00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:03Des faillites en série, des champions de la tech au tapis, des emplois détruits, des prêts non remboursés.
00:08C'est peut-être ce qui nous attend avec cette tornade de l'intelligence artificielle.
00:11Ça commence à faire peur. Certains voient cette tornade d'arriver d'ici 2028.
00:15Etienne Braque nous a raconté il y a quelques instants les prévisions de Citrini Research.
00:19Jean-Marc Daniel, est-ce que c'est de la destruction créatrice typique à la Schumpeter
00:24ou est-ce que c'est de la destruction tout court ?
00:26C'est de la destruction créatrice typiquement à la Schumpeter.
00:30Et je vais commencer tout de suite par la citation latine
00:32« Nihil novi soupsolé, il n'y a rien de nouveau sous le soleil ».
00:35Ça fait depuis qu'il y a du progrès technique, depuis qu'il y a de la destruction créatrice,
00:39qu'on nous annonce une situation apocalyptique
00:42où effectivement il va y avoir des hordes de chômeurs,
00:44qu'il va y avoir un effondrement de la demande
00:46et qu'à partir de ce moment-là, la situation économique va se traduire
00:50par une plongée dans la misère, la guerre civile et la récession.
00:54Mais la question de fond, Jean-Marc, c'est de quoi va-t-on travailler ?
00:56Alors écoutez, je vais juste faire une citation et puis je vais vous répondre à ça.
01:00Mais on en est en 1819, le personnage qui s'exprime ainsi s'appelle Sismondi
01:05et il est devenu le symbole pour les économistes de la lutte contre le progrès technique.
01:09Et qu'est-ce qu'il écrit ?
01:10Il écrit « Vous considérez que la richesse est tout,
01:13les hommes ne seraient à vous entendre absolument rien.
01:16Il ne reste plus qu'à désirer que votre roi
01:19demeurait tout seul dans l'île, c'est en Angleterre,
01:22en tournant constamment une manivelle,
01:24fasse accomplir par des automates tout l'ouvrage de l'Angleterre.
01:27Que deviendraient les Anglais ? »
01:29En 1819, il y a déjà quelqu'un qui s'inquiétait
01:31de l'avenir des Anglais dont les emplois allaient être supprimés
01:34par les machines, les automates,
01:37ce qui allaient devenir les robots.
01:39Et donc, qu'est-ce qu'ils sont devenus ?
01:40Les Anglais, ils sont devenus d'abord des ouvriers
01:42parce que tous ces automates, il a fallu les entretenir,
01:45les installer, les préparer.
01:47De même qu'il faudra entretenir, installer les programmes.
01:49Les robots, on va travailler sur les robots.
01:51Il faudra produire de l'électricité.
01:52On va mettre de l'huile sur les robots.
01:54Il faudra produire de l'électricité.
01:55Il faudra passer l'aspirateur dans les techniques,
01:58dans les data centers.
01:59Il y a tout un tas de travaux qui vont apparaître.
02:01Et puis, il faudra vérifier la qualité de l'information
02:03puisque l'intelligence artificielle,
02:05c'est avant tout de la production d'informations,
02:07de la vérification d'informations,
02:09de l'organisation autour de l'information.
02:11Et une des grandes différences de l'information
02:12par rapport aux biens matériels,
02:14c'est qu'il peut y avoir des fausses informations.
02:16Et donc, il y a tout un travail.
02:17Donc, il y aura du travail.
02:18Il y aura du travail.
02:19Je vais prendre encore une fois un dernier exemple.
02:21C'est que les acteurs sont signés, là, récemment.
02:25Oui, ils sont très inquiets.
02:26Ils sont très inquiets.
02:264 000 signatures sur « Que va devenir notre métier ? »
02:29Et j'ai regardé la signature d'un texte en 1931
02:33où, face à la montée du cinéma,
02:35les acteurs s'inquiétaient de la disparition du théâtre.
02:38Oui, mais là, vous nous dites quand même
02:39qu'ils vont aller passer le balai dans les usines à robots.
02:41Il y aura des gens qui passera le balai.
02:42Non, mais il faut juste les prévenir.
02:43Non, mais il y a des gens aussi
02:45qui vérifieront la qualité de l'information.
02:47Oui.
02:48Allez, Emmanuel, est-ce que vous êtes inquiet ?
02:49Alors, c'est vrai qu'au cours de l'histoire,
02:52à chaque fois qu'il y a une révolution technologique,
02:54il y a toujours eu des gens pour dire
02:55« Ça va être l'apocalypse, etc. »
02:56Ça n'a jamais été le cas
02:57parce qu'on a toujours créé plus d'emplois
02:59qu'on en a détruits.
03:00Mais l'argument de « Cette fois, c'est différent »,
03:03quand même, cette fois-ci, c'est vraiment différent.
03:06Et donc, il y a quand même plusieurs choses qui inquiètent.
03:09D'abord, ce qui est radicalement différent,
03:12c'est la vitesse à laquelle, finalement,
03:14ces nouvelles technologies se propagent.
03:16Je vous rappelle que pour atteindre un marché
03:19de 100 millions d'utilisateurs,
03:21il a fallu 75 ans au téléphone,
03:23il a fallu 30 ans à l'électricité,
03:25il a fallu un mois à Tchad-GPT.
03:26Donc, la vitesse à laquelle il faut s'adapter,
03:29c'est quelque chose qui est extrêmement compliqué à gérer.
03:32Et puis, après, il y a eu deux mécaniques,
03:35deux mécanismes qui ont fait que, finalement,
03:37ces transferts d'emplois se sont plutôt bien passés,
03:39qui ne vont plus fonctionner.
03:40Ces deux mécanismes, c'est un, d'abord, le déversement.
03:44C'est-à-dire, en gros, vous avez détruit des emplois dans les champs,
03:48vous avez mécanisé les champs,
03:50du coup, vous êtes allé travailler dans les usines,
03:52vous avez robotisé les usines,
03:54vous avez travaillé dans les services.
03:56La réalité, c'est qu'à chaque fois,
03:57on a remplacé des emplois répétitifs
03:59par des autres emplois répétitifs.
04:01Cette fois-ci, c'est complètement différent
04:03puisque c'est notre intelligence et pas nos bras
04:04qui sont absolument challengés.
04:06Et puis, l'autre théorie qui ne fonctionne plus,
04:08c'est la théorie du ruissellement.
04:10C'est-à-dire que, quand vous créez beaucoup d'emplois,
04:12ça génère aussi beaucoup d'emplois
04:13pour d'autres qui, finalement, vont créer de la prospérité.
04:17Or, on est dans un monde qui est radicalement différent.
04:19Le premier monde, c'était ce qu'on pouvait appeler
04:21le monde de la peinture flamande.
04:22Vous aviez peu de gens qui travaillaient pour peu de gens.
04:24Après, vous avez eu l'économie du château de Versailles.
04:26C'est-à-dire, beaucoup de gens qui travaillent pour peu de gens.
04:28Vous avez eu l'âge d'or, l'économie du XXe siècle,
04:31le taylorisme, des entreprises qui ont des centaines
04:34de milliers de salariés qui travaillent pour le monde entier.
04:36C'est les grands constructeurs automobiles, etc.
04:38Là, vous êtes dans un monde radicalement différent
04:40avec très peu de gens qui peuvent travailler pour beaucoup de gens.
04:4520 types, aujourd'hui, dans 100 mètres carrés,
04:47peuvent créer une appli qui va révolutionner le monde,
04:49qui va gagner des fortunes,
04:51qui va gagner des revenus d'entreprises multinationales,
04:54mais qui seront répartis entre très peu de gens.
04:55Donc, il y aura très peu de travail, selon vous.
04:57Donc, il y aura très peu de richesses redistribuées.
05:00Donc, pour moi, il y a trois enjeux,
05:01parce que je pense que c'est une transition
05:04qui va être extrêmement compliquée.
05:06Le premier enjeu, c'est la formation.
05:07C'est indispensable.
05:08Le deuxième enjeu, c'est quelle politique
05:11de filet de protection sociale on prévoit.
05:14Et je pense qu'il faudra se poser dans ce nouveau monde.
05:16Il faudra un revenu minimum.
05:17Oui, il faudra se poser dans ce moment
05:19la question du revenu universel.
05:20Et puis, la troisième chose,
05:21c'est quelles ressources fiscales
05:23pour financer tout ça ?
05:24C'est-à-dire que si vous avez vos bases fiscales
05:26qui disparaissent les unes après les autres,
05:27le travail, l'énergie carbonée, etc.,
05:31il va bien falloir trouver aussi
05:33des nouvelles ressources fiscales.
05:34Donc, c'est effectivement un choc
05:36qui sera d'une violence sans précédent,
05:38qui pose plus de problèmes aux politiques
05:40qu'aux économistes.
05:41L'économiste, comme Jean-Marc,
05:42il est très à l'aise là-dedans.
05:43On a des nouveaux emplois qui vont se créer
05:45pour remplacer ceux qui disparaissent, etc.
05:47Mais la réalité, c'est que
05:48ceux qui vont profiter de ces nouveaux emplois
05:50ne sont pas ceux qui auront perdu leurs emplois.
05:52Donc, socialement, c'est un défi considérable.
05:55Donc, c'est plus un défi social que politique.
05:57Et ça n'est qu'à cette condition-là
05:58que Jean-Marc pourra fanfaronner en disant...
06:00Je rappelle la citation très connue de Jean-Marc.
06:02Il n'y a pas de honte à être gardien de musée
06:03ni à passer l'aspirateur dans les usines de robot.
06:06Il y a des gens qui passent des aspirateurs.
06:07Il y a déjà des gens qui passent des aspirateurs.
06:09Il n'y a pas de honte de le faire
06:10dans des data centers
06:11plutôt que dans des usines
06:12qui produisent des automobiles.
06:13C'est juste qu'il faut bien les présenir
06:15chez Capgemini, par exemple.
06:16Mais chez Capgemini, il faut leur dire qu'ils vont...
06:17Non, Capgemini, non.
06:19Mais les gens qui fabriquent des automobiles,
06:20il faut leur dire qu'ils vont fabriquer des programmes.
06:22Merci à tous les deux.
06:23On va revenir sur la droite.
06:24Mais ce ne sera pas les mêmes.
06:25Ah, mais les ingénieurs, ça s'appeleront.
06:27À demain.
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