00:00Le dernier quart d'heure de Smart Bourse, chaque soir c'est le quart d'heure thématique et chaque lundi le thème c'est celui de la vie politique et économique américaine.
00:12Le quart d'heure américain avec, à distance avec nous, chaque lundi dans le dernier quart d'heure de Smart Bourse, notre correspondant américain Pierre-Yves Dugas.
00:20Bonsoir Pierre-Yves, merci beaucoup d'être avec nous.
00:23C'est une affaire évidemment de grande ampleur qu'on peut suivre d'ailleurs ici également de notre côté de l'Atlantique mais c'est une affaire très américaine qui fait des ravages au sein de la classe politique américaine.
00:36Je parle de l'affaire Epstein qui n'est pas nouvelle mais qui vient d'emporter dernièrement Larry Summers, c'est ça Pierre-Yves ?
00:44Oui, Larry Summers âgé de 70 ans, du jour au lendemain n'a plus d'amis.
00:50Il n'a plus d'amis parce que ce personnage, j'ai envie de dire haut en couleur, à la fois brillant et extrêmement arrogant,
01:01admiré pour ses analyses souvent courageuses, allant contre son camp parfois,
01:07parce que c'est un démocrate centriste qui s'est illustré comme secrétaire au Trésor sous Bill Clinton,
01:12puis comme conseiller économique de Barack Obama, mais qui avait été très critique du président Biden.
01:18Larry Summers, professeur à Harvard, Larry Summers une des figures de Davos,
01:23Larry Summers qui est franchement depuis 25 ans en termes de politique économique un des plus grands personnages à Washington,
01:32eh bien on s'aperçoit qu'il a correspondu avec des e-mails pendant des années avec Jeffrey Epstein,
01:40et à une époque où Epstein avait déjà été condamné à 13 mois de prison en Floride pour proxénétisme de mineurs.
01:51Larry Summers a dû démissionner à reculons avec beaucoup de réticence de l'ensemble de ses activités publiques,
01:58y compris de celles de professeurs à Harvard, en tout cas il n'enseigne plus à Harvard,
02:05mais il garde le titre de professeur, il voulait rester encore professeur,
02:09mais au bout de quelques jours les excuses qu'il a faites n'ont pas suffi.
02:14Il est accusé d'aucun crime, il n'est accusé certainement pas de pédophilie,
02:19mais les révélations de ces échanges d'e-mails qui sont venus avec la publication voulue par le Parti démocrate
02:28de ces quelques 20 000 pages d'e-mails nous montrent que Larry Summers fantasmait d'un adultère
02:36avec une économiste chinoise brillante de 30 ans plus jeune que lui,
02:40et qu'il s'adressait à ce pédophile convaincu, ce proxénète richissime
02:46avec lequel il avait fait des affaires en tant que président de Harvard,
02:49puisque Epstein avait financé Harvard à l'échelle de plusieurs millions de dollars,
02:54il lui demandait comment il fallait faire pour passer, je cite, à l'horizontale,
03:00avec cette personne dont nous taireons le nom, mais dont l'identité a été identifiée.
03:08D'abord c'est une tragédie pour Larry Summers, c'est une tragédie pour son couple, cet homme est marié,
03:16et je pense que c'est une très mauvaise chose pour le Parti démocrate
03:19qui perd une voix importante de raison et de courage
03:24à un moment où le Parti démocrate se cherche et est tenté de virer complètement à gauche
03:31et de suivre la voie du socialisme, j'ai envie de dire, à la française.
03:34Bon, le Parti démocrate, donc à travers cette affaire Epstein qui emporte Larry Summers,
03:42qui perd une forme de vigie ou un repère, en tout cas de sa pensée démocrate,
03:49côté Trump, qu'est-ce qu'on peut dire de la gestion de l'affaire Epstein ?
03:52Parce que là aussi on a vu revirement sur revirement,
03:55et Trump presque obligé de s'embrouiller avec des magas historiques sur ce sujet Epstein,
04:03sachant que la Chambre a voté la publication effectivement des documents la semaine dernière
04:09sur recommandation in fine de Donald Trump.
04:12Donald Trump a freiné les quatre fers pendant des mois,
04:16prétendant qu'il n'avait pas de relation particulière avec M. Epstein suite à sa condamnation.
04:22Il dit qu'il n'a rien à se reprocher.
04:27Finalement, voyant que sur la droite de son parti,
04:31la faction Maga est très mobilisée dans cette histoire.
04:34Quand on ne peut pas s'opposer à la marée qui monte,
04:38eh bien, on est obligé de l'accompagner.
04:41Je ne vois pas comment cette affaire pourrait faire plus de mal à Donald Trump
04:45que les précédentes affaires relatives à ses frasques,
04:48à ses accusations d'agression sexuelle et autres.
04:54On ne va pas destituer Donald Trump une troisième fois.
04:58En tout cas, on ne va pas avoir de procès en destitution une troisième fois,
05:01puisque l'expérience a été tentée deux fois.
05:04mais une partie de la droite du parti républicain est clairement déçue de cette amitié.
05:13Mais la liste des vedettes américaines, alors qu'ils ne sont pas présidents,
05:18mais qui ont entretenu des relations trop longtemps avec M. Epstein est tellement longue.
05:24Tellement longue, c'est quand même Bill Gates doit son divorce essentiellement à cette affaire, par exemple.
05:32Donc, qui aurait cru cela ?
05:33Je suis surpris d'ailleurs, je fais un aparté,
05:36Jeffrey Epstein a passé beaucoup de temps à Paris,
05:39la police française a dû saisir des documents sur ses agissements en France.
05:45Je serais surpris que toute la lumière ait été faite en France
05:48sur ce qui a pu se passer dans son appartement de l'avenue Foch.
05:51Là, très honnêtement, ça sort un petit peu de mon champ de compétences, je dois vous dire, Pierre-Yves.
05:58Mais les conclusions politiques, quand même, sont intéressantes côté américain.
06:04Malgré des résultats NVIDIA-esque la semaine dernière,
06:07NVIDIA semble ne plus faire la pluie et le beau temps sur le marché américain.
06:12Pierre-Yves, que se passe-t-il ?
06:14Écoutez, j'ai l'impression qu'on a changé de narratif.
06:17Vous aviez suivi, fin octobre, la très bonne conférence de presse de Jérôme Powell,
06:24le patron de la Fed, qui, à l'occasion d'une question qui lui était posée par un journaliste,
06:28avait fait un petit dégagement en donnant son opinion,
06:31bulle ou pas bulle, dans l'intelligence artificielle.
06:33Et il avait dit, en gros, écoutez, ce sont des sociétés énormes,
06:37avec des modèles économiques très diversifiés,
06:40qui génèrent énormément de cash,
06:42qui investissent massivement dans une technologie qui change vraiment le monde.
06:45parler de bulle est probablement excessif, mais bon, soyons vigilants.
06:51Ça, c'était le narratif, je dirais, qui correspondait à beaucoup de gens
06:56qui investissent à Wall Street.
06:59Depuis trois semaines, je crois que ce narratif a changé.
07:02Et on l'a vu lorsque NVIDIA a publié des résultats trimestriels qui sont excellents
07:08et qui ont confirmé la forte croissance de la demande pour ses puces les plus productives.
07:12Ce n'est pas parce que la demande reste très forte pour les produits fabriqués par NVIDIA
07:19que nous n'avons pas des valorisations grotesques et injustifiables
07:23et que l'euphorie n'a pas créé une bulle dangereuse.
07:28Le test, ce n'est pas les ventes de NVIDIA.
07:31Le test, c'est comment ces ventes sont-elles financées ?
07:35Qui paye pour ces ventes ?
07:37Si c'est NVIDIA qui finance ses clients dans des relations incestueuses,
07:42cela pose problème.
07:44NVIDIA qui investit dans le capital des gens qui achètent ses puces,
07:48Open AI, et qui renvoie l'ascenseur ensuite à Oracle,
07:53qui renvoie l'ascenseur à AMD,
07:55et tout le monde s'auto-finance.
07:56C'est quelque chose de malsain qui a été, à mon avis,
07:59le premier déclenchement de grosses questions que l'on se pose
08:02et que l'on voit se manifester dans les valorisations de géants du secteur
08:06à quelques exceptions près.
08:08Il y a d'autres choses qui ont été assez bien formulées,
08:13parce que ça prend du temps de faire tomber l'euphorie,
08:16qui ont été assez bien formulées dans la presse américaine.
08:19D'abord, il y a une limite physique, concrète.
08:24Le nombre de permis de construire,
08:25le nombre de tonnes de béton,
08:27le nombre de tonnes de cuivre,
08:29la quantité d'électricité qu'il va falloir produire
08:32pour faire tourner ces centres de traitement de l'information,
08:35qui, à plus de 100 milliards,
08:38sont construits par Amazon l'an prochain,
08:40plus de 80 milliards par Microsoft,
08:42plus de 80 milliards par Google.
08:45On est à un seuil de saturation
08:47quand on voit le numéro 1 de la génération électrique américaine,
08:51G.I. Verneau va dire
08:52« Nous sommes bouqués jusqu'à la fin 2028,
08:55on ne sait pas d'où vont venir ces nouvelles turbines
08:59qui vont produire de l'électricité ».
09:00Quant à la réactivation de réacteurs nucléaires,
09:03ça prend plus que 3-4 ans.
09:06Donc, il y a cette forme-là aussi de saturation.
09:10Et puis, il y a l'endettement.
09:13Les invités, il y a quelques minutes,
09:15qui y ont fait allusion.
09:17On voit Amazon, on voit Alphabet,
09:20on voit Meta, on voit Oracle,
09:22au cours des deux derniers mois,
09:24qui ont emprunté sur le marché
09:26pour 90 milliards de dollars,
09:28en vue de financer leurs investissements massifs.
09:30C'est plus que ce qu'ils avaient emprunté
09:33au cours des 40 mois précédents.
09:35La notation, le rating de certaines de ces sociétés,
09:41qui jusqu'à présent avaient très peu de dettes,
09:43va finir par être affecté
09:44si ces emprunts continuent,
09:47et s'il n'y a pas en retour,
09:48d'ici 2-3 ans,
09:50des revenus qui viennent justifier tout ça.
09:52Et si j'ai encore une minute,
09:54je signalerai l'excellent calcul
09:56qui me semble-t-il avoir été fait
09:58par le département de recherche de JP Morgan,
10:01qui nous dit, voilà, en gros, d'ici 2031,
10:05on va investir, soi-disant,
10:075 000 milliards de dollars
10:09dans des centres de traitement de données
10:12pour l'intelligence artificielle.
10:14À supposer que le rendement de l'investissement
10:16soit de l'ordre de 10%,
10:18il faudrait que les sociétés qui investissent là-dedans
10:20nous produisent, en chiffre d'affaires supplémentaire,
10:25650 milliards de dollars.
10:28Quel est aujourd'hui le chiffre d'affaires d'OpenAI ?
10:3120 milliards.
10:32Vous voyez donc que pour tenir
10:34ce rythme effréné d'investissement,
10:36il va falloir des miracles
10:38dans la production et dans la monétisation,
10:41et ça, ce n'est pas du tout gagné.
10:42Ou un backstop gouvernemental,
10:44comme le disait la CFO de OpenAI,
10:48sous forme peut-être de bourde,
10:51effectivement,
10:52mais moi, ça m'a fait beaucoup réfléchir,
10:55cette petite prise de position
10:56qui n'est pas du tout anodine.
10:58On ne pourra pas laisser tomber
11:00une boîte aussi systémique qu'OpenAI
11:01quand les États-Unis sont en pleine bataille technologique
11:05avec l'ennemi juré qu'est la Chine,
11:07Pierre-Yves.
11:08Ce serait le Lehman Brothers de l'IA.
11:10Oui, mais ils ne sont pas cotés en bourse.
11:12Qu'est-ce qu'ils valent aujourd'hui ?
11:14Qu'est-ce qu'ils valent vraiment ?
11:15Sauver une société qui emploie beaucoup d'ouvriers syndiqués
11:19et dont le siège est à Détroit,
11:21électoralement, oui.
11:24Sauver des investissements et des centres de traitement de données
11:27qui ne servent plus à rien,
11:29est-ce que ça va sauver vraiment de l'emploi
11:31et ne va-t-on pas une fois de plus faire un chèque
11:34aux richissimes investisseurs de Wall Street ?
11:37Politiquement, c'est beaucoup plus difficile à vendre.
11:39L'aventure de l'IA continue néanmoins.
11:41Merci beaucoup Pierre-Yves.
11:42Pierre-Yves Duguay avec nous chaque lundi
11:44dans le dernier quart d'heure de Smart Bourse en direct.
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