00:00La France Insoumise veut des chèques et bloquer les prix.
00:02Le Rassemblement National demande la baisse des taxes.
00:04On a les moyens de faire ni l'un ni l'autre.
00:06Donc de toute façon c'est réglé.
00:08Du côté du gouvernement, on tente un truc qui coûte rien.
00:10Mettre la pression sur les distributeurs et encadrer les marges.
00:12Qu'est-ce que vous en pensez ?
00:13Emmanuel, aujourd'hui vous faites face à Jean-Marc Daniel.
00:15Eh bien je pense que Sébastien Lecornu est un gros malin
00:18et qu'effectivement c'est une très bonne idée.
00:21C'est une mesure qui effectivement ne présente comme ça sur le papier
00:25que des avantages.
00:27D'abord, il faut rappeler que l'essence ça n'est pas un marché normal.
00:31Un marché normal dans les manuels d'économie qu'adore Jean-Marc Daniel.
00:36C'est les consommateurs qui peuvent arbitrer leur choix.
00:40C'est une concurrence forte.
00:42C'est une demande assez élastique.
00:45Or le carburant ne remplit aucune de ces conditions.
00:48On ne peut pas reporter la consommation.
00:50On ne peut pas se le substituer facilement.
00:52Et dans certaines zones, il y a vraiment un manque flagrant de concurrence.
00:56Donc l'État est quand même assez légitime à lutter contre les rentes de situation.
01:01Deux, et ça c'est très malin, on ne parle pas de plafonnement ou d'encadrement des prix.
01:05On parle de plafonnement des marges.
01:07Ça veut dire que finalement, on laisse les prix du pétrole évoluer.
01:11On laisse le marché quand même fonctionner.
01:14Et l'idée c'est qu'on s'en prend uniquement aux profiteurs de crise.
01:19Et c'est vrai que reconnaissez, et quand on regarde les chaînes d'info, quand on vit même dans les
01:25chaînes d'info, comme nous, regardez l'effet dévastateur que produisent les images.
01:29On a vu des litres de diesel à 2,50 euros, etc.
01:33Donc ça permet d'éviter ça.
01:35Et puis je rappelle quand même que la plupart des marchés de l'énergie sont quand même régulés.
01:38Prenez le gaz, prenez l'électricité.
01:40Tous ces marchés sont régulés.
01:41Donc il n'y a rien de choquant à ça.
01:44Et puis c'est vrai que ça permet aussi de lutter contre cette asymétrie.
01:48Vous savez ce qu'on appelle souvent le phénomène fusée et plume.
01:53C'est-à-dire en gros les prix montent comme une fusée et redescendent comme une plume.
01:57Donc voilà.
01:57Et je trouve que politiquement c'est très bien vu.
01:59Parce que comme vous l'avez dit, ça ne coûte rien.
02:01Et ça montre que le gouvernement est actif, est à la manœuvre.
02:04Et ça, les Français veulent qu'on s'occupe de leurs petites personnes.
02:08Et je trouve que donc c'est plutôt globalement une bonne proposition.
02:11C'est ce que Bertil Baillard appelle la politique des gros yeux.
02:13Ça fonctionne très bien.
02:15En fait, les gros yeux comme ça dans les stations-services et les distributeurs.
02:18Jean-Marc Daniel, vous qui les écrivez, les livres d'économie, vous ne l'êtes pas que les regarder.
02:23Vous dites oui en toute modestie.
02:25Encadrer les marges à la fin, c'est encadrer les prix, non ?
02:27Oui, mais complètement.
02:28Je suis totalement en désaccord avec ce que vient de dire Emmanuel.
02:30D'abord, l'interventionnisme démagogique, ça n'a jamais été pour moi une bonne idée.
02:34Même s'il avance avec une certaine forme de subtilité dans l'expression.
02:38Et donc, hier ou avant-hier, je conclue mon intervention en disant qu'il voulait mieux responsabiliser que protéger.
02:46Et je rappelle qu'il y a peut-être la nécessité d'utiliser son véhicule.
02:51Mais encore une fois, dans les années 70, auquel souvent on fait allusion concernant Emmanuel,
02:58dans les années 70, au moment des chocs pétroliers,
02:59on avait mis en place des procédures de covoiturage pour faire en sorte que les gens, effectivement,
03:04réagissent de façon collective et solidaire face à l'augmentation du prix du pétrole et de l'essence.
03:11Donc, en fait, je vais faire deux citations qui vont nous ramener, là aussi, dans ces années 70.
03:16La première, d'abord, c'est de 1986, qui est le cadre juridique dans lequel on évolue,
03:21qui explique d'ailleurs pourquoi Sébastien Lecornu se contente de faire des déclarations
03:24et de faire des appels démagogiques à la sanction des méchants,
03:29donc de faire les gros yeux.
03:30Donc, c'est que l'ordonnance du 30 juin 1945 est abrogée.
03:34C'est elle qui donnait la possibilité à l'État de fixer des prix.
03:38L'article suivant, c'est « Les prix des biens, produits et services
03:41sont librement déterminés par le jeu de la concurrence ».
03:44En France, c'est la concurrence.
03:46Et quand Emmanuel nous dit « mais il n'y a pas de concurrence »,
03:50Michel-Édouard Leclerc vient d'annoncer qu'il allait baisser les prix
03:53de 30 centimes.
03:54Donc, il y a de la concurrence et il y a quand même un maillage
03:57des magasins Leclerc qui est relativement important en France.
04:00Et puis, vraiment, dans les années 70, nous sommes 50 ans après l'arrivée
04:04de Raymond Barre au gouvernement.
04:06Et Raymond Barre écrivait ceci.
04:07Donc, Raymond Barre a été Premier ministre.
04:09Après, il est un peu oublié maintenant par la jeunesse,
04:11mais c'est quand même un économiste.
04:13Et il écrivait ceci.
04:14« Si les économistes modernes ont tempéré la conception de Böhm-Bawerk,
04:18selon laquelle l'empire des prix est aussi rigide
04:20que celui des lois naturelles. »
04:22Alors, même Böhm-Bawerk, c'est un économiste du 19e siècle,
04:25du début du 20e siècle, qui était autrichien.
04:28Il apparaît dans les films sur Sissi,
04:31parce que c'était le ministre de l'Économie et des Finances
04:33à l'époque où Sissi était impératrice.
04:35Et donc, c'est impératrice d'Autriche.
04:38Donc, si les économistes modernes, etc.,
04:40ils inclinent cependant à penser
04:42qu'une intervention sur les prix détruit
04:44le mécanisme le plus efficace de l'économie,
04:47celui qui permet une répartition juste des ressources,
04:49le mécanisme de la concurrence.
04:52Et donc...
04:53Oui, mais Jean-Marc, quand vous êtes sur l'autoroute,
04:54vous êtes un peu captif quand même.
04:55Mais voilà, exactement.
04:56Ah non, mais si vous êtes sur l'autoroute,
04:58effectivement, vous pouvez quand même programmer,
05:00surtout maintenant, vous savez,
05:01sur les stations-service,
05:02vous savez où est exactement le Leclerc,
05:04le plus proche, puisque le Leclerc,
05:06c'est 30 centimes de moins.
05:07Et si vous êtes sur l'autoroute,
05:09vous vous adaptez,
05:10et vous n'avez pas besoin que l'État
05:11vienne vous prendre par la main
05:13en disant « rassure-toi, mon brave,
05:15on va tout faire contre les méchants. »
05:16Non, mais c'est toute la différence,
05:19en fait, entre la théorie pure et abstraite
05:22que défend Jean-Marc
05:24et le pragmatisme politique
05:26auquel doit se plier le Premier ministre.
05:30Il faut qu'il fasse quelque chose, quoi.
05:31Et donc, encore une fois,
05:33je comprends que ça fasse mal à Jean-Marc
05:35d'admettre que la concurrence
05:37ne fonctionne pas parfaitement sur ce marché
05:40et qu'à ce titre,
05:41il n'est pas anormal d'apporter des rectificatifs
05:44et que, politiquement,
05:47effectivement, c'est une mesure
05:48qui est plutôt maligne.
05:50Je ne vous dis pas que c'est l'Alpha et l'Oméga.
05:51Ça coûte rien et ça permet de faire l'intéressant, quoi.
05:53Mais attendez, il faut être très clair.
05:55Oui, j'ai compris, c'est ça.
05:56L'objectif du gouvernement,
05:58c'est de laisser passer, finalement,
06:00la vague,
06:01c'est de laisser passer, finalement,
06:03cette période assez floue
06:05en faisant le gros dos,
06:07en ne dépensant rien
06:08et en donnant la pression
06:09qu'il prend activement en main
06:12les problèmes des Français.
06:14Le temps que les problèmes retombent.
06:15Et c'était, je ne sais plus qui,
06:17c'était Cueil, c'est ça, Jean-Marc,
06:19qui disait, il n'y a pas de problème
06:20que l'absence de solution ne finisse par résoudre.
06:23Voilà.
06:23Donc, je pense que c'est ça, la stratégie.
06:25C'est ne rien dépenser
06:26et faire le gros dos
06:28pour montrer quand même aux Français
06:29qu'on fait quelque chose.
06:31Et donc, encore une fois,
06:32c'est pas mal.
06:33Taper sur les distributeurs,
06:34ça ne coûte rien.
06:35Ça ne rapportera pas énormément
06:36parce que la réalité...
06:37Ça s'appelle la politique, quoi.
06:39C'est pour ça que Jean-Marc
06:41fait des livres d'économie.
06:42Et plutôt habile.
06:43Je citerai juste, encore une fois,
06:45un autre économiste libéral,
06:46donc pas Cueil, mais Jacques Ruef
06:47qui était à la même époque
06:48qu'Henri Cueil,
06:49et il disait,
06:50soyez libéral,
06:51soyez socialiste,
06:52mais surtout,
06:53homme politique,
06:54ne soyez pas menteur.
06:55Et je pense que, effectivement,
06:57c'est ce qui nous manque.
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