Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 50 minutes
Lundi 18 mai 2026, retrouvez Pierre-Yves Dugua (Correspondant américain) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:04Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque lundi, c'est notre quart d'heure américain.
00:08Nous retrouvons à distance en visio avec nous notre correspondant américain, Pierre-Yves Dugas.
00:13Bonsoir Pierre-Yves, merci beaucoup d'être avec nous.
00:16Reprenons les choses dans l'ordre.
00:19Effectivement, on a laissé derrière nous le sommet entre Xi Jinping et Donald Trump la semaine dernière.
00:27Quand même temps encore de rappeler un peu le bilan que vous faites, vous, de ce sommet, Pierre-Yves, j
00:34'ai envie de dire, pas de miracle.
00:36Non, pas de miracle. On a un peu l'impression que le sommet accouche d'une souris.
00:43Mais soyons prudents parce que, en fait, c'est surtout ce qui va se passer dans les prochaines semaines
00:48qui, peut-être, va nous permettre de vérifier si, effectivement, un taux nouveau a été fixé par Donald Trump et
00:58son homologue chinois
00:59dans cette relation qui est extrêmement difficile.
01:04On parle de stabilité stratégique, un thème qui était très cher au président chinois.
01:10Donald Trump adore annoncer des deals.
01:12Il n'y a pas beaucoup de deals qui ont été annoncés, en fait.
01:15On apprend tout de même, au cours des dernières heures, qu'il y a des engagements chinois,
01:20et ça n'est pas démenti par Pékin, en termes d'achat de produits agricoles américains,
01:29qui vont au-delà de ce qui avait déjà été promis pour le soja en octobre dernier.
01:33C'était 25 millions de tonnes tous les ans pendant trois ans.
01:36En plus, maintenant, on aurait 17 milliards de dollars par an d'achats nouveaux de produits agricoles américains par la
01:47Chine.
01:48L'histoire du contrat extraordinaire de Boeing, qui, semble-t-il, ne va pas porter sur 500,
01:55mais 200 appareils, n'est pas vraiment confirmée.
01:58Les détails restent à préciser, explique-t-on, du côté chinois.
02:02Donc là, c'est quand même une déception.
02:06On ne sait pas si, ne serait-ce que du bout des lèvres,
02:13le président chinois a donné un signal à Donald Trump
02:18sur la manière dont la Chine pourrait aider, ne pas aider,
02:22fermer les yeux sur sa tactique pour tenter de rétablir la libre circulation dans le détroit d'Ormose.
02:29On ne sait pas non plus si Donald Trump s'est laissé piéger sur la question de Taïwan,
02:39qui est fondamentale, et fondamentale pas simplement pour les gens qui font de la géopolitique,
02:44mais pour les gens qui s'occupent d'investissements boursiers.
02:46Et ne l'oublions pas, Taïwan, c'est Taïwan's my conductor aussi.
02:51C'est quand même, si vous avez peur du détroit d'Ormose,
02:54vous allez avoir peur du goulet d'étranglement que représente cette île chinoise
02:59en termes de contribution à toutes les chaînes d'improvisionnement
03:03dans toute la finière de la haute technologie.
03:07On l'avait dit la semaine dernière,
03:08les Chinois voudraient qu'officiellement les États-Unis s'opposent explicitement
03:14à une déclaration d'indépendance de Taïwan.
03:18On a l'impression que Donald Trump a un petit peu évolué
03:21dans le sens souhaité par la Chine sur cette question,
03:24mais il n'est pas allé jusque-là, en tout cas dans sa rhétorique.
03:29Non, mais il n'y a pas eu de projet ferme non plus par Donald Trump de la demande chinoise.
03:35Et effectivement, on en parlait avec vous la semaine dernière, ça s'est confirmé.
03:40Le dossier des ventes d'armes était un sujet sur la table,
03:43ce qui était déjà une forme de nouveauté par rapport à la position américaine traditionnelle
03:47qui refusait de discuter de ce sujet avec Pékin.
03:50Là, potentiellement, ils en ont parlé.
03:52Et Donald Trump n'a pas fermé la porte à la demande chinoise, officiellement en tout cas.
03:59Donald Trump prétend qu'il a dit à son homologue chinois qu'il ne parlerait pas de Taïwan.
04:06Mais on sait que c'est déjà en soi une manière d'en parler.
04:10Et arrêtons de spéculer et attendons de voir si, effectivement, dans les prochains jours,
04:16ce qu'a voté le Congrès au début de l'année,
04:1814 milliards de dollars de vente d'armes américaines à Taïwan,
04:22est validé par le président américain ou non.
04:27L'autre test de l'amélioration effective,
04:32et non pas de l'écran de fumée que pourraient projeter les deux chefs d'État,
04:37sera, bien sûr, de voir si le 24 septembre,
04:40Xi Jinping se rend effectivement à Washington,
04:43comme il est maintenant prévu qu'il le fasse.
04:47S'il y a des ventes d'armes américaines à Taïwan d'ici là,
04:51peut-être que ce voyage sera diplomatiquement reporté, on ne sait pas.
04:57Venons-en à Kevin Walsh, Pierre-Yves.
04:59Alors, quand on a été un gouverneur faucon il y a une quinzaine d'années,
05:05quand on a défendu des positions plutôt colombes,
05:08avec l'idée de baisse de taux en tant que prétendant à la tête de la réserve fédérale américaine,
05:15bien, qu'est-ce qu'on trouve quand on est désormais président de la réserve fédérale américaine ?
05:20La feuille de route de Kevin Walsh est sans doute pas tout à fait celle qu'il imaginait
05:24quand il a commencé son lobbying afin d'être le successeur de Jérôme Poel il y a quelques mois maintenant
05:34?
05:35Effectivement, vous venez de commettre une erreur que j'ai commise moi-même ce matin.
05:41J'ai bêtement cru que Kevin Walsh était le nouveau président du conseil des gouverneurs de la Fed.
05:46Vous savez, il ne l'est pas.
05:48Ah, alors oui.
05:49Il ne l'est pas pour deux raisons.
05:51D'abord parce que le président du conseil des gouverneurs, c'est toujours Jérôme Poel.
05:57Il a été voté, on a voté pour lui autour de la table du conseil des gouverneurs.
06:04Il est désormais président du conseil des gouverneurs pro-temporé.
06:08La cérémonie de prestation de serment de Kevin Walsh n'a toujours pas été produite.
06:14On ne sait pas quand elle va intervenir.
06:18Et il y a même eu deux dissidents parmi les gouverneurs de la réserve fédérale,
06:24Stephen Myron, qui est le dissident favori, et Michel Bauman,
06:30pour dire non, non, non, il ne faut pas que Jérôme Poel soit pro-temporé indéfiniment.
06:35Nous voulons mettre une limite temporelle à sa position de président par intérim.
06:42Il se passe au moins une chose.
06:45C'est que Kevin Walsh est très riche, a beaucoup d'argent, plusieurs centaines de millions de dollars, semble-t
06:52-il.
06:52Il a promis aux sénateurs, et pour respecter les règles éthiques, bien évidemment,
06:56qui sont imposées aux membres du conseil du comité monétaire de la Fed,
07:01il faut qu'ils se désengagent de tous ces investissements.
07:04Ça ne se fait pas en un coup de cuillère à peau et en un clic sur un écran.
07:10Et puis, il y a aussi tout simplement la logistique de la cérémonie de prestation de serment.
07:17Qui sera invité ?
07:19Comment faire pour éviter que Jérôme Poel ne soit pas sur la photo,
07:23lui qui a été traité de crétin, de débile mental par le président des États-Unis ?
07:28Ça va être un petit peu délicat.
07:31Il faudra donc préserver le décor homme.
07:33On trouvera certainement une solution.
07:35Enfin, ça n'est pas fait.
07:36On a encore le temps.
07:38D'ici le 17 juin, date de la réunion du prochain comité monétaire de la Fed,
07:46mais indiscutablement, tout le monde certainement a commencé à s'entretenir.
07:50Que peut faire Kevin Walsh dans cette nouvelle configuration,
07:54très différente aujourd'hui de ce qu'elle était au mois de janvier ?
07:58L'inflation ne menace plus.
08:01L'inflation, elle est là.
08:03La situation de l'emploi, que l'on avait cru catastrophique,
08:07semble-t-il, n'est pas aussi mauvaise que cela.
08:10Donc, deux des raisons qui auraient pu pousser d'autres membres du comité monétaire de la Fed
08:16à abaisser le taux des flatpents ont disparu.
08:20Il y a une solution, une solution élégante,
08:24qui serait, dans un premier temps, au terme de la réunion du 17 juin,
08:29pour que le comité monétaire abandonne son biais favorable à une baisse de taux.
08:37Ce premier geste permettrait à Kevin Walsh de ne pas entamer son mandat
08:43avec de fortes dissensions, ce qui affecterait sa crédibilité.
08:48Si on abandonnait ce biais favorable à une baisse de taux,
08:54on pourrait le faire sous couvert de l'abandon,
08:57de quelque chose que Kevin Walsh, on the record, depuis des années, nous annonce,
09:02qu'il faudrait que la réserve fédérale se débarrasse de cette mauvaise habitude,
09:06selon lui, de faire du forward guidance,
09:08d'arrêter de nous dire ce qu'elle pressent être sur le point de faire à l'horizon 3, 4,
09:166 mois.
09:18En abandonnant de facto le forward guidance,
09:21on ferait l'économie d'avoir à préciser dans le communiqué du comité monétaire
09:28que le biais est favorable à une baisse de taux.
09:31Voilà comment cette petite feuille de vigne pourrait sauver dans un premier temps
09:36la crédibilité du nouveau patron de la Fed qui aura autour de la table Jérôme Powell,
09:42qui va rester gouverneur tant qu'il ne sera pas satisfait de l'abandon définitif
09:48des poursuites qui ont été engagées contre lui.
09:50C'est quand même un peu curieux.
09:51On n'a pas vu ça depuis 80 ans.
09:54Et une chose qui avait été mal expliquée, pas simplement par moi d'ailleurs,
09:59c'est que Stephen Myron a démissionné.
10:02Oui.
10:03Il a démissionné de son poste de gouverneur qu'il occupait depuis le mois de septembre dernier
10:07parce que s'il ne démissionnait pas, il n'y avait pas de place de gouverneur libre pour Kevin Walsh.
10:15La présence de Jérôme Powell autour de la table est un moyen aussi pour le patron sortant de la Fed
10:25d'empêcher Donald Trump de nommer un gouverneur au-delà de ce qu'il vient de réaliser
10:32avec l'amination de Kevin Walsh.
10:34On est un petit peu dans la guerre de tranchée.
10:36Et je vais même un peu plus loin.
10:38C'est-à-dire, admettons que Jérôme Powell puisse tenir comme gouverneur au moins jusqu'aux élections de mi-mandat.
10:46Admettons que Donald Trump ne remporte pas les élections de mi-mandat et subisse une défaite chuisante.
10:52C'en est fini de la capacité de Donald Trump à pouvoir nommer qui il voudrait à la Fed ou
10:59ailleurs d'ailleurs.
11:00D'autant que la marge de confirmation au Sénat de Kevin Walsh est lamentablement faible.
11:11Lamentablement.
11:12Je vais vous citer quelques chiffres.
11:14Dix secondes, Pierre-Yves.
11:15C'est vraiment.
11:16Paul Volcker a été nommé en 1979 à l'unanimité.
11:21Greenspan en 1987 avait deux voix dissidentes.
11:26Bernanke en 2006, unanimité.
11:29Janet Yellen, 26 voix contre elle seulement, 86 pour.
11:3456 pour, pardon.
11:36Jérôme Powell en 2018, 84 voix pour, 3 contre.
11:40Et aujourd'hui, Kevin Walsh, 54 pour, 45 contre lui.
11:45On lui souhaite quand même bon courage.
11:47Le bipartisme a disparu en matière monétaire à Washington.
11:51Merci beaucoup Pierre-Yves Duguay avec nous chaque lundi pour ce quart d'heure américain
11:55que vous retrouvez bien sûr en replay sur bismart.fr.
11:59Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations