00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02Baisse du dollar, inflation disparue.
00:04Qu'est-ce qui empêche Christine Lagarde d'annoncer une baisse des taux ?
00:06Emmanuel Le Chiffre ?
00:07Bah rien, vous l'avez dit.
00:08Bah oui.
00:09Bah rien, vous l'avez dit, non.
00:11Effectivement, alors, est-ce que c'est urgent ?
00:14La réalité, c'est qu'on a connu des retards à l'allumage beaucoup plus importants à la BCE,
00:19notamment après la pseudo-vague d'inflation qui a tellement fustigé Jean-Marc
00:22et qui avait provoqué un mur de hausse de taux d'intérêt
00:28et qui n'était pas justifié.
00:30Donc tirons les leçons un peu de tous ces contretemps.
00:32Et quand on regarde, effectivement, ce qui nous attend sur le plan des trajectoires économiques
00:38des grands agrégats pour les prochains mois, qu'est-ce qu'on voit ?
00:40Est-ce qu'il y a un risque inflationniste ?
00:43Jean-Marc, est-ce qu'il y a un risque inflationniste en dehors ?
00:45Oh non ! Il ne va pas me dire oui !
00:47Je vais juste rebondir sur ce que disait Laure.
00:50Inflation disparue ? Non.
00:51Parce que pour disparaître, il faut apparaître d'abord.
00:54Donc il n'y a jamais eu d'inflation.
00:55Voilà, là il joue sur les mots.
00:56On est d'accord.
00:57Donc il n'y a jamais eu d'inflation.
00:59Et moi je dirais même qu'aujourd'hui, quand vous regardez assez scrupuleusement
01:03l'évolution des prix à la production, quand vous remontez les filières, agricoles,
01:09industrielles, etc., j'ai même presque envie de dire que le risque c'est plus la déflation
01:13aujourd'hui que l'inflation.
01:15Est-ce que les perspectives européennes de croissance sont si flamboyantes que ça ?
01:18La réalité, c'est que non.
01:21Est-ce qu'on a une très forte demande de crédit aujourd'hui ?
01:24Non.
01:24Justement, c'est plutôt mollasson.
01:27Est-ce que l'eurofort n'est pas une menace pour la compétitivité européenne ?
01:31On est à un 18.
01:33Ah ça, il va dire non, Jean-Marc.
01:34Oui, mais il va dire ce qu'il va dire.
01:37Franchement, face à des concurrents hyper agressifs, face aux droits de douane, etc., on
01:41aurait quand même besoin.
01:42Surtout qu'en plus, il n'y a même pas l'argument un eurofort, ça allège notre facture énergétique.
01:47On ne peut pas dire que le prix du pétrole soit un handicap aujourd'hui.
01:50Donc, en plus, baisser les taux, moi je pense que c'est se prémunir contre un choc de compétitivité
01:56et lié à un éventuel choc de crédibilité de la Fed.
01:59Et je vous rappelle qu'il y a quand même beaucoup de crises financières ou d'accidents financiers,
02:03en tout cas, qui ont été liés à ce décalage de politique monétaire de part et d'autre de l'Atlantique.
02:08Donc, je trouve que ça fait quand même une belle liste de raisons pour baisser les taux.
02:11Claire, 0,25, 0,5 ?
02:13On ne va pas être plus royaliste que Leroy, si déjà on a 0,25, ce ne sera pas mal.
02:17Vous n'aurez rien du tout, je pense, cet après-midi.
02:19Jean-Marc ?
02:20J'espère qu'il ne se passera rien, ou au contraire, qu'éventuellement, on augmentera les taux.
02:24Pourquoi je dis ça ? Parce qu'effectivement, l'inflation, je ne vais pas revenir, il n'y a pas eu d'inflation.
02:30Il y a eu simplement, au moment où on s'est mis à parler de façon abusive de l'inflation,
02:34une capacité de la BCE de retrouver une politique monétaire raisonnable.
02:38C'est-à-dire, de sortir de la période de quantitative easing, des taux d'intérêt négatifs.
02:42Se redonner des marges.
02:43Réduire le bilan, c'est ça ?
02:45Non, surtout sur les taux d'intérêt.
02:47Sur le bilan, c'est un autre aspect, mais sur les taux d'intérêt,
02:49de sortir de cette zone où les taux d'intérêt étaient négatifs,
02:52pour revenir à des taux d'intérêt qui sont positifs.
02:55Parce qu'un taux d'intérêt, le plus bas possible, n'est pas un taux d'intérêt optimal.
02:59Un taux d'intérêt, ça doit représenter un équilibre financier entre l'épargne et l'investissement.
03:03Et pour les banques centrales, ça doit répondre à une règle,
03:05qu'on appelle la règle de Taylor, qui a été associée à l'indépendance qu'on leur a conférée.
03:11Alors, je regarde quelle est la règle de Taylor appliquée officiellement par la BCE
03:14depuis qu'elle a été créée, et puis je fais le calcul.
03:18Alors, la règle de Taylor, c'est que vous avez le taux de croissance potentiel, 3%,
03:23et puis vous enlevez la moitié de la différence entre l'inflation objectif et l'inflation constatée.
03:29Donc, objectif 2%, constaté 1,7%, ça fait moins 0,15%.
03:32Et puis, vous enlevez la moitié de l'écart de production entre le PIB réel et le PIB potentiel.
03:370,4% d'après les dernières statistiques de l'OCDE, ça fait vous enlever 0,2%.
03:41Donc, vous enlevez à 3, 0,35%, et vous arrivez à 2,65%.
03:46Donc, ce n'est pas assez haut.
03:47Ce n'est pas assez haut, puisqu'on devrait avoir 2,65%.
03:50Jean-Marc, pardon, mais d'où est-ce que vous sortez que la croissance potentielle de la zone euro, c'est 3% ?
03:55Ah, mais la croissance potentielle de la zone euro, c'est 2% d'objectif d'inflation,
03:59et 1% de croissance potentielle en volume, ce qui n'est pas totalement...
04:02Ah oui, 2 plus 1.
04:032 plus 1.
04:04Ah, oui, alors...
04:05Mais l'objectif d'inflation, c'est la croissance potentielle.
04:07La croissance potentielle, c'est mathématique, donc ça devrait être à 2,65% sur le refinancement,
04:13et le taux de refinancement est à 2,15%.
04:15Alors, effectivement, je ne vais pas militer pour qu'on passe à 2,65%, à 2,15%,
04:19mais qu'on reste à 2,15%.
04:21Par rapport à ça, je ferai deux constats complémentaires.
04:24Le premier constat, c'est que les marchés sur le jour-le-jour, l'overnight, le STR,
04:29on est à 1,93%, on a vérifié tout à l'heure avec Étienne,
04:321,93%, on n'est pas loin des 2,15%,
04:34donc effectivement, on est dans une zone qui est raisonnable.
04:40Et la deuxième remarque sur l'histoire de l'eurofort.
04:43L'eurofort, c'est d'abord une capacité à acquérir des biens à l'étranger,
04:47mais aussi à faire des investissements à l'étranger qui sont nécessaires, vu notre démographie.
04:53Et sur la facture pétrolière, on a beaucoup parlé dans la presse
04:56de rééquilibrage de la balance commerciale de la France.
04:59Alors, ce n'est pas du tout le cas, c'est la balance des paiements courants de la France,
05:02qui n'est pas exactement la même chose.
05:03La balance commerciale a toujours entre 50 et 60 milliards de déficit,
05:07mais en revanche, effectivement, nos comptes extérieurs s'améliorent,
05:10parce que la facture énergétique dont vient de parler Emmanuel s'est baissée
05:14de 10 milliards d'euros l'année dernière.
05:16Et donc, grâce à l'eurofort.
05:18Donc, on a intérêt à avoir un eurofort parce que ça améliore notre pouvoir d'achat énergétique,
05:22parce que ça améliore le pouvoir d'achat de notre épargne.
05:25Non, moi, je pense qu'il y a quand même aussi, dans le signal qui serait envoyé par la baisse des taux,
05:29la prise de conscience qu'il y a quand même des chocs qui nous attendent,
05:35dont on n'évalue pas forcément aujourd'hui peut-être très bien l'ampleur,
05:41mais disons que baisser les taux, ce serait envoyer un signal que la BCE est consciente
05:45qu'il y a peut-être des chocs devant nous.
05:46Je pense aux chocs de productivité liés à l'intelligence artificielle.
05:49Non, mais là, vous en êtes presque à nous dire qu'il faut baisser les taux
05:51pour que l'Europe ait l'air gentille.
05:53Vous me rappelez le patron de la BEI qu'on a eu il y a deux jours qui dit
05:56on va investir dans la rénovation des écoles, comme ça les Français aimeront bien l'Europe.
05:59Mais bien sûr, non, mais pas qu'elle ait l'air gentille,
06:01mais disons grosso modo, il y a des chocs vraiment puissants qui sont devant nous.
06:05Donc, baisser les taux, c'est le signal.
06:08On prévoit un petit coussin pour peut-être amortir ces chocs.
06:13Et puis, la réalité, c'est que la règle de Taylor, ça marche en théorie
06:16quand vous avez une banque centrale qui est réellement indépendante.
06:19Or, on sait qu'à cause de la dominance fiscale
06:21et notamment de l'ampleur des dettes et des déficits publics,
06:23la réalité de l'indépendance des banques centrales...
06:27Jean-Marc ?
06:27C'est une occasion pour la Banque centrale, effectivement,
06:29de faire plus de mathématiques et moins de psychologie
06:31et de réaffirmer son indépendance sur des bases qui sont des bases solides et mesurables.
06:37C'est de la politique, quoi.
06:39Écoutez, elle a une formule de Taylor, elle est mathématique, on l'a décrite.
06:44Ça nous a fait du bien de refaire un peu de maths.
06:45Exactement, de maths économiques, c'est pas mal.
06:48Merci Jean-Marc.
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