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  • il y a 40 minutes
Ce mercredi 20 mai, l'inquiétude face à la hausse des taux américains a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Hausse des taux, est-ce que c'est un pétard mouillé, une bombe en train d'exploser, un débat entre
00:03Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre ?
00:06Vous êtes plutôt du côté des gens qui s'inquiètent ce matin, Emmanuel ?
00:10Oui, parce que quand même, quand on regarde les taux américains, on est sur des niveaux qu'on n'avait
00:14pas vus depuis 2007,
00:17donc on ne peut pas dire que c'est un niveau qui soit complètement anodin.
00:22Et puis moi, ce qui m'inquiète, c'est que cette hausse de taux, ce n'est pas tellement qu
00:25'elle risque de déclencher demain une déflagration financière,
00:30c'est quand même qu'elle accélère finalement l'entrée dans un nouveau régime qui est un régime qui est
00:37plus inflationniste.
00:38On crante finalement l'entrée dans un nouveau monde.
00:42On voit que le pétrole, il est parti pour rester cher pendant longtemps.
00:46On rentre quand même, quoi qu'on en dise, dans un régime de stagflation face auquel les banques centrales sont
00:52finalement assez démunies.
00:54Si elles augmentent les taux, elles cassent la croissance.
00:57Si elles ne les augmentent pas, elles ancrent des anticipations d'inflation élevées.
01:01Tout ça, encore une fois, dans un monde où les effets de levier sont considérables,
01:05puisque jamais l'endettement n'a été aussi élevé.
01:08On est à 330-340% du PIB mondial.
01:11Ça vaut pour les États, ça vaut pour les particuliers, les entreprises.
01:17Tout ça dans un monde où on va avoir de moins en moins d'épargne,
01:22notamment avec le vieillissement de la population.
01:24Je suis retourné voir quand même ces débats autour de si la population vieillit,
01:29est-ce que ça signifie moins d'épargne ?
01:31Parce qu'évidemment, cette population vieille, elle désépargne.
01:33Et est-ce que ça veut dire des taux d'intérêt plus élevés ?
01:36En fait, il y a une subtilité.
01:37C'est que le lien entre la démographie et l'inflation, il est assez simple.
01:42Plus vous avez dans un pays une population en âge de travailler nombreuse,
01:48moins vous avez d'inflation.
01:49Plus vous avez des populations qui ne travaillent pas,
01:52c'est-à-dire soit des très jeunes, soit des très vieux,
01:55là vous avez plus d'inflation.
01:56C'est des travaux du FMI, on l'a vu notamment par exemple aux États-Unis,
02:00où dans la période où les baby-boomers étaient jeunes,
02:04ça a fait 5 à 6 points d'inflation supplémentaire.
02:06Dans la période où ils ont été sur le marché du travail,
02:08ça a fait moins d'inflation.
02:10Donc tout ça risque de nous faire plus d'inflation
02:11avec des besoins de financement absolument considérables.
02:14Donc moi j'ai peur qu'on rentre, qu'on crante l'entrée
02:16dans un monde d'épargne plus rare et de besoins surabondants.
02:20Je ne vous refais pas la liste, rien que pour la France,
02:22des centaines de milliards dont on a besoin pour tout,
02:26transition écologique, transition énergétique, réarmement, vieillissement, etc.
02:28Jean-Marc, vous dites pétard mouillé.
02:30Ah oui, c'est totalement un pétard mouillé.
02:31D'ailleurs, vous reprenez ce qui se passait il y a 10 ans par exemple,
02:34on a référé il y a 10 ans, 2016, le taux d'intérêt,
02:39on se pose la question, est-ce qu'il va y avoir durablement
02:42des taux d'intérêt négatifs ?
02:43Le taux d'intérêt sur la dette publique française est à 0,1%.
02:46En Europe, le plus élevé, c'est déjà le Royaume-Uni, 0,6%.
02:50Et on nous explique qu'il y a énormément d'épargne,
02:53c'est pour ça que les taux d'intérêt sont très bas.
02:54On rentre dans une période où il va y avoir,
02:56contrairement à ce que vient de dire Emmanuel, énormément d'épargne.
03:00Et donc, l'équilibre entre l'épargne et l'investissement
03:02va se traduire par la baisse des taux d'intérêt,
03:05puisque le taux d'intérêt, c'est le prix de cet équilibre.
03:0710 ans après, on nous dit,
03:08ah non, on va manquer l'épargne, c'est dramatique,
03:10les taux d'intérêt sont en train de...
03:11Qu'est-ce qui s'est passé ?
03:13Rien de particulier, si ce n'est que les politiques monétaires ont changé.
03:16Ce qui a véritablement modifié le rapport
03:19à l'évolution des taux d'intérêt,
03:21c'est l'intervention systématique,
03:22mais dans les banques centrales,
03:23dans la détermination de ces taux d'intérêt.
03:25Pourquoi 2007 ? C'est une année clé ?
03:29La politique monétaire se durcit, ce qui va conduire
03:31à l'accusation qui va être portée par la suite sur Greenspan
03:34d'avoir été par la politique monétaire qui est menée
03:36à l'origine de la crise de 2008-2009.
03:39Vous regardez les travaux qu'il y a en ce moment
03:41sur le bilan des années 80,
03:42il est bien dit que c'est des banques centrales
03:44et notamment la réserve fédérale
03:45qui ont provoqué la crise de la dette,
03:47notamment la crise de la dette du tiers-monde,
03:49en faisant monter artificiellement les taux d'intérêt
03:51et en provoquant effectivement
03:53un déficit budgétaire américain colossal
03:55et la mise d'une soixantaine de pays en tutelle du FMI.
03:57Donc tout va bien ?
03:58Jusqu'à ce que les banques centrales augmentent les taux.
04:01Or, qu'est-ce que nous raconte le nouveau gouverneur de la banque centrale ?
04:04Qui va augmenter les taux.
04:05Parce qu'il fait très attention.
04:06Ah, il dit quand même qu'on fait très attention.
04:08Il fait très attention, mais il dit
04:10je respecterai mon mandat.
04:11Et dans son discours, il a dit
04:12je rappelle que mon mandat, c'est l'inflation,
04:15mais c'est aussi le plein emploi
04:17et c'est aussi un niveau de taux d'intérêt
04:18compatible avec la croissance potentielle
04:20de l'économie américaine.
04:22Et donc, on ne sait pas très bien ce qu'il va faire.
04:24D'ailleurs, il y a des gens qui vous expliquent
04:26que les taux montent parce que les gens se disent
04:27j'anticipe une baisse future de taux.
04:29Donc, je prends des taux d'intérêt assez élevés en ce moment
04:32parce que ça dure 10 ans.
04:34Et donc, je les prends tout de suite
04:35parce que dans 2-3 mois, je ne sais pas ce qui va se passer.
04:38Alors, je pense qu'il y a deux éléments pour conclure.
04:41Le premier élément, si vous regardez,
04:42est-ce qu'en ce moment,
04:43les trésors ont du mal pour se financer ?
04:45Le trésor public français s'est financé le 7.
04:48Donc, il se finance toujours le 1er et le 3e jeudi du mois.
04:52Et donc, il a levé 14 milliards
04:54et il avait des offres de 28 milliards.
04:56Sur les émissions américaines,
04:58on a vu des émissions moins souscrites qu'avant.
05:00Toujours sursouscrites, mais moins.
05:02Moins souscrites parce qu'il y a un certain nombre,
05:04notamment de placeurs, d'investisseurs japonais
05:08qui sont en train justement de se retirer de ce marché.
05:12Mais si vous regardez donc,
05:13et le taux d'intérêt était le taux de 3,6%.
05:16Donc, c'était un taux d'intérêt qui était à peu près
05:19celui qui avait été envisagé.
05:20Donc, il n'y a pas immédiatement d'angoisse
05:23sur la façon dont les trésors vont se financer.
05:25Et la deuxième remarque,
05:27c'est la réflexion qui avait été faite ici même, je crois,
05:29par François Villeroy de Gallo qui avait dit
05:31« Écoutez, sur l'évolution des taux d'intérêt,
05:34il me manque dans mes compétences deux éléments.
05:36Je ne suis pas expert militaire.
05:37Donc, je ne sais pas comment ça va se terminer.
05:40Et je ne suis pas psychologue.
05:42Donc, je ne comprends pas la politique intérieure des États-Unis.
05:45Et donc, je pense que ce sont deux éléments
05:46qui font qu'assez vite,
05:49on va retrouver la tendance de long terme.
05:51Pour conclure sur cette tendance de long terme,
05:53sur l'inflation et tout ça,
05:55je rappelle qu'en ce moment,
05:56le salaire mondial baisse.
05:58Donc, il n'y a pas d'inflation ?
06:00Il n'y a pas d'inflation.
06:01En 2016, d'abord, c'est pas du tout le même monde qu'aujourd'hui.
06:06Deux, encore une fois,
06:09moi, je crains qu'on crante l'entrée dans un nouveau monde.
06:14Jean-Marc ne peut pas nous dire la semaine dernière
06:16que les États-Unis sont un pays du tiers-monde hyper-endetté
06:19et ne pas considérer que ce qui est encore la première puissance mondiale
06:23sur tous les plans,
06:25ça ne soit pas grave,
06:26cette situation financière des États-Unis.
06:28Jean-Marc le dit.
06:29Les Japonais, c'est les maîtres du jeu.
06:31Pourquoi ? Parce qu'ils ont l'épargne.
06:32Cette épargne, on ne peut pas nier qu'elle va se raréfier.
06:35Il va y avoir de moins en moins d'épargne
06:37parce que les vieux vont liquider leur épargne
06:40pour payer leur retraite
06:41et que la population qui va travailler
06:44au regard de la population totale
06:46et qui crée la richesse
06:47va être moins nombreuse.
06:49Ça, on ne peut pas le changer.
06:50Le fait qu'on va avoir dans le monde entier
06:52des besoins colossaux d'investissement,
06:55des investissements qui ne seront pas forcément rentables
06:57d'ailleurs dans un premier temps
06:58sur la transition énergétique.
06:59Encore une fois, reprenez la France.
07:01À chaque fois, c'est des tickets de 100 milliards.
07:03C'est simple.
07:05Le vieillissement, c'est 100 milliards.
07:06La transition écologique, c'est 100 milliards.
07:08Mais ça, Jean-Marc, il ne dit pas le contraire.
07:09La rénovation.
07:09Oui, mais je veux dire, il y a un moment
07:11où quand vous allez avoir moins d'épargne
07:14et des besoins d'investissement considérables,
07:16Jean-Marc ne peut pas dire
07:16que ça n'aura pas d'effet sur les taux d'intérêt,
07:18que ces taux d'intérêt vont être plus élevés.
07:20Jean-Marc, dernier mot.
07:21Juste un dernier mot.
07:22Par rapport à tout le raisonnement d'Emmanuel
07:23que je pourrais en partie partager,
07:25il y a une chose sur laquelle je ne suis pas du tout d'accord.
07:27C'est surtout dans l'évolution de la quantité de main-d'oeuvre.
07:31Encore une fois, la Banque mondiale dit
07:32qu'il va y avoir 1,3 milliard de personnes
07:34qui vont rentrer sur le marché du travail
07:36dans des pays qui ont été capables de créer
07:38sur les dix dernières années,
07:39donc c'est de dix ans à dix ans,
07:40880 millions d'emplois.
07:41Il y a une pression à la baisse sur le salaire
07:44par l'augmentation de la main-d'oeuvre
07:45et de la population active mondiale qui est colossale.
07:48Et donc on va plutôt vers une situation
07:50où il y aura déflation,
07:52baisse des taux d'intérêt
07:53et effectivement réorientation de l'épargne.
07:55Sauf que la déflation, Jean-Marc, n'efface pas la dette.
07:57C'est bien son drame.
07:59Relisez les travaux d'Irving Fischer,
08:021933, dans la revue Econometrica,
08:04Theory of Debt, Deflation.
08:06Si vous n'avez pas d'inflation dans un monde très endetté,
08:09c'est la ruine.
08:10Petit coup libéré de l'écho avant de partir.
08:11Il va falloir que les États réagissent à la déflation.
08:15Merci à tous les deux.
08:16Comme quoi on finit d'accord.
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