00:00Moi, je n'y crois pas une seconde. Le problème, c'est que comme c'est un pari sur l
00:03'avenir, c'est dur d'avoir des arguments très forts là-dessus.
00:06Moi, ça me paraît complètement délirant, en fait. Je ne pense pas un instant. En fait, je pense que ce
00:11serait même pire que tout.
00:19Rassurez-vous, la technologie est là pour nous sauver. Et oui, parce qu'on est géniaux. Et oui, parce qu
00:23'on est s'en est toujours sortis.
00:24Alors, on va toujours s'en sortir, bien évidemment. Et la technologie est là pour nous le rappeler.
00:29Alors, la technologie, je vous le dis tout de suite, ça ne résoudra rien du tout.
00:32Ça va résoudre des problèmes techniques, certains symptômes peut-être, en en aggravant d'autres au passage.
00:39Mais ça ne s'attaque pas aux problèmes systémiques. On ne résout pas un problème systémique, sans changement systémique.
00:43Et la technologie n'est pas capable d'amener un changement systémique.
00:46Donc, une somme de technologie ne permettra pas de changer ce qu'il faut changer.
00:49De la même manière que paracétamol, plus pommade, plus tisane, ne permet pas de sonner le cancer.
00:55Ça ne marchera pas. Ça ne bouclera pas.
00:57Donc, la technologie peut être au service d'une solution.
01:00Et cette solution est nécessairement un nouveau projet de société, mesdames et messieurs.
01:04Rien de moins.
01:05Prenons un exemple, la 5G. La 5G, il fallait y aller. Il n'y avait pas de débat.
01:09Pourquoi ? Parce que ça existait.
01:12Et puis, comme ça existe, il y a un couillon quelque part qui a dit « moi, je le développe
01:16».
01:16Et à partir du moment où il y a un couillon quelque part qui le développe,
01:18tous les autres couillons qui peuvent suivre, il faut qu'ils suivent.
01:21Il n'y a pas le choix.
01:22Parce que sinon, on est moins compétitif.
01:24Voilà.
01:25Et donc, couillon après couillon, on y va.
01:27C'est une course en avant.
01:29Sans fin.
01:31Enfin, sans fin.
01:31Si, justement, on va buter contre des limites.
01:33Donc, on va toucher une fin.
01:35Mais en théorie, c'est sans fin.
01:37C'est ce qu'on appelle en thermodynamique le syndrome de l'arène rouge.
01:39Il faut courir toujours plus vite pour maintenir ce qu'on a.
01:42Courir toujours plus vite pour faire du sur place.
01:44Alors, la 5G, les opérateurs de téléphones immobiles en France,
01:47étaient tout à fait circonspects.
01:49Ils étaient, oh là, on va étudier la question, nous ne nous pressons pas trop.
01:52On a Olivier Roussa, le patron de Bouygues Télécom,
01:54qui a priori n'est pas un décroissant intermondialiste,
01:57qui a dit au Sénat en 2020, si on développe la 5G,
02:00la consommation électrique de tous les opérateurs va exploser.
02:03Et il a fait remarquer que ce n'était pas complètement compatible
02:05avec les objectifs, les engagements de la France pour le climat.
02:10Oh là là, qu'est-ce qu'il n'avait pas dit ?
02:13Il ne fallait surtout pas critiquer la 5G.
02:17D'une manière générale, mesdames et messieurs,
02:18on ne peut pas critiquer la technologie, c'est notre fétiche.
02:22C'est un outil qu'on maîtrise bien, il est super.
02:25On est face à des problèmes, on veut que l'outil soit utile,
02:28on l'applique aux problèmes.
02:30Et puis, ça ne marche pas.
02:32Jusqu'à présent, ça ne marche pas.
02:34On résout des problèmes locaux, etc.
02:36Mais sur le climat, par exemple, on n'y arrive pas,
02:38on ne décarbone pas du tout, au niveau mondial.
02:42Alors, est-ce que ça ne marche pas ?
02:43Non, non.
02:43Ce qu'on se dit, c'est que si ça marche, en fait, ça marche quand même.
02:46Mais les conditions ne sont pas encore complètement réunies.
02:50Alors, s'il y avait plus de volonté politique,
02:51s'il y avait le marché qui faisait plus ceci,
02:53s'il y avait moins cela, s'il y a bidule,
02:54à ce moment, ça va marcher.
02:56Donc, il faut accélérer, accélérer, accélérer
02:57dans cette direction qui, jusqu'ici, ne fonctionne pas.
03:00On ne remet pas en question l'outil ?
03:03On remet en question la façon dont on voit le problème.
03:06Pour qu'il corresponde à notre outil.
03:07Quand votre seul outil est un marteau,
03:08tout problème ressemble à un clou, mesdames et messieurs.
03:10Est-ce que tu peux répondre à ceux qui peuvent t'objecter
03:12que la science et la technologie vont nous sauver ?
03:15Ah oui, ça, je l'entends un peu dans mon milieu,
03:17puisque je suis entouré de scientifiques, l'étant moi-même.
03:20Moi, je n'y crois pas une seconde.
03:21Le problème, c'est que comme c'est un pari sur l'avenir,
03:24c'est dur d'avoir des arguments très forts là-dessus.
03:26Moi, ça me paraît complètement délirant, en fait.
03:29Je ne pense pas un instant.
03:31En fait, je pense que ça serait même pire que tout.
03:32Parce que si on commence à vouloir aller essayer
03:35d'envoyer des panneaux solaires,
03:37pour essayer de favoriser des pluies à certains endroits, etc.
03:43Là, on est complètement au-delà de nos moyens.
03:45Et puis même, il y a quelque chose.
03:47Alors, je ne voudrais pas le dire de façon religieuse,
03:49parce qu'une fois de plus, moi-même, je ne suis pas croyant.
03:51Pathologique ?
03:51Presque, oui.
03:52Et puis de la profanation, quand même.
03:54D'un truc qui est un peu sacré.
03:55Pour moi, ce n'est pas Dieu qui est sacré.
03:57Je ne sais pas ce que c'est, Dieu.
03:58Mais c'est quand même...
04:00C'est la fragilité de ce qui s'est mis en place.
04:02En fait, à chaque fois qu'on l'a fait, on s'est planté.
04:04On a inventé des trucs très bien.
04:05Je suis ravi qu'il y ait des vaccins et je suis ravi qu'il y ait des antibiotiques.
04:08Je ne dis pas que toute production humaine est à jeter.
04:11Bon, ça, c'est des choses très rationnelles,
04:12sur des problèmes très concrets.
04:15Véritablement, personne ne s'oppose.
04:17Enfin bon, les vaccins un petit peu.
04:18Mais enfin, globalement, c'est quand même assez consensuel.
04:22Là, quand on commence à jouer aux apprentis sorciers,
04:24on va droit dans le mur.
04:25Quand on réintroduit des espèces à la main
04:27pour qu'on traite à l'autre espèce, ça ne marche jamais.
04:30On crée des espèces envahissantes, etc.
04:32Et en réalité, ça nuit à la biodiversité.
04:35Un collègue physicien des Cordes
04:38disait que probablement,
04:39finalement, le seul espoir, ça sera d'aller sur Mars.
04:41Moi, je trouve cette idée terrifiante.
04:43Parce que d'abord, je pense que ce n'est pas vrai.
04:45En termes techniques, on n'aura pas du tout
04:47les moyens de le faire.
04:49Donc premièrement, je pense que c'est...
04:50Peut-être une petite élite.
04:51Concrètement, il faut...
04:52Et voilà.
04:52Et le deuxième point que j'allais dire,
04:53c'est que quand bien même on pourrait le faire,
04:55c'est sûr que ça ne va pas concerner grand monde.
04:57Donc ça sera vraiment...
04:58Il y aura les happy few,
04:59mais qui seront très très très très très few.
05:01Et les autres rêveront.
05:02Et puis les animaux, évidemment, ça sera quoi ?
05:04On fera quoi ?
05:05L'Arche de Noé ?
05:05On prendra un couple de chaque
05:06et le reste mourra lentement.
05:08Non, non.
05:09Ça n'a aucun sens.
05:10Et en plus,
05:11je veux dire, Mars n'est pas habitable.
05:12Et là, on est en train de se demander...
05:14Enfin, certains se demandent
05:15comment faire du terraforming ?
05:16C'est-à-dire transformer Mars
05:17en un lieu habitable.
05:18Mais putain, on a une plate-tête habitable.
05:20C'est la nôtre.
05:21Donc on va peut-être quand même commencer
05:22par sauver celle-là
05:23avant de se demander comment
05:24on va aller en coloniser une autre.
05:26Ça n'a aucun sens.
05:26Comment générer un bouclier magnétique
05:29sur Mars, c'est ça ?
05:31Oui, non, mais en tant qu'expérience de pensée,
05:33je trouve ça plutôt marrant, en fait.
05:34Mais en tant qu'expérience de pensée,
05:36on ne va pas le faire.
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