- il y a 2 ans
Lundi 25 septembre 2023, SMART TECH reçoit Vanessa Kurukgy (Juriste environnemental et membre du Cercle de la Donnée, FCEN) , Tayeba Chaudhary (cofondatrice, Fullsoon) , Charles Joudon-Watteau (chargé de mission “Analyse économique et intelligence numérique”, ARCEP) , Benoit Durand (Senior Manager Numérique Responsable, Wavestone) et Alan Houdelette (Directeur de projets, Tactis)
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00:00 [Musique]
00:08 Bonjour à tous, bienvenue dans Smartech à la une.
00:10 Aujourd'hui de cette émission, on va s'intéresser à l'empreinte du numérique,
00:13 l'empreinte environnementale, l'empreinte sociétale.
00:15 Ça va nous occuper tout au long de l'émission.
00:17 On va avoir un grand débat avec trois experts sur la question environnementale précisément.
00:22 On va essayer de répondre aussi à vos questions que je vous ai demandé de poser sur les réseaux sociaux.
00:27 Dans une seconde partie, on partira regarder du côté du cercle de la donnée
00:31 qui a publié une étude sur l'empreinte du numérique sur le vivant, l'empreinte de la donnée précisément.
00:37 Mais d'abord, je propose qu'on s'intéresse à une startup,
00:40 une startup qui a développé une technologie d'intelligence artificielle
00:43 pour lutter contre le gaspillage alimentaire.
00:46 C'est tout de suite, trois questions à dans Smartech.
00:48 [Musique]
00:52 Je suis très heureuse de recevoir aujourd'hui dans Smartech
00:55 une startup qui a été récompensée pour sa solution anti-gaspilles alimentaires.
00:59 Bonjour Tayeba Chodari.
01:00 Bonjour, enchantée.
01:01 Merci beaucoup d'être avec nous.
01:02 Vous êtes la cofondatrice de Fullsoon.
01:04 Votre startup a été récompensée par deux prix récemment.
01:08 Prix de l'impact sociétal, prix du jury au Odo BHF Young Entrepreneurs Awards,
01:14 d'ailleurs dont Bsmart est partenaire.
01:16 Si je dois décrire ce que propose Fullsoon,
01:21 une solution pour lutter contre le gaspillage alimentaire dans le secteur de la restauration,
01:26 une solution qui repose sur l'intelligence artificielle.
01:29 Elle s'adresse notamment aux restaurateurs, mais aussi plus largement aux dark kitchens
01:34 et puis à tout ce qui est corner, alimentation, restauration.
01:38 Que représente déjà ce gaspillage alimentaire du côté des restaurateurs ?
01:43 Il faut savoir qu'à l'échelle de la France,
01:46 le gaspillage alimentaire qu'on mesure depuis la production jusqu'à l'assiette du consommateur,
01:52 ça représente 10 millions de tonnes de nourriture jetée chaque année, de manière globale.
01:57 Donc là, ça inclut tout, y compris les circuits de distribution.
02:02 Exactement.
02:03 Et en fait, ce qui se passe, c'est qu'aujourd'hui,
02:05 on essaie de réduire les pertes liées au gaspillage alimentaire
02:09 à l'échelle de la restauration collective.
02:11 D'ici 2025, ils sont pas mal d'enjeux, d'objectifs.
02:14 Et d'ici 2030, pour le secteur de la restauration commerciale.
02:17 Et donc, c'est ce secteur qui vous intéresse. Est-ce que vous avez pu évaluer ce que ça représente ?
02:21 Alors aujourd'hui, nous, justement, on s'adresse aux deux secteurs.
02:25 Le secteur de la restauration collective, où il y a des enjeux majeurs.
02:28 Et justement, l'objectif, c'est venir aider les collectivités et les commerçants
02:35 à réduire de près d'un tiers les pertes liées au gaspillage alimentaire dans ce secteur-là,
02:39 mais également dans le secteur de la restauration commerciale.
02:42 Il y a très peu d'établissements qui, aujourd'hui, sont dotés de systèmes de pesée au niveau des poubelles
02:48 pour venir quantifier ces pertes.
02:51 Donc nous, on vient les aider en amont de la chaîne, en optimisant, en anticipant la production
02:57 et en optimisant la gestion des stocks. Donc c'est là, notre enjeu.
03:00 Donc c'est là qu'intervient l'intelligence artificielle ?
03:03 Exactement. Alors, la solution qu'on a développée, FullSoon,
03:06 ce qu'on fait, c'est qu'on vient se connecter au logiciel de caisse
03:09 et on vient récupérer tout simplement l'historique des ventes.
03:12 Donc en fait, c'est les informations que vous avez sur un ticket de caisse.
03:15 L'heure, la date à laquelle un client est venu, ce qu'il a consommé, le prix qu'il a payé.
03:19 Donc nous, ça nous donne un historique de vente.
03:21 Et on vient compléter ça avec un deuxième type d'information, c'est les paramètres externes.
03:27 Météo, événements sportifs, culturels, tout ce qui peut impacter l'activité d'un restaurant.
03:31 Et grâce à l'IA, nos modèles arrivent à prévoir à l'avance le nombre de personnes qui vont venir,
03:36 les plats qui vont être commandés et les ingrédients dont ils auront besoin pour préparer ces plats.
03:41 Et qu'est-ce qui vous a valu précisément ces deux prix de l'innovation ?
03:46 C'est le fait de faire intervenir de l'intelligence artificielle ?
03:49 C'est le fait d'apporter de la data sur ce sujet ?
03:52 Je pense que l'IA, forcément, a joué un rôle dans l'obtention de ce prix
03:57 et de la technologie qu'on a développée en interne.
03:59 Mais ce qu'il y a, c'est que ça a aussi un fort impact.
04:01 L'impact est au cœur de notre startup.
04:04 Que ce soit un impact environnemental, le gaspillage alimentaire, les 10 millions de tonnes dont on parlait,
04:09 ça représente 3% des émissions à l'échelle nationale.
04:12 Donc nous, on vient agir à ce niveau-là, au niveau de l'empreinte carbone.
04:17 Mais c'est également un impact éthique, économique.
04:21 Ces 10 millions, c'est 16 milliards d'euros, donc ce n'est pas négligeable.
04:24 Et nous, on agit sur ce triple enjeu.
04:27 J'ai quand même une dernière question. Il y a des objectifs ambitieux, mais quels sont les premiers résultats ?
04:32 Alors nous, ça fait deux ans qu'on travaille sur le projet.
04:35 On a fait un an et demi d'R&D et on commercialise la solution depuis six mois.
04:38 Et c'est très prometteur parce qu'on a déjà convaincu plus de 23 enseignes.
04:42 Donc quand on parle des enseignes, c'est des groupes comme Accor, comme Marie Blacher, comme Chamas d'Acos,
04:49 qui ont de forts enjeux, qui nous ont fait confiance, qui nous accompagnent.
04:54 Donc aujourd'hui, nous, on travaille sur l'ensemble des réseaux et ça représente près de 5 000 points de vente.
05:01 Merci beaucoup Taye Bachedari, cofondatrice de Full Soon.
05:06 Merci d'avoir été dans Smartech pour nous expliquer comment vous luttez contre ce gaspillage alimentaire auprès des restaurateurs.
05:12 C'est l'heure maintenant de répondre à vos questions sur l'empreinte environnementale du numérique.
05:16 Ce Tech Talk est consacré à vos questions sur l'empreinte environnementale du numérique.
05:25 On va tâcher d'y répondre avec mes experts aujourd'hui qui s'appellent Charles Joudon-Bateau. Bonjour.
05:31 Vous êtes chargé de mission au sein de l'unité analyse économique et intelligence numérique à l'ARCEP, le régulateur des télécoms.
05:38 Vous travaillez plus particulièrement sur l'empreinte environnementale du numérique
05:41 et vous avez notamment piloté la rédaction de l'étude publiée conjointement avec l'ADEME sur ce sujet, ARCEP-ADEME.
05:48 Avec vous sur ce plateau, Alan Woodlett, qui travaille depuis une dizaine d'années aux côtés des territoires,
05:54 principalement sur les sujets de transformation numérique et technologique,
05:57 à chaque fois en mettant évidemment l'humain, l'éthique et l'environnement au cœur de votre travail, Alan.
06:01 C'est ce que vous m'en rappelez régulièrement.
06:03 C'est le cœur du métier.
06:04 Vous êtes le directeur de projet TACTIS, un cabinet de conseil pour l'aménagement numérique du territoire.
06:09 Bonjour et bienvenue également.
06:11 Et puis, et connecté avec nous à distance, Benoît Durand, passionné, lui, par les enjeux environnementaux.
06:17 Il contribue depuis plus de quatre ans à piloter l'offre numérique responsable du cabinet de conseil
06:22 en management et transformation des entreprises et des organisations, Wavestone.
06:26 Et vous y officiez en tant que senior manager numérique responsable.
06:31 Merci beaucoup d'être connecté avec nous, Benoît.
06:34 Je commence par cette question de vocabulaire.
06:36 Sobriété, durabilité, responsabilité, quel est le mot que vous préférez pour parler de ce que doit être un numérique
06:45 qui tient compte de ses impacts sur l'environnement ?
06:49 Alors, durable, responsable, sobre ?
06:52 Je vais peut-être faire une réponse de normand.
06:54 Le terme qui sera le plus utilisé par la personne que j'ai en face.
06:59 L'important, ce n'est pas le terme utilisé, ça va être la démarche.
07:02 Alors, bien sûr que nous, après, on se pose des questions sur la définition des termes numérique responsable,
07:06 sobriété numérique, mais finalement, l'important, c'est d'y aller, quoi qu'on mette derrière.
07:12 Donc voilà, ça c'est important.
07:14 Sur ce petit point de vocabulaire.
07:16 Je suis d'accord avec Alain, numérique soutenable, numérique responsable,
07:20 on entend parfois des terminologies différentes,
07:22 mais comme Alain l'a dit, ce qui compte, c'est que c'est un choix collectif qu'il faut faire.
07:26 La direction qu'on veut, le chemin de société qu'on veut prendre en ce qui concerne le numérique,
07:30 il doit être collectivement et en bonne intelligence prise.
07:33 Et c'est pour ça que nous, à l'ARCEP, on a mené cette étude,
07:37 donc vous avez parlé avec l'ADEME, pour savoir ce que ça représente,
07:40 l'empreinte environnementale du numérique, et du coup, se rendre compte
07:43 et nourrir le débat public en tant qu'experts indépendants,
07:46 au service des citoyens et des citoyennes,
07:48 afin de faire ce choix collectif avec forcément le plus d'informations
07:52 et dans un choix conscient.
07:54 Bon alors, Benoît, si vous voulez répondre à cette question, n'hésitez pas,
07:57 mais je vais en ajouter une autre.
07:59 Est-ce que vous avez le sentiment qu'on avance quand même sur ce sujet
08:02 de l'impact environnemental du numérique ?
08:04 Clairement, depuis environ 2020,
08:10 il y a eu une vraie accélération que nous, on a constaté,
08:13 sur le numérique responsable au sens large,
08:15 c'est-à-dire sur ses dimensions environnementales, sociales et économiques,
08:18 mais en particulier, le pilier environnemental a été très fortement
08:23 approprié par les entreprises, aussi par les collectivités.
08:28 Ça a été notamment, finalement, popularisé grâce à un certain nombre de rapports
08:33 sur l'impact environnemental qui sont sortis, notamment en 2019, en 2020.
08:37 Et depuis trois ans, on a beaucoup de clients qui ont souhaité rentrer
08:44 dans des démarches de diagnostic de maturité,
08:47 notamment sur l'empreinte environnementale,
08:49 de réalisation de l'empreinte environnementale,
08:51 encore souvent limitée sur le sujet carbone, mais on pourra y revenir.
08:54 Et ça, dans l'objectif, finalement, de construire une feuille de route,
08:57 souvent en horizon de trois ans, pour identifier les meilleures actions
09:00 pour réduire leur empreinte.
09:02 Donc, en termes de volonté, on avance.
09:05 En termes de résultats, la question est ouverte.
09:08 Alors, on a une question-remarque, je dirais,
09:12 qui nous est arrivée sur les réseaux sociaux de Fabien,
09:15 qui nous dit, attention à ne pas oublier l'impact de l'intelligence artificielle
09:18 avec les besoins de plus en plus importants en matière de puissance de calcul.
09:23 Donc, on avance ou on recule avec l'arrivée des IA ?
09:27 Avec l'arrivée des IA, il y a de nouveaux impacts.
09:31 Donc, on est en train de mesurer, peut-être, le recul qu'on va pouvoir avoir
09:35 par rapport à nos enjeux environnementaux.
09:37 Maintenant, sur des sujets qui ne sont pas nouveaux, qu'on maîtrise,
09:40 on s'améliore. Et donc, à un moment donné, on est en train d'essayer de mesurer tous.
09:44 Et j'attends ta réponse avec impatience.
09:47 La balance, quoi ? Est-ce qu'on est en positif ou en négatif quand on fait le solde ?
09:50 Maintenant, je pense qu'il y a un gros effort à faire.
09:53 Je pense que tout le monde est conscient des difficultés qui vont être posées par l'IA.
09:56 Mais est-ce qu'on va arriver à y répondre ?
09:58 Alors, justement, qu'est-ce qu'on doit prendre en compte, Charles,
10:01 comme données, pour vraiment se dire, OK, on a mesuré l'ensemble de l'impact du numérique ?
10:07 Tout à fait. Merci pour cette question. Je vais remettre un peu les bases
10:11 avant de parler de l'IA, qui est un sujet relativement prospectif.
10:14 On voit que ça se développe beaucoup ces dernières semaines,
10:16 et même ces derniers mois. Donc, le numérique, comme n'importe quel autre secteur
10:21 d'activité dans l'économie, il a des impacts environnementaux.
10:25 On entend aujourd'hui beaucoup le carbone, les émissions de gaz à effet de serre.
10:28 Ça, aujourd'hui, je pense qu'on peut dire collectivement que c'est un sujet qui est déjà bien sur la table.
10:32 En revanche, il faut avoir en tête que l'impact environnemental du numérique,
10:35 il est multidimensionnel, c'est-à-dire qu'il y a d'autres types d'impact.
10:38 On a parlé de puissance de calcul, ça implique donc des centres de données
10:41 et de la consommation d'eau, mais aussi plein de nouveaux serveurs,
10:44 toujours de plus en plus puissants, pour permettre de faire des calculs de haute performance.
10:48 Et tout ça, évidemment, ça consomme des métaux et des minéraux,
10:51 des ressources rares qui, d'une part, sont consommées par d'autres secteurs,
10:55 comme par exemple celui de la transition énergétique,
10:57 et qui ne sont pas forcément approvisionnées par d'autres pays de l'Europe, mais hors d'Europe.
11:02 Donc, ça pose toute une question d'enjeux géopolitiques et environnementaux qu'il faut avoir en tête.
11:07 Maintenant, si on regarde au-delà de ces impacts-là,
11:11 nous autres consommateurs, on a l'emblème, c'est le smartphone dans notre main,
11:16 mais pour que tout ça fonctionne, il y a des réseaux et des centres de données derrière.
11:19 Et donc, ces trois maillons du numérique, si on veut regarder le numérique de manière synthétique,
11:24 ils sont interdépendants, parce que si je n'ai pas de réseau,
11:26 évidemment, ça ne me sert pas à grand-chose mon smartphone.
11:28 Et donc, tout ça, que ce soit l'IA, mais en fait n'importe quelle autre technologie, avancée technologique,
11:33 on peut par exemple parler de la blockchain, ce genre d'avancée technologique,
11:37 il faut bien avoir en tête que toutes ces technologies qui permettent de nouveaux usages
11:42 reposent sur une infrastructure qui, elle, est bel et bien matérielle.
11:46 Et donc, après, en termes de prospective, donc là, l'exemple, c'est l'intelligence artificielle.
11:50 Mais qu'est-ce que ça engage comme type de données qu'on doit collecter
11:53 quand on doit publier un rapport sur cette empreinte environnementale ?
11:56 Il y a des données d'inventaire. Il faut chercher, évidemment, combien il y a de serveurs,
12:00 combien il y a d'équipements, et aussi ce qu'on appelle des données d'impact unitaire,
12:03 c'est-à-dire mon téléphone, à quoi ça a combien de kilos de CO2, par exemple,
12:08 ça correspond à sa fabrication, son utilisation, et évidemment, le fait de l'amener pour que j'y achète en France.
12:14 Et donc, ça, c'est très important. On a constaté, nous, qu'il y a un manque de données.
12:19 Parfois, c'est assez dur d'avoir les données pour faire ces calculs, donc on a du mal à être précis.
12:25 C'est-à-dire pour ça qu'en complément de ces travaux de mesure, nous, on collecte de la donnée.
12:29 On avait travaillé avec l'ensemble des acteurs de l'écosystème,
12:32 et ça a donné lieu, en fait, à une extension du pouvoir de collecte,
12:35 puisque, historiquement, le régulateur télécom, il regarde les opérateurs télécom.
12:39 Et maintenant, on collecte de la donnée auprès d'un périmètre d'acteurs élargi au sein de l'écosystème numérique.
12:45 Et ça donne lieu à une publication qui est l'enquête pour un numérique SOTAM.
12:48 Voilà, nous, c'est soutenable, la terminologie qu'on utilise.
12:51 - Je ne l'avais pas mis, celui-là, j'en avais plein d'autres.
12:54 - Et ça permet vraiment d'alimenter tout l'écosystème, que ce soit les décideurs publics, pour les éclairer,
13:00 mais également des gens qui vont devoir mener des études pour aider, par exemple, des collectivités ou des académiques.
13:06 Le but, c'est vraiment d'être transparent, de fournir des méthodologies robustes
13:10 et de nourrir l'écosystème et le débat public, là encore, pour que les décisions et les choix pris le soient sur des bases factuelles,
13:18 et quantifiées, et surtout transparentes.
13:20 - Alors, Benoît, peut-être que vous pourrez répondre à cette question de Charlotte.
13:24 Charlotte, qui nous demande, que peut-on faire à notre échelle pour réduire notre empreinte carbone ?
13:30 Elle pose la question sur l'empreinte carbone.
13:35 - Oui. Alors, déjà, peut-être un tout petit complément par rapport à ce qui a été dit précédemment.
13:41 J'y souscris totalement. Ce que je peux peut-être juste rajouter, c'est qu'en entreprise,
13:45 au-delà des données d'inventaire sur le matériel, etc., il y a aussi un besoin croissant
13:51 à bien comprendre l'empreinte des prestations qu'on achète.
13:54 Tout ce qu'on achète, qui peut être parfois dématérialisé, que ce soit des services numériques, ça a une empreinte.
13:59 Et il y a un vrai axe de travail là-dessus, et donc ça fait aussi partie, quand on est une entreprise,
14:04 en tout cas, du type de données à collecter pour estimer son empreinte numérique
14:09 au-delà de son matériel qu'on utilise, mais qui représente non moins une part, en général, prépondérante de l'empreinte.
14:15 Voilà. Ça, c'était une toute petite précision pour répondre à la question posée.
14:20 Ce que j'ai peut-être envie de dire, c'est que, évidemment, l'utilisateur a un rôle à jouer,
14:25 qu'il ne faut pas exagérer non plus.
14:27 Il a un rôle à jouer parce qu'en tant qu'utilisateur, il utilise des terminaux,
14:32 et clairement, ce sont les terminaux, c'est-à-dire les PC, smartphones, écrans de télévision, etc.
14:38 Ça représente l'essentiel de l'empreinte numérique dans le monde, si on simplifie.
14:43 Et c'est notamment lié, finalement, au nombre d'utilisateurs de services numériques.
14:47 Donc, à son échelle, ce qu'on peut faire, c'est regarder si on a vraiment besoin d'autant de matériel.
14:52 Il faut évidemment les faire durer plus longtemps.
14:55 Il y a un levier qui peut être un petit peu insoupçonné, mais que l'étude, justement,
14:59 Adem Arcep a très clairement mis en évidence en France, en particulier,
15:03 c'est le fait de basculer peut-être de téléviseurs vers des vidéoprojecteurs,
15:06 parce que l'empreinte des téléviseurs en France fait partie, finalement,
15:10 des principales poches d'émissions de gaz à effet de serre.
15:14 Donc voilà, ce sont quelques exemples, et pour en donner un autre,
15:17 il y a aussi la façon dont on consomme de la vidéo, sans dire qu'il ne faut plus regarder de vidéos.
15:22 Néanmoins, être attentif, d'une part, à la résolution qu'on utilise pour regarder une vidéo,
15:26 et aussi au canal qu'on utilise, c'est-à-dire, par exemple, privilégier du Wi-Fi,
15:31 plutôt que le réseau cellulaire, ça fait partie d'exemples de leviers un peu structurants à l'échelle individuelle.
15:36 Il y avait une question aussi précise de Julien, qui nous demande quel est l'impact carbone d'un mail ?
15:43 C'est une question pour Charles, peut-être, ça ?
15:45 Tout à fait. Je ne vais pas répondre totalement à la question,
15:49 mais utiliser cette question-là pour montrer une des difficultés,
15:53 c'est quelque chose qu'il faut vraiment bien avoir en tête quand on va regarder les résultats que telle ou telle étude peut fournir.
15:58 Donc, l'impact d'un mail, là, en l'occurrence, je considère ce qu'on appelle une unité fonctionnelle,
16:03 c'est le service numérique, qui a été évoqué auparavant, là, en l'occurrence, c'est un mail.
16:08 Combien ça fait ? Évidemment, je ne peux pas isoler mon mail,
16:12 puisqu'il y a plein d'autres services numériques qui vont transiter par les réseaux,
16:15 qui vont être traités par les centres de données.
16:17 Mon téléphone, il ne fait pas qu'envoyer des mails, il peut aussi regarder des vidéos, etc.
16:20 Et donc, dans la méthodologie que je vais utiliser,
16:24 il est très important d'être transparent sur les hypothèses que je vais prendre,
16:28 combien, quel sera le poids de mon mail, est-ce que je mets une pièce jointe,
16:32 combien j'en envoie, etc.
16:34 Pour, à défaut de trouver la vérité, de trouver le chiffre,
16:38 parce que je ne pense pas qu'il y en ait un vrai,
16:40 en revanche, donner un cadre transparent et donc permettre aux personnes
16:43 qui auront besoin éventuellement de ce résultat-là,
16:46 de savoir quel résultat ils utilisent et quelle est l'imprécision qui peut tourner autour de ce résultat.
16:52 Donc, l'impact d'un mail, il est effectivement assez faible.
16:56 En revanche, et pour rebondir sur ce qui a été dit plus tôt,
16:59 évidemment, les terminaux, c'est la majorité.
17:01 Donc, un des premiers levées, c'est faites durer votre télé ou votre vidéoprojecteur,
17:05 évidemment, si vous pouvez vous en faire.
17:06 Ou votre smartphone.
17:07 Ou votre smartphone, voilà.
17:08 Évitez d'acheter le nouveau smartphone tous les un ou deux ans.
17:12 Donc, pour revenir sur ce sujet-là, c'est tout de même intéressant de mettre en place des bonnes pratiques,
17:18 tant dans la conception que la consommation de services numériques.
17:21 Donc, ne pas stocker mes mails, qui vont être stockés quelque part dans un centre de données,
17:26 si je sais que je n'en aurai plus jamais besoin.
17:28 Ça, ça n'a pas trop d'intérêt.
17:29 Donc, des hackathons de mails qu'on peut parfois voir dans certaines entreprises,
17:34 même si ce n'est pas forcément la mesure qui va être la plus impactante,
17:38 pour moi, ça n'est pas très intéressant de dénigrer ce genre de mesures,
17:41 parce qu'elles participent de l'éducation des consommateurs à un numérique,
17:45 ce qu'on appelle soutenable ou responsable.
17:47 Alain, où en sont les collectivités territoriales sur ce sujet du numérique responsable ?
17:53 Vous publiez un baromètre régulièrement sur ce sujet.
17:56 Je voulais dire, et ça va faire le lien avec ce qu'on disait tout à l'heure,
18:00 on disait qu'il y a eu beaucoup de rapports, on a vu aussi beaucoup de façons
18:05 dont on a fait évoluer la mesure, on la précise de plus en plus.
18:09 Tout ça est très important.
18:12 Maintenant, ce qui a changé peut-être entre il y a deux ans et aujourd'hui,
18:15 c'est vraiment la maturité de l'écosystème.
18:17 On a un écosystème d'acteurs, d'experts, qui se parlent, qui engagent des personnes,
18:21 on a des ambassadeurs qui vont porter la parole,
18:24 et ça, c'est une vraie différence comparée à il y a deux ans ou trois ans.
18:27 Donc ça, c'est un point très positif.
18:29 Le point un peu plus négatif, et on le touchait un peu du doigt aussi tout à l'heure,
18:32 c'est que quand on parle à une entreprise ou à une collectivité,
18:36 elle sait, elle comprend à peu près ce qu'elle peut faire sur son réseau et ses infrastructures.
18:40 Maintenant, dès qu'on est dans le changement individuel,
18:43 ça devient beaucoup plus compliqué, on est dans la psychologie individuelle,
18:46 la psychologie sociale, qu'on demande aux gens de faire des petits changements,
18:49 ils ont besoin de mesurer.
18:51 Est-ce que savoir vraiment combien pèse, enfin, quel est l'impact d'un mail,
18:55 ça va aider à conduire le changement ? Pas évident.
18:57 Il faudrait comparer des masses globales,
19:00 qui soient, mettre en rapport avec d'autres choses, pour que ça soit vraiment palpable.
19:04 Donc là, ça devient très très compliqué, et on va se heurter à ça.
19:08 Concernant les collectivités, elles avancent.
19:10 Elles avancent, la loi Rennes a un peu secoué le cocotier,
19:13 dont on parle souvent, la loi de réduction de l'empreinte environnementale du numérique.
19:16 - Elles lancent où de leurs feuilles de route d'un numérique responsable ?
19:18 - Eh bien, certaines se lancent avec du retard, certaines ne se sont pas encore lancées,
19:21 d'autres, il y a toute une diversité de maturité dans l'écosystème.
19:25 Ce qui est certain, c'est que l'écosystème travaille ensemble,
19:28 l'ARCEP, l'ADEME, l'ANCT travaillent ensemble,
19:31 avec des ambassadeurs, on voit des groupes de 6 collectivités, de 10 collectivités,
19:36 qui vont se former ensemble, et qui ensuite vont s'étaler dans l'écosystème,
19:40 et aller, encore une fois, toucher leurs voisins.
19:42 Donc tout ça, c'est en cours.
19:44 Est-ce que c'est suffisamment rapide pour répondre à l'enjeu qui est le nôtre ?
19:47 Je n'ai pas la réponse.
19:48 Il y a encore beaucoup de travail à faire, et comme on le disait tout à l'heure,
19:51 beaucoup, c'est les équipements, les terminaux, et finalement, l'utilisation individuelle.
19:55 On parlait des vidéos, etc.
19:57 - Et des études comme celle que produit l'ARCEP, l'ADEME,
20:00 ça peut aider ces collectivités à avancer très concrètement,
20:04 pour les téléspectateurs, parce qu'on en a un qui a essayé de faire sa pub en même temps,
20:09 quand il a vu passer ce sujet sur nos réseaux sociaux,
20:11 et il nous dit "c'est un sujet très intéressant,
20:13 n'hésitez pas à proposer à vos spectateurs et spectatrices d'utiliser notre simulateur d'impact carbone".
20:20 On a suffisamment d'outils, justement, à notre disposition,
20:24 pour être davantage un utilisateur responsable.
20:28 - Comment faites-vous pour porter cette initiative d'un numérique responsable
20:34 au sein du cabinet WaveStone, par exemple ?
20:36 Vous avez des outils que vous pouvez fournir aux équipes ?
20:39 - Quand on parle d'outils, effectivement, je pense qu'il y a deux typologies d'outils.
20:46 Je pense que la plus importante, c'est peut-être celle qui permet à l'entreprise d'estimer ses émissions,
20:53 et de ce point de vue-là, ce qu'on voit, c'est qu'il y a un peu une effervescence d'acteurs
21:00 qui se positionnent sur la mesure d'empreintes environnementales au sens large pour les organisations,
21:04 y compris certaines solutions spécifiques sur l'empreinte environnementale du numérique.
21:08 Mais c'est intéressant, parce que c'est important, finalement, d'estimer d'où on part,
21:14 et c'est ça qui permet ensuite de quantifier ce qu'on peut espérer gagner en fonction de certaines actions.
21:18 Donc ça, c'est la première typologie d'outils,
21:20 et la deuxième que vous évoquiez dans la question, ce sont les outils plus liés ou accouplés
21:26 à de la sensibilisation de collaborateurs.
21:28 Nous, par exemple, en interne, on a développé une application qui consolide à l'échelle individuelle
21:36 l'empreinte de l'usage de ces services numériques.
21:40 Ce qu'il faut comprendre, c'est que ce type d'outils-là,
21:43 c'est surtout à voir comme des outils pour contribuer à la sensibilisation,
21:47 parce que souvent, ça va être des outils qui vont essayer d'estimer l'empreinte,
21:51 on parlait tout à l'heure d'email, l'empreinte de documents qu'on peut stocker dans le cloud, par exemple.
21:57 Et ça, c'est une partie de l'empreinte.
21:59 À l'échelle individuelle, ce n'est pas forcément le premier levier,
22:03 mais pour autant, ça contribue à l'enjeu de sensibilisation.
22:05 Donc il y a toujours cette espèce de curseur à placer entre faire adhérer des collaborateurs
22:10 et les sensibiliser à la démarche de sobriété numérique via ce petit type d'action-là.
22:16 Et aussi, jouer sur des leviers plus structurants,
22:20 qu'on a déjà évoqués, par exemple sur l'allongement de la durée de vie,
22:24 le fait d'acheter des équipements reconditionnés.
22:26 Il faut trouver le bon dosage, finalement, entre ces différents leviers.
22:30 On a différents types d'outils qui permettent d'aider sur ces enjeux-là.
22:34 Vous disiez, Charles, on est là dans cette phase de sensibilisation qui est très importante,
22:38 parce que si on ne fait rien, qu'est-ce qui se passe ?
22:40 En termes de prospective, l'empreinte carbone du nucléaire,
22:43 qui aujourd'hui est à peu près à 17 mégatonnes de CO2,
22:46 c'est-à-dire à peu près 2,5% de l'empreinte carbone de la France,
22:49 elle risque de tripler à 2050 si rien n'est fait pour endiguer la tendance.
22:53 Merci beaucoup. Sujet hautement important, donc on continuera d'en parler ensemble.
22:57 Merci, Charles Joudon-Watteau, chargé de mission analyse économique et intelligence numérique à l'ARCEP.
23:02 Benoît Durand, qui était connecté avec nous à distance,
23:04 senior manager numérique responsable chez Wavestone,
23:06 et Alain Oudlette, directeur de projet chez Tactis.
23:09 Juste après, on continue à travailler ce sujet avec l'empreinte de la donnée sur le vivant.
23:14 Alors, on termine cette édition qui est consacrée à l'empreinte environnementale,
23:24 l'empreinte sociétale du numérique, avec notre rendez-vous avec Vanessa Kouroudji,
23:29 qui est juriste environnement, membre du Cercle de la Donnée.
23:34 Bonjour, Vanessa.
23:35 Aujourd'hui, on va prolonger la réflexion ensemble sur ce thème de l'empreinte environnementale de la donnée,
23:41 l'empreinte sur le vivant.
23:42 Pourquoi déjà avoir décidé de s'intéresser à ce sujet précisément au sein du Cercle ?
23:48 Alors, on s'y intéressait parce que quand on pense à l'empreinte environnementale du numérique,
23:54 on pense principalement au data center, fabrication de nos objets connectés.
23:58 Il y a beaucoup d'informations sur le sujet et c'est là que se situent les principaux impacts.
24:03 Donc, l'objet des questionnements ici, c'était d'aborder la question de la matérialité de la donnée elle-même
24:09 et d'apporter la nuance dans ce qu'on a coutume de considérer comme étant dématérialisé dans l'information numérique.
24:16 Et la dématérialisation, c'est le terme qui est utilisé pour parler de la transition du papier vers le numérique
24:22 et ça donne l'impression d'une information qui serait éthérée.
24:26 Mais cette donnée, elle n'a absolument rien d'éthéré.
24:30 L'ADEME, par exemple, estime qu'une donnée numérique, typiquement un like sur un réseau social
24:36 ou une recherche sur Internet, parcourt à peu près 15 000 kilomètres par an, par action,
24:42 ce qui correspond à un tiers de la circonférence de la Terre.
24:47 Or, ces kilomètres sont parcourus via des infrastructures, des câbles qui sont posés au fond des océans
24:53 et via des satellites qu'on envoie par fusée.
24:57 Donc l'idée, c'était d'engager une réflexion sur les impacts très concrets de la donnée numérique
25:03 en amenant le sujet vers celui de l'impact sur le vivant et plus particulièrement sur la biodiversité.
25:09 Ces réflexions, elles rejoignent les réflexions sur les impacts sur la santé humaine
25:15 qui ont déjà été abordées, je crois, dans l'une des émissions précédentes,
25:19 dans l'optique de se dire comment est-ce qu'on tend vers une sobriété qui serait plutôt choisie que subie,
25:25 notamment dans le domaine du numérique.
25:28 Alors justement, comment vous faites ce lien entre la donnée et la biodiversité ?
25:33 Alors effectivement, ce n'est pas forcément très intuitif.
25:37 Depuis quelques années, il y a beaucoup d'études très étayées qui sont publiées
25:42 concernant l'impact environnemental du numérique en prenant les différents aspects,
25:47 l'ARCEP, l'ADN, GreenIT, SheetProject pour en citer que quelques-uns.
25:52 Mais leur approche, comme pour l'écrasante majorité des outils de mesure de l'impact environnemental,
25:58 se concentre sur les émissions de gaz à effet de serre.
26:01 Elle est donc très carbone-centrée.
26:03 Donc le sujet n'est évidemment pas de discuter du réchauffement climatique et de ses origines actuelles,
26:10 mais plutôt d'apporter un éclairage sur ce qui est à notre sens un angle mort
26:14 de beaucoup d'études d'impact environnementaux, qui est celui de l'impact sur la biodiversité.
26:19 Je me permets juste de rappeler en quelques mots ce que c'est que la biodiversité.
26:23 C'est une diversité biologique, donc la diversité du vivant, qui a plusieurs composantes,
26:29 les milieux, les espèces et la diversité des espèces, donc leur diversité génétique,
26:35 et l'ensemble des relations entre ces trois niveaux.
26:39 On parle de tissu vivant de la planète, avec l'idée que si on tire une maille,
26:43 il ne se passe pas forcément grand-chose, mais si on en tire deux, trois, quatre, cinq,
26:47 c'est tout le tissu qui se défait.
26:49 Et aujourd'hui, on tire sur beaucoup de mailles en même temps,
26:51 et c'est sur ce sur quoi nous alertent des scientifiques.
26:55 Tout le monde a entendu parler du GIEC, beaucoup moins de l'IPBES,
26:59 qui est l'équivalent du GIEC pour la biodiversité.
27:02 Et ensemble, ces scientifiques nous alertent sur le fait que ces deux enjeux sont à traiter ensemble.
27:07 Donc l'idée de l'étude ici, c'était d'amener dans le débat la matérialité de l'empreinte écologique
27:13 de la donnée sur le vivant, en complément de la mesure gaz à effet de serre.
27:19 Certains outils des analyses de cycles de vie, alors très peu, concernent les ressources naturelles abiotiques,
27:25 donc non vivantes, et déduisent des impacts sur les écosystèmes.
27:29 Nous, on n'a pas identifié de critères qui permettent de prendre en compte le vivant en tant que tel.
27:34 Or, on dépend des cycles du vivant, des milieux naturels, des espèces sauvages,
27:38 au moins autant que dans le climat vivable.
27:41 Et d'ailleurs, les sols, les espèces et le climat ont des rétroactions l'un avec l'autre.
27:46 Et on a tendance à l'oublier, donc c'est partie de ce système du vivant.
27:50 La dégradation, elle est multifactorielle, et l'idée, c'est évidemment pas de tirer à boulet rouge sur le numérique,
27:55 mais il y a clairement des efforts à faire dans tous les secteurs.
27:59 Et le numérique et la donnée ne font pas exception,
28:02 surtout avec l'ampleur qu'il est amené à prendre dans les années et les décennies à venir.
28:07 Vanessa Kouroudji, merci beaucoup. Juriste environnement, membre du Cercle de la Donnée, c'était Smartech.
28:11 Merci à tous de nous suivre régulièrement sur Bsmart, en podcast et sur les réseaux sociaux aussi et en replay.
28:17 [Musique]
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