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  • il y a 11 minutes
Ce jeudi 16 avril, le débat sur les relations entre le Rassemblement national et le patronat a été abordé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Emmanuel aujourd'hui, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02On va parler politique ensemble, il y a ce débat autour du Rassemblement National.
00:05Est-ce que les patrons doivent parler au RN ?
00:08Le MEDEF a même dit que ce n'est pas parce qu'on discute qu'on est forcément d'accord,
00:11c'était hier.
00:12Mais alors, qui débat de la question de LFI et de la gauche ?
00:15Est-ce qu'il faut parler à la gauche ? Il semble que ça soit tranché.
00:18Ce débat n'est même pas ouvert, d'où ma question ce matin.
00:21Est-ce que patron de gauche, ça existe encore, Emmanuel ?
00:23Est-ce que patron de gauche, ça existe encore ?
00:25Alors, c'est déjà compliqué d'essayer de trouver une définition.
00:29C'est quoi pour vous un patron de gauche ?
00:31Aujourd'hui, je dirais que c'est un mutualiste.
00:33Alors voilà, c'est ça.
00:34C'est-à-dire qu'en gros, être patron de gauche, ça se définit par quoi ?
00:37Par votre rapport à l'argent, votre rapport au profit.
00:40Est-ce que vous êtes prêt à le redistribuer beaucoup ?
00:42Par votre rapport au salarié, voilà.
00:45Est-ce que vous considériez votre salarié comme votre partenaire
00:48ou bien comme tout simplement votre exécutant ?
00:51Par le rapport à l'État aussi ?
00:53Est-ce que vous êtes finalement quelqu'un qui accepte la fiscalité, les impôts, etc.
00:57Et là, si on a cette grille de lecture, on peut se dire
01:01oui, aujourd'hui, vous avez tout à fait raison,
01:03si vous appartenez à ce grand secteur de l'économie sociale et solidaire,
01:09oui, effectivement, vous pouvez être un patron de gauche.
01:11Et ce n'est pas négligeable, puisque c'est quand même quasiment
01:1410% du PIB français, 200 000 entreprises, 2 à 3 millions de salariés.
01:20Après, si vous êtes le patron d'une grande entreprise,
01:23du CAC 40, qui a des valeurs, effectivement,
01:26qui ne sont pas forcément des valeurs de gauche,
01:28ou un héritage de culture un peu chrétienne, catholique, etc.
01:31Je pense à des entreprises comme Saint-Gobain.
01:33Oui, on peut dire que quelque part, vous avez un rapport avec vos salariés,
01:36avec vos partenaires, qui est un peu un rapport de gauche.
01:39Mais en dehors de ça, c'est absolument impossible.
01:42Sinon, quand vous êtes patron en France d'une entreprise de taille moyenne
01:46ou d'une ETI, ou petite entreprise, c'est impossible d'être un patron de gauche.
01:50Parce que tous ces curseurs dont on parle, finalement,
01:53qui font de vous un patron de gauche,
01:55ont été poussés bien au-delà du raisonnable.
01:57Si vous prenez tout ce qui concerne le rapport à l'État,
02:00cet État méfiant, cet État qui surtaxe, qui surréglemente,
02:05on a été beaucoup trop loin.
02:06Si vous prenez le pouvoir de nuisance des syndicats,
02:09il est très élevé, alors qu'il ne pèse pas grand-chose.
02:13Si vous regardez toutes les entraves, aujourd'hui,
02:15qu'on met dans la vie quotidienne des entreprises,
02:18c'est impossible d'être un patron de gauche.
02:20Et c'est surtout impossible d'être un patron de gauche
02:22au regard de ce qu'est la gauche aujourd'hui,
02:24puisque sans doute jamais la gauche, aujourd'hui,
02:27n'a autant détesté l'entreprise.
02:29C'est-à-dire que que vous écoutiez Olivier Faure
02:31ou que vous écoutiez Jean-Luc Mélenchon et LFI,
02:34jamais la gauche n'a autant détesté les entreprises qu'aujourd'hui.
02:39Donc non, c'est impossible, aujourd'hui,
02:40pour un petit patron d'une entreprise moyenne,
02:44d'être un patron de gauche.
02:46Jean-Marc, qu'est-ce que vous en pensez ?
02:48Non, moi, je pense que la façon d'aborder le problème par Emmanuel est la bonne.
02:52C'est-à-dire, est-ce qu'un patron peut être de gauche ?
02:53Est-ce que la gauche peut être proche des patrons ?
02:55C'est-à-dire, il y a les deux.
02:57C'est pas la même chose.
02:58C'est pas exactement la même chose.
02:59Et donc, le patron de gauche, par exemple,
03:01il va se précipiter vers les dispositifs législatifs
03:04qui permettent de créer des entreprises à mission,
03:06qui permettent d'afficher un certain nombre de valeurs.
03:08Et donc, ne serait-ce que pour des raisons de démagogie
03:12et d'image de marque,
03:13il y a un certain nombre de patrons et de chefs d'entreprise
03:15qui affichent des principes, qui clabent, qui sont...
03:18Et vous dites que c'est de la démagogie ?
03:19Mais, on ne sait pas très bien...
03:20Le dividende sociétal ?
03:22Voilà, oui, on ne sait pas très bien.
03:24Ça peut être assez artificiel.
03:26Et puis, ça peut se heurter, au bout d'un moment,
03:28aux intérêts même de l'entreprise.
03:29On l'a vu dans le cas de Danone,
03:30qui a, au bout d'un moment, demandé à son patron de partir.
03:35Et en face, vous avez le problème de la gauche.
03:37Est-ce que la gauche...
03:38Alors, la gauche actuelle, effectivement,
03:40est assez peu visible.
03:44Vous regardez quand même au niveau des élections européennes.
03:47En Hongrie, on a commenté le débat
03:49entre la droite eurosceptique et la droite pro-européenne.
03:52Il n'y a plus un représentant de parti de gauche au Parlement hongrois.
03:55Vous regardez les élections qui ont eu lieu au Danemark.
03:57Au Danemark, le Parti Socialiste a fait son plus mauvais score depuis sa création.
04:01Donc, vous avez une disparition de la gauche.
04:03Qu'est-ce qui reste de la gauche ?
04:04Je pense que j'avais écrit plusieurs livres pour dire qu'il y a trois formes de gauche,
04:09et pas deux.
04:09Il y a la gauche bolchevique, traditionnelle,
04:11qui est devenue une gauche plutôt islamo-gauchiste, maintenant,
04:14qui a abandonné les principes traditionnels du marxisme.
04:17La religion, c'est l'opium des peuples.
04:18Pour dire, les damnés de la terre, maintenant, ce sont les immigrés.
04:22Celle-là, de toute façon, elle ne veut pas entendre parler du patronat.
04:26Donc, le patronat ne peut pas être proche d'elle.
04:27Elle ne cherche pas à se crédibiliser en faisant des dîners.
04:29Pour être en couple, il faut quand même vouloir être en couple.
04:31Là, il n'y a pas d'amour possible.
04:33Il y a une gauche que j'appelle les léninistes lénifiants.
04:36C'est-à-dire les gens qui sont dans l'opposition,
04:38ils sont très très pour la rupture avec le capitalisme.
04:40C'est Mitterrand en 1971.
04:42Celui qui n'est pas pour la rupture avec le capitalisme ne peut pas être membre du Parti Socialiste.
04:47Et puis, ça s'est terminé par une politique libérale dans les années 80,
04:51avec le Premier ministre Fabius, qui aurait été le seul Premier ministre de droite de l'histoire de la Ve
04:55République.
04:55Alors, où est-ce que vous mettez François Hollande ? Dans la troisième catégorie ?
04:58Non, plutôt léniniste lénifiant.
04:59Ah, léniniste ! La finance, c'est mon ennemi, tout ça ?
05:01Le jeu d'économie, c'est la finance.
05:02Et il finit avec la loi El Khomri.
05:04Donc, c'est le léniniste lénifiant.
05:06Et puis, la troisième gauche, c'est ce que j'appelais les feuillants en référence à un mouvement politique de
05:12la Révolution
05:12qui était une gauche modérée, qui était incarnée par Manuel Valls.
05:16Donc, c'était « My government is pro-business ».
05:19C'est une formule de Manuel Valls, Premier ministre du gouvernement socialiste.
05:23Le ministre de l'Économie de 2016, qui s'appelle Emmanuel Macron,
05:27dit « Il faut se débarrasser du statut de la fonction publique ».
05:31Le manifeste Blair-Schroeder, qui est signé en 1999 par deux premiers ministres,
05:36un travailliste et un social-démocrate, contient cette formule.
05:39Une société socialiste est une société qui célèbre les mérites des chefs d'entreprise
05:44au même titre que ceux des artistes ou des footballeurs.
05:47Donc, cette gauche-là, effectivement, elle est normalement assez proche du patronat.
05:52Il y a un patronat proche d'elle.
05:53Et c'est qui, par exemple, aujourd'hui, le patron de gauche là-dedans ?
05:56Le problème, c'est qu'elle a du mal à s'incarner.
05:57C'est-à-dire qu'on peut considérer que, du côté des hommes politiques,
06:00Raphaël Glucksmann, qui a commencé comme candidat d'un parti libéral,
06:03incarne cette forme de gauche.
06:05Et vous avez, au sein du patronat, toute une dynamique patronale
06:08qui refuse le protectionnisme, qui est pro-européenne,
06:12qui s'incarne d'ailleurs, dans une certaine façon, dans le discours actuel du MEDEF,
06:16qui est dans une forme d'ambiguïté sur le thème « La souveraineté, oui, mais pas le protectionnisme ».
06:21Il y a, au sein même du patronat, des gens qui sont, non seulement pour l'entreprise à mission,
06:25mais qui voient bien qu'aussi bien à l'extrême-gauche qu'à l'extrême-droite,
06:28le véritable danger, c'est l'étatisme, la remise en cause du marché, la remise en cause de la libération.
06:33Le programme de Glucksmann, c'est plutôt près du PC, c'est pas très libéral.
06:37C'est pas très libéral, mais autour de lui, il y a des gens susceptibles de porter un message libéral.
06:41Quand on voit le débat sur le travail du 1er mai, c'est juste qu'un patron ne peut pas
06:48être de gauche aujourd'hui.
06:49Un petit patron représentatif, encore une fois, de ce qu'est la population des patrons du MEDEF,
06:54ne peut pas être de gauche aujourd'hui, quand on voit le niveau du débat sur le travail le 1er
06:59mai.
06:59Parce que vous dites que c'est anti-travail, en fait.
07:01Mais c'est même pas que c'est anti-travail.
07:03C'est-à-dire que c'est un débat qui est totalement anecdotique par rapport à tous les grands enjeux
07:08dont devraient s'emparer, finalement, les syndicats, que ce soit les syndicats de patrons,
07:13comme les syndicats de salariés.
07:16On nous dit qu'il faut financer les retraites, qu'il va falloir travailler plus longtemps.
07:20Or, on nous dit, en même temps, que l'intelligence artificielle va réduire la durée du travail.
07:23Enfin, vous voyez, l'ampleur des débats qu'il faudrait autour de la réinvention du travail
07:27et de toute la fiscalité et de la protection sociale.
07:29Il faudrait peut-être s'intéresser aux indicateurs démographiques aussi.
07:32Qui vont avec.
07:32Voilà, donc, non, un patron, aujourd'hui, ne peut pas être...
07:36Non, on est effectivement dans une gauche, maintenant,
07:40qui est, à part les islamo-gauchistes, qui est léniniste et lénifiante.
07:43Le véritable enjeu pour le patronat, c'est qu'on abandonne le léninisme
07:46pour devenir lénifiant, c'est-à-dire pour être prêt...
07:48Sauf que c'est la gauche qui a quand même fait le plus pour les entreprises.
07:51Exactement, pour refaire ce qu'a fait Hollande.
07:55N'écoutez pas ce que je dis, regardez ce que j'ai fait au final.
07:57Il est 7h19, merci à tous les deux.
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