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L'historien Johann Chapoutot analyse le lien structurel entre notre modèle économique et la guerre. Sur la chaîne de l'Académie du Climat, il déconstruit le mythe du retour du tragique et la médiocrité des plateaux télévisés.
Cette intervention remet en question l'anthropocène pour pointer du doigt le capitalocène, un système extractiviste où la croissance nécessite la violence et la production massive de déchets.
Une réflexion profonde sur la survie du néolibéralisme face aux enjeux géoclimatiques actuels et l'héritage philosophique de Thomas Hobbes dans nos sociétés contemporaines.

#Chapoutot #Geopolitique #Economie #Ecologie #Histoire

00:00 Intro
00:47 Johann Chapoutot
06:49 Outro

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Quel facteur garantit la croissance économique dans la période d'après-guerre ?
➡ La reconstruction.

De quel système économique la guerre de tous contre tous est le parachèvement ?
➡ Le néolibéralisme.

Quel nom Chapoutot donne-t-il à notre époque définie par l'accumulation ?
➡ Poubellocène.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Ce que l'on entend depuis la réélection de Trump, et singulièrement depuis cet été, c'est le retour du
00:05tragique.
00:06Alors ça, c'est le grand mantra de qui vous savez, enfin, de l'actuel résident de la République.
00:13Et le retour de la guerre, de la guerre de tous contre tous, qui serait au fond le parachèvement d
00:20'un néolibéralisme quintessentiel, consubstantiel à notre époque.
00:24Donc voilà, nous sommes tous en concurrence et tous en guerre vis-à-vis de nous-mêmes, pour la performance,
00:30vis-à-vis des autres, pour s'imposer socialement.
00:33C'est la fameuse lutte des places. Et désormais, ce sont les États qui sont en guerre.
00:47Nous avons remarqué dans votre thèse la présence d'un cercle vicieux entre l'État moderne de guerre
00:53et la croissance économique.
00:56En effet, lorsqu'une guerre se termine, les pays vont se réunir pour trouver un ordre international
01:02basé sur le discours au lieu de la violence pour garantir la paix.
01:07On a par exemple l'exemple de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale.
01:13Cet ordre fonctionne tant que les pays sont en phase de croissance.
01:18En effet, dans la période d'après-guerre, une croissance économique est garantie grâce à la reconstruction.
01:25C'est seulement après, quand l'économie de ces pays est nulle, voire négative, que les pays vont recommencer à
01:33chercher la performance.
01:36Et nous avons noté depuis vos thèses que c'est précisément dans cette phase de performance que les pays vont
01:42recourir à des moyens de violence
01:44et vont entraîner un nouvel état de guerre.
01:49C'est là que le phénomène se répète.
01:51La guerre revient et le cercle vicieux se réalise.
01:54En réalité, je parlais de l'époque ultra-contemporaine, celle que nous vivons aujourd'hui.
01:58Et je contestais l'idée qui court sur tous les plateaux actuellement.
02:03Vous savez, c'est robinet à poncif qu'on ouvre en allumant les télévisions.
02:10Ce qui est dû d'ailleurs à une économie médiatique particulière, celle de la chaîne dite d'info en continu,
02:14où vous faites des plateaux parce que ça ne coûte rien.
02:17Vous n'avez plus d'enquête, plus de reportage, plus d'investigation, rien.
02:19Vous mettez six morts-vivants en plateau qui sont contents d'être là.
02:23Et la chaîne ne paye en réalité que le chauffage, l'électricité, la lumière.
02:28Non, mais vraiment, c'est un modèle économique.
02:30Et ensuite, il faut remplir le tube avec des imbéciles qui sont là parce qu'ils n'ont rien d
02:36'autre à faire.
02:37Vraiment.
02:37Et parce qu'ils ne travaillent pas.
02:39Parce que pour passer sa vie sur les plateaux, plus le maquillage, le transport, etc.,
02:45vous ne travaillez pas par ailleurs.
02:46Vous n'avez pas le temps de préparer et de travailler sérieusement.
02:49Et donc, ce que l'on entend depuis la réélection de Trump et singulièrement depuis cet été,
02:55c'est le retour du tragique.
02:57Alors ça, c'est le grand mantra de qui vous savez, enfin, de l'actuel résident de la République.
03:04Et le retour de la guerre, de la guerre de tous contre tous,
03:08qui serait au fond le parachèvement d'un néolibéralisme quintessentiel, consubstantiel à notre époque.
03:16Donc voilà, nous sommes tous en concurrence et tous en guerre vis-à-vis de nous-mêmes,
03:20pour la performance, vis-à-vis des autres, pour s'imposer socialement.
03:24C'est la fameuse lutte des places.
03:25Et désormais, ce sont les États qui sont en guerre.
03:32Alors, moi, je conteste dans cette conférence cette vision-là,
03:36qui procède d'une anthropologie particulière, spécifique, très située et très négative,
03:42et qui attribuerait à l'humain ou à l'homme une destructivité, une conflictualité essentielle et ontologique.
03:51Ça me semble procéder d'une lecture, au contraire, très située de ce qu'est l'homme et de ce
03:56qu'est l'histoire.
03:58Je cite effectivement Hobbes pour dire qu'on a pris Hobbes,
04:02alors surtout dans les facultés de droit,
04:03où on a tendance à hypostasier à qui mieux mieux, c'est-à-dire à ne jamais faire d'histoire.
04:08Mais on prend Hobbes comme étant une sorte de table de la loi et de prophète.
04:14Hobbes dit que, et d'ailleurs d'autres philosophes contractualistes ont dit que l'État de nature, c'était la
04:19guerre,
04:20et heureusement ensuite il y a la paix grâce au contrat, grâce à l'État, etc.
04:24Je rappelle humblement en tant qu'historien que Hobbes est quelqu'un qui est lui aussi situé dans l'histoire,
04:29qu'il était proche de Charles Ier d'Angleterre, qu'il a vécu la guerre civile,
04:32qu'il a vécu la décapitation de son maître, mécène et ami,
04:36et qu'il a passé sa vie ensuite à traverser la Manche, en exil, pour sauver sa peau.
04:41Donc effectivement, lorsque vous vivez ce genre de choses,
04:45vous avez peut-être deux ou trois motifs supplémentaires pour rédiger le Léviathan,
04:49qui est postérieur à toute cette expérience sociale, personnelle.
04:53Donc attention avec l'hypostasie, c'est-à-dire attention à l'absolutisation de discours
05:00qui sont éminemment relatifs, c'est-à-dire référés à des contextes de production sociaux, biographiques, économiques, etc.
05:09Donc je contestais cette vision-là comme, et ça s'adresse ici à Jean-Baptiste,
05:15je rappelais que nos collègues historiens de l'environnement, géoclimaticiens,
05:22précisaient, spécifiaient la notion d'anthropocène, qui me semble particulièrement abusive.
05:28Si nous vivons, comment dire, une catastrophe géoclimatique, qui s'accélère,
05:33ce n'est peut-être pas forcément la faute d'anthropos en soi,
05:37c'est-à-dire de l'homme, de l'humanité, de l'espèce humaine,
05:40mais peut-être est-ce lié plutôt à un mode d'organisation sociale, politique, historique,
05:47qui est en gros celui de l'Occident colonialiste, capitaliste, extractiviste, social-darwiniste,
05:57qui prévaut depuis la seconde moitié du XIXe siècle.
06:00Donc vous voyez, ce n'est pas l'anthropocène qui est pertinent comme concept,
06:04ce serait plutôt le capitalocène, ou le plantationocène,
06:08ou, c'est-à-dire, le raisonnement du monde à l'extraction
06:15et la réduction du monde à l'état de plantation,
06:18ou le poubellocène, c'est-à-dire l'âge du déchet.
06:22C'est vrai que nous avons inventé le déchet depuis la seconde moitié du XIXe siècle
06:27dans les sociétés antérieures.
06:30Il y a peu de restes, il n'y a peu de restes incompressibles.
06:33Nous, nous vivons dans le déchet permanent et dans la production surabondante du déchet.
06:40Donc je faisais cette analogie pour, là encore, essayer de faire un peu d'histoire,
06:46au-delà des mythologies et des hypostases.
06:48Au-delà.
07:20Sous-titrage Société Radio-Canada
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