- il y a 13 heures
Mardi 19 mai 2026, retrouvez Jean-Pierre Petit (Président, Cahiers Verts de l'Économie) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
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00:01Musique
00:10Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque soir c'est le quart d'heure thématique.
00:13Le thème ce soir c'est celui du marché et de la stratégie d'investissement qu'il faut avoir en
00:18tête à ce stade.
00:19Nous en parlons avec Jean-Pierre Petit en visio avec nous, le président des cahiers verts de l'économie.
00:23Bonsoir et bienvenue Jean-Pierre, bien installé dans son fauteuil.
00:26Peut-être commençons par décrypter cette nouvelle séquence de repricing obligataire Jean-Pierre
00:31avec des niveaux de taux sur des parties longues, très longues, qui sont effectivement impressionnants
00:37qu'on n'a pas vus depuis une vingtaine d'années maintenant aux Etats-Unis, au Japon, en Europe
00:42et partant également d'une dynamique qui a un peu changé depuis la crise du Golfe
00:45puisqu'au démarrage de la crise du Golfe on avait plutôt un phénomène d'aplatissement des courbes obligataires
00:50et là visiblement il y a quand même un mouvement inverse qui est en train de se remettre en place
00:55à savoir une repontification et plutôt les parties longues qui semblent un peu hors de contrôle presque Jean-Pierre.
01:02Oui alors d'abord ce n'est pas des records parce que si on regarde bien sur la correction obligataire
01:08qui a eu lieu à partir de 2022 jusqu'à l'automne 2023, le 10 ans américain avait tangenté les
01:165%
01:16donc on retrouve des niveaux finalement là qui malgré la correction sont quand même inférieurs.
01:23Bon ben il y a plusieurs choses dans les taux longs nominaux, il y a d'abord une composante réelle
01:29qui est liée à la croissance potentielle et qui est liée aussi au déficit d'épargne par rapport à l
01:33'investissement
01:34qu'on voit dans les grandes zones parce qu'il y a beaucoup de besoins d'investissement.
01:37Vous avez parlé de la tech jusqu'à maintenant dans l'émission précédente, il y a beaucoup de besoins d
01:44'investissement
01:45dans le numérique, dans l'énergie, dans le géopolitique, la défense, il y a des besoins aussi
01:53pour gérer la transition démographique, le vieillissement, enfin bref tout ça fait monter le taux réel
01:59c'est ce qu'on a pu observer depuis un peu plus de 3 ans, 3 ans et demi à
02:05peu près, notre taux réel d'équilibre a monté
02:08ça nous rappelle d'ailleurs un petit peu les années 90, la thématique de la pénurie d'épargne mondiale
02:12qui voyait les taux réels monter. Donc il ne faut jamais oublier que dans le taux long nominal
02:16il y a une partie réelle et une partie nominale. Et dans la partie purement nominale
02:20ce qui a changé c'est évidemment l'inflation anticipée, c'est un peu le durcissement des politiques monétaires
02:28c'est aussi l'appétit pour le risque parce qu'il y a eu un retour de l'appétit pour
02:31le risque
02:32là depuis la fin mars, l'extrême fin mars et début avril
02:35donc il y a eu un peu plus de flux sur les actions
02:39c'est aussi des questions de positionnement
02:43la macro, les surprises macro, enfin bref c'est un ensemble d'éléments
02:46qui explique un petit peu cette correction sur la partie longue de la courbe
02:50après où on va, est-ce qu'on va se poursuivre
02:54est-ce que ce mouvement de correction va se poursuivre sur la partie longue ?
02:59Franchement je ne le pense pas.
03:01On arrive là à des niveaux vous dites où on est un peu à la croisée des chemins
03:05Jean-Pierre, qu'est-ce qui vous fait dire ça ?
03:08Nos prévisions d'inflation, nos prévisions de croissance
03:12et nos estimations de politique monétaire future
03:16ne justifient pas par exemple, encore, on n'est pas beaucoup en dessous
03:19on a un taux d'équilibre, le taux 10 ans américain d'équilibre dans notre modèle est à 4,45
03:24on n'a pas bougé depuis des mois et des mois
03:27bon là on est un peu au-dessus mais ce que je pense
03:30la question que vous me posez c'est est-ce que ça va se poursuivre ?
03:33Est-ce que ça va encore se tendre et qu'on va dépasser les 5 aux Etats-Unis etc ?
03:37Ma réponse est que les fondamentaux que je viens de vous décrire brièvement
03:42ne le justifient pas
03:45et pourtant on est plus optimiste que le consensus sur la croissance américaine
03:49puisqu'on a 2,4% de croissance aux Etats-Unis cette année
03:52on a une inflation qui va dépasser les 4 dans quelques temps
03:55puis ensuite qui va baisser parce que tout va dépendre évidemment
03:58de ce qui va se passer au détroit d'Hormuz
04:00comme vous l'avez évoqué dans l'émission précédente
04:03et donc c'est pas justifié
04:04et puis alors c'est encore moins justifié pour l'Europe si je puis dire
04:07parce que si on avait une banque centrale adaptée à la situation et efficace
04:11il est bien évident que son premier job ce serait de ne pas subir la hausse des taux américains
04:15et d'agir évidemment de façon à retrouver beaucoup plus d'autonomie
04:21parce que la situation européenne n'a strictement rien à voir avec la situation américaine
04:26sur la croissance on va avoir dans le meilleur des cas 0,5-0,6
04:30aux Etats-Unis on a 2,4
04:34la montée de l'inflation va être évidemment plus faible
04:36enfin la situation européenne
04:38enfin c'est quand même assez fou de voir qu'aujourd'hui
04:40on a une inflation qui va beaucoup plus monter aux Etats-Unis
04:44une croissance qui va être beaucoup plus forte qu'en Europe
04:47et pourtant c'est la banque centrale européenne qui va remonter ses taux
04:50et pas la réserve fédérale
04:51donc voilà
04:52c'est le retour de la vieille banque centrale européenne classique
04:57celle de Duesenberg, de Fichet et l'as de Lagarde
04:59que vous avez bien connue à la Bundesbank Jean-Pierre
05:03mais ça veut dire d'un point de vue de marché
05:05parce qu'on a assisté quand même à une convergence du spread transatlantique
05:09qui est revenu à un moment peut-être à moins de 100 BP
05:13là on va se réécarter
05:15on va avoir un phénomène de réécartement pour vous
05:17des taux européens et américains ?
05:21Oui sauf que ça va prendre du temps
05:22il va falloir que la BCE finisse par réaliser que ce choc
05:27que nous connaissons
05:29d'ailleurs le choc, il n'y a pas que la guerre d'Iran
05:33alors on est plus frappé par la guerre d'Iran que les Etats-Unis
05:36et que pas mal d'autres régions dans le monde
05:39mais nous avons quand même des conditions macro-financières
05:41qui sont beaucoup plus dégradées qu'aux Etats-Unis
05:44parce qu'on n'a pas une performance du marché actions aussi forte
05:48l'euro si vous voulez un 16, un 17
05:51c'est un euro objectivement trop fort
05:55il y a de nouvelles pressions commerciales de Trump
05:57la hausse des droits de douane sur les automobiles
06:01des menaces si jamais il y a une remise en cause
06:04des accords de Turnberry
06:07qui avaient été signés en juillet de l'année dernière
06:10avec Ursula von der Leyen et Trump
06:12il y a une chute considérable des intentions d'embauche en Europe
06:16une chute de la confiance et on a beaucoup moins de marge de manœuvre budgétaire
06:20donc en fait avec un tableau pareil
06:23ça va être assez fou de voir la Banque Centrale Européenne resserrer
06:28donc mener une activité pro-cyclique
06:30totalement disproportionnée et non justifiée
06:34je comprends à la limite qu'elle tienne un discours de vigilance
06:38un discours au guiche comme on dit vis-à-vis de l'inflation
06:41mais resserrer les conditions financières
06:44ça va ressembler un petit peu à l'épisode de 2011
06:47On verra pour l'instant, il y en a une délivrée sans doute en juin
06:50on verra si une deuxième suit ce qui serait toujours un moindre mal
06:53par rapport à ce que le marché s'est mis à anticiper à un moment
06:56qui était plutôt proche de 3 hausses de taux voire plus
06:59à ce titre-là j'aimerais bien que...
07:01à mon avis dans la courbe, enfin dans les taux longs
07:05je pense qu'en Europe c'est encore, enfin normalement si on se projette à 6 mois et qu'on
07:10ne croit pas aux 3 hausses de taux directeur de la BCE
07:14le spread avec évidemment le 10 ans américain a plutôt vocation à s'écarter
07:19Il nous reste 5 minutes Jean-Pierre, je voudrais qu'on termine par vos conclusions en matière de stratégie d
07:24'investissement
07:25un mot de Kevin Warch qui arrive, qui est en train de prendre la présidence de la réserve fédérale américaine
07:30qui va prendre la présidence également du FOMC, l'organe de décision de la politique monétaire aux Etats-Unis
07:37qu'est-ce que vous comprenez de ce qu'il va apporter à la réserve fédérale américaine
07:42tant sur le plan de la politique monétaire que sur le reste, sur le reste des missions de la réserve
07:48fédérale américaine ?
07:50Écoutez, je crois qu'on exagère un peu l'importance du poids du président du système de réserve fédérale des
07:58Etats-Unis
07:59enfin au moins en ce qui concerne les décisions de politique monétaire des prochains mois
08:04je crois que tout plaide, que ce soit Kevin Warch, Jérôme Powell ou la plupart des membres du FOMC
08:11je crois que tout plaide en faveur d'un statu quo en fonction des fonctions de réaction historique de la
08:17Fed
08:18et de sa flexibilité qui apparaît évidemment beaucoup plus efficiente que celle de la BCE
08:25j'y faisais allusion tout à l'heure
08:27et je crois que le statu quo compte tenu du contexte tel qu'il est à peu près dans le
08:33consensus
08:33c'est-à-dire comme vous l'avez évoqué, une résorption progressive laborieuse avec des hauts et des bas
08:39mais quand même du blocage du détroit d'Hormuz
08:42donc un mouvement à la baisse des prix du baril
08:47et un mouvement à la baisse des incertitudes géopolitiques, des goulets, des tranglements qu'on voit ici ou là, des
08:52inquiétudes etc.
08:53donc avec les prévisions de croissance et d'inflation que j'ai rapidement évoquées tout à l'heure
09:01je pense que l'option la plus plausible c'est le statu quo
09:06et donc je pense que de ce point de vue le consensus a raison contrairement à la BCE
09:11Qu'est-ce qui guide votre réflexion en matière de recommandations d'investissement aujourd'hui Jean-Pierre ?
09:17Partant de l'idée que 2025 comme je le rappelle souvent a été quand même une année où le reste
09:22du monde
09:23en termes de performance a réussi à générer de la performance et de la surperformance
09:27par rapport au marché américain avec ou sans la baisse du dollar
09:32j'ai envie de dire dans certains cas Jean-Pierre
09:35jusqu'en janvier, février, c'était encore le cas
09:37et c'est vrai que la crise du golf pour le coup marque quand même une rupture avec cette tendance
09:41et une reconsentration très forte des performances
09:44sur une dizaine de valeurs de la tech américaine
09:48essentiellement
09:49C'est ça qui est extraordinaire
09:50Alors, quels enseignements vous tirer de cette situation là Jean-Pierre ?
09:53Écoutez, le 30 mars la valorisation de la tech était tombée à 20
09:58voilà sur le P.E. Forward un an
10:01c'était alors qu'à la fin octobre on était à 32
10:04En fait, ce qui s'est passé, on l'a un petit peu oublié
10:07mais c'est que la tech a nettement sous-performé entre la fin octobre et la fin mars
10:12indépendamment de la guerre d'Iran d'ailleurs
10:14et donc ça a été un effet de dévalorisation
10:18donc c'est pas que le marché n'a pas beaucoup baissé
10:20enfin le Nasdaq a dû perdre 12-13% si vous voulez
10:23c'est pas énorme
10:25mais la valorisation s'est considérablement améliorée
10:28parce que les perspectives de BPA, elles étaient au rendez-vous
10:31et je dirais même qu'elles ont même surpris à la hausse
10:34voilà, et donc en fait la valorisation s'est améliorée
10:38donc il y a pu avoir un retour effectivement
10:41à la faveur de très bons résultats aussi
10:42qu'on a vus à partir du mois d'avril
10:46évidemment sur les résultats du T1
10:50et moi ce que je trouve de toute façon d'une manière générale
10:53c'est qu'il y a une bulle sur la tech
10:56il n'y a pas de doute
10:57pour moi l'idée de bulle en soi n'est pas contestable
11:00mais on n'est pas sur un sommet de bulle
11:02parce que le marché notamment sait bien se réguler
11:04c'est pas la première baisse du Nasdaq qu'on avait eue
11:07on l'a peut-être oublié
11:08mais entre la mi-février et la mi-avril de l'an dernier
11:10on a eu une baisse de 24% du Nasdaq
11:14entre janvier et octobre 2022
11:15on a eu 37% de baisse
11:17donc le marché sait se réguler dans la masse de la tech
11:20et il sait discriminer
11:21par exemple là il est beaucoup plus intéressé
11:24sur les cash flow des boîtes
11:27sur la dette des boîtes
11:28sur la soutenabilité des business
11:30qu'il fait preuve de discrimination
11:33Meta a été sanctionné
11:35Oracle est sanctionné
11:36c'est surtout les semi-conducteurs
11:38qui performent très bien
11:40en dessous les logiciels ça performent en relatif très mal
11:45les services internet
11:47le commerce en ligne c'est un peu médian
11:49c'est un peu moyen
11:50il sait discriminer
11:52et il sait baisser quand il faut baisser
11:55donc c'est pour ça qu'on n'est pas à un sommet de bulle
11:58et ce qui est frappant
11:59c'est que l'essentiel de la hausse depuis le début avril
12:02et quand je dis l'essentiel
12:04par rapport aux dernières séances
12:05j'ai pas fait le calcul précis
12:06mais on est à plus de 90% de la hausse
12:08qui s'explique par la tech
12:09assez largement
12:10voilà
12:11et c'est un point très intéressant
12:15par contre je crois que pour un investisseur
12:17il faut piloter ça de façon assez fine
12:20en faisant de la dire
12:21parce que la tech c'est énorme
12:22en fait on dit la tech en Europe etc
12:24c'est 43% du SP500
12:26donc vous voyez
12:27c'est plusieurs indices
12:29à elle toute seule
12:30c'est plusieurs indices européens
12:32indices nationaux
12:33voilà à elle toute seule
12:34donc c'est extrêmement important
12:37et ce qui est frappant
12:38c'est de voir que le momentum
12:40a été très très puissant
12:41sur avril-mai là
12:42et il faut faire un petit peu attention
12:44quand même
12:44parce qu'il y a quand même
12:47des tendances très très fortes
12:49je crois que depuis le 30 mars
12:50j'ai pas fait le calcul précis
12:51mais on doit être à 26-27 de hausse
12:53quand même
12:53c'est un momentum assez puissant
12:55il faut faire preuve un petit peu
12:57de prudence
12:57surtout quand on voit
12:58les prévisions des analystes
12:59on est à 42%
13:00de prévisions des analystes
13:02cette année pour les BPA
13:04donc on dépasse
13:05les années précédentes
13:06et 2027
13:08c'est également très
13:09très élevé
13:10donc il faut faire
13:11un petit peu attention
13:12à tout ça
13:13mais par contre
13:14voir un secteur
13:16en soi
13:16résister à un choc exogène
13:18quand même
13:19mondial
13:20de façon aussi nette
13:21je vais
13:22je vais un petit peu
13:24réfléchir
13:24mais je crois que
13:25je crois que
13:26dans la période contemporaine
13:27on l'a jamais vu
13:28c'est spectaculaire
13:29il faut en tirer
13:30les enseignements
13:31et on verra d'ailleurs
13:31quels sont les enseignements
13:33et les leçons
13:33que Nvidia nous apporte
13:35demain soir
13:35avec sa publication
13:36merci Jean-Pierre
13:37Jean-Pierre Petit
13:37président des CAEVER
13:39de l'écran
13:39qui était l'invité
13:40de ce dernier quart d'heure
13:40de Smart Bourse
13:41à très vite
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