00:00On démarre l'été plutôt assez confiant, sauf qu'on se prend une vague de chaleur ou une canicule
00:05et ça génère une sorte de sécheresse éclair qui va transformer le territoire en l'espace de 15 jours, une
00:12semaine.
00:13Et en fait, à ce moment-là, tu as une chute des rendements agricoles, tu as tous les cours d
00:17'eau qui s'effondrent,
00:19les nappes phréatiques aussi, on bascule dans un système de crise généralisée.
00:24Et là, on ne l'avait pas vu venir.
00:25Et chaque année, on recommence en disant, ça ira mieux l'année prochaine.
00:34On va parler sécheresse, Jean-Marc, ensemble.
00:37Je ne pensais pas prononcer ce mot si tôt après toute la pluie tombée en ce début d'année.
00:42Oui, on a connu 45 jours, si ma mémoire est bonne, de pluie consécutive sur le territoire.
00:46Et, allez, on va dire un peu plus d'un mois derrière,
00:50il commence à y avoir des problèmes de sécheresse superficielle des sols.
00:53On pourrait se dire que quand même, c'est étonnant.
00:56Alors, en fait, malheureusement, c'est la conséquence du fait qu'il a fait assez chaud, globalement.
01:02Il a fait sec, parce qu'après ces 45 jours de pluie consécutive, il a quasiment plu, ou pas beaucoup.
01:08Il y a eu du vent qui assèche la surface.
01:11Et donc, la combinaison de tout ça fait que...
01:13Alors, en profondeur, non.
01:15Ça n'a pas impacté les nappes.
01:17Mais par contre, superficiellement, oui, il commence à y avoir des problèmes de sécheresse.
01:21Et comme c'est l'époque des semis, il y a un certain nombre d'endroits où les semis peuvent
01:26avoir un peu de mal à prendre à cause de ça.
01:28Et du coup, qu'est-ce qu'on fait face à ce constat ? Comment on peut s'adapter ?
01:32Alors, il faut déjà se faire à l'idée que, malheureusement, cette variabilité du climat, elle est inscrite dans le
01:39réchauffement ou le dérèglement.
01:41Je préfère parler de dérèglement climatique.
01:44Parce qu'il est maintenant de mieux en mieux documenté que ce dérèglement augmente, justement, ce qu'on appelle la
01:50variabilité.
01:50C'est-à-dire le fait qu'on passe d'un état à un état très éloigné, très vite, un
01:55peu sans prévenir, comme ça.
01:57Et la disponibilité de l'eau, ça va faire partie des gros sujets dans ce climat qui change.
02:03Alors, cette disponibilité de l'eau, elle va impacter l'agriculture.
02:06Donc, il y a un débat récurrent sur les surfaces irriguées, sur le type de végétal qu'on cultive.
02:13Parce que certains demandent plus ou moins d'eau.
02:15Sur le fait qu'on va peut-être planter des abricotiers en Ile-de-France et des pistachiers dans le
02:21sud-ouest.
02:23Ça pose également la question des réserves et le fameux débat sur les stockages.
02:31Ça pose également la question sur la consommation à l'aval.
02:34On a souvent des débats sur est-ce qu'on a le droit de remplir ces piscines l'été ou
02:37pas, etc.
02:38En fait, il faut quand même rappeler que le gros de la consommation d'eau, c'est l'agriculture.
02:41Et donc, ça pose des questions sur tout un tas de choses qu'il faut idéalement anticiper.
02:46Alors, sur un autre terrain, si on prend le pétrole, on voit bien que si on attend que les ennuis
02:50arrivent, on risque d'être pris un peu de cours.
02:52Il serait souhaitable qu'en ce qui concerne le changement climatique, où là, pour le coup, on n'est pas
02:56pris de cours du tout sur l'évolution.
02:58Parce qu'il y a tout un tas de projections et qu'on voit très bien ce qui va nous
03:01arriver dessus.
03:03On ne tarde pas trop à se mettre en ordre de bataille pour avoir une organisation qui résiste le mieux
03:09possible à ces perturbations qui vont venir.
03:11Sur le risque sécheresse, en fait, on ne l'a pas vu venir et on n'était pas prêt.
03:15On n'était pas prêt parce que derrière, ça fait cinq ans qu'on a des sécheresses historiques.
03:20À chaque fois, c'est différent.
03:22Chaque année, on a beaucoup d'eau l'hiver, voire même des fois des années excédentaires.
03:28Parce qu'on a eu des grandes inondations.
03:29En 2018, on a eu des inondations de la Seine.
03:31Et donc, on démarre l'été plutôt assez confiant, sauf qu'on se prend une vague de chaleur ou une
03:37canicule.
03:38Et ça génère une sorte de sécheresse éclair qui va transformer le territoire en l'espace de 15 jours, une
03:44semaine.
03:45Et en fait, à ce moment-là, tu as une chute des rendements agricoles, tu as tous les cours d
03:50'eau qui s'effondrent, les nappes phréatiques aussi.
03:53On bascule dans un système de crise généralisée.
03:56Et là, on ne l'avait pas vu venir.
03:57Et chaque année, on recommence en disant, ça ira mieux l'année prochaine.
04:01Derrière, on démarre bien parce qu'on a tendance à oublier.
04:04Et je trouve que le plus dangereux, c'est 2021.
04:07Parce que 2021, il a plu sur quasiment toute la métropole.
04:11Pourquoi ? Parce que tu as eu tellement de masses d'air chaude bloquées sur la Scandinavie.
04:17Tu avais un énorme anticyclone.
04:18Et puis, à un moment donné, que le vortex polaire, c'est en fait, si tu veux, à un moment
04:27donné, a généré une goutte froide.
04:28Cette goutte froide, c'est une anomalie thermique très haut dans l'atmosphère qui va générer des dépressions.
04:34On en a eu six de gouttes froides successives, à peu près positionnées sur l'Atlantique vers la Bretagne.
04:38Et donc, en fait, ça a généré l'arrivée d'air froid, qui ont ensuite rencontré l'air chaud de
04:44la mer Méditerranée et l'air de la mer Adriatique.
04:47Et puis, ça a donné quoi ?
04:48Comme la dépression était contrainte de remonter en direction de l'Allemagne et de la Belgique.
04:54Pourquoi ? Parce que bloquée par l'anticyclone de la Scandinavie, ça a donné les inondations qu'on a eues.
04:59Donc, en réalité, qu'on a eues en Belgique et en Allemagne, mais qu'on aurait très bien pu avoir
05:03en France.
05:03Il aurait suffi de décaler le système dépressionnaire pour qu'on vive la même chose.
05:07En fin de compte, on a eu beaucoup de chance.
05:08Et on a eu un été maussade, gris, pluvieux.
05:12Et quand tu regardes juste la zone qui n'était pas dans cette bulle bleue,
05:16tu as l'Aude, l'Hérault, l'Épyrène-Oriental, le Var.
05:19Et là, tu te rends compte que c'est des systèmes qui ont été complètement très secs.
05:23Et surtout, on a eu des villages qu'on alimentait en camions-citernes,
05:27parce qu'il n'y avait plus d'eau dans les villages.
05:29Parce qu'on additionnait quatre années de sécheresse historique.
05:32Et puis, tu as le Var, où il y a eu des feux incontrôlables.
05:36Et donc, ça pose la question du fait que tout cramait tout autour.
05:41Tu as Athènes qui n'arrivait pas à gérer ses feux.
05:43Tu as l'Algérie, pareil, qui a eu des feux ingérables.
05:49Et puis, en même temps, tu vois, la Sicile était à 48,8 degrés.
05:52En fin de compte, tu avais un dôme de chaleur sur l'Espagne.
05:55Tout était chaud, mais la France était dans sa bulle.
05:57Et on a eu un peu l'impression que finalement, en termes de politique de sécheresse,
06:00on va pouvoir prendre le temps, on va monter des comités,
06:04on va faire des rapports, on va essayer d'analyser, d'évoluer.
06:07Mais en fait, on n'a pas compris.
06:08On n'a pas compris parce qu'en fait, il faut réagir tout de suite.
06:11Parce que même si tu plantes un arbre, derrière, dans trois ans, il fera un mètre cinquante maximum.
06:16Mais encore, derrière, ça dépend quel arbre tu plantes.
06:18Et puis, je ne suis pas sûre que cet arbre-là, il puisse tenir avec les nouvelles températures.
06:21Donc, il va falloir faire des tests.
06:22Il y a des choses qui fonctionneront, il y a des choses qui ne fonctionneront pas.
06:25Mais il faut tester partout, massivement.
06:27Et donc, ça pose la question de qu'est-ce qu'on a fait pendant toutes ces années ?
06:31Qu'est-ce qui s'est passé pendant les Trente Glorieuses, dans cette période de l'après-guerre ?
06:36Eh bien, en réalité, on a fait une révolution agricole.
06:39C'était magnifique.
06:41On allait alimenter, on allait croître massivement.
06:45On allait exporter nos savoirs.
06:48Et puis, on a développé un système qui fait qu'aujourd'hui, tu manges du saumon dans ton panini quasiment
06:53tous les jours.
06:54Alors qu'avant, on mangeait du saumon à Noël.
06:57Et pareil pour la viande.
06:59Et en fait, le problème, c'est qu'on a développé un système insoutenable.
07:03Et on s'est appuyé sur quoi ? Sur l'eau.
07:05Sur le pétrole.
07:07Bien sûr, sur le pétrole.
07:08D'ailleurs, pour extraire du pétrole, il faut de l'eau aussi.
07:11Et on a tendance à l'oublier.
07:13Pour le nucléaire aussi, il faut de l'eau.
07:15Pour le nucléaire, c'est une vraie question.
07:17Parce que moi, quand j'ai commencé à voir, ça fait longtemps que je regarde la question du nucléaire,
07:21je suis retombée sur un rapport de l'Académie des sciences d'il y a 15 ans,
07:24qui disait, si jamais l'évolution climatique et le scénario s'avèrent tel que la trajectoire semble vouloir...
07:36Que les névrosés du GIEC sont en train de nous présenter, c'est ça ?
07:38Notamment.
07:39En tous les cas, c'était à l'époque.
07:41Du coup, ils nous disent deux choses.
07:43Ils nous disent, la première chose qu'il va falloir réviser, parce que ce ne sera pas soutenable, c'est
07:47l'irrigation.
07:48Donc, notre système agricole.
07:51Et la deuxième chose, c'est qu'à un moment donné, il y aura un problème avec les centrales nucléaires.
07:55Et pourquoi il y a un problème ?
07:57Parce qu'en fait, il faut choisir entre le fait d'avoir des circuits de refroidissement
08:02qui font ressortir une eau beaucoup plus chaude, qui va atteindre le milieu récepteur,
08:07et toute la biodiversité, la population piscicole, etc., qui se trouve là.
08:11Et le fait de soutenir le principe qu'on a des vagues de chaleur,
08:15et donc il va falloir alimenter en énergie les clims.
08:18Il va falloir choisir.
08:19Je pense qu'on va plutôt choisir les clims que le poisson.
08:22Parce que le poisson, de toutes les façons, ça fait longtemps quand même qu'on ne s'y intéresse pas
08:26trop.
08:26La plupart de nos cours d'eau ont des chutes draciques de toutes les populations piscicoles.
08:31Ça n'a ému personne ces 30 dernières années.
09:10Sous-titrage Société Radio-Canada
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