilité.
01:00Mais il faut bien réaliser que si on regarde le chemin parcouru quand même depuis,
01:06alors prenons 2017, l'environnement fiscal, réglementaire pour les entreprises françaises
01:12est quand même bien meilleur que ce qu'il était.
01:14N'oublions pas qu'il y a eu quand même des hausses d'impôts assez fortes.
01:17Si on regarde, l'INSEE mesure ce qu'elle appelle un taux d'imposition implicite,
01:21c'est-à-dire ce qui prend en compte la vraie baisse affichée,
01:24donc on a eu la baisse de l'impôt sur les sociétés de 33 à 25,
01:28mais avec toutes les exonérations, etc.
01:30Et vous voyez que pour les PME, ça a baissé,
01:33que ça a baissé encore plus pour les entreprises de taille intermédiaire.
01:36Il y a eu des simplifications réglementaires qui sont intervenues.
01:38Il y a quand même une baisse des impôts de production qui est en cours.
01:41Alors certes, il reste l'État française et puis toutes les nouvelles contraintes
01:45qui sont arrivées sur le plan écolo.
01:46Mais grosso modo, l'environnement pour les entreprises françaises
01:50reste meilleur aujourd'hui en France qu'il était en 2017.
01:55Donc une fois que cette instabilité politique sera levée,
01:59au plus tard, à la prochaine élection présidentielle,
02:02on devrait retrouver quand même un socle de croissance.
02:05Mathieu Jolivier, vous nous dites que c'est plutôt des chiffres en trompe-l'œil.
02:07Oui, attention, parce que cette belle performance, je pense qu'elle est trompeuse.
02:12Ce n'est pas la confiance aujourd'hui des entreprises qui tirent l'économie,
02:15c'est plus l'instinct de survie.
02:17Vous parliez justement des investissements,
02:20ça c'est la belle surprise de ces chiffres de l'INSEE.
02:23Mais si vous zoomez sur ces investissements,
02:26vous vous rendez compte que ce sont des entreprises
02:27qui investissent surtout dans le digital.
02:30Mais ça, ça n'a rien à voir avec le climat politique.
02:34Le digital, si vous n'investissez pas dedans,
02:36en gros, vous êtes mort.
02:38C'est un investissement qui est juste une adaptation à marche forcée.
02:44Et ensuite, la réalité, si vous voulez,
02:48moi ça fait plusieurs semaines que je discute régulièrement
02:50avec des industriels, des responsables patronaux,
02:53et il faut faire attention parce que ces chiffres du troisième trimestre de l'INSEE,
02:57ils se sont arrêtés fin septembre.
02:59C'est-à-dire juste au moment où commençait le débat dans l'hémicycle
03:03avec un niveau, avec une fureur fiscale qu'on n'a pas vu depuis des décennies.
03:08Et moi, ce que j'entends depuis qu'on commençait ces débats dans l'hémicycle
03:11de la part de tous ces responsables patronaux,
03:13c'est que les entreprises, elles mettent pause
03:15sur les investissements et sur les intentions d'embauche.
03:20Donc, attention à ce que ce bel élan,
03:23qu'il ne faut pas nier et qu'on a vu au troisième trimestre,
03:25ne viennent pas se briser aujourd'hui avec un climat politique
03:29qui peut provoquer des dégâts assez importants.
03:33Donc, je pense qu'il y a un effet trompe-l'œil dans ces chiffres.
03:38Et autre son de cloche qu'on entend en ce moment dans les milieux d'affaires,
03:40c'est une vraie interrogation de savoir si ce climat politique-là
03:44ne traduit pas la fin d'un cycle pro-business
03:48qui a été enclenché il y a 11 ans maintenant.
03:51Vous savez, tout a commencé, c'était en janvier 2014,
03:54quand François Hollande a fait un mea culpa de « Mon ennemi, c'est la finance »
03:58et finalement a décrété un pacte de responsabilité avec les entreprises.
04:02J'ai fait le calcul depuis 11 ans.
04:06Si vous prenez toute la somme des mesures,
04:09que ce soit le crédit d'impôt compétitivité,
04:11que ce soit la loi pour la croissance,
04:13que ce soit l'impôt sur les sociétés ramené de 33 à 25%,
04:16si vous prenez toute la somme des mesures de soutien aux entreprises,
04:20aujourd'hui, c'est 60 à 80 milliards d'euros par an
04:23pour les aider.
04:25Et en fait, si vous mettez en parallèle tout ce qu'on entend
04:30depuis deux semaines dans l'hémicycle et en commission des finances,
04:34c'est en gros tout ce cycle qu'ils essayent de détricoter petit à petit.
04:37Alors oui, effectivement, on va se dire que le Sénat,
04:40qui est plus pro-business, va essayer de remettre ça d'équerre,
04:43mais cette ambiance-là empêche toutes les entreprises,
04:49les met dans une position où ils sont incapables de pouvoir se projeter.
04:54Et si vous voulez, aujourd'hui, cette croissance de l'INSEE,
04:57c'est comme un paquebot qui est lancé,
05:00mais attention, il va peut-être bientôt...
05:02Voilà, donc on a un élan de croissance qu'on ressent encore aujourd'hui,
05:06parce que c'est la dynamique de cet environnement fiscal
05:09avec ses hauts et ses basses, certes,
05:11mais qui est pro-business depuis 11 ans,
05:13mais qui pourrait peut-être s'arrêter
05:14si on ne ressort pas rapidement de ce climat politique.
05:20C'est la fin de ce climat...
05:21C'est la question que pose Mathieu, c'est la vraie question,
05:24c'est-à-dire est-ce qu'on va vivre la fin
05:26de ce qui peut être considéré comme une parenthèse,
05:28ou bien est-ce que là, on est dans une période,
05:30finalement, de turbulence politique
05:32et qui ne va pas infléchir à long terme
05:35la trajectoire de notre compétitivité.
05:36En gros, la grande question qui se pose,
05:39c'est est-ce que la solution à nos problèmes,
05:41notamment de finances publiques demain,
05:43c'est plus de hausse d'impôts
05:45ou est-ce que c'est la réforme un peu courageuse
05:49des dépenses, etc.
05:50Moi, il faut être très clair,
05:52on a des besoins de financement économique
05:54pour l'avenir qui sont absolument délirants,
05:57absolument considérables.
05:58C'est à chaque fois des factures de 100 milliards d'euros,
06:00les infrastructures, la santé,
06:04tout ce qui est investissement vert, etc.
06:07Donc, il faudra bien trouver de l'argent.
06:09Donc, je pense qu'il faut prendre conscience
06:11qu'on va rentrer dans un nouveau cycle fiscal.
06:14La question, c'est comment on va partager cet effort
06:16parce qu'objectivement, je pense que plus personne
06:18ne croit au grand soir sur la réduction des dépenses,
06:20la réforme de l'État, la modernisation, etc.
06:23On peut y croire avec l'intelligence artificielle, notamment.
06:26Donc, effectivement, on va vers une période d'incertitude
06:31qui va durer encore jusqu'à la prochaine.
06:33Et encore une fois, attention,
06:34parce que là, ce n'est pas une croissance de confiance
06:36que nous annonce l'INSEE,
06:37c'est une croissance de résistance.
06:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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