00:00On est 30 ans après la mort de François Mitterrand, quel bilan économique face à Emmanuel Lechypre ?
00:05C'est Jean-Marc Daniel. Jean-Marc Daniel, vous pardonnez tout à François Mitterrand, même la retraite à 60 ans.
00:10Je suis prêt à lui pardonner beaucoup, effectivement, parce qu'il a été un grand Européen
00:14et je crois que les modifications qu'il a apportées dans notre trajectoire européenne
00:17ont été à la fois fondamentales et positives.
00:20Alors effectivement, vous avez deux Mitterrands, un Mitterrand socialiste,
00:23encore que ce ne soit pas très très crédible le socialisme de François Mitterrand
00:27quand on regarde effectivement la façon dont il s'est comporté sur la 4ème République
00:31et au début de la 5ème République, on peut douter de ses envolées anticapitalistes des années 70.
00:36Grosso modo, quand il est élu en 81, il a un discours marxiste,
00:40il a un programme qui est keynésien et il va finir en 83 par réaliser qu'il faut faire une politique monétariste.
00:45Donc il aura la sagesse...
00:46Il a deux doigts d'être de droite, c'est ce qu'on disait ce matin avec Emmanuel Lechypre.
00:49Il va avoir la sagesse d'arrêter tout ça.
00:51Le problème, c'est qu'il y aura quand même des conséquences, des dégâts qui ont été faits.
00:57Notamment, vous avez parlé de la retraite à 60 ans, effectivement.
00:59Mais on peut plutôt supposer que ce n'est pas lui le vrai coupable in fine.
01:03Ce sont ceux qui n'ont pas eu le courage après de revenir par derrière.
01:07M. Retailleau entre encore à nous dire qu'il va falloir se remettre au travail aujourd'hui.
01:11Alors qu'effectivement, on aurait dû dès 86...
01:13Mais pour vous, Maastricht, ça reste...
01:15Alors il reste quand même...
01:16La grande mutation de 83, c'est qu'il change totalement son discours.
01:22Et donc il défend le franc fort.
01:24Il met Pierre Béregouvois à Rivoli à l'époque.
01:27Et puis il va faire deux sédiments considérables pour l'avenir de l'Europe et de la France.
01:32La signature de l'acte unique en février 86.
01:35Février 86, c'est encore un gouvernement de plein exercice du Parti Socialiste et de François Mitterrand.
01:40Et puis la signature du traité de Maastricht avec le référendum de 92.
01:44Ce qu'il gagne à la différence de son successeur Jacques Chirac.
01:48Donc ce bilan-là est extrêmement positif.
01:50Et je pense qu'autant les erreurs de 81 auraient pu et auraient dû être corrigées,
01:55autant le bilan positif de l'Europe va rester.
01:59Finalement, je lui donne plutôt une note positive pour cette réaction de 81 à 95.
02:05Emmanuel ?
02:06Vraiment, le gros point noir, l'énorme point noir du bilan de François Mitterrand,
02:13c'est son échec en matière de chômage et c'est la destruction de la valeur travail.
02:18C'est-à-dire qu'il a détruit la valeur travail en France.
02:20Il a détruit la valeur travail en France avec la retraite à 60 ans.
02:24Les signaux qui ont été envoyés sur le rapport au travail par François Mitterrand sont assez désastreux.
02:29Et il a été quelqu'un qui a échoué considérablement dans sa lutte contre le chômage.
02:36Ceci étant dit, il y a pas mal d'aspects où je ne suis pas en désaccord avec Jean-Marc.
02:41L'erreur de 81, la politique de gauche, etc., c'était une erreur obligatoire presque, j'ai envie de dire.
02:48Ça, c'était une erreur qu'il était obligé de faire.
02:50Après, le tournant de la rigueur en 83, c'est un des moments les plus fondateurs de la politique économique française des 50 dernières années.
02:57Ça ancre bien dans la réalité européenne et monétaire internationale.
03:03On n'oublie pas qu'ensuite, il mène une politique de modernisation et de libéralisation de l'économie qui est absolument sans précédent.
03:11Je vous rappelle la création du MATIF, la modernisation de la bourse, la fin du contrôle direct du crédit.
03:16C'est une période dans laquelle jamais les marchés financiers n'ont été aussi florissants.
03:21C'est-à-dire que ceux qui voyaient les chars russes sur les Champs-Elysées en 81 et qui voulaient partir,
03:25se sont enrichis comme jamais après, sous François Mitterrand.
03:29La désinflation compétitive, c'est quand même la politique qui remet l'industrie française sur les rails.
03:35Je rappelle quand même qu'en 1995, et je dis ça pour faire plaisir à Jean-Marc,
03:39la France dégage un excédent commercial alors que l'Allemagne, elle, ne fait pas aussi bien.
03:45Donc, ceux qui assombrissent aujourd'hui le bilan de François Mitterrand,
03:50ce sont ses successeurs, ses successeurs.
03:53Il y a celui qui a détruit la capacité productive de la France.
03:58Après, c'est Jacques Chirac et son affreux Premier ministre Lionel Jospin,
04:02ce tandem qui a détruit l'économie française.
04:05Bon, je caricature un peu, mais vraiment...
04:07Non, non, là, je vais être d'accord.
04:09Le déclin commence là.
04:11Oui, là, c'est là que ça se passe.
04:12Je crois que c'était un des moments où la croissance française avait été...
04:15Oui, mais attendez, alors on va être très clair.
04:17Quand vous faites 3% de déficit public avec 4% de croissance,
04:21vous méritez d'aller en prison.
04:22On est d'accord.
04:23Bon, et après, le bilan européen, c'est pareil.
04:25Ce qu'il a construit, c'est après que ça a été effectivement, là encore, très mal utilisé.
04:31Mais le marché unique en tant que tel, ce qui ne va pas après,
04:35c'est la façon dont on n'a pas su le protéger,
04:37dont on n'a pas su se défendre, etc.
04:38Mais la création de ce marché unique, c'était important.
04:41Et la monnaie unique, ce n'était pas un objectif économique,
04:45c'était un objectif politique.
04:47Donc moi, je pense qu'effectivement, ce bilan économique de François Mitterrand,
04:51il n'est pas si mauvais que ça.
04:53C'est marrant parce qu'en vieillissant, vous vous radicalisez un peu.
04:56C'est-à-dire que vous voulez mettre les gens en prison quand...
04:58Non, mais je caricature.
05:00Et Jean-Marc, lui, s'ouvre au monde.
05:01Il trouve que Mitterrand, ce n'était pas si mal.
05:03Il défend la croissance verte.
05:04Non, mais regardez la réalité.
05:06C'est deux vieillissements différents.
05:08Non, mais c'est assez fou de voir.
05:10Regardez à quel point la cohabitation avec un président de gauche
05:14et un Premier ministre de droite a produit des effets positifs
05:17pour l'économie française.
05:18Je parle du tandem Mitterrand-Chirac libéral.
05:22Et regardez à quel point la cohabitation entre un président censé être de droite,
05:26Jacques Chirac, et un Premier ministre socialiste,
05:27a fait autant de dégâts.
05:29Il y a tout, enfin Jean-Marc, le décrochage de l'économie française.
05:32Toutes les courbes décrochent à partir des décisions prises par Jospin Chirac,
05:3735 heures, arrêt de superphénix, le quinquennat qui nous met dans la cacquette politique.
05:42Je pense que sur les 50 dernières années, la période faste, c'est effectivement 84-88,
05:48c'est-à-dire le gouvernement Fabius, puis le gouvernement Chirac libéral,
05:51c'est-à-dire le gouvernement Balladur.
05:53Mais 84-95, Jean-Marc ?
05:5484-88, parce qu'à partir de 88, il y a déjà, Rocard est assez modéré,
06:00est assez timoré dans son action.
06:02Et effectivement, la période la plus défaste, c'est incontestablement la période 97-2002,
06:07où il y avait une croissance, qui était une croissance liée notamment à un contre-choc
06:10et qui a été complètement gaspillé, comme le dit Emmanuel, ça c'est sûr.
06:14Merci à tous les deux, je vous félicite pour ce calme olympien
06:17dont vous avez fait preuve ce matin, Emmanuel Lechy.
06:19Non, j'ai bien retenu la question, vous m'avez approché d'être trop agressif,
06:23avec le vénérable Jean-Marc Daniel, je crois que des auditeurs se sont plaint,
06:27je les rassure, je suis très gentil maintenant.
06:29Je vous redonne l'heure, il est quasiment 7h18, il faut y aller.
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