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  • il y a 8 minutes
Ce mercredi 18 mars, la question de la réouverture du budget vu le contexte économique actuel, a été abordée par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00C'est Jean-Marc Daniel qui fait face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui avec une question qui va vous faire
00:05mal aux oreilles,
00:06qui ne fait pas forcément plaisir. Est-ce qu'il faut commencer à réfléchir, à rouvrir le budget ?
00:12Ah c'est horrible !
00:13Oh malheureuse !
00:14Je suis désolée !
00:15N'y pensez même pas !
00:16Mais oui mais toutes les hypothèses économiques ont changé, alors est-ce qu'il faut rouvrir le budget ?
00:20Justement, ce serait pire que tout, ça serait pire que tout.
00:22Parce que honnêtement, si vous rouvrez la discussion budgétaire aujourd'hui,
00:26dans un contexte effectivement de croissance plus faible, de pouvoir d'achat amoindri,
00:31qu'est-ce qui va se passer ?
00:32Ça va déboucher forcément sur des pressions de dépenses supplémentaires.
00:37Ah c'est sûr !
00:38Bah oui, puisque en plus quand vous avez une assemblée aussi fragmentée sans majorité,
00:42en général, le seul plus petit dénominateur commun sur lequel tout le monde comprend,
00:46c'est de dépenser davantage.
00:49Donc dépenser davantage, c'est pas une bonne idée.
00:52Deux, si vous avez des déficits publics plus élevés que prévus,
00:55qu'est-ce qui va se passer ?
00:56Vous aurez une Banque Centrale Européenne qui baissera les taux sans doute moins que prévus,
01:00alors que ce dont on a besoin, c'est de taux plus bas et de discipline budgétaire.
01:04Donc mauvais réglage de la politique économique.
01:08Vous rajoutez de l'incertitude et de l'instabilité à l'instabilité et à l'incertitude.
01:13Rappelez-vous l'État dans lequel étaient les chefs d'entreprise
01:15quand on ne savait pas à quelle sauce on allait être mangé, etc.
01:18Donc vous rajoutez, encore une fois, des doutes.
01:22Et puis surtout, qu'est-ce qui nous dit que ce choc ne va pas être temporaire ?
01:26Or, vous allez discuter, vous allez épuiser une énergie politique terrible à discuter de mesures
01:32qui, comme toutes les mesures, risquent d'être promises temporaires, mais en vérité durables,
01:37alors que ce choc n'est peut-être que temporaire.
01:38– Oui, mais il y a une réunion par jour à Bercy de gens qui demandent des aides.
01:42– Justement, c'est surtout la meilleure façon de ne pas…
01:45C'est la digue, si vous voulez, qu'il ne faut pas surtout…
01:49– Heureusement qu'on ne peut pas ouvrir le budget, ça nous sauve.
01:52– C'est surtout que le vrai budget et le vrai enjeu, c'est le budget de 2027.
01:55Si vous arrivez totalement épuisé pour la négociation du budget de 2027,
02:00ça va être une catastrophe, donc non, on ne touche à rien.
02:02– Jean-Marc ?
02:03– Non, je ne suis pas du tout d'accord avec ça pour trois raisons.
02:05La première raison, je pense que sur le plan strictement politique,
02:07les élections municipales sont passées,
02:10donc les enjeux politiques de court terme de nos dirigeants
02:13et de nos responsables politiques ne sont plus à l'ordre du jour.
02:16Et l'enjeu, c'est 2027, et donc le budget de 2027 n'a aucun intérêt,
02:20puisque de toute façon, dès que le président de la République aura été élu,
02:24on reprend tout à zéro.
02:25Donc celui de 2027, il va être passé comme une lettre à la poste.
02:28– Pas la peine de discuter.
02:29– Personne ne discutera, tout le monde ira « bon, on se débarrasse de ça, très très vite ».
02:32La deuxième raison, c'est que je pense qu'effectivement,
02:34on est dans une situation où il y a une espèce de défilé permanent des demandeurs,
02:39et donc c'est une occasion de mettre les choses au clair,
02:42et en particulier de rappeler que les stabilisateurs automatiques,
02:47c'est-à-dire la capacité qu'ont spontanément le budget,
02:50qu'ont spontanément les finances publiques,
02:51de répondre à une situation de crise,
02:52ne sont pas assez développées dans ce pays.
02:54et donc c'est une occasion effectivement de discuter et de remettre à plat
02:57une partie de la fiscalité, notamment des entreprises.
03:00Les impôts de production sur lesquels on nous fait des promesses régulièrement
03:04ont encore augmenté en collecte effective.
03:06C'est-à-dire, on n'arrête pas de dire qu'on va les baisser,
03:08mais on arrive de nouveau maintenant à 90 milliards de recettes,
03:11alors que concrètement, quand on avait fait le rapport,
03:13qu'il y avait dénoncé ces impôts de production,
03:15il y a un peu plus de 5-6 ans,
03:17on était à 78 milliards.
03:18Et donc, il y a un véritable problème.
03:21Donc, c'est une occasion de mettre sur la table cette difficulté,
03:24sachant que c'est les entreprises qui peuvent soutenir la croissance,
03:28c'est les entreprises qui peuvent répondre aux besoins...
03:30Et pas de la subvention, de la baisse d'impôts.
03:31Et pas de la baisse d'impôts et de la baisse d'impôts sur ces impôts de production.
03:34Donc, tout le monde est à peu près d'accord pour dire
03:36qu'ils sont à la fois aberrants et pénalisants.
03:38Et puis, la troisième raison, c'est qu'on a parlé de l'Europe.
03:42L'Europe, normalement, applique les traités.
03:44Alors, je dis normalement concernant la BCE,
03:46parce que, quand même, les interprétations des traités,
03:48notamment du traité de Maastricht,
03:50ont été quand même, dans la période du quantitative easing,
03:53un peu tordues.
03:54Mais, quand on regarde les traités,
03:56l'acceptation d'un déficit, c'est un déficit conjoncturel.
03:59Ce que condamne l'Europe, c'est les déficits structurels.
04:02Mais un déficit conjoncturel, une réponse dans une période difficile,
04:05par une augmentation...
04:07Ça, ça va.
04:07Et donc, effectivement, c'est aussi une occasion de dire à l'Europe,
04:10on va faire du déficit conjoncturel,
04:12mais simultanément, on va préparer
04:14la réduction du déficit structurel,
04:16qui est, en France, le plus important.
04:18Donc, il faut aussi clarifier,
04:20au travers de ce qui se passe,
04:21notre position vis-à-vis des Européens,
04:23en disant, on a compris que le problème,
04:25c'était notre déficit structurel,
04:26laissez-nous vivre avec un peu de déficit conjoncturel,
04:29et on va prendre des mesures.
04:30Pas facile, quand même, de faire la liste
04:31entre ce qui est structurel et conjoncturel.
04:33Ah, mais c'est tout un des débats, c'est tout un des débats.
04:35Il y a tout un tas de gens là, à Bruxelles,
04:37dont le travail est de faire le tri entre les deux,
04:39et Bercy est en négociation permanente avec Bruxelles,
04:43mais normalement, on arrive à...
04:44Alors, c'est pas au centime près,
04:46c'est pas à l'euro près qu'on arrive à dire,
04:48ça, c'est du conjoncturel, ça, c'est du structurel,
04:50mais on arrive à des choses qui sont à peu près acceptables.
04:53Et donc, je pense que...
04:55Je rappelle quand même qu'en 2008-2009,
04:58on avait fait un effort de déficit de 1,4% du PIB
05:01qui avait été tourné vers les entreprises.
05:03Et tout le monde dit, ça avait amélioré la situation,
05:05pas de façon d'ailleurs immédiate,
05:07parce que les entreprises avaient surtout fait de la trésorerie,
05:10mais ça leur avait permis d'éviter de disparaître.
05:12Le véritable enjeu dans des situations comme ça,
05:14c'est de préserver le tissu productif.
05:16Emmanuel ?
05:17Je trouve que Jean-Marc fait une lecture optimiste,
05:21sinon naïve, de la situation politique.
05:23C'est-à-dire que croire que les baisses d'impôts
05:25auxquels on n'est pas parvenus dans des contextes politiques...
05:29On va pouvoir les faire quand c'est plus serré encore.
05:31On va pouvoir les faire en pleine ébullition,
05:33un an avant la présidentielle,
05:34dans un contexte géopolitique complètement bouleversé.
05:37J'avoue que je ne vois pas,
05:39surtout que les pressions sont plus aux hausses de dépenses
05:42et aux hausses d'impôts qu'aux baisses d'impôts.
05:44Et puis alors après, je ne partage pas non plus
05:46la lecture que Jean-Marc fait du budget de 2027,
05:49parce qu'il y a une autre lecture,
05:51plutôt que de dire que c'est un budget inutile,
05:52qui ne sert à rien, etc.
05:53L'autre risque inverse, c'est quoi ?
05:56C'est que vous ayez au contraire,
05:57avant l'élection présidentielle,
05:59des partis qui veulent montrer leurs muscles,
06:01qui disent qu'ils ne vont céder sur rien,
06:03qu'aucune concession ne soit possible,
06:05et qu'on finisse jusqu'à mai 2027
06:08avec une loi spéciale.
06:10Alors je peux vous dire que déjà,
06:11quand vous écoutez et que vous discutez
06:13avec les administrations qui vous disent
06:14rien qu'un mois de loi spéciale,
06:16comment ça bouche les tuyaux,
06:18comment ça grippe la mécanique de l'État,
06:20si on fait six mois de loi spéciale,
06:22ça va être un enfer absolu.
06:24Donc non, et puis 2008-2009,
06:26Jean-Marc a tout à fait raison,
06:27sauf que 2008-2009,
06:29on est un an après l'élection de Sarkozy,
06:30on est au début d'un mandat,
06:32il y a encore une majorité politique
06:33qui permet de faire des choses.
06:35Là, moi je pense que le contexte politique
06:38fait que ce serait vraiment jouer avec le feu
06:41que de rediscuter du budget de 2027.
06:43– Juste une remarque à l'élection présidentielle,
06:45d'après la définition du général de Gaulle,
06:47c'est la rencontre entre un homme et un pays.
06:49Au Parlement, il y a des partis,
06:51et donc je pense que les deux exercices sont différents,
06:54entre l'homme et le pays,
06:55et entre les partis.
06:56– Merci à tous les deux,
06:57on se retrouve demain !
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