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Jean-Marc Jancovici, ingénieur et président du Shift Project, expose devant l'Assemblée nationale les failles systémiques de notre modèle agricole.
Il analyse le transfert de valeur vers la grande distribution et l'industrie agroalimentaire, conséquence directe de notre urbanisation massive. Entre logistique pétrolière et limites du manger local, le constat est sans appel sur l'avenir de notre alimentation face au changement climatique.
Cette audition à la chaîne de l'Assemblée nationale décrypte l'urgence d'une transition structurelle pour garantir la résilience de nos territoires et de nos assiettes.

#Jancovici #Agriculture #Alimentation #Ecologie #Economie

00:00 Intro
00:24 Jean-Marc Jancovici
08:07 Outro

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Pourquoi les produits actuels nécessitent-ils des emballages ?
➡ À cause du transport.

Quel type de production risque de disparaître au sud de la Loire ?
➡ l’Élevage.

Quel est l'écart d'émissions possible pour un même kilo de bœuf ?
➡ Jusqu’à 10x plus.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Aujourd'hui, ce qui a permis la spécialisation des régions agricoles, c'est comme je le disais tout à l
00:03'heure, les transports intermédiaires.
00:05Dans un monde dans lequel vous n'avez pas l'abondance de transports intermédiaires qu'on a aujourd'hui,
00:09ça ne flotte pas d'avoir tout le maïs dans le sud-ouest, tous les cochons en Bretagne et tous
00:14les consommateurs en Ile-de-France.
00:15Ça ne marche pas, ce genre de choses.
00:24Juste pour faire un petit rappel historique, pourquoi est-ce que la valeur s'est très fortement déplacée des exploitants
00:30agricoles,
00:31enfin dans le ticket de caisse, vers les transformateurs et les distributeurs ?
00:35C'est notamment lié au fait que nous sommes devenus des urbains.
00:37Comme on est devenus des urbains, on n'habite pas dans les champs,
00:40et par ailleurs on est devenus des gens qui travaillent à l'extérieur et donc on arrête de faire la
00:43cuisine.
00:45Le mode d'alimentation des Français il y a un siècle, c'était qu'on habitait tous à côté du
00:49paysan du coin,
00:49ou de la paysanne du coin, que M. ou Mme Dupont allait chercher les légumes et les oeufs et le
00:54poulet pour faire le frishti,
00:55et qu'on mangeait ce qu'on avait cuisiné.
00:57Aujourd'hui ce n'est pas du tout le cas, il n'y a pas de paysan du coin,
01:00enfin en tout cas celui qui est à côté de l'Assemblée nationale je ne le connais pas,
01:03quand on sort dans la rue de l'université là.
01:06Et donc nous mangeons des produits qui sont nécessairement venus d'ailleurs,
01:09donc il y a du transport, de l'emballage, donc de la distribution.
01:11Donc la logistique, il ne s'agit pas de marge, il s'agit de valeur ajoutée,
01:15enfin moi je ne parle pas des marges au sens du résultat net des activités,
01:18il y a de la valeur ajoutée qui est passée parce qu'il y a des gens qui tout simplement
01:20doivent être occupés
01:21à fabriquer des camions pour transporter, conduire les camions,
01:24fabriquer les emballages parce que c'est un auxiliaire indispensable du transport,
01:27dès que vous avez du transport vous avez des emballages,
01:29fabriquer les rayons pour mettre en rayon, fabriquer les magasins,
01:33accessoirement faire les campagnes de pub pour nous donner envie d'aller dans le magasin.
01:36Et par ailleurs, il y a longtemps qu'on ne fabrique plus les yaourts nous-mêmes,
01:39on achète les yaourts tout fait,
01:41et donc il y a des industriels de l'agroalimentaire qui se sont installés,
01:45on ne fait pas les pâtes nous-mêmes avec le blé qu'on est allé acheter à côté, etc.
01:49Donc en fait, toutes ces entreprises qui sont apparues
01:52sont la conséquence du fait que les gens n'habitent plus
01:56là où a lieu la production agricole
01:58et ne transforment plus, pour l'essentiel, la production agricole eux-mêmes.
02:03Je vais revenir à l'exemple du budget des ménages,
02:06les gens achètent moins cher de légumes que de cigarettes, aussi, il faut le savoir,
02:10et ils achètent moins cher de nourriture que d'abonnements numériques,
02:14de télévision, d'ordinateurs, de smartphones et autre chose de cette nature.
02:19Donc ces activités économiques sont apparues, j'ai envie de dire, conjointement,
02:24avec la façon dont les gens se sont mis à vivre, là où ils habitent, etc.
02:30Et demain matin, on ne pourrait pas rêver,
02:33peut-être que moi j'en rêve, mais ça n'a pas tellement de valeur pratique,
02:36on ne peut pas rêver d'un monde dans lequel on a supprimé les distributeurs
02:38et les industriels de l'agroalimentaire demain matin.
02:41Ça ne marche pas, parce que dans ce système-là,
02:43les gens ne mangent plus dans les villes.
02:47Mais tout ça, on va s'y attaquer quand on regardera
02:49la partie transformation et distribution,
02:52c'est-à-dire la partie alimentation et les flux physiques qui vont derrière.
02:56Sur la partie diversification et adaptation,
03:00avant de laisser mes collègues répondre,
03:01alors adaptation, on s'en préoccupe,
03:03parce que bien évidemment, l'agriculture qu'on a aujourd'hui,
03:05ce n'est pas l'agriculture qu'on aura dans 50 ans,
03:07ce n'est pas possible.
03:08Et vous savez très bien que les schémas culturels,
03:11dans n'importe quelle activité, ça met une à deux générations à changer.
03:14C'est ça le temps qu'il faut pour changer la façon dont les choses se passent
03:17de manière un peu significative dans un secteur,
03:19il faut une à deux générations.
03:20Voilà, c'est partout pareil.
03:23Donc il faut se préoccuper maintenant
03:26de la façon dont on fait évoluer les paysages agricoles
03:28dans les 50 ans qui viennent,
03:29parce que là où il y a, par exemple,
03:32il y a des gens qui disent qu'au sud de la Loire,
03:34il n'y aura plus d'élevage dans 50 ans.
03:35Il n'y aura plus de foin, il n'y aura plus de...
03:37Enfin voilà, donc il faut évidemment s'en occuper tout de suite,
03:40puisque c'est une à deux générations.
03:42Alors même si, encore une fois,
03:43on ne sait pas qui sera Premier ministre dans trois mois.
03:46Et en ce qui concerne la diversification,
03:48c'est évidemment un facteur de résilience.
03:51On a clairement ça présent à l'esprit.
03:53Aujourd'hui, ce qui a permis la spécialisation des régions agricoles,
03:56c'est comme je le disais tout à l'heure,
03:57les transports intermédiaires.
03:58Dans un monde dans lequel vous n'avez pas
03:59l'abondance de transports intermédiaires qu'on a aujourd'hui,
04:02ça ne flotte pas d'avoir tout le maïs dans le sud-ouest,
04:06tous les cochons en Bretagne
04:07et tous les consommateurs en Ile-de-France.
04:09Ça ne marche pas, ce genre de choses.
04:11Et toutes les usines d'engrais, je ne sais pas où, sur des...
04:13Donc la façon dont il faut évidemment...
04:16Enfin le point focal vers lequel il faut essayer d'aller,
04:18c'est évidemment, et ça aussi c'est présent dans nos travaux,
04:21une agriculture qui se rediversifie dans certaines limites régionalement,
04:26parce que, en tout cas, tant que le climat n'a pas changé,
04:29même s'il va changer,
04:30on fait du champagne en champagne,
04:31on n'en fait pas beaucoup en Bretagne
04:33et on n'en fait pas beaucoup dans la région d'Aix.
04:35Voilà, donc il y a quand même évidemment la question du terroir
04:38qui est aussi une question qui se pose
04:39et qui est une question difficile,
04:40parce que le terroir renvoie précisément à des traditions
04:43et à des trucs dont on n'a pas envie que ça change,
04:45alors qu'il va falloir que ça change
04:46à cause des raisons qu'on a évoquées.
04:48De manière générale, dans tous les sujets de long terme,
04:50c'est quand même très très compliqué
04:52d'arriver à...
04:54Comment dire ?
04:55De se projeter
04:57quand il y a un aléa de court terme aussi fort.
04:59Je ne vous apprends rien
05:00et ce n'est pas du tout vous insulter que vous dire ça,
05:02c'est juste un fait,
05:02c'est la situation dans laquelle on est, point.
05:08Sur la question de l'affichage environnemental,
05:10je vais répondre sur ce point
05:11et puis après je laisserai mes collègues répondre sur le reste.
05:14Alors c'est typiquement le genre de choses
05:16qui sur le papier semble une très bonne idée,
05:18parce qu'on se dit, tiens,
05:19si le consommateur est informé,
05:21ça lui donnera un élément de décision.
05:24Et puis dans la vraie vie,
05:25il peut y avoir un certain nombre de choses
05:28qui font que ça ne marche pas
05:29ou que ça ne marche pas aussi bien, etc.
05:31En particulier, si on veut que l'affichage environnemental
05:34descende au niveau de la différenciation entre produits
05:37d'une même catégorie, d'accord ?
05:39Entre deux pommes qui ne sont pas cultivées de la même manière,
05:42entre deux yaourts qui ne contiennent pas les mêmes ingrédients
05:45et qui ne sont pas fabriqués de la même manière, etc.
05:47Ça fonctionne à partir du moment où tous les acteurs de la chaîne
05:50qui ont permis la création du produit
05:53tiennent eux-mêmes une comptabilité environnementale
05:55sur le critère qu'on cherche à mettre en avant.
05:57Alors je vais prendre le carbone pour illustrer.
05:59Si vous voulez avoir le contenu carbone d'un produit,
06:03donc je vais chez mon charcutier
06:04et je veux savoir quel est le contenu carbone d'une saucisse de Francfort,
06:07je vais au supermarché
06:08et je veux savoir quel est le contenu carbone
06:10de l'offre que j'achète
06:11et pas celui de la marque d'à côté du reste, etc.
06:14Ça veut dire que les gens qui sont dans toute la chaîne de valeur
06:18qui ont été jusqu'à la mise à disposition du produit
06:21ont tenu une comptabilité carbone précise et analytique
06:25puisque un transporteur, il transporte plein de trucs à la fois
06:28donc il faut qu'il soit capable d'imputer les émissions du camion
06:31à tous les produits qui sont dans la caisse du camion.
06:34L'agriculteur qui a fait, si je prends ma voisine de gauche,
06:37à la fois des moutons et des vergers,
06:38il faut que je sois capable d'imputer le tracteur
06:40qui a été utilisé pour les deux à l'élevage
06:44et aux fruits, etc.
06:45Donc c'est ça qui est nécessaire
06:47chez tous les acteurs de la chaîne
06:49si on veut qu'à l'arrivée,
06:50vous ayez l'équivalent d'un Nutri-Score
06:52ou un Carbon-Score
06:53qui serait véritablement différenciant d'un produit à l'autre.
06:56J'ai dit tout à l'heure qu'en fonction des conditions d'élevage,
06:58un même kilo de bœuf,
06:59enfin un kilo de bœuf, pas le même justement,
07:00mais un kilo de bœuf pouvait avoir des émissions de production
07:03qui varient d'un facteur 10.
07:04Donc vous voyez bien que si on veut refléter cette différenciation
07:07dans l'information rendue au consommateur,
07:10un de vos collègues a dit tout à l'heure
07:11qu'il ne faut pas de complexité administrative.
07:14Si vous voulez avoir ce genre de choses,
07:16malheureusement, il faudra introduire de la complexité
07:18puisqu'il faudra chez chaque acteur de la chaîne
07:20une comptabilité carbone précise.
07:22Alors c'est possible techniquement,
07:24mais ça représente à l'évidence
07:27une charge de travail et une charge économique
07:30alors qui n'est pas monstrueuse,
07:33mais comme c'est une novation,
07:34les gens n'ont jamais envie d'y rentrer très...
07:36Voilà, l'innovation, on se dit toujours
07:38bon, on a bien le temps d'attendre,
07:40demain il fera jour et on s'en occupera plus tard.
07:42Mais c'est... Voilà.
07:43Et par ailleurs, comme on est,
07:44comme je l'ai dit tout à l'heure,
07:45dans une économie mondialisée,
07:47pas nécessairement dans les productions,
07:48mais dans les maillons amont,
07:50eh bien il faut également que le fabricant
07:51John Deere de tracteurs,
07:52il ait sa propre comptabilité carbone
07:54si on veut avoir la comptabilité carbone
07:56de la production d'un kilo de blé, etc.
07:58Vous voyez donc,
07:58et que Yara qui fabrique les engrais
08:00et sa propre comptabilité carbone, etc.
08:02Donc c'est quelque chose qui est une très bonne idée
08:05sur le papier parce qu'on se dit
08:06tiens, le consommateur,
08:07ça pourrait lui rendre service
08:08d'avoir cette information.
08:09En fait, quand on regarde
08:11les difficultés pratiques de mise en œuvre,
08:14c'est pas si simple.
08:15Et il vaut mieux aujourd'hui
08:17procéder par des analyses un peu macroscopiques
08:21et des règles de fonctionnement
08:23un peu macroscopiques au sein même des secteurs
08:25plutôt que d'essayer d'imaginer cet affichage
08:27qui, à mon avis,
08:29et c'est mon métier de faire ça tous les jours
08:30donc c'est pour ça que je vous en parle aussi
08:31avec un peu de détail,
08:34ça va être très très compliqué
08:35d'arriver à faire quelque chose
08:37qui soit à la fois juste
08:39et qui ait une portée pratique.
08:40Voilà, c'est à mon avis quelque chose
08:42qui est aujourd'hui difficile à envisager
08:44en toute rigueur.
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