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  • il y a 14 heures
Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce mardi 19 mai. Ils sont notamment revenus sur la dette française qui frôle des taux critiques, les aides ciblées sur le carburant préparées par Sébastien Lecornu et la pression mise sur l'État par la CFDT concernant les salaires, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est pile à l'heure ce matin, c'est Roland Lescure, le ministre de l'économie, des finances, de
00:04la souveraineté industrielle, énergétique et numérique,
00:07qui est au micro de Laure Closier. Laure, c'est à vous, depuis Bercy.
00:13Absolument. Merci Sandra. Roland Lescure vient d'arriver. Bonjour, monsieur le ministre.
00:17Merci d'être avec nous ce matin pour ce G7 Finance.
00:21C'est la deuxième journée. Hier, c'est une journée qui a été marquée à la fois par des déclarations
00:26américaines sur le pétrole russe,
00:28dont on va poursuivre les exemptions de sanctions, mais aussi sur les taux d'intérêt, avec un contexte macroéconomique qui
00:34se tend.
00:35Aujourd'hui, on attend des déclarations, des déclarations d'union de la part du G7 Finance. Est-ce que vous
00:40êtes optimiste ?
00:42Oui, je suis optimiste pour trois raisons. D'abord, parce que le G7, il a eu lieu.
00:45Quand j'ai commencé la présidence du G7 en début d'année, je me suis demandé si ça servait encore
00:50à quelque chose, le G7.
00:51On sait bien que les tensions sont fortes. C'était avant la crise en Iran, évidemment, depuis, elles se sont
00:55accrues.
00:56Et je me rends compte que, oui, ça fonctionne. Ça fonctionne parce qu'on est capable de se parler de
01:01tout.
01:01Moi, j'ai replongé dans les archives du G7 en 74, quand il a été créé, 75. Il visait exactement
01:08à ça.
01:08À l'époque, il n'y avait pas d'agenda, pas de fonctionnaire, des chefs d'État et de gouvernement
01:13dans une pièce qui se parlaient de tout en toute confiance.
01:16Et c'est exactement ce qu'on a fait hier. On a abordé des sujets importants, les taux d'intérêt,
01:20vous l'avez dit, les enjeux, évidemment, de déséquilibre mondiaux, l'aide aux plus vulnérables.
01:25On fait face à une crise qui touche, en premier lieu, les plus vulnérables chez nous, les secteurs les plus
01:30exposés, un certain nombre de nos concitoyens, mais aussi à l'international.
01:33Et le G7 s'est saisi de ce sujet.
01:35Mais on est d'accord sur quoi, à la fin ? Sur le fait qu'il faut aplanir nos relations
01:40commerciales sur les terres rares, sur la Chine ?
01:43Qu'est-ce qui va émerger ? Alors vous allez avoir un communiqué, ça c'est une annonce que je
01:47vous fais, parce que sur le G7, on se demande toujours si on arrive à suffisamment se mettre d'accord.
01:51Donc il y en aura un communiqué. Pour publier un communiqué, il y aura un communiqué. Donc vous verrez que
01:54dans ce communiqué, il y a un certain nombre de sujets importants sur lesquels on est d'accord.
01:57D'abord, la volonté indispensable de gérer les déséquilibres mondiaux. C'est un terme qui a l'air un peu
02:03loin du quotidien.
02:04Mais si on a moins d'industries en France aujourd'hui, c'est qu'il y a des surcapacités en
02:08Chine, il faut les régler.
02:10Mais si on a insuffisamment d'épargne investie en France et en Europe pour financer nos startups, c'est qu
02:16'elle va aux Etats-Unis et qu'elle devrait rester ici.
02:18Les déséquilibres mondiaux, il faut qu'on les traite. Ensuite, l'aide aux plus vulnérables, notamment les pays les plus
02:22vulnérables.
02:23Vous savez qu'on est dans la période de sommi en Afrique. On a un défi sur les engrais.
02:29Il y a des pays aujourd'hui qui ne savent pas s'ils vont littéralement pouvoir manger dans les mois
02:33qui viennent.
02:33Il faut qu'on s'en saisisse et on prépare une action pour les chefs d'Etat, vous savez qu
02:38'ils se retrouvent à Évian en juin, pour traiter ce sujet.
02:41On a évidemment évoqué les enjeux de la crise et l'impact sur le quotidien de nos concitoyens. On a
02:47bien travaillé.
02:47Et avec Scott Bessen, sur les questions commerciales, vous avez réussi à le convaincre qu'on est des alliés, qu
02:53'on a besoin d'un cadre commercial qui ne bouge pas.
02:56Il est convaincu là-dessus ou pas ?
02:56Écoutez, je vais vous dire les choses comme ça. Ça fait 250 ans qu'on se connaît avec les Américains.
03:00Et à travers ces siècles, il y a eu des hauts et des bas.
03:05On est dans un moment où on a des désaccords fondamentaux, notamment sur la manière de régler les déficits commerciaux.
03:10On en parle, on s'engage, on avance, on progresse. Vous savez qu'on a signé un accord, l'Europe
03:16et les États-Unis, l'été dernier.
03:17On est en train d'avancer vers sa ratification. Je pense qu'on va pouvoir montrer.
03:22Et cette rencontre le montre plus que jamais qu'au fond, la loi du plus fort et le bilatéralisme, ça
03:28ne fonctionne pas.
03:29Qu'on a besoin d'être plusieurs pour traiter de ces dossiers parce que vos vulnérabilités sont mes forces et
03:37vice-versa.
03:38Si on n'est pas capable d'échanger, on va aller dans le mur. Et je pense que tout le
03:41monde l'a compris, ça.
03:42Sur la question des taux d'intérêt, 3,80, l'OAT français, hier, ça monte partout dans le monde.
03:47Ce n'est pas un sujet franco-français. Est-ce que les inquiétudes sont là ?
03:51Qu'est-ce qui vous fait peur pour la suite ? Vous avez dit récemment que l'économie française était
03:55résiliente.
03:56Si jamais la Banque Centrale Européenne remonte les taux, est-ce qu'on pourrait nous résister ?
04:00D'abord, merci de me poser la question sur mes déclarations récentes parce que j'entends des prophètes de malheur
04:04qui poussent derrière chaque brin d'herbe de Bercy.
04:08Il faut regarder les choses avec réalisme. Il faut regarder les faits.
04:13Aujourd'hui, la réalité, évidemment, on a des ventes face.
04:16La crise n'est pas une bonne nouvelle, notamment pour les taux d'intérêt.
04:19Ça veut dire que je paye plus pour notre dette, près de 4 milliards d'euros.
04:23Mais pour l'instant, l'économie française, elle résiste.
04:27Et pas pour rien, parce qu'on a un meilleur mix énergétique que la plupart des pays européens,
04:32parce qu'on a des stabilisateurs automatiques, le SMIC va augmenter,
04:34qui fait que la consommation va résister.
04:36Voilà, donc on est face à une crise internationale qui a de l'impact,
04:40qui fait qu'on ralentit.
04:42Mais aujourd'hui, il n'y a ni stagflation, ni récession en France.
04:45Et j'espère bien que ça va continuer.
04:46Alors, ça continuera, évidemment, si cette crise ne dure pas trop longtemps.
04:50Et c'est un des défis majeurs de cette discussion multilatérale.
04:53Mettre en place des négociations, c'est ce que la France pousse le plus vite possible
04:57pour réouvrir le détroit d'Hormuz,
04:59ce qui est ce nœud économique du conflit au Moyen-Orient.
05:02Et là-dessus, vous êtes optimiste ?
05:05Les dernières déclarations de Donald Trump, une opération prévue aujourd'hui annulée ?
05:09Voilà, donc ça bouge tous les jours.
05:11Donc on va suivre la réalité.
05:12Éviter d'être un optimiste exagéré, mais d'être aussi un prophète de malheur.
05:17Mon métier, c'est de regarder les faits.
05:19Aujourd'hui, la réalité, c'est qu'on est dans une tempête,
05:22mais qu'on résiste et qu'on continue à avancer.
05:25Et ça, c'est quand même important que les Français le sachent.
05:27Il y a des annonces prévues par Sébastien Lecornu et le Premier ministre jeudi sur des aides au carburant.
05:32Est-ce que vous allez élargir à d'autres professions, par exemple aux aides soignantes,
05:36à ceux qui roulent beaucoup, notamment pour travailler ?
05:39Vous l'avez dit, on annoncera ça jeudi.
05:41On avait annoncé aux alentours du 27 mars les aides d'avril.
05:45On avait annoncé le 21 avril les aides de mai.
05:47On annoncera ce jeudi les aides de juin.
05:50Ce qu'on souhaite, c'est dans un moment où, évidemment, les finances publiques sont sous tension,
05:54l'euro publique est rare, se focaliser sur les plus vulnérables, sur ceux qui en ont le plus besoin.
05:59Je pense que les Françaises et les Français, ils comprennent ça.
06:02Moi, je ne suis pas là pour aider tout le monde, y compris ceux qui n'en auraient pas besoin.
06:06Il y a des gens aujourd'hui qui peuvent passer cette crise entre deux heures.
06:08Donc ça sera toujours ciblé ?
06:09On se focalise sur ceux qui en ont le plus besoin.
06:11Et en premier lieu, celles et ceux qui travaillent.
06:14Parce qu'évidemment, c'est essentiel.
06:15On doit préserver la croissance.
06:17On doit s'assurer que la croissance française continue à tenir.
06:21Marie-Lise Léon a dit dans Le Parisien, cette semaine, qu'il fallait absolument,
06:25c'était urgent d'augmenter les salaires, de réouvrir les NAO,
06:30les négociations entre les salariés et les chefs d'entreprise.
06:33Est-ce que vous êtes sur la même ligne ?
06:35Est-ce que vous poussez les entreprises à augmenter les salaires ?
06:37En tout cas, elle est dans son rôle.
06:40Moi, je crois au dialogue social.
06:41Je crois au paritarisme.
06:42Et donc, une responsable d'un grand syndicat,
06:45à un moment où l'inflation augmente,
06:47décide d'engager une conversation avec les représentants du patronat
06:49sur la hausse des salaires, ça me semble tout à fait normal.
06:51Ce n'est pas mon rôle.
06:53Il y en a certains qui disent qu'il faut indexer les salaires sur les prix,
06:56il faut que l'État se mêle de tout.
06:57Je considère que le paritarisme, c'est laisser les partenaires sociaux négocier.
07:01De manière concrète, ça veut dire quoi ?
07:02Ça veut dire qu'aujourd'hui, il y a des entreprises
07:04qui peuvent sans doute se permettre des hausses de salaire,
07:07des secteurs qui sont moins affectés de d'autres.
07:09On en connaît l'énergie, par exemple.
07:11Et que donc, dans ces secteurs-là,
07:13on doit pouvoir sans doute faire quelque chose.
07:16Mais ce n'est pas mon boulot.
07:18Vous dites que ce n'est pas votre boulot,
07:19mais quand vous avez parlé du gel,
07:21des baisses de charges pour les entreprises,
07:23donc ça va rester plat parce que le SMIC augmente
07:26et il ne faut pas que ça soit mécanique sur la hausse des autres salaires.
07:29Vous nous avez dit, attendez, vous n'augmentez pas les salaires,
07:31on ne va pas poursuivre la baisse ?
07:32Non, mais ce que j'ai dit,
07:34l'euro public, il est rare.
07:36Moi, je n'arrose pas sans discriminer.
07:40Si on a des effets d'aubaine,
07:42c'est-à-dire que si on a des hausses des aides aux entreprises généralisées,
07:46on parle de 2 milliards d'euros,
07:48qui concernent des entreprises
07:50qui touchent des aides supplémentaires
07:51alors qu'elles n'ont pas augmenté les salaires,
07:53moi, je fais un cadeau, là encore,
07:54à des gens qui n'en ont pas besoin.
07:56Je souhaite qu'on réserve les aides
07:58à celles et ceux qui en ont besoin.
07:59Donc, on va voir ce qui va se passer du côté des salaires.
08:01Moi, je ne fais pas d'aides non discriminées aujourd'hui.
08:05Ce n'est pas un cadeau à faire à qui que ce soit
08:07et notamment, évidemment, à nos concitoyens
08:09parce qu'in fine, tout ça se retrouvera soit en taxes,
08:12soit en économie de dépenses.
08:13Et ça, je préfère la limiter l'une et l'autre.
08:15Vous nous dites, l'euro public, il faut y faire attention.
08:18Total Energy a annoncé hier
08:19qu'ils allaient à nouveau prolonger l'opération
08:21de blocage des prix.
08:23Vous leur dites quoi ? Merci.
08:24C'est une sorte de ministre du carburant maintenant,
08:26Patrick Pouyanné ?
08:27Non, non, ce n'est ni un ministre du carburant
08:29ni un ministre de la consommation.
08:30Mais c'est un entrepreneur qui, je pense, est conscient
08:32du fait que dans la période actuelle,
08:34il fait partie des grands gagnants
08:36et qu'il puisse redistribuer une partie de ses gains
08:39aux consommateurs français.
08:42J'allais dire, c'est plutôt bienvenu.
08:45Voilà. Donc, je lui dis ni merci,
08:47ni je vais vous retirer la légion d'honneur
08:49comme certains ont envisagé de le faire.
08:51C'est un entrepreneur français
08:52qui est à la tête d'une major internationale.
08:55Grâce à cette major, aujourd'hui,
08:56on a de l'essence, on a du gasoline,
08:58on a du kérosène, pardon,
09:00du fuel pour nos avions.
09:01Le fait d'avoir une major intégrée en France,
09:03c'est plutôt un avantage.
09:04Mais évidemment, au passage,
09:06elle gagne beaucoup d'argent
09:07qu'elle en redistribue une partie
09:08à nos concitoyens qui roulent.
09:10Je trouve ça bienvenu.
09:11Est-ce qu'à la fin, il faut être clair
09:12vis-à-vis des Français,
09:14le prix de l'essence ne va pas baisser tout de suite ?
09:17La crise va être longue.
09:19Alors, la crise va durer
09:21parce qu'on sait que même si on ouvre
09:22le détroit d'Hormuz demain,
09:23ça prendra du temps avant que les paquebots,
09:26les tanqueurs arrivent sur nos côtes.
09:28Mais non, ça va sans doute rester élevé.
09:31On était à 1,70 sur le gasoil avant la crise.
09:34On est monté jusqu'à 2,20.
09:36Aujourd'hui, on est à peu près à 2,15.
09:38Il est probable que ça reste élevé.
09:40Mais évidemment,
09:41de la même manière que ça a monté vite à la pompe,
09:42on l'a vu, j'allais dire,
09:44en début de crise,
09:45si le pétrole baisse,
09:46moi, je m'attends à ce que l'essence
09:48baisse à la pompe également.
09:50Est-ce qu'il se stabilisera après la crise
09:52à 1,80, 1,90 ?
09:53Je n'en sais rien.
09:54Mais la vraie leçon de tout ça,
09:57c'est que cette crise doit nous rappeler
09:59une fois de plus qu'on a des dépendances
10:01dont il faut se débarrasser.
10:04Électrifions, électrifions, électrifions
10:05avec des véhicules fabriqués en France,
10:07avec des terres rares auxquelles on a accès.
10:09On en a beaucoup parlé hier.
10:11On va continuer à en parler aujourd'hui.
10:13Avec de l'électricité faite en France,
10:15décarbonée.
10:15Et au fond, avec une autonomie,
10:18une indépendance qu'on doit à nos concitoyens
10:20et dans laquelle il faut investir maintenant.
10:22Vous parlez de dépendance.
10:23Dernier point, justement,
10:24on a eu des chiffres sur le GNL européen
10:26avec nos importations de GNL depuis la Russie
10:30qui battent des records.
10:31On est en hausse de 16% sur l'année.
10:32On revient au niveau de 2022.
10:34Premier consommateur là-dedans, la France.
10:36C'est elle qui tire les importations de GNL.
10:39Comment ça se fait qu'on est encore
10:40dans cette situation-là ?
10:41Alors, c'est un peu plus compliqué que ça
10:42parce qu'une fois qu'il arrive en France,
10:44il circule le GNL.
10:45Donc, il arrive en France
10:46et ensuite circule ailleurs en Europe.
10:49Italie, Espagne et autres.
10:51On est aujourd'hui dans une logique
10:53où on a souhaité renforcer les sanctions
10:54en interdisant l'importation du GNL russe
10:57à partir de l'année prochaine.
10:58Et donc, en attendant, évidemment,
11:00on n'est pas sous sanctions formelles
11:01et on continue des contrats qui existaient.
11:03Il n'y a plus de nouveaux contrats.
11:05Et donc, ce qu'on importe aujourd'hui,
11:06c'était des contrats passés.
11:08On aura à partir de l'année prochaine
11:10plus de GNL russe qui arrivera en Europe.
11:11on aura d'ici là, je pense,
11:14continué à améliorer
11:16notre diversification des sources.
11:17Il y a beaucoup de GNL
11:18qui viennent des Etats-Unis.
11:20J'allais dire, c'est bienvenu
11:21et on va continuer à faire ça.
11:22Merci beaucoup Roland Lescure
11:23d'avoir été avec nous ce matin.
11:24Communiqué à 11h alors, c'est ça ?
11:26Ou vers 13h ?
11:27Voilà, fin de matinée.
11:28Conférence de presse à 13h30.
11:30Fin de matinée.
11:30Et il y aura donc un communiqué de presse.
11:32Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
11:33Sandra, on se retrouve tout au long de la matinée.
11:35Exactement.
11:36Merci beaucoup Laure Closier
11:37avec Roland Lescure,
11:38ministre de l'Économie,
11:39des Finances,
11:39de la Souveraineté Industrielle,
11:40Énergétique et Numérique.
11:41La crise va durer,
11:43mais le G7 a eu lieu
11:44malgré les fortes tensions.
11:45On va revenir évidemment
11:46sur cette interview
11:47en direct sur BFM Business
11:49que vous pouvez retrouver
11:50dans quelques instants
11:51sur notre site et notre appli.
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