00:00Face à Emmanuel Lechypre aujourd'hui, c'est Jean-Marc Daniel et c'est un anniversaire aujourd'hui.
00:03Ça fait un an que Friedrich Merz est à la tête de l'Allemagne.
00:07Quel est le bilan que vous en faites, Emmanuel Lechypre ?
00:09Un bilan de gouvernement, ça se dresse en fonction de deux critères.
00:16D'abord, la philosophie de ce gouvernement.
00:19Est-ce qu'il est de gauche ? Est-ce qu'il est de droite ?
00:21Est-ce que ses idées sont pertinentes ?
00:22Et puis surtout, ça se juge aussi par rapport à la situation
00:26que vous avez trouvée quand vous avez pris les rênes du pays
00:31et est-ce que la politique que vous enclenchez finalement est cohérente
00:36avec ce dont le pays a besoin ou est-ce que c'est priorité à votre philosophie
00:40et que finalement, tant pis pour le pays.
00:43Là, l'idée, c'est qu'on a un peu finalement deux intérêts qui se rencontrent
00:47et Friedrich Merz, il trouve un pays qui est quand même dans un état désastreux.
00:50C'est pas de sa faute.
00:51L'Allemagne est aujourd'hui dans un état désastreux.
00:54C'est-à-dire que c'est un pays qui était en quasi-stagnation,
00:57quasiment deux années de récession.
00:58C'est un pays qui aujourd'hui traîne des handicaps structurels considérables,
01:04sous investissement public chronique depuis 20 ans,
01:07des infrastructures pourries, deux heures de retard sur les trains,
01:13des ponts qui ferment, des entreprises...
01:16Oui, des entreprises qui ne sont plus capables de s'approvisionner en électricité
01:20à un prix décent.
01:22On dit la bureaucratie française, mais allez demander aux Allemands,
01:25franchement, je ne suis pas sûr que la complexité et la lourdeur administrative
01:30aient finalement des choses à envier en France aux Allemands.
01:35Et donc, qu'est-ce qui fait ?
01:36Quelle est la principale rupture finalement qu'il a enclenchée ?
01:39C'est quand même la rupture par rapport à l'orthodoxie budgétaire.
01:42Mais comment lui en vouloir, dans un pays qui souffre, encore une fois,
01:46d'un sous-investissement chronique,
01:48qui a raté tous les grands virages technologiques,
01:50et dont on ne dira jamais à quel point il souffre de l'inaction
01:54d'Angela Merkel, qui n'a quand même rien fait...
01:57Pour la fin, c'est de la faute d'Angela Merkel.
01:58Mais parce que finalement, il va falloir revenir
02:01à ce qui a été fait au début des années 2000,
02:05c'est-à-dire qu'il y a un moment ou un autre,
02:07il va bien falloir que, comme les Français,
02:10les Allemands se remettent au travail
02:11et qu'ils réinvestissent dans leurs infrastructures publiques.
02:15Je termine quand même.
02:17Dans les années 90, on en avait plein la bouche,
02:19Jean-Marc se rappelait, de la théorie de la croissance endogène.
02:22C'est-à-dire cette théorie où c'est les gouvernements
02:25qui doivent développer les infrastructures
02:26et la croissance viendra après.
02:27Mais qu'ont fait les Allemands de la théorie de la croissance endogène ?
02:30C'est-à-dire qu'ont fait les Allemands
02:32de la capacité des investissements publics
02:34à accroître le taux de croissance potentiel d'une économie.
02:37Donc là-dessus, moi, je ne peux pas en vouloir.
02:39Oui, mais vous êtes quand même celui
02:40qui doit défendre le bilan
02:41et c'est un peu dur quand même.
02:44Je pense que c'est la stratégie.
02:45Non, mais là, le bilan...
02:45Oui, vous dites que c'est votre faute.
02:46Mais il ne peut pas avoir de...
02:47Il prend un pays, il prend des mesures
02:49qui sont les bonnes pour relancer le pays.
02:51Mais comment voulez-vous qu'au bout d'un an,
02:52des mesures qui sont essentiellement
02:54des mesures de relance de l'investissement public...
02:55Jean-Marc, vous, la règle sur l'autodoxie budgétaire,
02:58l'avoir fait sauter, ça ne vous digérez pas ?
02:59Ah non, je ne digère pas.
03:00C'est-à-dire qu'effectivement,
03:02à l'Allemagne, il y a des problèmes,
03:03mais des problèmes qui ne sont pas
03:04sous investissement public.
03:05En fait, quand vous allez en Allemagne,
03:07vous n'avez pas l'impression
03:07d'être dans un pays en voie de développement.
03:09Il ne faut pas exagérer.
03:10Le véritable enjeu de l'Allemagne...
03:11Jean-Marc, vous qui vous plaignez
03:13des retards de la SNCF
03:15qui sont de plus en plus importants,
03:17il faut le reconnaître,
03:17mais allez voir en Allemagne,
03:18c'est pire un peu.
03:19Oui, je connais, je connais.
03:20Je ne suis pas souvent en Allemagne,
03:21mais effectivement,
03:22à chaque fois, il y a des problèmes de retard
03:23et notamment qui se répercutent
03:25sur les liaisons entre Paris...
03:28Sur le Paris-Bordeaux, d'accord.
03:30Non, pas sur le Paris-Bordeaux,
03:31mais sur le Paris-Strasbourg.
03:33Mais non, quand on regarde
03:34effectivement l'Allemagne,
03:35je suis prêt à reconnaître
03:36qu'il a hérité d'une situation
03:38assez compliquée.
03:39D'abord, sur le plan international,
03:40une situation où son principal partenaire
03:42est dans une phase d'effacement,
03:43voire de disparition.
03:45Je pense à la France
03:45qui est à la fois dans une situation politique
03:47assez ambiguë
03:49et dans une situation économique.
03:50alors là, véritablement catastrophique,
03:52contrairement à la description
03:53que vient de faire Emmanuel de l'Allemagne.
03:56Et il a hérité d'une situation
03:58où effectivement,
03:59le principal partenaire atlantique
04:01est effectivement lui aussi
04:02assez surprenant.
04:03Mais quand on regarde
04:04le véritable problème de l'Allemagne,
04:07c'est qu'à l'horizon de 2050,
04:09il y aura 50 millions d'Allemands
04:10alors qu'il y en a 84 millions en ce moment.
04:12À l'horizon 2040,
04:13il y aura plus de Français que d'Allemands
04:15alors que l'Allemagne a été
04:16pendant les 30 dernières années
04:18beaucoup plus peuplée que la France.
04:20Quand on regarde effectivement
04:21la situation sur le plan
04:22de la capacité à répondre
04:25sur le plan démographique,
04:27il faudrait augmenter
04:27la quantité de travail.
04:29Mais même les sociodémocrates
04:31le disent,
04:32puisque le ministre des Finances,
04:33Tietan et Sociedémocrates,
04:34a dit qu'il faut augmenter
04:36la quantité de travail
04:37en revoyant les règles de travail
04:39au temps partiel,
04:39notamment pour les femmes,
04:40en reportant l'âge de départ
04:42à la retraite à 70 ans.
04:43Pour l'instant,
04:43rien de concret n'a été fait.
04:45Et la seule réponse,
04:46ça a été une fuite dans l'endettement,
04:48c'est-à-dire une réponse
04:49assez facile
04:50et assez court-termiste
04:52qui consiste à augmenter
04:53les dépenses publiques.
04:55Et les dépenses publiques,
04:56non pas de façon,
04:57la logique de la croissance endogène.
04:59C'est-à-dire,
04:59la logique de la croissance endogène,
05:00c'était justement
05:01de sortir du keynesianisme
05:04par les travaux publics
05:05pour faire de la qualité,
05:07pour faire de la formation,
05:08pour faire de la recherche.
05:10L'Allemagne ne s'oriente pas
05:11du tout vers ça.
05:12On a augmenté de 25 milliards
05:13les dépenses publiques,
05:14de 5% les dépenses publiques
05:15dans le dernier budget
05:16qu'a voté le Bundestag,
05:18avec des conséquences
05:19qui sont plutôt
05:21un creusement du déficit extérieur.
05:23On s'endette,
05:23on augmente la demande
05:24et le déficit extérieur...
05:25Vous avez de la marge, non ?
05:27Alors, ils ont de la marge.
05:27Il n'y a pas de déficit extérieur.
05:29Mais on est passé
05:30d'un accident extérieur
05:31l'année qui a précédé
05:32l'accession au pouvoir
05:32de M. Merz
05:33à 250 milliards d'euros,
05:36à un excédent extérieur
05:37qui est maintenant
05:38aux alentours
05:38de 190 à 200 milliards d'euros.
05:41Or, compte tenu
05:41de sa démographie,
05:42compte tenu
05:43de la situation
05:44d'ensemble
05:44de l'économie mondiale,
05:45l'intérêt de l'Allemagne,
05:46c'est d'investir,
05:48non pas dans ses chemins de fer,
05:49mais comme tout le monde,
05:52à Moubaï.
05:53Ça finit toujours comme ça.
05:54Emmanuel, dernier mot.
05:55Là où Jean-Marc
05:56est beaucoup trop sévère,
05:58c'est que,
05:58je suis désolé,
06:00la transgression
06:01de la règle budgétaire,
06:02c'est quand même
06:03essentiellement un plan
06:04de 500 milliards d'euros
06:05d'investissement public.
06:07Mais Jean-Marc
06:08dit que c'est pas trop bien.
06:09Donc c'est un pays
06:10qui a besoin
06:11d'infrastructures.
06:12Et vous ne pouvez pas
06:14vous en sortir
06:14si vous n'avez pas
06:15cette modernisation
06:16des infrastructures,
06:17la recherche,
06:18etc.
06:18Tous ces secteurs,
06:19l'Allemagne est à la ramasse
06:20complète.
06:21Alors effectivement,
06:22il y a un point
06:23qui est historiquement nouveau,
06:25c'est que,
06:25je ne sais pas si vous avez remarqué,
06:26mais depuis la Deuxième Guerre mondiale,
06:28finalement,
06:28il y avait un effet miroir
06:29entre la France et l'Allemagne
06:30quand l'un allait bien,
06:31l'autre allait mal.
06:31C'était spectaculaire.
06:33Dans les années 80,
06:34franchement,
06:34la France allait mal,
06:35l'Allemagne allait très bien.
06:37Dans les années 90,
06:39l'Allemagne va payer très cher
06:40l'euphorie de la réunification.
06:42Nous,
06:42on redevient,
06:43on redevient très compétitifs
06:45grâce à les inflations compétitives.
06:47Dans les années 2000,
06:48la France s'effondre,
06:49l'Allemagne est redevenue compétitive.
06:51Et là,
06:51c'est vrai qu'il y a
06:52un problème à surmonter.
06:53Mais entre,
06:53encore une fois,
06:54entre les mauvais choix stratégiques
06:56passés,
06:57entre les mauvais choix énergétiques
06:58passés,
06:59comment voulez-vous
07:00que ce pays se redresse ?
07:01Donc oui,
07:02je suis d'accord avec Jean-Marc
07:03pour dire que la France
07:04et l'Allemagne
07:04sont dans la situation
07:05la plus catastrophique
07:08qu'ils n'ont jamais connu
07:09sur le plan économique
07:09depuis la Deuxième Guerre mondiale.
07:11Mais on doit s'en sortir,
07:12non pas en devenant
07:13une maison de retraite géante,
07:14mais en redevenant
07:15un pôle d'attractivité
07:16et de compétitivité.
07:17Je retiens quand même
07:17qu'on va être bientôt
07:18plus nombreux que les Allemands.
07:19Oui, oui, absolument.
07:20Et ce n'est pas
07:21en faisant passer
07:21la dette publique de l'Allemagne
07:22de 62% du PIB
07:24à 81% du PIB
07:26à l'horizon 2030.
07:27C'est ça
07:27que met en place M. Merz,
07:29qu'on résoudra le problème
07:30et qu'on aura davantage
07:31de caissons de l'échec.
07:31Et le taux de rentabilité
07:32sera supérieur.
07:33On l'a suivi.
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