00:02Et le focus du jour se fait en duplex avec Vincent Juvins, responsable de la stratégie d'investissement d'ING.
00:10Bonjour Vincent, merci d'être avec nous.
00:12On va commencer évidemment sur les tensions sur le marché obligataire.
00:17Alors on regarde la séance d'hier, on regarde la séance de vendredi, mais c'est un mouvement qui dure
00:21depuis plus longtemps.
00:22Une question quand même que pose ce mouvement sur les deux dernières séances, c'est le marché obligataire est-il
00:29en train de changer de scénario sur l'inflation
00:32et accepter peut-être l'idée que l'impact de la guerre en Iran soit plus conséquent et plus durable
00:39que ce que le marché voulait croire au début ?
00:43Peut-être pas encore. Pour moi, il y a une conjonction de facteurs qui ont poussé ce marché obligataire à
00:49la baisse et les taux à la hausse.
00:50Finalement, le phénomène était déjà préexistant. On avait déjà depuis le début de l'année des taux qui étaient remontés.
00:57Il est vrai que cette hausse de taux s'est concentrée depuis le début du conflit en Iran et s
01:01'est accélérée évidemment ces derniers jours.
01:03Il y avait déjà des inquiétudes légitimes par rapport à la soutenabilité des dettes publiques.
01:09Elles étaient préexistantes. Je pense qu'en France, ça émergeait de temps en temps. Évidemment, c'était bien présent.
01:14Ce qui amenait les investisseurs déjà à demander un surcroît de rendement pour certaines signatures gouvernementales.
01:19En tout cas, de notre côté, c'était le cas.
01:22À ça vient évidemment se juxtaposer le problème inflationniste qui est né du début du conflit en Iran
01:28et qui vient retarder des baisses de taux annoncées sur lesquelles les marchés obligataires comptaient, notamment aux États-Unis,
01:35voire amener des hausses de taux en Europe où on ne les attendait pas.
01:38Donc, c'est vrai qu'on a une conjonction de facteurs aujourd'hui qui viennent pénaliser ce marché obligataire.
01:42Mais si les marchés obligataires étaient réellement dans cette perspective d'un conflit de longue durée,
01:47et peut-être le seront-ils dans les semaines à venir, on pourrait voir des mouvements tout à fait opposés.
01:52Pour l'instant, c'est les craintes par rapport à l'inflation et le report des attentes de baisse de
01:56taux qui poussent les taux à la hausse.
01:58Mais on pourrait imaginer un scénario dans le cours du trimestre où, finalement, les craintes de l'inflation
02:04laissent des craintes par rapport à la conjoncture économique, par rapport à la récession.
02:09Et on pourrait imaginer, à ce moment-là, les taux obligataires reflués, en tout cas pour les signatures de qualité,
02:14je pense à l'Allemagne notamment.
02:16Parmi les interprétations de ce qu'on voit depuis plusieurs jours, on peut lire quand même cette idée que les
02:21banques centrales vont devoir agir
02:23et peut-être remonter leurs taux. La plupart sont en taux réel négatif à l'heure actuelle.
02:31Kevin Warsh va prendre sa place à la tête de la Réserve fédérale américaine en fin de semaine.
02:36Est-ce qu'il sera obligé de remonter les taux d'ici la fin de l'année, comme une partie
02:43du marché a envie d'y croire à l'heure actuelle ?
02:46Il est prématuré de tirer ce type de conclusion. Je pense qu'il y a beaucoup d'excès dans les
02:50attentes de marché.
02:51Néanmoins, il faudra en tout cas se rendre compte d'une certaine réalité au niveau des banques centrales si le
02:56conflit devait se prolonger.
02:59Il est évident aujourd'hui qu'en Europe, on se dirige au mois de juin vers une hausse de taux.
03:03Peut-être on aura tant une deuxième. Je reste tout de même un petit peu circonspect par rapport à ces
03:07attentes,
03:08dans la mesure où on sait très bien que de part et d'autre de l'Atlantique, ces hausses de
03:11taux ne résoudront rien, évidemment, à la hausse des prix du pétrole.
03:15L'idée étant d'éviter des effets de second tour. Alors on peut les craindre à certains égards.
03:20Et les chiffres de la semaine dernière, quelque part, nous en donnent un petit peu un avant-goût,
03:24puisqu'on a vu que les prix à la production aux États-Unis et en Chine ont commencé à augmenter
03:28significativement.
03:29Et on sait évidemment que c'est le prélude d'une inflation qui s'installe dans les chaînes de production
03:34de manière plus générale
03:35et d'une inflation qui s'installe dans le temps.
03:37Néanmoins, pour moi, le vrai risque d'un conflit prolongé, c'est celui d'une destruction de la demande, d
03:44'une destruction de l'activité
03:45et potentiellement d'une récession à terme, spécifiquement en Europe, où finalement la récession viendrait quelque part résoudre partiellement,
03:53en tout cas, le problème inflationniste.
03:54Donc je pense qu'à ce stade, il est prématuré d'attendre autant de hausses de taux que ce qui
03:59n'est escompté par le marché de part et d'autre de l'Atlantique,
04:02et que le vrai risque, si le conflit s'éternise, c'est plutôt d'une récession que d'une spirale
04:08inflationniste de mon point de vue.
04:10Un mot peut-être du Japon, rapidement, Vincent.
04:13On voit là aussi les taux obligataires continuer à progresser.
04:1810 ans, 30 ans, 40 ans japonais sont revenus aujourd'hui sur les plus hauts qu'ils ont touchés hier.
04:23Le 2 ans, la même dépassée.
04:25Et on a eu une déclaration d'un haut responsable japonais du ministère des Finances qui parlait du Yen,
04:31cette fois-ci de l'intervention potentiellement des autorités japonaises sur le Yen.
04:35La parité dollarienne est juste en dessous des 160 à l'heure actuelle,
04:39un seuil où généralement les autorités japonaises interviennent sur le marché d'échange pour contenir effectivement le Yen.
04:46Ce haut responsable du ministère des Finances nous a dit
04:49« Si nous intervenons à nouveau, ne vous en faites pas, nous n'aurons pas besoin de vendre des bons
04:55du trésor américain ».
04:56Est-ce qu'il y a là aussi l'inquiétude d'avoir un peu moins de demandes vis-à-vis
05:01des futures émissions
05:05du gouvernement américain, de bons du trésor américain, Vincent ?
05:08Oui, ça fait partie des inquiétudes du moment, soyons clairs.
05:11Alors on peut évidemment philosopher sur ce que fera ou ne fera pas la Fed en termes de politique monétaire,
05:16en termes de taux directeurs.
05:17Par contre, Kevin Walsh est évidemment un fervent opposant à l'utilisation du bilan de la Fed
05:24pour pratiquer la politique monétaire.
05:27Donc il entend réduire la taille du bilan de la Fed, Fed qui détient quand même 20-25% des
05:32trésorys en circulation.
05:33Donc ça veut dire que si on a finalement une Fed qui se désengage des marchés obligataires,
05:37il faut pouvoir compter évidemment sur des investisseurs locaux et internationaux.
05:41Or, force est de constater que les investisseurs internationaux ces dernières années
05:45se sont détournés petit à petit des trésorys américaines.
05:47Alors c'est surtout le cas des Chinois, un peu moins des Japonais et certainement pas des Européens.
05:52Mais enfin, dans le contexte actuel, c'est vrai que pouvoir s'assurer de flux en provenance du Japon,
05:58ce serait évidemment plutôt confortable pour le trésor américain,
06:02qui doit refinancer, attendez-vous bien, 25% de sa dette dans les 12 mois qui viennent
06:08et 40% de sa dette dans les 3 à 4 prochaines années qui viennent.
06:12Or, la détention de treasuries américaines par des investisseurs étrangers est tombée de 35% il y a quelques années
06:18à un peu moins de 25% aujourd'hui.
06:21Donc évidemment, pouvoir bénéficier du soutien des investisseurs japonais serait bienvenu.
06:26Ce n'est pas pour rien que Scott Besant était au Japon la semaine dernière,
06:30l'un de ses nombreux voyages dans le pays,
06:34et pour s'assurer sans doute d'un alignement en tout cas de politique budgétaire, politique monétaire,
06:39et de s'assurer évidemment de la fidélité des investisseurs japonais de ce point de vue-là.
06:42Donc ça, c'est certainement quelque chose à monitorer pour s'assurer en tout cas du bon équilibre
06:47des marchés obligataires mondiaux, qui pour l'instant sont quand même pas mal chahutés.
06:52Très rapidement, Vincent Juvins, on avait un invité hier sur le plateau de BFM Business
06:55qui nous disait que la publication des résultats de Nvidia mercredi
07:00n'était plus une information microéconomique, mais devenait une information macroéconomique.
07:04Est-ce que vous partagez ce point de vue ?
07:06Oui, j'aime bien la formule. C'est vrai qu'aujourd'hui, l'intelligence artificielle, elle est partout.
07:10Elle est en bourse, évidemment. Elle soutient largement la croissance bénéficiaire aux États-Unis.
07:15Mais aujourd'hui, ce n'est pas uniquement le cas dans le secteur de la technologie.
07:19Si vous regardez parfois les performances des valeurs industrielles,
07:22ce sont celles qui sont adossées d'une manière ou d'une autre à l'IA,
07:25que ce soit avec des générateurs ou ainsi de suite, qui bénéficient en tout cas de la tendance actuelle.
07:30Même dans l'immobilier aujourd'hui, on observe qu'aux États-Unis,
07:32les entreprises investissent plus en data center qu'en immobilier de bureau.
07:35Donc c'est vrai que l'IA, en termes de contribution à la croissance bénéficiaire d'un certain nombre de
07:41secteurs, est clé.
07:42Et on l'a vu dans les chiffres du PIB américain au premier trimestre,
07:45l'IA reste un contributeur important à la croissance économique des États-Unis
07:49du fait des investissements pharaoniques qu'elle suppose.
07:53Donc c'est vrai qu'aujourd'hui, une entreprise comme Nvidia, de par sa market cap,
07:57de par le fait que c'est un petit peu le canari dans la mine de charbon pour tout un
08:01secteur,
08:01en effet, revêt certainement, en tout cas, une dimension macroéconomique plus que microéconomique.
08:07Merci beaucoup, Vincent Juvin, de nous avoir accompagné.
08:09Donc pour le focus du jour, je rappelle que vous êtes responsable de la stratégie d'investissement de ING.
08:13Merci.
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