00:00Face à Emmanuel aujourd'hui, c'est Jean-Marc Daniel.
00:02On va parler politique ensemble, il y a ce débat autour du Rassemblement National.
00:05Est-ce que les patrons doivent parler au RN ?
00:08Le MEDEF a même dit que ce n'est pas parce qu'on discute qu'on est forcément d'accord,
00:11c'était hier.
00:12Mais alors, qui débat de la question de LFI et de la gauche ?
00:15Est-ce qu'il faut parler à la gauche ? Il semble que ça soit tranché.
00:18Ce débat n'est même pas ouvert, d'où ma question ce matin.
00:21Est-ce que patron de gauche, ça existe encore, Emmanuel ?
00:23Est-ce que patron de gauche, ça existe encore ?
00:25Alors, c'est déjà compliqué d'essayer de trouver une définition.
00:29C'est quoi pour vous un patron de gauche ?
00:31Aujourd'hui, je dirais que c'est un mutualiste.
00:33Alors voilà, c'est ça.
00:34C'est-à-dire qu'en gros, être patron de gauche, ça se définit par quoi ?
00:37Par votre rapport à l'argent, votre rapport au profit.
00:40Est-ce que vous êtes prêt à le redistribuer beaucoup ?
00:42Par votre rapport au salarié, voilà.
00:45Est-ce que vous considériez votre salarié comme votre partenaire
00:48ou bien comme tout simplement votre exécutant ?
00:51Par le rapport à l'État aussi ?
00:53Est-ce que vous êtes finalement quelqu'un qui accepte la fiscalité, les impôts, etc.
00:57Et là, si on a cette grille de lecture, on peut se dire
01:01oui, aujourd'hui, vous avez tout à fait raison,
01:03si vous appartenez à ce grand secteur de l'économie sociale et solidaire,
01:09oui, effectivement, vous pouvez être un patron de gauche.
01:11Et ce n'est pas négligeable, puisque c'est quand même quasiment
01:1410% du PIB français, 200 000 entreprises, 2 à 3 millions de salariés.
01:20Après, si vous êtes le patron d'une grande entreprise,
01:23du CAC 40, qui a des valeurs, effectivement,
01:26qui ne sont pas forcément des valeurs de gauche,
01:28ou un héritage de culture un peu chrétienne, catholique, etc.
01:31Je pense à des entreprises comme Saint-Gobain.
01:33Oui, on peut dire que quelque part, vous avez un rapport avec vos salariés,
01:36avec vos partenaires, qui est un peu un rapport de gauche.
01:39Mais en dehors de ça, c'est absolument impossible.
01:42Sinon, quand vous êtes patron en France d'une entreprise de taille moyenne
01:46ou d'une ETI, ou petite entreprise, c'est impossible d'être un patron de gauche.
01:50Parce que tous ces curseurs dont on parle, finalement,
01:53qui font de vous un patron de gauche,
01:55ont été poussés bien au-delà du raisonnable.
01:57Si vous prenez tout ce qui concerne le rapport à l'État,
02:00cet État méfiant, cet État qui surtaxe, qui surréglemente,
02:05on a été beaucoup trop loin.
02:06Si vous prenez le pouvoir de nuisance des syndicats,
02:09il est très élevé, alors qu'il ne pèse pas grand-chose.
02:13Si vous regardez toutes les entraves, aujourd'hui,
02:15qu'on met dans la vie quotidienne des entreprises,
02:18c'est impossible d'être un patron de gauche.
02:20Et c'est surtout impossible d'être un patron de gauche
02:22au regard de ce qu'est la gauche aujourd'hui,
02:24puisque sans doute jamais la gauche, aujourd'hui,
02:27n'a autant détesté l'entreprise.
02:29C'est-à-dire que que vous écoutiez Olivier Faure
02:31ou que vous écoutiez Jean-Luc Mélenchon et LFI,
02:34jamais la gauche n'a autant détesté les entreprises qu'aujourd'hui.
02:39Donc non, c'est impossible, aujourd'hui,
02:40pour un petit patron d'une entreprise moyenne,
02:44d'être un patron de gauche.
02:46Jean-Marc, qu'est-ce que vous en pensez ?
02:48Non, moi, je pense que la façon d'aborder le problème par Emmanuel est la bonne.
02:52C'est-à-dire, est-ce qu'un patron peut être de gauche ?
02:53Est-ce que la gauche peut être proche des patrons ?
02:55C'est-à-dire, il y a les deux.
02:57C'est pas la même chose.
02:58C'est pas exactement la même chose.
02:59Et donc, le patron de gauche, par exemple,
03:01il va se précipiter vers les dispositifs législatifs
03:04qui permettent de créer des entreprises à mission,
03:06qui permettent d'afficher un certain nombre de valeurs.
03:08Et donc, ne serait-ce que pour des raisons de démagogie
03:12et d'image de marque,
03:13il y a un certain nombre de patrons et de chefs d'entreprise
03:15qui affichent des principes, qui clabent, qui sont...
03:18Et vous dites que c'est de la démagogie ?
03:19Mais, on ne sait pas très bien...
03:20Le dividende sociétal ?
03:22Voilà, oui, on ne sait pas très bien.
03:24Ça peut être assez artificiel.
03:26Et puis, ça peut se heurter, au bout d'un moment,
03:28aux intérêts même de l'entreprise.
03:29On l'a vu dans le cas de Danone,
03:30qui a, au bout d'un moment, demandé à son patron de partir.
03:35Et en face, vous avez le problème de la gauche.
03:37Est-ce que la gauche...
03:38Alors, la gauche actuelle, effectivement,
03:40est assez peu visible.
03:44Vous regardez quand même au niveau des élections européennes.
03:47En Hongrie, on a commenté le débat
03:49entre la droite eurosceptique et la droite pro-européenne.
03:52Il n'y a plus un représentant de parti de gauche au Parlement hongrois.
03:55Vous regardez les élections qui ont eu lieu au Danemark.
03:57Au Danemark, le Parti Socialiste a fait son plus mauvais score depuis sa création.
04:01Donc, vous avez une disparition de la gauche.
04:03Qu'est-ce qui reste de la gauche ?
04:04Je pense que j'avais écrit plusieurs livres pour dire qu'il y a trois formes de gauche,
04:09et pas deux.
04:09Il y a la gauche bolchevique, traditionnelle,
04:11qui est devenue une gauche plutôt islamo-gauchiste, maintenant,
04:14qui a abandonné les principes traditionnels du marxisme.
04:17La religion, c'est l'opium des peuples.
04:18Pour dire, les damnés de la terre, maintenant, ce sont les immigrés.
04:22Celle-là, de toute façon, elle ne veut pas entendre parler du patronat.
04:26Donc, le patronat ne peut pas être proche d'elle.
04:27Elle ne cherche pas à se crédibiliser en faisant des dîners.
04:29Pour être en couple, il faut quand même vouloir être en couple.
04:31Là, il n'y a pas d'amour possible.
04:33Il y a une gauche que j'appelle les léninistes lénifiants.
04:36C'est-à-dire les gens qui sont dans l'opposition,
04:38ils sont très très pour la rupture avec le capitalisme.
04:40C'est Mitterrand en 1971.
04:42Celui qui n'est pas pour la rupture avec le capitalisme ne peut pas être membre du Parti Socialiste.
04:47Et puis, ça s'est terminé par une politique libérale dans les années 80,
04:51avec le Premier ministre Fabius, qui aurait été le seul Premier ministre de droite de l'histoire de la Ve
04:55République.
04:55Alors, où est-ce que vous mettez François Hollande ? Dans la troisième catégorie ?
04:58Non, plutôt léniniste lénifiant.
04:59Ah, léniniste ! La finance, c'est mon ennemi, tout ça ?
05:01Le jeu d'économie, c'est la finance.
05:02Et il finit avec la loi El Khomri.
05:04Donc, c'est le léniniste lénifiant.
05:06Et puis, la troisième gauche, c'est ce que j'appelais les feuillants en référence à un mouvement politique de
05:12la Révolution
05:12qui était une gauche modérée, qui était incarnée par Manuel Valls.
05:16Donc, c'était « My government is pro-business ».
05:19C'est une formule de Manuel Valls, Premier ministre du gouvernement socialiste.
05:23Le ministre de l'Économie de 2016, qui s'appelle Emmanuel Macron,
05:27dit « Il faut se débarrasser du statut de la fonction publique ».
05:31Le manifeste Blair-Schroeder, qui est signé en 1999 par deux premiers ministres,
05:36un travailliste et un social-démocrate, contient cette formule.
05:39Une société socialiste est une société qui célèbre les mérites des chefs d'entreprise
05:44au même titre que ceux des artistes ou des footballeurs.
05:47Donc, cette gauche-là, effectivement, elle est normalement assez proche du patronat.
05:52Il y a un patronat proche d'elle.
05:53Et c'est qui, par exemple, aujourd'hui, le patron de gauche là-dedans ?
05:56Le problème, c'est qu'elle a du mal à s'incarner.
05:57C'est-à-dire qu'on peut considérer que, du côté des hommes politiques,
06:00Raphaël Glucksmann, qui a commencé comme candidat d'un parti libéral,
06:03incarne cette forme de gauche.
06:05Et vous avez, au sein du patronat, toute une dynamique patronale
06:08qui refuse le protectionnisme, qui est pro-européenne,
06:12qui s'incarne d'ailleurs, dans une certaine façon, dans le discours actuel du MEDEF,
06:16qui est dans une forme d'ambiguïté sur le thème « La souveraineté, oui, mais pas le protectionnisme ».
06:21Il y a, au sein même du patronat, des gens qui sont, non seulement pour l'entreprise à mission,
06:25mais qui voient bien qu'aussi bien à l'extrême-gauche qu'à l'extrême-droite,
06:28le véritable danger, c'est l'étatisme, la remise en cause du marché, la remise en cause de la libération.
06:33Le programme de Glucksmann, c'est plutôt près du PC, c'est pas très libéral.
06:37C'est pas très libéral, mais autour de lui, il y a des gens susceptibles de porter un message libéral.
06:41Quand on voit le débat sur le travail du 1er mai, c'est juste qu'un patron ne peut pas
06:48être de gauche aujourd'hui.
06:49Un petit patron représentatif, encore une fois, de ce qu'est la population des patrons du MEDEF,
06:54ne peut pas être de gauche aujourd'hui, quand on voit le niveau du débat sur le travail le 1er
06:59mai.
06:59Parce que vous dites que c'est anti-travail, en fait.
07:01Mais c'est même pas que c'est anti-travail.
07:03C'est-à-dire que c'est un débat qui est totalement anecdotique par rapport à tous les grands enjeux
07:08dont devraient s'emparer, finalement, les syndicats, que ce soit les syndicats de patrons,
07:13comme les syndicats de salariés.
07:16On nous dit qu'il faut financer les retraites, qu'il va falloir travailler plus longtemps.
07:20Or, on nous dit, en même temps, que l'intelligence artificielle va réduire la durée du travail.
07:23Enfin, vous voyez, l'ampleur des débats qu'il faudrait autour de la réinvention du travail
07:27et de toute la fiscalité et de la protection sociale.
07:29Il faudrait peut-être s'intéresser aux indicateurs démographiques aussi.
07:32Qui vont avec.
07:32Voilà, donc, non, un patron, aujourd'hui, ne peut pas être...
07:36Non, on est effectivement dans une gauche, maintenant,
07:40qui est, à part les islamo-gauchistes, qui est léniniste et lénifiante.
07:43Le véritable enjeu pour le patronat, c'est qu'on abandonne le léninisme
07:46pour devenir lénifiant, c'est-à-dire pour être prêt...
07:48Sauf que c'est la gauche qui a quand même fait le plus pour les entreprises.
07:51Exactement, pour refaire ce qu'a fait Hollande.
07:55N'écoutez pas ce que je dis, regardez ce que j'ai fait au final.
07:57Il est 7h19, merci à tous les deux.
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