00:00C'est Jean-Marc Daniel qui fait face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui avec une question qui va vous faire
00:05mal aux oreilles,
00:06qui ne fait pas forcément plaisir. Est-ce qu'il faut commencer à réfléchir, à rouvrir le budget ?
00:12Ah c'est horrible !
00:13Oh malheureuse !
00:14Je suis désolée !
00:15N'y pensez même pas !
00:16Mais oui mais toutes les hypothèses économiques ont changé, alors est-ce qu'il faut rouvrir le budget ?
00:20Justement, ce serait pire que tout, ça serait pire que tout.
00:22Parce que honnêtement, si vous rouvrez la discussion budgétaire aujourd'hui,
00:26dans un contexte effectivement de croissance plus faible, de pouvoir d'achat amoindri,
00:31qu'est-ce qui va se passer ?
00:32Ça va déboucher forcément sur des pressions de dépenses supplémentaires.
00:37Ah c'est sûr !
00:38Bah oui, puisque en plus quand vous avez une assemblée aussi fragmentée sans majorité,
00:42en général, le seul plus petit dénominateur commun sur lequel tout le monde comprend,
00:46c'est de dépenser davantage.
00:49Donc dépenser davantage, c'est pas une bonne idée.
00:52Deux, si vous avez des déficits publics plus élevés que prévus,
00:55qu'est-ce qui va se passer ?
00:56Vous aurez une Banque Centrale Européenne qui baissera les taux sans doute moins que prévus,
01:00alors que ce dont on a besoin, c'est de taux plus bas et de discipline budgétaire.
01:04Donc mauvais réglage de la politique économique.
01:08Vous rajoutez de l'incertitude et de l'instabilité à l'instabilité et à l'incertitude.
01:13Rappelez-vous l'État dans lequel étaient les chefs d'entreprise
01:15quand on ne savait pas à quelle sauce on allait être mangé, etc.
01:18Donc vous rajoutez, encore une fois, des doutes.
01:22Et puis surtout, qu'est-ce qui nous dit que ce choc ne va pas être temporaire ?
01:26Or, vous allez discuter, vous allez épuiser une énergie politique terrible à discuter de mesures
01:32qui, comme toutes les mesures, risquent d'être promises temporaires, mais en vérité durables,
01:37alors que ce choc n'est peut-être que temporaire.
01:38– Oui, mais il y a une réunion par jour à Bercy de gens qui demandent des aides.
01:42– Justement, c'est surtout la meilleure façon de ne pas…
01:45C'est la digue, si vous voulez, qu'il ne faut pas surtout…
01:49– Heureusement qu'on ne peut pas ouvrir le budget, ça nous sauve.
01:52– C'est surtout que le vrai budget et le vrai enjeu, c'est le budget de 2027.
01:55Si vous arrivez totalement épuisé pour la négociation du budget de 2027,
02:00ça va être une catastrophe, donc non, on ne touche à rien.
02:02– Jean-Marc ?
02:03– Non, je ne suis pas du tout d'accord avec ça pour trois raisons.
02:05La première raison, je pense que sur le plan strictement politique,
02:07les élections municipales sont passées,
02:10donc les enjeux politiques de court terme de nos dirigeants
02:13et de nos responsables politiques ne sont plus à l'ordre du jour.
02:16Et l'enjeu, c'est 2027, et donc le budget de 2027 n'a aucun intérêt,
02:20puisque de toute façon, dès que le président de la République aura été élu,
02:24on reprend tout à zéro.
02:25Donc celui de 2027, il va être passé comme une lettre à la poste.
02:28– Pas la peine de discuter.
02:29– Personne ne discutera, tout le monde ira « bon, on se débarrasse de ça, très très vite ».
02:32La deuxième raison, c'est que je pense qu'effectivement,
02:34on est dans une situation où il y a une espèce de défilé permanent des demandeurs,
02:39et donc c'est une occasion de mettre les choses au clair,
02:42et en particulier de rappeler que les stabilisateurs automatiques,
02:47c'est-à-dire la capacité qu'ont spontanément le budget,
02:50qu'ont spontanément les finances publiques,
02:51de répondre à une situation de crise,
02:52ne sont pas assez développées dans ce pays.
02:54et donc c'est une occasion effectivement de discuter et de remettre à plat
02:57une partie de la fiscalité, notamment des entreprises.
03:00Les impôts de production sur lesquels on nous fait des promesses régulièrement
03:04ont encore augmenté en collecte effective.
03:06C'est-à-dire, on n'arrête pas de dire qu'on va les baisser,
03:08mais on arrive de nouveau maintenant à 90 milliards de recettes,
03:11alors que concrètement, quand on avait fait le rapport,
03:13qu'il y avait dénoncé ces impôts de production,
03:15il y a un peu plus de 5-6 ans,
03:17on était à 78 milliards.
03:18Et donc, il y a un véritable problème.
03:21Donc, c'est une occasion de mettre sur la table cette difficulté,
03:24sachant que c'est les entreprises qui peuvent soutenir la croissance,
03:28c'est les entreprises qui peuvent répondre aux besoins...
03:30Et pas de la subvention, de la baisse d'impôts.
03:31Et pas de la baisse d'impôts et de la baisse d'impôts sur ces impôts de production.
03:34Donc, tout le monde est à peu près d'accord pour dire
03:36qu'ils sont à la fois aberrants et pénalisants.
03:38Et puis, la troisième raison, c'est qu'on a parlé de l'Europe.
03:42L'Europe, normalement, applique les traités.
03:44Alors, je dis normalement concernant la BCE,
03:46parce que, quand même, les interprétations des traités,
03:48notamment du traité de Maastricht,
03:50ont été quand même, dans la période du quantitative easing,
03:53un peu tordues.
03:54Mais, quand on regarde les traités,
03:56l'acceptation d'un déficit, c'est un déficit conjoncturel.
03:59Ce que condamne l'Europe, c'est les déficits structurels.
04:02Mais un déficit conjoncturel, une réponse dans une période difficile,
04:05par une augmentation...
04:07Ça, ça va.
04:07Et donc, effectivement, c'est aussi une occasion de dire à l'Europe,
04:10on va faire du déficit conjoncturel,
04:12mais simultanément, on va préparer
04:14la réduction du déficit structurel,
04:16qui est, en France, le plus important.
04:18Donc, il faut aussi clarifier,
04:20au travers de ce qui se passe,
04:21notre position vis-à-vis des Européens,
04:23en disant, on a compris que le problème,
04:25c'était notre déficit structurel,
04:26laissez-nous vivre avec un peu de déficit conjoncturel,
04:29et on va prendre des mesures.
04:30Pas facile, quand même, de faire la liste
04:31entre ce qui est structurel et conjoncturel.
04:33Ah, mais c'est tout un des débats, c'est tout un des débats.
04:35Il y a tout un tas de gens là, à Bruxelles,
04:37dont le travail est de faire le tri entre les deux,
04:39et Bercy est en négociation permanente avec Bruxelles,
04:43mais normalement, on arrive à...
04:44Alors, c'est pas au centime près,
04:46c'est pas à l'euro près qu'on arrive à dire,
04:48ça, c'est du conjoncturel, ça, c'est du structurel,
04:50mais on arrive à des choses qui sont à peu près acceptables.
04:53Et donc, je pense que...
04:55Je rappelle quand même qu'en 2008-2009,
04:58on avait fait un effort de déficit de 1,4% du PIB
05:01qui avait été tourné vers les entreprises.
05:03Et tout le monde dit, ça avait amélioré la situation,
05:05pas de façon d'ailleurs immédiate,
05:07parce que les entreprises avaient surtout fait de la trésorerie,
05:10mais ça leur avait permis d'éviter de disparaître.
05:12Le véritable enjeu dans des situations comme ça,
05:14c'est de préserver le tissu productif.
05:16Emmanuel ?
05:17Je trouve que Jean-Marc fait une lecture optimiste,
05:21sinon naïve, de la situation politique.
05:23C'est-à-dire que croire que les baisses d'impôts
05:25auxquels on n'est pas parvenus dans des contextes politiques...
05:29On va pouvoir les faire quand c'est plus serré encore.
05:31On va pouvoir les faire en pleine ébullition,
05:33un an avant la présidentielle,
05:34dans un contexte géopolitique complètement bouleversé.
05:37J'avoue que je ne vois pas,
05:39surtout que les pressions sont plus aux hausses de dépenses
05:42et aux hausses d'impôts qu'aux baisses d'impôts.
05:44Et puis alors après, je ne partage pas non plus
05:46la lecture que Jean-Marc fait du budget de 2027,
05:49parce qu'il y a une autre lecture,
05:51plutôt que de dire que c'est un budget inutile,
05:52qui ne sert à rien, etc.
05:53L'autre risque inverse, c'est quoi ?
05:56C'est que vous ayez au contraire,
05:57avant l'élection présidentielle,
05:59des partis qui veulent montrer leurs muscles,
06:01qui disent qu'ils ne vont céder sur rien,
06:03qu'aucune concession ne soit possible,
06:05et qu'on finisse jusqu'à mai 2027
06:08avec une loi spéciale.
06:10Alors je peux vous dire que déjà,
06:11quand vous écoutez et que vous discutez
06:13avec les administrations qui vous disent
06:14rien qu'un mois de loi spéciale,
06:16comment ça bouche les tuyaux,
06:18comment ça grippe la mécanique de l'État,
06:20si on fait six mois de loi spéciale,
06:22ça va être un enfer absolu.
06:24Donc non, et puis 2008-2009,
06:26Jean-Marc a tout à fait raison,
06:27sauf que 2008-2009,
06:29on est un an après l'élection de Sarkozy,
06:30on est au début d'un mandat,
06:32il y a encore une majorité politique
06:33qui permet de faire des choses.
06:35Là, moi je pense que le contexte politique
06:38fait que ce serait vraiment jouer avec le feu
06:41que de rediscuter du budget de 2027.
06:43– Juste une remarque à l'élection présidentielle,
06:45d'après la définition du général de Gaulle,
06:47c'est la rencontre entre un homme et un pays.
06:49Au Parlement, il y a des partis,
06:51et donc je pense que les deux exercices sont différents,
06:54entre l'homme et le pays,
06:55et entre les partis.
06:56– Merci à tous les deux,
06:57on se retrouve demain !
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