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  • il y a 10 minutes
Ce jeudi 12 mars, le gouvernement qui veut encadrer les marges, et qui met la pression sur les distributeurs de carburants, a été abordé par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00La France Insoumise veut des chèques et bloquer les prix.
00:02Le Rassemblement National demande la baisse des taxes.
00:04On a les moyens de faire ni l'un ni l'autre.
00:06Donc de toute façon c'est réglé.
00:08Du côté du gouvernement, on tente un truc qui coûte rien.
00:10Mettre la pression sur les distributeurs et encadrer les marges.
00:12Qu'est-ce que vous en pensez ?
00:13Emmanuel, aujourd'hui vous faites face à Jean-Marc Daniel.
00:15Eh bien je pense que Sébastien Lecornu est un gros malin
00:18et qu'effectivement c'est une très bonne idée.
00:21C'est une mesure qui effectivement ne présente comme ça sur le papier
00:25que des avantages.
00:27D'abord, il faut rappeler que l'essence ça n'est pas un marché normal.
00:31Un marché normal dans les manuels d'économie qu'adore Jean-Marc Daniel.
00:36C'est les consommateurs qui peuvent arbitrer leur choix.
00:40C'est une concurrence forte.
00:42C'est une demande assez élastique.
00:45Or le carburant ne remplit aucune de ces conditions.
00:48On ne peut pas reporter la consommation.
00:50On ne peut pas se le substituer facilement.
00:52Et dans certaines zones, il y a vraiment un manque flagrant de concurrence.
00:56Donc l'État est quand même assez légitime à lutter contre les rentes de situation.
01:01Deux, et ça c'est très malin, on ne parle pas de plafonnement ou d'encadrement des prix.
01:05On parle de plafonnement des marges.
01:07Ça veut dire que finalement, on laisse les prix du pétrole évoluer.
01:11On laisse le marché quand même fonctionner.
01:14Et l'idée c'est qu'on s'en prend uniquement aux profiteurs de crise.
01:19Et c'est vrai que reconnaissez, et quand on regarde les chaînes d'info, quand on vit même dans les
01:25chaînes d'info, comme nous, regardez l'effet dévastateur que produisent les images.
01:29On a vu des litres de diesel à 2,50 euros, etc.
01:33Donc ça permet d'éviter ça.
01:35Et puis je rappelle quand même que la plupart des marchés de l'énergie sont quand même régulés.
01:38Prenez le gaz, prenez l'électricité.
01:40Tous ces marchés sont régulés.
01:41Donc il n'y a rien de choquant à ça.
01:44Et puis c'est vrai que ça permet aussi de lutter contre cette asymétrie.
01:48Vous savez ce qu'on appelle souvent le phénomène fusée et plume.
01:53C'est-à-dire en gros les prix montent comme une fusée et redescendent comme une plume.
01:57Donc voilà.
01:57Et je trouve que politiquement c'est très bien vu.
01:59Parce que comme vous l'avez dit, ça ne coûte rien.
02:01Et ça montre que le gouvernement est actif, est à la manœuvre.
02:04Et ça, les Français veulent qu'on s'occupe de leurs petites personnes.
02:08Et je trouve que donc c'est plutôt globalement une bonne proposition.
02:11C'est ce que Bertil Baillard appelle la politique des gros yeux.
02:13Ça fonctionne très bien.
02:15En fait, les gros yeux comme ça dans les stations-services et les distributeurs.
02:18Jean-Marc Daniel, vous qui les écrivez, les livres d'économie, vous ne l'êtes pas que les regarder.
02:23Vous dites oui en toute modestie.
02:25Encadrer les marges à la fin, c'est encadrer les prix, non ?
02:27Oui, mais complètement.
02:28Je suis totalement en désaccord avec ce que vient de dire Emmanuel.
02:30D'abord, l'interventionnisme démagogique, ça n'a jamais été pour moi une bonne idée.
02:34Même s'il avance avec une certaine forme de subtilité dans l'expression.
02:38Et donc, hier ou avant-hier, je conclue mon intervention en disant qu'il voulait mieux responsabiliser que protéger.
02:46Et je rappelle qu'il y a peut-être la nécessité d'utiliser son véhicule.
02:51Mais encore une fois, dans les années 70, auquel souvent on fait allusion concernant Emmanuel,
02:58dans les années 70, au moment des chocs pétroliers,
02:59on avait mis en place des procédures de covoiturage pour faire en sorte que les gens, effectivement,
03:04réagissent de façon collective et solidaire face à l'augmentation du prix du pétrole et de l'essence.
03:11Donc, en fait, je vais faire deux citations qui vont nous ramener, là aussi, dans ces années 70.
03:16La première, d'abord, c'est de 1986, qui est le cadre juridique dans lequel on évolue,
03:21qui explique d'ailleurs pourquoi Sébastien Lecornu se contente de faire des déclarations
03:24et de faire des appels démagogiques à la sanction des méchants,
03:29donc de faire les gros yeux.
03:30Donc, c'est que l'ordonnance du 30 juin 1945 est abrogée.
03:34C'est elle qui donnait la possibilité à l'État de fixer des prix.
03:38L'article suivant, c'est « Les prix des biens, produits et services
03:41sont librement déterminés par le jeu de la concurrence ».
03:44En France, c'est la concurrence.
03:46Et quand Emmanuel nous dit « mais il n'y a pas de concurrence »,
03:50Michel-Édouard Leclerc vient d'annoncer qu'il allait baisser les prix
03:53de 30 centimes.
03:54Donc, il y a de la concurrence et il y a quand même un maillage
03:57des magasins Leclerc qui est relativement important en France.
04:00Et puis, vraiment, dans les années 70, nous sommes 50 ans après l'arrivée
04:04de Raymond Barre au gouvernement.
04:06Et Raymond Barre écrivait ceci.
04:07Donc, Raymond Barre a été Premier ministre.
04:09Après, il est un peu oublié maintenant par la jeunesse,
04:11mais c'est quand même un économiste.
04:13Et il écrivait ceci.
04:14« Si les économistes modernes ont tempéré la conception de Böhm-Bawerk,
04:18selon laquelle l'empire des prix est aussi rigide
04:20que celui des lois naturelles. »
04:22Alors, même Böhm-Bawerk, c'est un économiste du 19e siècle,
04:25du début du 20e siècle, qui était autrichien.
04:28Il apparaît dans les films sur Sissi,
04:31parce que c'était le ministre de l'Économie et des Finances
04:33à l'époque où Sissi était impératrice.
04:35Et donc, c'est impératrice d'Autriche.
04:38Donc, si les économistes modernes, etc.,
04:40ils inclinent cependant à penser
04:42qu'une intervention sur les prix détruit
04:44le mécanisme le plus efficace de l'économie,
04:47celui qui permet une répartition juste des ressources,
04:49le mécanisme de la concurrence.
04:52Et donc...
04:53Oui, mais Jean-Marc, quand vous êtes sur l'autoroute,
04:54vous êtes un peu captif quand même.
04:55Mais voilà, exactement.
04:56Ah non, mais si vous êtes sur l'autoroute,
04:58effectivement, vous pouvez quand même programmer,
05:00surtout maintenant, vous savez,
05:01sur les stations-service,
05:02vous savez où est exactement le Leclerc,
05:04le plus proche, puisque le Leclerc,
05:06c'est 30 centimes de moins.
05:07Et si vous êtes sur l'autoroute,
05:09vous vous adaptez,
05:10et vous n'avez pas besoin que l'État
05:11vienne vous prendre par la main
05:13en disant « rassure-toi, mon brave,
05:15on va tout faire contre les méchants. »
05:16Non, mais c'est toute la différence,
05:19en fait, entre la théorie pure et abstraite
05:22que défend Jean-Marc
05:24et le pragmatisme politique
05:26auquel doit se plier le Premier ministre.
05:30Il faut qu'il fasse quelque chose, quoi.
05:31Et donc, encore une fois,
05:33je comprends que ça fasse mal à Jean-Marc
05:35d'admettre que la concurrence
05:37ne fonctionne pas parfaitement sur ce marché
05:40et qu'à ce titre,
05:41il n'est pas anormal d'apporter des rectificatifs
05:44et que, politiquement,
05:47effectivement, c'est une mesure
05:48qui est plutôt maligne.
05:50Je ne vous dis pas que c'est l'Alpha et l'Oméga.
05:51Ça coûte rien et ça permet de faire l'intéressant, quoi.
05:53Mais attendez, il faut être très clair.
05:55Oui, j'ai compris, c'est ça.
05:56L'objectif du gouvernement,
05:58c'est de laisser passer, finalement,
06:00la vague,
06:01c'est de laisser passer, finalement,
06:03cette période assez floue
06:05en faisant le gros dos,
06:07en ne dépensant rien
06:08et en donnant la pression
06:09qu'il prend activement en main
06:12les problèmes des Français.
06:14Le temps que les problèmes retombent.
06:15Et c'était, je ne sais plus qui,
06:17c'était Cueil, c'est ça, Jean-Marc,
06:19qui disait, il n'y a pas de problème
06:20que l'absence de solution ne finisse par résoudre.
06:23Voilà.
06:23Donc, je pense que c'est ça, la stratégie.
06:25C'est ne rien dépenser
06:26et faire le gros dos
06:28pour montrer quand même aux Français
06:29qu'on fait quelque chose.
06:31Et donc, encore une fois,
06:32c'est pas mal.
06:33Taper sur les distributeurs,
06:34ça ne coûte rien.
06:35Ça ne rapportera pas énormément
06:36parce que la réalité...
06:37Ça s'appelle la politique, quoi.
06:39C'est pour ça que Jean-Marc
06:41fait des livres d'économie.
06:42Et plutôt habile.
06:43Je citerai juste, encore une fois,
06:45un autre économiste libéral,
06:46donc pas Cueil, mais Jacques Ruef
06:47qui était à la même époque
06:48qu'Henri Cueil,
06:49et il disait,
06:50soyez libéral,
06:51soyez socialiste,
06:52mais surtout,
06:53homme politique,
06:54ne soyez pas menteur.
06:55Et je pense que, effectivement,
06:57c'est ce qui nous manque.
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