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  • il y a 1 jour
Ce mercredi 6 mai, le bilan du gouvernement de Friedrich Merz, marqué par une croissance en berne et une économie stagnante en Allemagne, a été abordé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui, c'est Jean-Marc Daniel et c'est un anniversaire aujourd'hui.
00:03Ça fait un an que Friedrich Merz est à la tête de l'Allemagne.
00:07Quel est le bilan que vous en faites, Emmanuel Lechypre ?
00:09Un bilan de gouvernement, ça se dresse en fonction de deux critères.
00:16D'abord, la philosophie de ce gouvernement.
00:19Est-ce qu'il est de gauche ? Est-ce qu'il est de droite ?
00:21Est-ce que ses idées sont pertinentes ?
00:22Et puis surtout, ça se juge aussi par rapport à la situation
00:26que vous avez trouvée quand vous avez pris les rênes du pays
00:31et est-ce que la politique que vous enclenchez finalement est cohérente
00:36avec ce dont le pays a besoin ou est-ce que c'est priorité à votre philosophie
00:40et que finalement, tant pis pour le pays.
00:43Là, l'idée, c'est qu'on a un peu finalement deux intérêts qui se rencontrent
00:47et Friedrich Merz, il trouve un pays qui est quand même dans un état désastreux.
00:50C'est pas de sa faute.
00:51L'Allemagne est aujourd'hui dans un état désastreux.
00:54C'est-à-dire que c'est un pays qui était en quasi-stagnation,
00:57quasiment deux années de récession.
00:58C'est un pays qui aujourd'hui traîne des handicaps structurels considérables,
01:04sous investissement public chronique depuis 20 ans,
01:07des infrastructures pourries, deux heures de retard sur les trains,
01:13des ponts qui ferment, des entreprises...
01:16Oui, des entreprises qui ne sont plus capables de s'approvisionner en électricité
01:20à un prix décent.
01:22On dit la bureaucratie française, mais allez demander aux Allemands,
01:25franchement, je ne suis pas sûr que la complexité et la lourdeur administrative
01:30aient finalement des choses à envier en France aux Allemands.
01:35Et donc, qu'est-ce qui fait ?
01:36Quelle est la principale rupture finalement qu'il a enclenchée ?
01:39C'est quand même la rupture par rapport à l'orthodoxie budgétaire.
01:42Mais comment lui en vouloir, dans un pays qui souffre, encore une fois,
01:46d'un sous-investissement chronique,
01:48qui a raté tous les grands virages technologiques,
01:50et dont on ne dira jamais à quel point il souffre de l'inaction
01:54d'Angela Merkel, qui n'a quand même rien fait...
01:57Pour la fin, c'est de la faute d'Angela Merkel.
01:58Mais parce que finalement, il va falloir revenir
02:01à ce qui a été fait au début des années 2000,
02:05c'est-à-dire qu'il y a un moment ou un autre,
02:07il va bien falloir que, comme les Français,
02:10les Allemands se remettent au travail
02:11et qu'ils réinvestissent dans leurs infrastructures publiques.
02:15Je termine quand même.
02:17Dans les années 90, on en avait plein la bouche,
02:19Jean-Marc se rappelait, de la théorie de la croissance endogène.
02:22C'est-à-dire cette théorie où c'est les gouvernements
02:25qui doivent développer les infrastructures
02:26et la croissance viendra après.
02:27Mais qu'ont fait les Allemands de la théorie de la croissance endogène ?
02:30C'est-à-dire qu'ont fait les Allemands
02:32de la capacité des investissements publics
02:34à accroître le taux de croissance potentiel d'une économie.
02:37Donc là-dessus, moi, je ne peux pas en vouloir.
02:39Oui, mais vous êtes quand même celui
02:40qui doit défendre le bilan
02:41et c'est un peu dur quand même.
02:44Je pense que c'est la stratégie.
02:45Non, mais là, le bilan...
02:45Oui, vous dites que c'est votre faute.
02:46Mais il ne peut pas avoir de...
02:47Il prend un pays, il prend des mesures
02:49qui sont les bonnes pour relancer le pays.
02:51Mais comment voulez-vous qu'au bout d'un an,
02:52des mesures qui sont essentiellement
02:54des mesures de relance de l'investissement public...
02:55Jean-Marc, vous, la règle sur l'autodoxie budgétaire,
02:58l'avoir fait sauter, ça ne vous digérez pas ?
02:59Ah non, je ne digère pas.
03:00C'est-à-dire qu'effectivement,
03:02à l'Allemagne, il y a des problèmes,
03:03mais des problèmes qui ne sont pas
03:04sous investissement public.
03:05En fait, quand vous allez en Allemagne,
03:07vous n'avez pas l'impression
03:07d'être dans un pays en voie de développement.
03:09Il ne faut pas exagérer.
03:10Le véritable enjeu de l'Allemagne...
03:11Jean-Marc, vous qui vous plaignez
03:13des retards de la SNCF
03:15qui sont de plus en plus importants,
03:17il faut le reconnaître,
03:17mais allez voir en Allemagne,
03:18c'est pire un peu.
03:19Oui, je connais, je connais.
03:20Je ne suis pas souvent en Allemagne,
03:21mais effectivement,
03:22à chaque fois, il y a des problèmes de retard
03:23et notamment qui se répercutent
03:25sur les liaisons entre Paris...
03:28Sur le Paris-Bordeaux, d'accord.
03:30Non, pas sur le Paris-Bordeaux,
03:31mais sur le Paris-Strasbourg.
03:33Mais non, quand on regarde
03:34effectivement l'Allemagne,
03:35je suis prêt à reconnaître
03:36qu'il a hérité d'une situation
03:38assez compliquée.
03:39D'abord, sur le plan international,
03:40une situation où son principal partenaire
03:42est dans une phase d'effacement,
03:43voire de disparition.
03:45Je pense à la France
03:45qui est à la fois dans une situation politique
03:47assez ambiguë
03:49et dans une situation économique.
03:50alors là, véritablement catastrophique,
03:52contrairement à la description
03:53que vient de faire Emmanuel de l'Allemagne.
03:56Et il a hérité d'une situation
03:58où effectivement,
03:59le principal partenaire atlantique
04:01est effectivement lui aussi
04:02assez surprenant.
04:03Mais quand on regarde
04:04le véritable problème de l'Allemagne,
04:07c'est qu'à l'horizon de 2050,
04:09il y aura 50 millions d'Allemands
04:10alors qu'il y en a 84 millions en ce moment.
04:12À l'horizon 2040,
04:13il y aura plus de Français que d'Allemands
04:15alors que l'Allemagne a été
04:16pendant les 30 dernières années
04:18beaucoup plus peuplée que la France.
04:20Quand on regarde effectivement
04:21la situation sur le plan
04:22de la capacité à répondre
04:25sur le plan démographique,
04:27il faudrait augmenter
04:27la quantité de travail.
04:29Mais même les sociodémocrates
04:31le disent,
04:32puisque le ministre des Finances,
04:33Tietan et Sociedémocrates,
04:34a dit qu'il faut augmenter
04:36la quantité de travail
04:37en revoyant les règles de travail
04:39au temps partiel,
04:39notamment pour les femmes,
04:40en reportant l'âge de départ
04:42à la retraite à 70 ans.
04:43Pour l'instant,
04:43rien de concret n'a été fait.
04:45Et la seule réponse,
04:46ça a été une fuite dans l'endettement,
04:48c'est-à-dire une réponse
04:49assez facile
04:50et assez court-termiste
04:52qui consiste à augmenter
04:53les dépenses publiques.
04:55Et les dépenses publiques,
04:56non pas de façon,
04:57la logique de la croissance endogène.
04:59C'est-à-dire,
04:59la logique de la croissance endogène,
05:00c'était justement
05:01de sortir du keynesianisme
05:04par les travaux publics
05:05pour faire de la qualité,
05:07pour faire de la formation,
05:08pour faire de la recherche.
05:10L'Allemagne ne s'oriente pas
05:11du tout vers ça.
05:12On a augmenté de 25 milliards
05:13les dépenses publiques,
05:14de 5% les dépenses publiques
05:15dans le dernier budget
05:16qu'a voté le Bundestag,
05:18avec des conséquences
05:19qui sont plutôt
05:21un creusement du déficit extérieur.
05:23On s'endette,
05:23on augmente la demande
05:24et le déficit extérieur...
05:25Vous avez de la marge, non ?
05:27Alors, ils ont de la marge.
05:27Il n'y a pas de déficit extérieur.
05:29Mais on est passé
05:30d'un accident extérieur
05:31l'année qui a précédé
05:32l'accession au pouvoir
05:32de M. Merz
05:33à 250 milliards d'euros,
05:36à un excédent extérieur
05:37qui est maintenant
05:38aux alentours
05:38de 190 à 200 milliards d'euros.
05:41Or, compte tenu
05:41de sa démographie,
05:42compte tenu
05:43de la situation
05:44d'ensemble
05:44de l'économie mondiale,
05:45l'intérêt de l'Allemagne,
05:46c'est d'investir,
05:48non pas dans ses chemins de fer,
05:49mais comme tout le monde,
05:52à Moubaï.
05:53Ça finit toujours comme ça.
05:54Emmanuel, dernier mot.
05:55Là où Jean-Marc
05:56est beaucoup trop sévère,
05:58c'est que,
05:58je suis désolé,
06:00la transgression
06:01de la règle budgétaire,
06:02c'est quand même
06:03essentiellement un plan
06:04de 500 milliards d'euros
06:05d'investissement public.
06:07Mais Jean-Marc
06:08dit que c'est pas trop bien.
06:09Donc c'est un pays
06:10qui a besoin
06:11d'infrastructures.
06:12Et vous ne pouvez pas
06:14vous en sortir
06:14si vous n'avez pas
06:15cette modernisation
06:16des infrastructures,
06:17la recherche,
06:18etc.
06:18Tous ces secteurs,
06:19l'Allemagne est à la ramasse
06:20complète.
06:21Alors effectivement,
06:22il y a un point
06:23qui est historiquement nouveau,
06:25c'est que,
06:25je ne sais pas si vous avez remarqué,
06:26mais depuis la Deuxième Guerre mondiale,
06:28finalement,
06:28il y avait un effet miroir
06:29entre la France et l'Allemagne
06:30quand l'un allait bien,
06:31l'autre allait mal.
06:31C'était spectaculaire.
06:33Dans les années 80,
06:34franchement,
06:34la France allait mal,
06:35l'Allemagne allait très bien.
06:37Dans les années 90,
06:39l'Allemagne va payer très cher
06:40l'euphorie de la réunification.
06:42Nous,
06:42on redevient,
06:43on redevient très compétitifs
06:45grâce à les inflations compétitives.
06:47Dans les années 2000,
06:48la France s'effondre,
06:49l'Allemagne est redevenue compétitive.
06:51Et là,
06:51c'est vrai qu'il y a
06:52un problème à surmonter.
06:53Mais entre,
06:53encore une fois,
06:54entre les mauvais choix stratégiques
06:56passés,
06:57entre les mauvais choix énergétiques
06:58passés,
06:59comment voulez-vous
07:00que ce pays se redresse ?
07:01Donc oui,
07:02je suis d'accord avec Jean-Marc
07:03pour dire que la France
07:04et l'Allemagne
07:04sont dans la situation
07:05la plus catastrophique
07:08qu'ils n'ont jamais connu
07:09sur le plan économique
07:09depuis la Deuxième Guerre mondiale.
07:11Mais on doit s'en sortir,
07:12non pas en devenant
07:13une maison de retraite géante,
07:14mais en redevenant
07:15un pôle d'attractivité
07:16et de compétitivité.
07:17Je retiens quand même
07:17qu'on va être bientôt
07:18plus nombreux que les Allemands.
07:19Oui, oui, absolument.
07:20Et ce n'est pas
07:21en faisant passer
07:21la dette publique de l'Allemagne
07:22de 62% du PIB
07:24à 81% du PIB
07:26à l'horizon 2030.
07:27C'est ça
07:27que met en place M. Merz,
07:29qu'on résoudra le problème
07:30et qu'on aura davantage
07:31de caissons de l'échec.
07:31Et le taux de rentabilité
07:32sera supérieur.
07:33On l'a suivi.
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