00:00Ce que l'on entend depuis la réélection de Trump, et singulièrement depuis cet été, c'est le retour du
00:05tragique.
00:06Alors ça, c'est le grand mantra de qui vous savez, enfin, de l'actuel résident de la République.
00:13Et le retour de la guerre, de la guerre de tous contre tous, qui serait au fond le parachèvement d
00:20'un néolibéralisme quintessentiel, consubstantiel à notre époque.
00:24Donc voilà, nous sommes tous en concurrence et tous en guerre vis-à-vis de nous-mêmes, pour la performance,
00:30vis-à-vis des autres, pour s'imposer socialement.
00:33C'est la fameuse lutte des places. Et désormais, ce sont les États qui sont en guerre.
00:47Nous avons remarqué dans votre thèse la présence d'un cercle vicieux entre l'État moderne de guerre
00:53et la croissance économique.
00:56En effet, lorsqu'une guerre se termine, les pays vont se réunir pour trouver un ordre international
01:02basé sur le discours au lieu de la violence pour garantir la paix.
01:07On a par exemple l'exemple de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale.
01:13Cet ordre fonctionne tant que les pays sont en phase de croissance.
01:18En effet, dans la période d'après-guerre, une croissance économique est garantie grâce à la reconstruction.
01:25C'est seulement après, quand l'économie de ces pays est nulle, voire négative, que les pays vont recommencer à
01:33chercher la performance.
01:36Et nous avons noté depuis vos thèses que c'est précisément dans cette phase de performance que les pays vont
01:42recourir à des moyens de violence
01:44et vont entraîner un nouvel état de guerre.
01:49C'est là que le phénomène se répète.
01:51La guerre revient et le cercle vicieux se réalise.
01:54En réalité, je parlais de l'époque ultra-contemporaine, celle que nous vivons aujourd'hui.
01:58Et je contestais l'idée qui court sur tous les plateaux actuellement.
02:03Vous savez, c'est robinet à poncif qu'on ouvre en allumant les télévisions.
02:10Ce qui est dû d'ailleurs à une économie médiatique particulière, celle de la chaîne dite d'info en continu,
02:14où vous faites des plateaux parce que ça ne coûte rien.
02:17Vous n'avez plus d'enquête, plus de reportage, plus d'investigation, rien.
02:19Vous mettez six morts-vivants en plateau qui sont contents d'être là.
02:23Et la chaîne ne paye en réalité que le chauffage, l'électricité, la lumière.
02:28Non, mais vraiment, c'est un modèle économique.
02:30Et ensuite, il faut remplir le tube avec des imbéciles qui sont là parce qu'ils n'ont rien d
02:36'autre à faire.
02:37Vraiment.
02:37Et parce qu'ils ne travaillent pas.
02:39Parce que pour passer sa vie sur les plateaux, plus le maquillage, le transport, etc.,
02:45vous ne travaillez pas par ailleurs.
02:46Vous n'avez pas le temps de préparer et de travailler sérieusement.
02:49Et donc, ce que l'on entend depuis la réélection de Trump et singulièrement depuis cet été,
02:55c'est le retour du tragique.
02:57Alors ça, c'est le grand mantra de qui vous savez, enfin, de l'actuel résident de la République.
03:04Et le retour de la guerre, de la guerre de tous contre tous,
03:08qui serait au fond le parachèvement d'un néolibéralisme quintessentiel, consubstantiel à notre époque.
03:16Donc voilà, nous sommes tous en concurrence et tous en guerre vis-à-vis de nous-mêmes,
03:20pour la performance, vis-à-vis des autres, pour s'imposer socialement.
03:24C'est la fameuse lutte des places.
03:25Et désormais, ce sont les États qui sont en guerre.
03:32Alors, moi, je conteste dans cette conférence cette vision-là,
03:36qui procède d'une anthropologie particulière, spécifique, très située et très négative,
03:42et qui attribuerait à l'humain ou à l'homme une destructivité, une conflictualité essentielle et ontologique.
03:51Ça me semble procéder d'une lecture, au contraire, très située de ce qu'est l'homme et de ce
03:56qu'est l'histoire.
03:58Je cite effectivement Hobbes pour dire qu'on a pris Hobbes,
04:02alors surtout dans les facultés de droit,
04:03où on a tendance à hypostasier à qui mieux mieux, c'est-à-dire à ne jamais faire d'histoire.
04:08Mais on prend Hobbes comme étant une sorte de table de la loi et de prophète.
04:14Hobbes dit que, et d'ailleurs d'autres philosophes contractualistes ont dit que l'État de nature, c'était la
04:19guerre,
04:20et heureusement ensuite il y a la paix grâce au contrat, grâce à l'État, etc.
04:24Je rappelle humblement en tant qu'historien que Hobbes est quelqu'un qui est lui aussi situé dans l'histoire,
04:29qu'il était proche de Charles Ier d'Angleterre, qu'il a vécu la guerre civile,
04:32qu'il a vécu la décapitation de son maître, mécène et ami,
04:36et qu'il a passé sa vie ensuite à traverser la Manche, en exil, pour sauver sa peau.
04:41Donc effectivement, lorsque vous vivez ce genre de choses,
04:45vous avez peut-être deux ou trois motifs supplémentaires pour rédiger le Léviathan,
04:49qui est postérieur à toute cette expérience sociale, personnelle.
04:53Donc attention avec l'hypostasie, c'est-à-dire attention à l'absolutisation de discours
05:00qui sont éminemment relatifs, c'est-à-dire référés à des contextes de production sociaux, biographiques, économiques, etc.
05:09Donc je contestais cette vision-là comme, et ça s'adresse ici à Jean-Baptiste,
05:15je rappelais que nos collègues historiens de l'environnement, géoclimaticiens,
05:22précisaient, spécifiaient la notion d'anthropocène, qui me semble particulièrement abusive.
05:28Si nous vivons, comment dire, une catastrophe géoclimatique, qui s'accélère,
05:33ce n'est peut-être pas forcément la faute d'anthropos en soi,
05:37c'est-à-dire de l'homme, de l'humanité, de l'espèce humaine,
05:40mais peut-être est-ce lié plutôt à un mode d'organisation sociale, politique, historique,
05:47qui est en gros celui de l'Occident colonialiste, capitaliste, extractiviste, social-darwiniste,
05:57qui prévaut depuis la seconde moitié du XIXe siècle.
06:00Donc vous voyez, ce n'est pas l'anthropocène qui est pertinent comme concept,
06:04ce serait plutôt le capitalocène, ou le plantationocène,
06:08ou, c'est-à-dire, le raisonnement du monde à l'extraction
06:15et la réduction du monde à l'état de plantation,
06:18ou le poubellocène, c'est-à-dire l'âge du déchet.
06:22C'est vrai que nous avons inventé le déchet depuis la seconde moitié du XIXe siècle
06:27dans les sociétés antérieures.
06:30Il y a peu de restes, il n'y a peu de restes incompressibles.
06:33Nous, nous vivons dans le déchet permanent et dans la production surabondante du déchet.
06:40Donc je faisais cette analogie pour, là encore, essayer de faire un peu d'histoire,
06:46au-delà des mythologies et des hypostases.
06:48Au-delà.
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