00:04Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque soir c'est le quart d'heure thématique, chaque lundi le thème
00:08c'est celui de l'actualité américaine, économique, politique, financière.
00:13Nous en parlons avec Pierre-Yves Dugas bien sûr, notre correspondant américain à distance et en vidéo avec nous.
00:19Bonsoir et bienvenue Pierre-Yves, ravi de vous retrouver.
00:22Je reprends le mot de Pauline Grattel en début d'émission.
00:26C'est donc l'heure du grand remboursement aux Etats-Unis pour les entreprises, des milliers d'entre elles qui
00:31ont été indûment taxées par l'administration Trump.
00:36Rendez-nous l'argent, rendez-nous l'argent disent-elles, elles sont nombreuses, il y en a 330 000 qui
00:44cherchent à récupérer des sommes qui ont été perçues illégalement par les douanes américaines à hauteur de 166 milliards de
00:54dollars.
00:56Et les premières qui commencent à en bénéficier avaient des indications que leur compte en banque était sur le point
01:02d'être crédité dès jeudi et vendredi.
01:05Il s'agit beaucoup de PME qui se sont acquittées directement de ces droits de douane.
01:12Elles sont, on appelle à Washington, Importer of Records.
01:18C'est elles qui ont le compte auprès des douanes américaines.
01:23Et donc il est informatiquement facile pour les douanes américaines de renverser ces paiements.
01:30C'est 82% de ces 330 000, donc quelque chose comme 127 milliards de dollars, qui va leur revenir.
01:37Ça sera plus compliqué pour les sociétés qui font appel à des circuits d'importation complexes.
01:43Et c'est tout l'argument sur lequel reposait la logique, entre guillemets, de la taxation, de la surtaxation par
01:53la maison blanche,
01:54qui consistait à dire que ce ne sont pas des consommateurs américains, ce ne sont même pas des sociétés américaines
01:58qui payent ces droits de douane,
01:59mais ce sont les exportateurs chinois, par exemple, qui vont devoir manger une partie de leur marge.
02:10Ça n'est pas vrai.
02:11En tout cas, c'est en partie inexact et ces remboursements sont là pour le prouver.
02:17C'est une bonne nouvelle.
02:18Donald Trump a dit « Attention, je vais me souvenir des noms de ces sociétés qui vont venir récupérer des
02:28milliards de dollars du trésor américain ».
02:31Il avait prévu, dès l'invalidation par la Cour suprême en février de la loi de 77 qui a rendu
02:38ces surtaxes caduques,
02:40une solution instantanée de rechange en faisant appel à la loi de 74 et dans sa section 122.
02:47Eh bien, que se passe-t-il ?
02:49Jeudi dernier, une décision de justice intervient qui invalide aussi, en tout cas en grande partie,
02:57cette solution de rechange qui invoquait la loi de 74 et qui permettait au titre du contrôle de la balance
03:07des paiements
03:09d'imposer jusqu'à 15% de droits de douane à tous les pays du monde.
03:13Donald Trump s'était limité à 10%.
03:16Eh bien non, il n'a pas le droit de le faire.
03:18Seulement, voilà, ceux qui ont saisi la Cour de droit commerciale internationale de New York
03:25pour traiter de la validité ou non de cette section 122,
03:29c'est l'État de l'Oregon et deux importateurs.
03:33Il n'y a que ceux-là qui vont bénéficier de cette décision.
03:36Pour l'instant, tout le reste est suspendu et cette section 122 ne permettait le recours à cette surtaxe
03:43que jusqu'à la mi-juillet parce que la véritable opération de substitution de droits de douane
03:48à laquelle Donald Trump voulait se livrer, c'est le recours à des procédures 301,
03:53selon la loi de 74, qui vise en gros deux types de démarches qui ont été mises en branle mi
04:00-mars.
04:00Une soixantaine de pays couvrant 99% des importations américaines sont soumises à des enquêtes
04:08de la part du négociateur commercial américain pour voir si elles emploient de la main-d'œuvre forcée
04:13et procèdent à du dumping en utilisant des surcapacités délibérées de production pour inonder le marché américain.
04:22L'Europe est là-dedans et c'est sur cette section 301 qui est constitutionnellement plus solide
04:28que vont devoir essayer de faire des calculs les importateurs américains
04:33qui ne savent plus vraiment à quel sens se vouer.
04:36On va peut-être leur rendre de l'argent dans les prochains jours, mais que vont-ils faire de cet
04:41argent ?
04:41Ils ont le choix, ils peuvent, selon leur trésorerie, rembourser leurs clients, baisser leurs prix, payer leurs dettes.
04:49Ils ont le choix, mais surtout, ils voient arriver une troisième vague de surtaxes, et là, ils croisent les doigts.
04:56Bon, on peut regarder, je le précise, en replay, écouter l'interview en podcast,
05:01parce qu'il y a quand même un détail de cette politique commerciale trumpienne
05:07à travers les différentes sections, les différentes bases juridiques, légales, etc.
05:11Bref, vous pouvez réécouter ces cinq minutes de Pierre-Yves Dugas
05:14pour bien avoir en tête, effectivement, une situation assez complexe.
05:19Autre situation complexe, quand même, cette relation et cet affrontement séculaire entre la Chine et les États-Unis.
05:24Et sans doute que Donald Trump, à l'occasion de ce nouveau rendez-vous avec Xi Jinping cette semaine,
05:30aurait aimé arriver dans une situation un peu plus forte, peut-être.
05:35Oui, vous vous souvenez, quand il était venu à Pékin en 2017,
05:40il était accompagné de 37 grands patrons américains.
05:46On n'avait pas la liste de ces patrons américains il y a encore quelques heures,
05:49et puis les dons commencent à tomber, et on va voir qu'il va venir très accompagné.
05:54Elon Musk fait partie du lot, le patron de Goldman Sachs, M. Salomon,
05:58le patron d'Apple, qui n'est pas encore parti, Tim Cook,
06:03le patron de Visa,
06:04et le patron de Nvidia,
06:06qui est tout de même un peu chinois sur les bords.
06:11Très accompagné pour essayer de doper l'aspect business de cette rencontre,
06:16qui, vous avez raison,
06:18d'un point de vue géopolitique,
06:20place Donald Trump en position de relative faiblesse
06:24par rapport à ce qu'il avait espéré.
06:26Souvenez-vous, cette visite officielle de Donald Trump à Pékin
06:31aurait dû se produire il y a un mois.
06:33Mais la Maison-Blanche a demandé à ce qu'elle soit repoussée,
06:35parce qu'il y a un mois,
06:37on pensait que, non seulement Donald Trump était très occupé
06:40à régler la question,
06:42cette petite broutille, ce petit détail,
06:44qui était le blocage du dédroit d'Hormuz,
06:47et il espérait arriver à Pékin mercredi soir
06:52avec ce conflit avec l'Iran largement réglé.
06:55Et ce n'est pas le cas.
06:56Il est en position de faiblesse là-dessus.
06:58Et il est même un peu demandeur à l'égard de la Chine,
07:01puisqu'il aimerait que la Chine intervienne
07:03pour convaincre Téhéran
07:06que si le régime des Mollahs est préservé,
07:09eh bien, il serait souhaitable
07:12que l'Iran rétablisse sa liberté de circulation
07:15dans le dédroit d'Hormuz.
07:16N'oublions pas que la Chine est le premier consommateur de pétrole iranien.
07:21Mais c'est plus compliqué.
07:23Alors, il y a un patron qui compte beaucoup dans ce voyage,
07:26c'est M. Kelly Ortberg, le patron de Boeing,
07:30qui n'ose pas le dire tout haut,
07:32mais tout bas, on chuchote que si les choses se passent bien,
07:37il y a à la clé une commande de quelques 500 modèles de Boeing 747 Max.
07:43Ça n'est pas rien et ce serait la première grosse commande chinoise
07:47depuis pratiquement dix ans.
07:49On attend aussi des promesses,
07:52toujours des promesses de la part de la Chine,
07:55d'achats massifs de soja,
07:57ce qui ferait bien plaisir aux exploitants agricoles américains
08:01qui, quand même, ont perdu beaucoup de parts de marché en Chine
08:04face à l'Argentine et au Brésil en particulier.
08:07Alors, dans l'intervalle, il y a une autre visite qui m'intéresse, Pierre-Yves.
08:11Donc, Donald Trump va en Chine de mercredi à vendredi
08:14et sur la route, Scott Bessent va aller rejoindre,
08:18évidemment, Donald Trump à Pékin.
08:20Mais sur la route, Scott Bessent, le secrétaire du Trésor américain,
08:24va s'arrêter pour la troisième fois en un an à Tokyo
08:28pour rencontrer la première ministre japonaise,
08:31les autorités japonaises, le Japon,
08:33qui est bien sûr le premier allié stratégique principal
08:37des États-Unis dans cette zone stratégique de l'Asie, Pierre-Yves.
08:44Ce n'est pas anodin, j'imagine.
08:45– Oui, oui, Scott Bessent,
08:48qui pense très bien connaître la politique japonaise
08:51et qui vient un petit peu, je ne dirais pas recoller les morceaux,
08:56mais rassurer la nouvelle première ministre japonaise
09:01suite aux propos assez maladroits qui avaient été tenus par Donald Trump
09:06il y a quelques jours.
09:08Et le Japon qui, avec discrétion,
09:12mais avec appui manifeste des États-Unis,
09:14renforce militairement les îles qui sont,
09:17regardez la carte, qui ne sont pas très loin de Taïwan,
09:21et qui vont devenir des bases possibles d'opération et de défense du Japon
09:26en coopération avec les États-Unis,
09:29parce que la situation, la posture très agressive
09:33du président Xi à l'égard de Taïwan alarme Tokyo.
09:37Et compte tenu du caractère bouillonnant de Donald Trump,
09:41beaucoup de gens, non seulement à Tokyo,
09:44mais bien évidemment à Taipei,
09:46s'inquiètent de ce risque que représenterait, bien sûr,
09:52une décision soudaine, capricieuse de Donald Trump
09:56de lâcher du lest sur la position très ferme des États-Unis
10:00de défense de Taïwan,
10:02en échange d'un geste du président chinois,
10:06par exemple sur l'Iran ou sur des questions commerciales.
10:10Une lettre vient d'être adressée
10:12par un groupe de sénateurs à la Maison-Blanche
10:16pour rappeler l'urgence de leur point de vue
10:21que la Maison-Blanche notifie Taïwan
10:26que le Congrès américain, depuis le mois de janvier déjà,
10:30a voté et autorisé 14 milliards de ventes d'armes
10:34pour renforcer la défense de Taïwan.
10:38Les sénateurs américains s'inquiètent de ce retard de la Maison-Blanche,
10:42de mettre en œuvre cette décision politique.
10:45Et bien évidemment, c'est hautement symbolique
10:48à quelques heures de l'arrivée de Donald Trump en Chine.
10:52Le président chinois voudrait, il rêve peut-être,
10:56on le verra,
10:57que les États-Unis nuancent leur position à l'égard de Taïwan.
11:01Aujourd'hui, la position américaine est de dire
11:03« Nous, Washington, nous ne soutenons pas
11:08la position de Taïwan
11:11de chercher son indépendance formelle
11:14à l'égard de la Chine ».
11:16Il voudrait que les États-Unis disent
11:18« Nous nous opposons » à ce que Taïwan déclare son indépendance.
11:24Petit changement qui, entre nous, ne changerait pas grand-chose
11:27pour les électeurs américains,
11:28mais qui aurait un retentissement considérable,
11:31bien entendu, sur tout l'équilibre des forces
11:33dans le Pacifique et même en Europe.
11:35Tournée asiatique stratégique
11:37pour les hommes forts de l'administration Trump.
11:40Donc, Scott Bessent au Japon,
11:41avant de rejoindre Donald Trump,
11:43qui arrivera en Chine à partir de mercredi
11:46pour deux jours.
11:47Merci beaucoup, Pierre-Yves.
11:48Pierre-Yves Dugas avec nous chaque lundi,
11:50dans ce quart d'heure américain
11:51que vous retrouvez comme le reste de nos émissions
11:53en replay sur bsmart.fr.
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