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  • il y a 1 minute
Ce jeudi 5 février, les estimations concernant les taux d'intérêt de la BCE compte tenu de la situation économique en Europe, ainsi que ses politiques monétaires, ont été abordées par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02Baisse du dollar, inflation disparue.
00:04Qu'est-ce qui empêche Christine Lagarde d'annoncer une baisse des taux ?
00:06Emmanuel Le Chiffre ?
00:07Bah rien, vous l'avez dit.
00:08Bah oui.
00:09Bah rien, vous l'avez dit, non.
00:11Effectivement, alors, est-ce que c'est urgent ?
00:14La réalité, c'est qu'on a connu des retards à l'allumage beaucoup plus importants à la BCE,
00:19notamment après la pseudo-vague d'inflation qui a tellement fustigé Jean-Marc
00:22et qui avait provoqué un mur de hausse de taux d'intérêt
00:28et qui n'était pas justifié.
00:30Donc tirons les leçons un peu de tous ces contretemps.
00:32Et quand on regarde, effectivement, ce qui nous attend sur le plan des trajectoires économiques
00:38des grands agrégats pour les prochains mois, qu'est-ce qu'on voit ?
00:40Est-ce qu'il y a un risque inflationniste ?
00:43Jean-Marc, est-ce qu'il y a un risque inflationniste en dehors ?
00:45Oh non ! Il ne va pas me dire oui !
00:47Je vais juste rebondir sur ce que disait Laure.
00:50Inflation disparue ? Non.
00:51Parce que pour disparaître, il faut apparaître d'abord.
00:54Donc il n'y a jamais eu d'inflation.
00:55Voilà, là il joue sur les mots.
00:56On est d'accord.
00:57Donc il n'y a jamais eu d'inflation.
00:59Et moi je dirais même qu'aujourd'hui, quand vous regardez assez scrupuleusement
01:03l'évolution des prix à la production, quand vous remontez les filières, agricoles,
01:09industrielles, etc., j'ai même presque envie de dire que le risque c'est plus la déflation
01:13aujourd'hui que l'inflation.
01:15Est-ce que les perspectives européennes de croissance sont si flamboyantes que ça ?
01:18La réalité, c'est que non.
01:21Est-ce qu'on a une très forte demande de crédit aujourd'hui ?
01:24Non.
01:24Justement, c'est plutôt mollasson.
01:27Est-ce que l'eurofort n'est pas une menace pour la compétitivité européenne ?
01:31On est à un 18.
01:33Ah ça, il va dire non, Jean-Marc.
01:34Oui, mais il va dire ce qu'il va dire.
01:37Franchement, face à des concurrents hyper agressifs, face aux droits de douane, etc., on
01:41aurait quand même besoin.
01:42Surtout qu'en plus, il n'y a même pas l'argument un eurofort, ça allège notre facture énergétique.
01:47On ne peut pas dire que le prix du pétrole soit un handicap aujourd'hui.
01:50Donc, en plus, baisser les taux, moi je pense que c'est se prémunir contre un choc de compétitivité
01:56et lié à un éventuel choc de crédibilité de la Fed.
01:59Et je vous rappelle qu'il y a quand même beaucoup de crises financières ou d'accidents financiers,
02:03en tout cas, qui ont été liés à ce décalage de politique monétaire de part et d'autre de l'Atlantique.
02:08Donc, je trouve que ça fait quand même une belle liste de raisons pour baisser les taux.
02:11Claire, 0,25, 0,5 ?
02:13On ne va pas être plus royaliste que Leroy, si déjà on a 0,25, ce ne sera pas mal.
02:17Vous n'aurez rien du tout, je pense, cet après-midi.
02:19Jean-Marc ?
02:20J'espère qu'il ne se passera rien, ou au contraire, qu'éventuellement, on augmentera les taux.
02:24Pourquoi je dis ça ? Parce qu'effectivement, l'inflation, je ne vais pas revenir, il n'y a pas eu d'inflation.
02:30Il y a eu simplement, au moment où on s'est mis à parler de façon abusive de l'inflation,
02:34une capacité de la BCE de retrouver une politique monétaire raisonnable.
02:38C'est-à-dire, de sortir de la période de quantitative easing, des taux d'intérêt négatifs.
02:42Se redonner des marges.
02:43Réduire le bilan, c'est ça ?
02:45Non, surtout sur les taux d'intérêt.
02:47Sur le bilan, c'est un autre aspect, mais sur les taux d'intérêt,
02:49de sortir de cette zone où les taux d'intérêt étaient négatifs,
02:52pour revenir à des taux d'intérêt qui sont positifs.
02:55Parce qu'un taux d'intérêt, le plus bas possible, n'est pas un taux d'intérêt optimal.
02:59Un taux d'intérêt, ça doit représenter un équilibre financier entre l'épargne et l'investissement.
03:03Et pour les banques centrales, ça doit répondre à une règle,
03:05qu'on appelle la règle de Taylor, qui a été associée à l'indépendance qu'on leur a conférée.
03:11Alors, je regarde quelle est la règle de Taylor appliquée officiellement par la BCE
03:14depuis qu'elle a été créée, et puis je fais le calcul.
03:18Alors, la règle de Taylor, c'est que vous avez le taux de croissance potentiel, 3%,
03:23et puis vous enlevez la moitié de la différence entre l'inflation objectif et l'inflation constatée.
03:29Donc, objectif 2%, constaté 1,7%, ça fait moins 0,15%.
03:32Et puis, vous enlevez la moitié de l'écart de production entre le PIB réel et le PIB potentiel.
03:370,4% d'après les dernières statistiques de l'OCDE, ça fait vous enlever 0,2%.
03:41Donc, vous enlevez à 3, 0,35%, et vous arrivez à 2,65%.
03:46Donc, ce n'est pas assez haut.
03:47Ce n'est pas assez haut, puisqu'on devrait avoir 2,65%.
03:50Jean-Marc, pardon, mais d'où est-ce que vous sortez que la croissance potentielle de la zone euro, c'est 3% ?
03:55Ah, mais la croissance potentielle de la zone euro, c'est 2% d'objectif d'inflation,
03:59et 1% de croissance potentielle en volume, ce qui n'est pas totalement...
04:02Ah oui, 2 plus 1.
04:032 plus 1.
04:04Ah, oui, alors...
04:05Mais l'objectif d'inflation, c'est la croissance potentielle.
04:07La croissance potentielle, c'est mathématique, donc ça devrait être à 2,65% sur le refinancement,
04:13et le taux de refinancement est à 2,15%.
04:15Alors, effectivement, je ne vais pas militer pour qu'on passe à 2,65%, à 2,15%,
04:19mais qu'on reste à 2,15%.
04:21Par rapport à ça, je ferai deux constats complémentaires.
04:24Le premier constat, c'est que les marchés sur le jour-le-jour, l'overnight, le STR,
04:29on est à 1,93%, on a vérifié tout à l'heure avec Étienne,
04:321,93%, on n'est pas loin des 2,15%,
04:34donc effectivement, on est dans une zone qui est raisonnable.
04:40Et la deuxième remarque sur l'histoire de l'eurofort.
04:43L'eurofort, c'est d'abord une capacité à acquérir des biens à l'étranger,
04:47mais aussi à faire des investissements à l'étranger qui sont nécessaires, vu notre démographie.
04:53Et sur la facture pétrolière, on a beaucoup parlé dans la presse
04:56de rééquilibrage de la balance commerciale de la France.
04:59Alors, ce n'est pas du tout le cas, c'est la balance des paiements courants de la France,
05:02qui n'est pas exactement la même chose.
05:03La balance commerciale a toujours entre 50 et 60 milliards de déficit,
05:07mais en revanche, effectivement, nos comptes extérieurs s'améliorent,
05:10parce que la facture énergétique dont vient de parler Emmanuel s'est baissée
05:14de 10 milliards d'euros l'année dernière.
05:16Et donc, grâce à l'eurofort.
05:18Donc, on a intérêt à avoir un eurofort parce que ça améliore notre pouvoir d'achat énergétique,
05:22parce que ça améliore le pouvoir d'achat de notre épargne.
05:25Non, moi, je pense qu'il y a quand même aussi, dans le signal qui serait envoyé par la baisse des taux,
05:29la prise de conscience qu'il y a quand même des chocs qui nous attendent,
05:35dont on n'évalue pas forcément aujourd'hui peut-être très bien l'ampleur,
05:41mais disons que baisser les taux, ce serait envoyer un signal que la BCE est consciente
05:45qu'il y a peut-être des chocs devant nous.
05:46Je pense aux chocs de productivité liés à l'intelligence artificielle.
05:49Non, mais là, vous en êtes presque à nous dire qu'il faut baisser les taux
05:51pour que l'Europe ait l'air gentille.
05:53Vous me rappelez le patron de la BEI qu'on a eu il y a deux jours qui dit
05:56on va investir dans la rénovation des écoles, comme ça les Français aimeront bien l'Europe.
05:59Mais bien sûr, non, mais pas qu'elle ait l'air gentille,
06:01mais disons grosso modo, il y a des chocs vraiment puissants qui sont devant nous.
06:05Donc, baisser les taux, c'est le signal.
06:08On prévoit un petit coussin pour peut-être amortir ces chocs.
06:13Et puis, la réalité, c'est que la règle de Taylor, ça marche en théorie
06:16quand vous avez une banque centrale qui est réellement indépendante.
06:19Or, on sait qu'à cause de la dominance fiscale
06:21et notamment de l'ampleur des dettes et des déficits publics,
06:23la réalité de l'indépendance des banques centrales...
06:27Jean-Marc ?
06:27C'est une occasion pour la Banque centrale, effectivement,
06:29de faire plus de mathématiques et moins de psychologie
06:31et de réaffirmer son indépendance sur des bases qui sont des bases solides et mesurables.
06:37C'est de la politique, quoi.
06:39Écoutez, elle a une formule de Taylor, elle est mathématique, on l'a décrite.
06:44Ça nous a fait du bien de refaire un peu de maths.
06:45Exactement, de maths économiques, c'est pas mal.
06:48Merci Jean-Marc.
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