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  • il y a 3 minutes
Ce mardi 24 février, les conséquences de la tornade de l'intelligence artificielle sur l'emploi, les entreprises et l'économie, ont été abordées par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Face à Emmanuel Le Chiffre, c'est Jean-Marc Daniel.
00:03Des faillites en série, des champions de la tech au tapis, des emplois détruits, des prêts non remboursés.
00:08C'est peut-être ce qui nous attend avec cette tornade de l'intelligence artificielle.
00:11Ça commence à faire peur. Certains voient cette tornade d'arriver d'ici 2028.
00:15Etienne Braque nous a raconté il y a quelques instants les prévisions de Citrini Research.
00:19Jean-Marc Daniel, est-ce que c'est de la destruction créatrice typique à la Schumpeter
00:24ou est-ce que c'est de la destruction tout court ?
00:26C'est de la destruction créatrice typiquement à la Schumpeter.
00:30Et je vais commencer tout de suite par la citation latine
00:32« Nihil novi soupsolé, il n'y a rien de nouveau sous le soleil ».
00:35Ça fait depuis qu'il y a du progrès technique, depuis qu'il y a de la destruction créatrice,
00:39qu'on nous annonce une situation apocalyptique
00:42où effectivement il va y avoir des hordes de chômeurs,
00:44qu'il va y avoir un effondrement de la demande
00:46et qu'à partir de ce moment-là, la situation économique va se traduire
00:50par une plongée dans la misère, la guerre civile et la récession.
00:54Mais la question de fond, Jean-Marc, c'est de quoi va-t-on travailler ?
00:56Alors écoutez, je vais juste faire une citation et puis je vais vous répondre à ça.
01:00Mais on en est en 1819, le personnage qui s'exprime ainsi s'appelle Sismondi
01:05et il est devenu le symbole pour les économistes de la lutte contre le progrès technique.
01:09Et qu'est-ce qu'il écrit ?
01:10Il écrit « Vous considérez que la richesse est tout,
01:13les hommes ne seraient à vous entendre absolument rien.
01:16Il ne reste plus qu'à désirer que votre roi
01:19demeurait tout seul dans l'île, c'est en Angleterre,
01:22en tournant constamment une manivelle,
01:24fasse accomplir par des automates tout l'ouvrage de l'Angleterre.
01:27Que deviendraient les Anglais ? »
01:29En 1819, il y a déjà quelqu'un qui s'inquiétait
01:31de l'avenir des Anglais dont les emplois allaient être supprimés
01:34par les machines, les automates,
01:37ce qui allaient devenir les robots.
01:39Et donc, qu'est-ce qu'ils sont devenus ?
01:40Les Anglais, ils sont devenus d'abord des ouvriers
01:42parce que tous ces automates, il a fallu les entretenir,
01:45les installer, les préparer.
01:47De même qu'il faudra entretenir, installer les programmes.
01:49Les robots, on va travailler sur les robots.
01:51Il faudra produire de l'électricité.
01:52On va mettre de l'huile sur les robots.
01:54Il faudra produire de l'électricité.
01:55Il faudra passer l'aspirateur dans les techniques,
01:58dans les data centers.
01:59Il y a tout un tas de travaux qui vont apparaître.
02:01Et puis, il faudra vérifier la qualité de l'information
02:03puisque l'intelligence artificielle,
02:05c'est avant tout de la production d'informations,
02:07de la vérification d'informations,
02:09de l'organisation autour de l'information.
02:11Et une des grandes différences de l'information
02:12par rapport aux biens matériels,
02:14c'est qu'il peut y avoir des fausses informations.
02:16Et donc, il y a tout un travail.
02:17Donc, il y aura du travail.
02:18Il y aura du travail.
02:19Je vais prendre encore une fois un dernier exemple.
02:21C'est que les acteurs sont signés, là, récemment.
02:25Oui, ils sont très inquiets.
02:26Ils sont très inquiets.
02:264 000 signatures sur « Que va devenir notre métier ? »
02:29Et j'ai regardé la signature d'un texte en 1931
02:33où, face à la montée du cinéma,
02:35les acteurs s'inquiétaient de la disparition du théâtre.
02:38Oui, mais là, vous nous dites quand même
02:39qu'ils vont aller passer le balai dans les usines à robots.
02:41Il y aura des gens qui passera le balai.
02:42Non, mais il faut juste les prévenir.
02:43Non, mais il y a des gens aussi
02:45qui vérifieront la qualité de l'information.
02:47Oui.
02:48Allez, Emmanuel, est-ce que vous êtes inquiet ?
02:49Alors, c'est vrai qu'au cours de l'histoire,
02:52à chaque fois qu'il y a une révolution technologique,
02:54il y a toujours eu des gens pour dire
02:55« Ça va être l'apocalypse, etc. »
02:56Ça n'a jamais été le cas
02:57parce qu'on a toujours créé plus d'emplois
02:59qu'on en a détruits.
03:00Mais l'argument de « Cette fois, c'est différent »,
03:03quand même, cette fois-ci, c'est vraiment différent.
03:06Et donc, il y a quand même plusieurs choses qui inquiètent.
03:09D'abord, ce qui est radicalement différent,
03:12c'est la vitesse à laquelle, finalement,
03:14ces nouvelles technologies se propagent.
03:16Je vous rappelle que pour atteindre un marché
03:19de 100 millions d'utilisateurs,
03:21il a fallu 75 ans au téléphone,
03:23il a fallu 30 ans à l'électricité,
03:25il a fallu un mois à Tchad-GPT.
03:26Donc, la vitesse à laquelle il faut s'adapter,
03:29c'est quelque chose qui est extrêmement compliqué à gérer.
03:32Et puis, après, il y a eu deux mécaniques,
03:35deux mécanismes qui ont fait que, finalement,
03:37ces transferts d'emplois se sont plutôt bien passés,
03:39qui ne vont plus fonctionner.
03:40Ces deux mécanismes, c'est un, d'abord, le déversement.
03:44C'est-à-dire, en gros, vous avez détruit des emplois dans les champs,
03:48vous avez mécanisé les champs,
03:50du coup, vous êtes allé travailler dans les usines,
03:52vous avez robotisé les usines,
03:54vous avez travaillé dans les services.
03:56La réalité, c'est qu'à chaque fois,
03:57on a remplacé des emplois répétitifs
03:59par des autres emplois répétitifs.
04:01Cette fois-ci, c'est complètement différent
04:03puisque c'est notre intelligence et pas nos bras
04:04qui sont absolument challengés.
04:06Et puis, l'autre théorie qui ne fonctionne plus,
04:08c'est la théorie du ruissellement.
04:10C'est-à-dire que, quand vous créez beaucoup d'emplois,
04:12ça génère aussi beaucoup d'emplois
04:13pour d'autres qui, finalement, vont créer de la prospérité.
04:17Or, on est dans un monde qui est radicalement différent.
04:19Le premier monde, c'était ce qu'on pouvait appeler
04:21le monde de la peinture flamande.
04:22Vous aviez peu de gens qui travaillaient pour peu de gens.
04:24Après, vous avez eu l'économie du château de Versailles.
04:26C'est-à-dire, beaucoup de gens qui travaillent pour peu de gens.
04:28Vous avez eu l'âge d'or, l'économie du XXe siècle,
04:31le taylorisme, des entreprises qui ont des centaines
04:34de milliers de salariés qui travaillent pour le monde entier.
04:36C'est les grands constructeurs automobiles, etc.
04:38Là, vous êtes dans un monde radicalement différent
04:40avec très peu de gens qui peuvent travailler pour beaucoup de gens.
04:4520 types, aujourd'hui, dans 100 mètres carrés,
04:47peuvent créer une appli qui va révolutionner le monde,
04:49qui va gagner des fortunes,
04:51qui va gagner des revenus d'entreprises multinationales,
04:54mais qui seront répartis entre très peu de gens.
04:55Donc, il y aura très peu de travail, selon vous.
04:57Donc, il y aura très peu de richesses redistribuées.
05:00Donc, pour moi, il y a trois enjeux,
05:01parce que je pense que c'est une transition
05:04qui va être extrêmement compliquée.
05:06Le premier enjeu, c'est la formation.
05:07C'est indispensable.
05:08Le deuxième enjeu, c'est quelle politique
05:11de filet de protection sociale on prévoit.
05:14Et je pense qu'il faudra se poser dans ce nouveau monde.
05:16Il faudra un revenu minimum.
05:17Oui, il faudra se poser dans ce moment
05:19la question du revenu universel.
05:20Et puis, la troisième chose,
05:21c'est quelles ressources fiscales
05:23pour financer tout ça ?
05:24C'est-à-dire que si vous avez vos bases fiscales
05:26qui disparaissent les unes après les autres,
05:27le travail, l'énergie carbonée, etc.,
05:31il va bien falloir trouver aussi
05:33des nouvelles ressources fiscales.
05:34Donc, c'est effectivement un choc
05:36qui sera d'une violence sans précédent,
05:38qui pose plus de problèmes aux politiques
05:40qu'aux économistes.
05:41L'économiste, comme Jean-Marc,
05:42il est très à l'aise là-dedans.
05:43On a des nouveaux emplois qui vont se créer
05:45pour remplacer ceux qui disparaissent, etc.
05:47Mais la réalité, c'est que
05:48ceux qui vont profiter de ces nouveaux emplois
05:50ne sont pas ceux qui auront perdu leurs emplois.
05:52Donc, socialement, c'est un défi considérable.
05:55Donc, c'est plus un défi social que politique.
05:57Et ça n'est qu'à cette condition-là
05:58que Jean-Marc pourra fanfaronner en disant...
06:00Je rappelle la citation très connue de Jean-Marc.
06:02Il n'y a pas de honte à être gardien de musée
06:03ni à passer l'aspirateur dans les usines de robot.
06:06Il y a des gens qui passent des aspirateurs.
06:07Il y a déjà des gens qui passent des aspirateurs.
06:09Il n'y a pas de honte de le faire
06:10dans des data centers
06:11plutôt que dans des usines
06:12qui produisent des automobiles.
06:13C'est juste qu'il faut bien les présenir
06:15chez Capgemini, par exemple.
06:16Mais chez Capgemini, il faut leur dire qu'ils vont...
06:17Non, Capgemini, non.
06:19Mais les gens qui fabriquent des automobiles,
06:20il faut leur dire qu'ils vont fabriquer des programmes.
06:22Merci à tous les deux.
06:23On va revenir sur la droite.
06:24Mais ce ne sera pas les mêmes.
06:25Ah, mais les ingénieurs, ça s'appeleront.
06:27À demain.
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