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Ce mardi 19 mai, les tensions sur le marché obligataire agité par l'inflation, la possibilité d'une hausse des taux par la BCE, ainsi que l'attente des résultats de Nvidia, ont été abordées par Vincent Juvyns, responsable de la stratégie d'investissement chez ING, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:02Et le focus du jour se fait en duplex avec Vincent Juvins, responsable de la stratégie d'investissement d'ING.
00:10Bonjour Vincent, merci d'être avec nous.
00:12On va commencer évidemment sur les tensions sur le marché obligataire.
00:17Alors on regarde la séance d'hier, on regarde la séance de vendredi, mais c'est un mouvement qui dure
00:21depuis plus longtemps.
00:22Une question quand même que pose ce mouvement sur les deux dernières séances, c'est le marché obligataire est-il
00:29en train de changer de scénario sur l'inflation
00:32et accepter peut-être l'idée que l'impact de la guerre en Iran soit plus conséquent et plus durable
00:39que ce que le marché voulait croire au début ?
00:43Peut-être pas encore. Pour moi, il y a une conjonction de facteurs qui ont poussé ce marché obligataire à
00:49la baisse et les taux à la hausse.
00:50Finalement, le phénomène était déjà préexistant. On avait déjà depuis le début de l'année des taux qui étaient remontés.
00:57Il est vrai que cette hausse de taux s'est concentrée depuis le début du conflit en Iran et s
01:01'est accélérée évidemment ces derniers jours.
01:03Il y avait déjà des inquiétudes légitimes par rapport à la soutenabilité des dettes publiques.
01:09Elles étaient préexistantes. Je pense qu'en France, ça émergeait de temps en temps. Évidemment, c'était bien présent.
01:14Ce qui amenait les investisseurs déjà à demander un surcroît de rendement pour certaines signatures gouvernementales.
01:19En tout cas, de notre côté, c'était le cas.
01:22À ça vient évidemment se juxtaposer le problème inflationniste qui est né du début du conflit en Iran
01:28et qui vient retarder des baisses de taux annoncées sur lesquelles les marchés obligataires comptaient, notamment aux États-Unis,
01:35voire amener des hausses de taux en Europe où on ne les attendait pas.
01:38Donc, c'est vrai qu'on a une conjonction de facteurs aujourd'hui qui viennent pénaliser ce marché obligataire.
01:42Mais si les marchés obligataires étaient réellement dans cette perspective d'un conflit de longue durée,
01:47et peut-être le seront-ils dans les semaines à venir, on pourrait voir des mouvements tout à fait opposés.
01:52Pour l'instant, c'est les craintes par rapport à l'inflation et le report des attentes de baisse de
01:56taux qui poussent les taux à la hausse.
01:58Mais on pourrait imaginer un scénario dans le cours du trimestre où, finalement, les craintes de l'inflation
02:04laissent des craintes par rapport à la conjoncture économique, par rapport à la récession.
02:09Et on pourrait imaginer, à ce moment-là, les taux obligataires reflués, en tout cas pour les signatures de qualité,
02:14je pense à l'Allemagne notamment.
02:16Parmi les interprétations de ce qu'on voit depuis plusieurs jours, on peut lire quand même cette idée que les
02:21banques centrales vont devoir agir
02:23et peut-être remonter leurs taux. La plupart sont en taux réel négatif à l'heure actuelle.
02:31Kevin Warsh va prendre sa place à la tête de la Réserve fédérale américaine en fin de semaine.
02:36Est-ce qu'il sera obligé de remonter les taux d'ici la fin de l'année, comme une partie
02:43du marché a envie d'y croire à l'heure actuelle ?
02:46Il est prématuré de tirer ce type de conclusion. Je pense qu'il y a beaucoup d'excès dans les
02:50attentes de marché.
02:51Néanmoins, il faudra en tout cas se rendre compte d'une certaine réalité au niveau des banques centrales si le
02:56conflit devait se prolonger.
02:59Il est évident aujourd'hui qu'en Europe, on se dirige au mois de juin vers une hausse de taux.
03:03Peut-être on aura tant une deuxième. Je reste tout de même un petit peu circonspect par rapport à ces
03:07attentes,
03:08dans la mesure où on sait très bien que de part et d'autre de l'Atlantique, ces hausses de
03:11taux ne résoudront rien, évidemment, à la hausse des prix du pétrole.
03:15L'idée étant d'éviter des effets de second tour. Alors on peut les craindre à certains égards.
03:20Et les chiffres de la semaine dernière, quelque part, nous en donnent un petit peu un avant-goût,
03:24puisqu'on a vu que les prix à la production aux États-Unis et en Chine ont commencé à augmenter
03:28significativement.
03:29Et on sait évidemment que c'est le prélude d'une inflation qui s'installe dans les chaînes de production
03:34de manière plus générale
03:35et d'une inflation qui s'installe dans le temps.
03:37Néanmoins, pour moi, le vrai risque d'un conflit prolongé, c'est celui d'une destruction de la demande, d
03:44'une destruction de l'activité
03:45et potentiellement d'une récession à terme, spécifiquement en Europe, où finalement la récession viendrait quelque part résoudre partiellement,
03:53en tout cas, le problème inflationniste.
03:54Donc je pense qu'à ce stade, il est prématuré d'attendre autant de hausses de taux que ce qui
03:59n'est escompté par le marché de part et d'autre de l'Atlantique,
04:02et que le vrai risque, si le conflit s'éternise, c'est plutôt d'une récession que d'une spirale
04:08inflationniste de mon point de vue.
04:10Un mot peut-être du Japon, rapidement, Vincent.
04:13On voit là aussi les taux obligataires continuer à progresser.
04:1810 ans, 30 ans, 40 ans japonais sont revenus aujourd'hui sur les plus hauts qu'ils ont touchés hier.
04:23Le 2 ans, la même dépassée.
04:25Et on a eu une déclaration d'un haut responsable japonais du ministère des Finances qui parlait du Yen,
04:31cette fois-ci de l'intervention potentiellement des autorités japonaises sur le Yen.
04:35La parité dollarienne est juste en dessous des 160 à l'heure actuelle,
04:39un seuil où généralement les autorités japonaises interviennent sur le marché d'échange pour contenir effectivement le Yen.
04:46Ce haut responsable du ministère des Finances nous a dit
04:49« Si nous intervenons à nouveau, ne vous en faites pas, nous n'aurons pas besoin de vendre des bons
04:55du trésor américain ».
04:56Est-ce qu'il y a là aussi l'inquiétude d'avoir un peu moins de demandes vis-à-vis
05:01des futures émissions
05:05du gouvernement américain, de bons du trésor américain, Vincent ?
05:08Oui, ça fait partie des inquiétudes du moment, soyons clairs.
05:11Alors on peut évidemment philosopher sur ce que fera ou ne fera pas la Fed en termes de politique monétaire,
05:16en termes de taux directeurs.
05:17Par contre, Kevin Walsh est évidemment un fervent opposant à l'utilisation du bilan de la Fed
05:24pour pratiquer la politique monétaire.
05:27Donc il entend réduire la taille du bilan de la Fed, Fed qui détient quand même 20-25% des
05:32trésorys en circulation.
05:33Donc ça veut dire que si on a finalement une Fed qui se désengage des marchés obligataires,
05:37il faut pouvoir compter évidemment sur des investisseurs locaux et internationaux.
05:41Or, force est de constater que les investisseurs internationaux ces dernières années
05:45se sont détournés petit à petit des trésorys américaines.
05:47Alors c'est surtout le cas des Chinois, un peu moins des Japonais et certainement pas des Européens.
05:52Mais enfin, dans le contexte actuel, c'est vrai que pouvoir s'assurer de flux en provenance du Japon,
05:58ce serait évidemment plutôt confortable pour le trésor américain,
06:02qui doit refinancer, attendez-vous bien, 25% de sa dette dans les 12 mois qui viennent
06:08et 40% de sa dette dans les 3 à 4 prochaines années qui viennent.
06:12Or, la détention de treasuries américaines par des investisseurs étrangers est tombée de 35% il y a quelques années
06:18à un peu moins de 25% aujourd'hui.
06:21Donc évidemment, pouvoir bénéficier du soutien des investisseurs japonais serait bienvenu.
06:26Ce n'est pas pour rien que Scott Besant était au Japon la semaine dernière,
06:30l'un de ses nombreux voyages dans le pays,
06:34et pour s'assurer sans doute d'un alignement en tout cas de politique budgétaire, politique monétaire,
06:39et de s'assurer évidemment de la fidélité des investisseurs japonais de ce point de vue-là.
06:42Donc ça, c'est certainement quelque chose à monitorer pour s'assurer en tout cas du bon équilibre
06:47des marchés obligataires mondiaux, qui pour l'instant sont quand même pas mal chahutés.
06:52Très rapidement, Vincent Juvins, on avait un invité hier sur le plateau de BFM Business
06:55qui nous disait que la publication des résultats de Nvidia mercredi
07:00n'était plus une information microéconomique, mais devenait une information macroéconomique.
07:04Est-ce que vous partagez ce point de vue ?
07:06Oui, j'aime bien la formule. C'est vrai qu'aujourd'hui, l'intelligence artificielle, elle est partout.
07:10Elle est en bourse, évidemment. Elle soutient largement la croissance bénéficiaire aux États-Unis.
07:15Mais aujourd'hui, ce n'est pas uniquement le cas dans le secteur de la technologie.
07:19Si vous regardez parfois les performances des valeurs industrielles,
07:22ce sont celles qui sont adossées d'une manière ou d'une autre à l'IA,
07:25que ce soit avec des générateurs ou ainsi de suite, qui bénéficient en tout cas de la tendance actuelle.
07:30Même dans l'immobilier aujourd'hui, on observe qu'aux États-Unis,
07:32les entreprises investissent plus en data center qu'en immobilier de bureau.
07:35Donc c'est vrai que l'IA, en termes de contribution à la croissance bénéficiaire d'un certain nombre de
07:41secteurs, est clé.
07:42Et on l'a vu dans les chiffres du PIB américain au premier trimestre,
07:45l'IA reste un contributeur important à la croissance économique des États-Unis
07:49du fait des investissements pharaoniques qu'elle suppose.
07:53Donc c'est vrai qu'aujourd'hui, une entreprise comme Nvidia, de par sa market cap,
07:57de par le fait que c'est un petit peu le canari dans la mine de charbon pour tout un
08:01secteur,
08:01en effet, revêt certainement, en tout cas, une dimension macroéconomique plus que microéconomique.
08:07Merci beaucoup, Vincent Juvin, de nous avoir accompagné.
08:09Donc pour le focus du jour, je rappelle que vous êtes responsable de la stratégie d'investissement de ING.
08:13Merci.
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