00:06L'invité de ce Smart Impact c'est Antoine Loredot, bonjour, bienvenue, vous êtes le
00:11cofondateur de Kipli, vous l'ai créé il y a huit ans avec Davide Balota, c'est une
00:15marque française de litterie, de mobilier durable, je veux bien que vous nous présentiez Kipli
00:19en quelques mots.
00:20Oui, alors à la base c'est une histoire familiale du côté de mon associé, donc lui
00:24qui est italien, son oncle avait une usine de matelas en latex naturel en Italie, dans
00:29les années 90 il travaillait pour Pirelli qu'on connaît plus pour les pneus mais qui
00:34fait aussi des matelas en latex synthétique, il voyait l'impact que ça avait sur les
00:39émissions, sur la planète et donc il a créé sa propre usine dans les années 90 et donc
00:45Davide a voulu un peu poursuivre cet héritage avec Kipli, donc on a créé Kipli il y a à
00:51peu près huit ans maintenant et donc la base c'est vraiment le sommeil c'est la base de
00:56notre bien-être et souvent on le met un peu trop de côté, il y a une étude en 2024
01:01qui est sortie, qui a été faite pendant 4 ans et demi sur 7000 personnes qui montre
01:05l'impact physique sur les maladies et aussi mental sur la dépression, anxiété et aujourd'hui
01:10on en prend peu soin, on dort de moins en moins et la qualité de la litterie est primordiale.
01:15Il faut changer son matelas souvent, question super de curieux et d'utilisateur en quelque sorte.
01:21Ça dépend de la qualité du matelas, un matelas synthétique va durer entre 7 et 8 ans,
01:25un matelas en latex naturel peut durer entre 15 et 20 ans, ça dépend de la qualité et c'est
01:30se ressentir,
01:31est-ce qu'on ressent que le matelas nous tient moins bien, qu'on dort moins bien quand on est
01:35chez soi,
01:35c'est plutôt à ce moment-là.
01:36Donc vous créez ensemble cette entreprise à huit ans, comment vous avez voulu vous distinguer peut-être du secteur,
01:41des acteurs traditionnels de la litterie ?
01:44En particulier sur leur composition, donc nous on a banni tous les plastiques,
01:48aujourd'hui plus de 90% des matelas sont dérivés du pétrole, donc de plastique,
01:52ils peuvent émettre des composés chimiques qui ne vieillissent pas très bien et la durée de vie c'est 7
01:57à 8 ans.
01:58Donc nous on utilise le latex naturel et le coton biologique qui donnent un matelas qui est sain,
02:03hyper respirant parce qu'on a aussi besoin de ne pas trop transpirer la nuit
02:08et qui est vraiment un confort régénérateur sur la durée, avec une durée de vie de 15 à 20 ans.
02:14Donc latex naturel, coton bio, comment vous sourcez ces matériaux ?
02:19Ils viennent d'où ? Est-ce que c'est si simple de faire de la litterie 100% naturelle
02:24?
02:24Ce n'est pas simple, ça c'est un peu le problème, c'est que malheureusement on n'a pas
02:28de latex naturel d'EVA en Europe,
02:31on source principalement dans une coopérative au Sri Lanka, on est sûr de la qualité,
02:37ils regroupent tous les petits producteurs, et ensuite le coton biologique, ça dépend,
02:42ça peut venir de Turquie, d'Inde, c'est toujours, malheureusement on a peu de production.
02:46Vous êtes un secteur où il n'y a pas vraiment d'alternative à faire venir la matière naturelle de
02:52loin, c'est ça ?
02:53Non, alors on utilise quand même du lin dans le garnissage sur certains de nos matelas,
02:56mais dans la housse, ce n'est pas suffisamment résistant, donc on peut utiliser du lin sur notre linge de
03:01lit,
03:01du lin français et belge, puisqu'on est des gros producteurs,
03:04mais après c'est vrai que sur les tissus, on utilise quand même du tinsel pour compenser le coton biologique,
03:10qui vient du bois, principalement d'Autriche, mais voilà, c'est un peu...
03:15Est-ce que vous avez fait votre audit carbone, votre bilan carbone,
03:20pour savoir quel était le levier peut-être le plus efficace pour faire baisser justement vos émissions de gaz à
03:28effet de serre ?
03:28On l'a fait quasiment au tout début, puisqu'on est accompagné par un fonds à impact,
03:32donc on a un business plan, on va dire, extra-financier, qui nous permet de travailler bien sur ces enjeux.
03:37Et en fait, sur un matelas naturel VS synthétique, sur la durée de vie, c'est à peu près deux
03:42fois moins d'émissions.
03:43D'accord, donc d'où le choix de ces matériaux naturels.
03:45Alors je voudrais qu'on prenne quelques minutes, un peu de temps, pour parler du coton,
03:49parce que je me suis posé tout simplement la question, le coton et l'eau,
03:54parce que j'avais dans un coin de ma tête l'idée que peut-être la fabrication de coton était
03:59consommatrice d'eau.
04:02Alors j'ai trouvé plein de chiffres différents,
04:04parce que le chiffre qui ressort le plus souvent, c'est 10 000 litres d'eau en moyenne pour produire
04:09un kilo de coton.
04:09Alors évidemment, ça doit dépendre des méthodes, etc.
04:15Quand on fait du coton bio, est-ce qu'ils consomment forcément moins d'eau,
04:19ou est-ce que ce n'est pas ça qu'ils auront bio ? Vous voyez l'objectif de ma
04:21question ?
04:22Il n'y a pas que ça, mais la plupart du temps, c'est que l'irrigation est interdite dans
04:26le coton biologique,
04:27donc il réduit drastiquement l'impact, puis c'est surtout l'irrigation du coton qui génère le besoin en eau.
04:34Et après, c'est plutôt l'utilisation de pétrochimie, d'intrants, d'intrants, d'intrins, etc.
04:39Et c'est une question que vous abordez avec vos fournisseurs, ça ?
04:45Comment réduire la quantité d'eau utilisée ?
04:50Alors malheureusement, c'est assez compliqué d'impacter vraiment les producteurs.
04:55Déjà, quand on achète du coton bio, on fait déjà ce geste-là,
05:00et on fait attention à quelle certification.
05:02Donc c'est plutôt des cabinets d'audit qui viennent certifier le coton,
05:05que ce soit éco-cert ou goth.
05:08Effectivement, donc on est dans cette logique-là.
05:11Alors, on a compris le sourcing.
05:13Maintenant, vos lits, vos matelas, puis il y a du mobilier aussi, ils sont fabriqués où ?
05:18Alors, surtout en Italie, puisque l'histoire familiale...
05:20Puisque l'histoire familiale fait que ça part d'Italie.
05:22Depuis, l'oncle malheureusement est décédé, mais ça a été repris par un de ses anciens partenaires,
05:26donc dans la région de Turin, donc là où on est depuis toujours sur les matelas.
05:31Et on est en train de travailler pour avoir peut-être une chaîne, un entrepôt et un atelier d'assemblage
05:37dans la région parisienne,
05:38puisque la France reste à 85% de notre marché et 40% en Ile-de-France.
05:43Alors, ça pourrait prendre quelle forme ?
05:45Un atelier ou une plateforme logistique en France ? C'est quoi l'idée ?
05:49Regroupés, aujourd'hui, on a plus de 1000 palettes,
05:51donc c'est quand même un stock conséquent entre les matelas, les lits, les canapés.
05:56C'est un peu notre cœur de gamme.
05:59Et avec un lieu où on fait l'assemblage des matelas,
06:02donc on reçoit le latex naturel, on fait la housse, et on assemble sur place.
06:07Parce que je reviens à votre bilan carbone,
06:09donc il y a évidemment le sourcing des matériaux.
06:12Après, sur quoi vous pouvez agir ?
06:14Les emballages peut-être ? La logistique, j'imagine ?
06:17Tout à fait, les emballages.
06:18Nous, on avait fait le choix dès le début de faire un sac de jute sur notre matelas principal,
06:23qui est moins émissif, qu'on peut réutiliser à la fin, et qui est hyper protecteur.
06:28Parce que c'est aussi, si dans le trajet, on perd le matelas parce qu'il est abîmé,
06:31c'est pas top en termes d'émission non plus.
06:35Et ensuite, toujours essayer d'améliorer quand même la part, par exemple, de tinsel dans le tissu
06:41pour réduire les émissions et le coton biologique.
06:44Et sur l'aspect logistique, alors ?
06:46Et sur l'aspect logistique, on va dire que c'est plutôt sur la partie transport
06:51que l'on peut vraiment agir.
06:53Nous, en étant proche d'Ile-de-France, du coup, on réduit les échanges et le transport.
06:59Et aussi, en regroupant toute notre...
07:01Aujourd'hui, on a deux lieux,
07:02qui permettent des fois, on doit envoyer en deux fois une commande,
07:05petit colis, grand colis.
07:07Donc voilà, en regrouper, c'est aussi un geste.
07:09Est-ce que c'est un argument de vente, ou pas ?
07:13Il faut peut-être regarder la réalité des consommateurs en face.
07:18Je ne suis pas sûr que quand on rentre dans un magasin de literie,
07:21ce soit le premier argument.
07:23Non, je pense qu'on le fait surtout pour nous.
07:26Et ensuite, je pense qu'il y a quand même des clients qui font attention à ça.
07:30Après, arriver à éduquer le client pour aller dans le petit détail
07:34de ce qu'on fait bien, c'est compliqué.
07:37Déjà, c'est compliqué d'expliquer qu'est-ce que c'est un matelas naturel
07:40qu'un matelas synthétique, les gens ne savent pas.
07:42Donc déjà, on a quand même ce gros travail d'éducation à faire.
07:45Et ensuite, on essaie de faire ce travail, nous, pour nous améliorer en permanence.
07:48C'est-à-dire que le fait qu'il soit naturel,
07:51vous allez plutôt, dans la commercialisation, dans la relation avec le client,
07:56mettre en avant la durée d'usage, qui est plus importante.
08:00C'est ce que vous nous disiez tout à l'heure.
08:02Peut-être l'effet sur le bon sommeil, la santé.
08:05La durabilité, c'est ça, c'est là-dessus que vous insistez.
08:09La durabilité environnementale, elle vient avec.
08:13Exactement. Elle est là. Nous, on le fait.
08:15C'est presque plus une réassurance qu'un acte premier,
08:17parce que quand on achète un matelas, on veut quand même bien dormir.
08:20C'est ce qu'on comprend.
08:21Et ensuite, nous, on le fait mieux,
08:23et on montre les avantages du naturel face au synthétique,
08:25pour un meilleur sommeil.
08:27Alors, vous reversez, je crois, une partie de vos bénéfices,
08:31justement, dans cette logique de protection de la planète.
08:33Alors, à qui et pourquoi ?
08:35Alors, au début, on avait commencé à aller 1% pour la planète,
08:38qui permettait d'aiguiller sur certaines associations.
08:40Après, on s'est libéré de ça pour pouvoir aller un peu tout,
08:43un peu plus large.
08:44Et donc, c'est assez large.
08:46Ça peut être du WWF, sur des associations un peu plus connues.
08:49Ça peut être du Boom Forest, qui crée des forêts,
08:53avec une méthode japonaise à Paris, par exemple, autour du périphérique.
08:57qui pousse très vite et très condensé,
08:59pour faire des puits de carbone.
09:00Et après, des plus petites associations, plutôt françaises,
09:04donc plutôt protection de la forêt.
09:06Et aussi, on peut donner à des dons solidaires, par exemple,
09:09pour aider à héberger des personnes en situation de détresse.
09:12Comment vous avez choisi les causes que vous décidez de soutenir ?
09:16On a fait des questionnaires, à un moment, avec des clients,
09:19où on proposait plusieurs associations.
09:22On l'a fait aussi en interne, à l'époque, avec l'équipe.
09:25Donc, on a plutôt choisi comme ça.
09:27Et éventuellement, avec des personnes qu'on connaissait
09:29et qui portaient ces projets.
09:31Merci beaucoup, Antoine Loredot.
09:33Bon vent à Kipli.
09:34À bientôt sur Bismarck for Change.
09:36On passe tout de suite à notre débat.
09:38L'impact énergétique du secteur du numérique.
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