00:00Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque soir, c'est le quart d'heure thématique, chaque lundi, le thème, c'est le thème américain et notre quart d'heure américain, bien sûr, avec notre correspondant américain, Pierre-Yves Dugas, en visio, avec nous.
00:17Bonsoir et bienvenue, capitaine, merci Pierre-Yves d'être avec nous.
00:22Revenons, tiens, sur un des sujets liés à la régulation de l'IA, alors je crois que l'info et le décret a été signé par Donald Trump la semaine dernière, l'idée étant d'unifier, de fédéraliser au maximum toute la régulation actuelle et à venir sur le sujet de l'intelligence artificielle, Pierre-Yves, c'est ça ?
00:44Oui, c'est ça. Tous les grands sujets politiques qui appellent législation et réglementation sont traversés par ce problème aux États-Unis.
00:53La réglementation doit-elle être essentiellement fédérale ou faut-il autoriser qu'au niveau des États, un niveau élevé de réglementation puisse être exercé ?
01:02C'est vrai sur l'avortement, c'est vrai sur l'assurance, c'est vrai sur l'environnement, les émissions de carbone, etc.
01:10Bien évidemment, dans un sujet relativement nouveau, comme celui de l'intelligence artificielle,
01:16les groupes de pression exercent une influence très forte sur le gouvernement fédéral pour qu'au maximum, ce soit à Washington,
01:24que les grandes décisions réglementaires et législatives soient prises et non pas au niveau des États parce que les sociétés ne veulent pas avoir à traiter avec 50 régulateurs.
01:34À cela s'ajoute, je vous donne le contexte, l'impression aux États-Unis que cette vague spectaculaire d'innovation
01:46et ces paris massifs d'investissement qui se mesurent en centaines de milliards de dollars se font dans le contexte d'une concurrence très forte avec la Chine
01:56et que le combat doit absolument être gagné cette fois-ci par les États-Unis parce qu'on a l'impression que les Chinois ont gagné tous les combats précédents,
02:04celui de l'informatique, de la miniaturisation, de la mobilité, de l'industrie électrique, etc.
02:10Dans ce contexte-là, Donald Trump a tenté de faire voter par le Congrès à plusieurs reprises des amendements qui auraient fait de la réglementation fédérale la réglementation dominante.
02:23Il a échoué. Il a échoué parce que les Républicains ne sont pas unis sur cette question, en Floride en particulier, dans l'Arkansas également.
02:34Et la Floride est un grand État américain qui pèse beaucoup. On n'est pas convaincus chez les Républicains que les sept magnifiques soient aussi magnifiques que ça.
02:48On redoute leur rôle important dans la protection ou le non-respect de la vie privée.
02:56Leur influence sur la jeunesse, ce ne sont pas, dans l'électorat conservateur républicain traditionnel, des sociétés particulièrement populaires.
03:04Dans ce contexte-là, Donald Trump a signé un décret parce que le Congrès a refusé de voter les amendements favorisés par la Maison-Blanche.
03:12Un décret qui dispose de trois obligations.
03:17La première, créer au département de la justice une mission spéciale, une task force,
03:22dont le rôle va être de poursuivre devant les tribunaux les États qui vont oser réglementer l'intelligence artificielle dans un sens qui n'est pas conforme à ce que la politique de l'exécutif sera.
03:37C'est une procédure un petit peu d'intimidation qui vise bien évidemment les grands États démocrates
03:44qui souhaitent réglementer le plus rapidement possible les choses, mais aussi certains États républicains.
03:50On parle pour les démocrates de la Californie, de l'État de New York, de la Floride et du Texas pour les grands États républicains.
03:59Deuxième point important dans ce décret, demander au département du commerce de faire la liste de toutes les lois qui ont déjà été votées au niveau des États
04:07pour déterminer lesquels sont acceptables et lesquels ne le sont pas, et de prévoir des sanctions éventuelles frappant les États qui réglementeraient trop l'intelligence artificielle
04:18et qui risqueraient dans l'esprit de Donald Trump de faire perdre aux États-Unis la course avec la Chine.
04:25Troisième élément, demander à David Sachs, qui est le tsar de l'intelligence artificielle à la Maison-Blanche,
04:31de définir les grands principes de ce que sera une loi fédérale qui finira par intervenir et qui mettra des mois à être négociés et à être formulés
04:44pour une fois pour toutes déterminer ce que les Européens ont établi depuis très longtemps,
04:51car une fois de plus l'Europe est championne du monde de la réglementation.
04:56Prouvez l'erreur.
04:57Oui, on peut donner des leçons au monde entier sur les sujets de réglementation.
05:01Mais dans le cadre américain que vous décrivez là aujourd'hui, Pierre-Yves,
05:05est-ce qu'on peut dire que quand même tout ça est une victoire pour la big tech américaine,
05:09ou va dans le sens en tout cas de ce que cherchait à obtenir la big tech américaine ?
05:15Oui, parce que bien évidemment c'est une grande victoire pour les groupes d'oppression,
05:20pour OpenAI qui a dépensé beaucoup d'argent, pour Google, même pour Apple qui n'est pourtant pas un des numéros un dans l'intelligence artificielle,
05:29mais qui a été consultée. Tim Cook a beaucoup discuté de cette question avec le président Trump.
05:36C'est une victoire, pourquoi ? Parce que d'abord sur le fond, les dispositions souhaitées par David Sachs sont tout à fait favorables à cette Indre Russie.
05:44David Sachs travaille de manière bénévole pour la Maison-Blanche, mais c'est une personnalité de la Silicon Valley
05:50qui gère un fonds, Kraft Ventures, qui est dans énormément de sociétés de la technologie.
05:59Il prétend s'en être désengagé, mais enfin il y a certains doutes sur la sincérité de ses déclarations.
06:04Toujours est-il que c'est un homme de la big tech et c'est lui qui est aux commandes à la Maison-Blanche.
06:10Et puis, comme il va falloir beaucoup de temps pour décider ce que sera cette loi au Congrès, car il n'y a pas de consensus,
06:17le compteur va tourner et tant que le compteur va tourner, il n'y aura pas de réglementation fédérale.
06:21Et le status quo de l'absence de réglementation fédérale, de législation fédérale,
06:26est quelque chose qui convient très bien aux géants de la technologie américaine.
06:30Bon, et puis autre sujet, Pierre-Yves, un Kevin peut en cacher un autre ?
06:36La question étant, est-ce qu'un Kevin vaut l'autre Kevin ?
06:39On parle bien sûr de Kevin Walsh qui semble revenir dans la course face à Kevin Assett
06:44pour le poste en succession de Jérôme Poel, de président de la réserve fédérale américaine.
06:51Que vous inspire ce sprint final, Pierre-Yves ?
06:55Moi, je suis comme Jimmy Diamond, j'espère que Kevin Walsh va gagner.
07:00Les voix de Donald Trump sont impénétrables.
07:03Peut-être que même Donald Trump lui-même ne sait pas qui il va choisir,
07:06c'est ce qu'il prétend d'ailleurs, mais en tout cas, il hésite beaucoup entre les deux.
07:09Kevin, et c'est une surprise parce qu'on avait l'impression que Kevin Assett,
07:14qui est son actuel conseiller économique, était vraiment le favori et avait virtuellement emporté la course.
07:22Le fait qu'il réfléchisse à Kevin Walsh, en soi, c'est quelque chose d'important.
07:27Parce que Kevin Walsh, indiscutablement, serait préféré par Wall Street à Kevin Assett.
07:33Pourquoi ? Parce que d'abord, il a une expérience de gouverneur importante.
07:36Il a été gouverneur pendant sept ans.
07:39Il a travaillé à Morgan Stanley dans le département des fusions et acquisitions.
07:45Et c'est quelqu'un qui a, aux côtés de Ben Bernanke, en 2007, 2008, 2009, géré la grande crise financière
07:54et qui était vraiment le point de communication entre la réserve fédérale et Wall Street.
08:01Donc, il a de l'expérience.
08:03Il a également, bien sûr, toute la formation économique nécessaire.
08:06Il coche toutes les cases.
08:08Stanford, Harvard, MIT.
08:10Il est imbattable sur les questions de réglementation bancaire et sur les questions monétaires.
08:17Et Jimmy Diamond, le patron de JP Morgan Chase, la semaine dernière, n'a pas raté une occasion de dire que,
08:22de son point de vue, la sélection de Kevin Walsh serait absolument magnifique.
08:27On le perçoit comme quelqu'un qui, oui, est favorable à la consultation du président des États-Unis
08:33dans le cadre de la procédure de détermination des taux d'intérêt.
08:37Oui, qui est favorable aujourd'hui à une baisse des taux d'intérêt,
08:42mais qui a, par ailleurs, une assise et une crédibilité qui rassurerait.
08:46Bon, Kevin Walsh, effectivement, on verra ce qu'il en est,
08:51sachant qu'effectivement, et Jimmy Diamond étant la partie émergée de l'iceberg,
08:56j'ai lu et relu que bon nombre de titans obligataires de Wall Street s'étaient invités
09:01ou avaient été invités dans le bureau de Scott Besant au Trésor pour avertir sur le risque Hassett,
09:07si Kevin Hassett se comportait comme un président de la Fed un peu aveugle,
09:13notamment face à un risque d'inflation qui n'est peut-être pas encore totalement maîtrisé, selon certains.
09:18Oui, je pense qu'il y a une, ça c'est ma théorie personnelle,
09:24qu'il y a une certaine exagération sur le risque de voir la réserve fédérale tomber victime d'un coup d'État
09:34et de basculer sous le contrôle d'un hystérique trumpiste qui abaissera les taux directeurs à zéro
09:43et laissera l'inflation s'envoler.
09:46Je crois qu'il y a trop de garde-fous.
09:48D'abord, il y a le garde-fous, vous l'aviez signé la semaine dernière,
09:51il y a le comité monétaire de la Fed, c'est quand même pas n'importe quoi,
09:55il y a sept gouverneurs, il y a cinq présidents de Fed régionale,
09:59ils ont des opinions, ils ont du staff,
10:02ils ont le pouvoir de parler et de s'adresser directement au marché
10:06et on ne peut pas leur marcher dessus.
10:09Le président du conseil des gouverneurs n'a qu'une voix,
10:11parmi les autres, et son métier est d'établir un consensus,
10:15il ne peut pas, ça n'est pas le patron de la Fed en fait,
10:19c'est le chef d'orchestre de la Fed.
10:23Le deuxième garde-fous, c'est la presse,
10:26notre rôle de journaliste est d'essayer d'expliquer les dangers
10:31qu'il y aurait à pratiquer une politique monétaire
10:34qui ne serait pas en phase avec les risques d'inflation et les risques de chômage.
10:37Et le troisième, évidemment, qui est de loin le garde-fous le plus important,
10:41c'est les marchés.
10:42Les marchés, aujourd'hui, ne laisseraient pas n'importe qui faire n'importe quoi
10:46à la réserve fédérale, ça ne durerait pas longtemps.
10:49Ce scénario, cette théorie selon laquelle une majorité de gouverneurs trumpistes
10:53arriveraient à la Fed et pourraient évincer les présidents des Fed régionales,
10:58pour mettre là des présidents de Fed régionales qui seraient trumpistes,
11:02ce scénario-là mettrait plusieurs jours à se mettre en place
11:06et se feraient dans le cadre d'un effondrement du marché obligataire
11:09et probablement des marchés d'action.
11:10Moi, je n'y crois pas.
11:11Bon, en tout cas, le suspense est à son comble
11:14concernant la détermination, la nomination du successeur de Jérôme Powell
11:20à attendu, nomination, ou en tout cas annonce attendue,
11:23peut-être avant la fin de l'année ou au plus tard, au début de l'année prochaine.
11:26Merci beaucoup, Pierre-Yves.
11:27Pierre-Yves Dugas avec nous.
11:29Je vous le rappelle, chaque lundi, en direct, dans Smart Bourse, à 17h45,
11:33si vous nous suivez à la télévision, via vos box,
11:35et vous retrouvez, bien sûr, ce rendez-vous, comme tous les autres,
11:38en replay sur notre plateforme bismart.fr
11:41ou encore en podcast sur l'ensemble de vos plateformes préférées.
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